SERMON SUR LE BONHEUR DU CIEL
Congregabit triticum suum in horreum.
Il amassera son blé dans le grenier. BIatthieu, chap. 3.
Ce n'est pas seulement pour la condamnation des pédieurs que Jésus-Christ a reçu de son Père le pouvoir de juger le monde, mais pour la gloire et la réeompense des justes. Comme le bon grain que le père de famille , selon l'expression figurée de JeaiHBaptiste, fait recueillir et garder avec soin dans ses greniers, le Sauveur des hommes doit eooduire avec lui ses élus dans son royaume , et leur faire goûter dans cette sainte patrie toutes les douceurs du bonheur céleste. Suprême bonheur, capable de nous rendre vraiment heureux, et dans la vie future, et dans la vie même présente : dans la vie future, où nous le posséderons; dans la vie même présente, où nous Tattendons. Nous allons donc voir en premier lieu comment la possession de ce bonheur est, dans le ciel , pour les élus de Dieu, une félicité consommée; et nous verrons, en second lieu , comment , même dès ce monde , la seule attente de ce bonheur est déjà, pour les élos de Dieu, une félicité anticipée. Deux vérités qui , par la haute estime qu'elles nous donneront de cette souveraine béatitude, nous engageront à y penser uniquement , et à redoubler sans CÂi%ue !10S soins pour la mérîtor.
Premier point. Bonheur du ciel , bonheur dont la possession est pour les élus de Dieu une félicité consommée. Car un état où Thomme n'a plus rien à désirer de tout ce qui peut contribuer à sa béatitude, et un état où l'homme n'a plus rien à craindre de tout ce qui pourrait troubler sa béatitude et la terminer, voilà ce que nous pouvons appeler une félicité complète. Or tel est Tétat des élus de Dieu dans le ciel. Ils possèdent Dieu, et dans Dieu ils trouvent le repos le plus parfait et l'assemblage de tous les biens : le repos le plus parfait, puisque Dieu est leur fm dernière, et que chaque être parvenu à sa fin s'y repose comme dans son centre : l'assemblage de tous les biens, puisque Dieu est seul tout leur bien, et que lui seul, par une conséquence naturelle, il leur tient lieu de toutes choses. C'est pourquoi le Sauveur des hommes disait à ses disciples : Quand vous serez avec moi dans ma gloire, vous ne demanderez rien à mon Père (JoAN., 16), leur faisant entendre que rien alors ne leur manquerait. Mais qu'est-ce que cette possession de Dieu? Qu'opère-t-elle dans l'âme bienheureuse.' Comment la remplit-elle, la rassasie-telle, l'enivre-t-elle de ces torrents de joie dont a parlé le prophète? Mystères, nous répond le grand apôtre , qu'il n'est permis à nul homme sur la terre de pénétrer. Mystères au-dessus de tout ce que l'œil de rhomme a jamais vu , de tout ce que l'oreille de l'homme a jamais entendu, de tout ce que l'esprit de l'homme a jamais compris. Et de ce que ni Toeil de l'homme n'a jamais rien vu , ni l'oreille de l'homme n'a jamais rien entendu, ni l'esprit de l'homme n'a jamais rien conçu de pareil , n'est-ce pas cela même qui nous fait mieux connaître Texcellence de ce bonheur incompréhensible ^t ineffable?
Quoi qu'il en soit, il nous suffit de savoir, et la foi nous l'enseigne, que dans cette béatitude tous les désirs de notre cœur seront tellement accomplis, qu'il ne nous restera plus rien à souhaiter; de même aussi que dans tout l'avenir et dans tout le cours de cette éternelle béatitude, nous n'aurons plus rien à craindre, parce que c'est une béatitude sans terme, et qu'elle nous mettra à couvert de toutes les révolutions et de tous les changements. Ainsi nous a-t-elle été annoncée dans l'Évangile et promise par Jésus-Christ, comme tm^^oie durable et |)ermanente que personne ne peut ravir ; comme un bonheur indépendant de tout accident humain, de toute puissance ennemie ; comme une rédemption ( Luc, 21 ) , un affranchissement , une délivrance da tous les maux, soit de l'âme, soit des sens, de toutes les entreprises et de toutes les persécutions où peuvent ex|>oser l'animosité, l'envie, la violence^ l'intrigue, la cabale. Éternellement les élus du Ssi> gneur, rassemblés dans son sein, aimeront Dleo et seront aimés de Dieu; et dans eetamout«D»S(»sJL