SUR LE BONHEUR DU QEL
et invanable, éternellement ils jouiront de Fabondance de la paix et des plus pures délices.
Que prétendons-nous, et à quoi aspirons-nous, si ce n'est pas là que nous portons tous nos vœux ? Qui nous arrête? et quel autre bonheur nous enchante ? Où le faisons-nous consister, ce faux bonheur dont nous sommes si jaloux? Est-ce dans ces biens bornés qui jamais n'éteignent notre soif, et nous laissent toujours un vide infini dans le cœur? Quel opulentdu siècle a dit quelquefois : Cest assez ? Quel ambitieux , comblé d'honneurs , a dit : Il ne m'en faut pas davantage , et je ne vise pas plus haut? Quel voluptueux , nourri dans le plaisir, a dit : Je suis content , et je ne veux rien de plus? Est-ce dans ces biens passagers, que nous ne possédons jamais sans inquiétude , parce que nous savons à combien de revers et à quelles décadences ils sont sujets? Hommes aveugles et insensés! jusqu'à quand le charme de la bagatelle nous fascinera-t-il les yeux , et nous cacbera-t-il le seul bien solide et véritable que nous devons rechercher? Quelle comparaison de ce souverain bien , et de ces ombres sans fond et sans consistance, de ces vaines figures qui nous éblouissent et qui nous jouent ? Cependant, par le renversement le plus déplorable et par une espèce d'ensorcellement , c'est à ces figures que nous nous attachons, et c'est après ces ombres que nous courons. Car voilà à quoi se passe la vie de tout ce que nous voyons de mondains : les uns tout occupés de leur agrandissement selon le monde; les autres dominés par un vil intérêt et dévorés d'une insatiable avidité qui ne demande qu'à se remplir; d'autres plongés dans une oisive mollesse, et uniquement attentifs à contenter leurs sensuelles cupidités; tous aussi peu touchés de l'avenir que s'ils n'avaient rien à y prétendre , et qu'ils n'eussent aucune part aux promesses du Seigneur. Dis-je rien dont nous ne soyons témoins ; et pour peu qu'on ait de zèle , peut-on voir un Rarement si prodigieux sans en ressentir la douleur la plus amère?
Second point. Bonheur du ciel, bonheur dont la seule attente est , dès ce monde même, pour les élus de Dieu, une félicité anticipée. Deux effets qu'elle produit dans une âme chrétienne : l'un est d*y retrancher les principes ordinaires des peines qui nous troublent en ce monde; et l'autre est d'y répandre une onction toute divine, et d'y faire couler les plus douces consolations par un avant-goût des biens de Téternité. Donnons à l'un et à l'autre l'éclaircissement nécessaire.
Quels sont communément les principes de tant de peines dont nous sommes sans cesse agités et troublés ? C'est notre extrême attachement aux biens de la vie, et c'est la vivacité de notre sentiment dans les maux de la vie. Nous estimons les biens de
la vie , nous les aimons ; et de là , pour les acquérir ou pour les conserver, mille désirs qui nous brûlent, mille passions qui nous déchirent, mille jalousies qui nous rongent, mille soins, mille embarras qui nous tourmentent. Nous redoutons les maux de la vie, nous y sommes sensibles à l'excès; et de là, soit que nous en soyons attaqués , ou seulement que nous en soyons menacés, ces frayeurs mortelles qui nous dessèchent, ces impatiences qui nous aigrissent, ces dépits qui nous désespèrent, ces chagrins, ces désolations qui nous accablent. N'estce pas là ce qui fait, dès maintenant , le supplice de tant de gens, n'est-ce pas ce qui les rend malheureux?
Mais quel serait le remède? c'est une sainte indifférence qui corrigeât cet amour désordonné des biens de la vie; et c'est une généreuse patience qui modérât cette sensibilité excessive dans les maux de la vie. Or, telles sont les heureuses dispositions ou s'établit- une âme fidèle qui tourne toutes ses pensées vers le ciel , et ne s'occupe que du royaume de Dieu où elle est appelée. Voit-elle les grandeurs du monde; les fortunes du monde ? tout cela ne la touche point , parce qu'elle sait qu'elle n'est point faite pour tout cela, mais qu'elle est destinée à quelque chose de plus grand. J'ai prié le Seigneur j dit-elle avec le prophète roi , et je lui ai demandé qu'il meJUconnaitremafin, {Psalm, 38.) J'ai considéré que mes jours sont mesurés et que toute la vie de l'homme ici-bas n'est que vanité; qu'il thésaurise sans savoir pour qui, et qu'après s*élre fatigué inutUement, il disparaît comme un songe. Eh! quelle est donc mon attente? ai-je conclu; n'est-ce pas le Seigneur, et ce qu'il me réserve dans sa gloire ? que m'importe tout le reste? Est-elle assaillie de disgrâces temporelles , de souffrances , d'adversités , de misèresj tout cela ne l'ébranlé point, parce qu'elle sait que tout cela ne sert, en l'éprouvant, qu'à lui assurer la couronne qui est le terme de son espérance. Je souffre y s'écrie-t-elle avec l'apôtre des nations, mais Je n'en ai point de confusion (2. ad Tîm,y 1), et au milieu de toutes les calamités humaines , je ne me laisse point déconcerter ni abattre : car je n'ignore pas^quelest celui en qui je me confie, et je puis compter qu'il me garde mon dé-
^pôty et que mon trésor ne périra point entre ses mains. Quel soutien! et dans ce lieu d'exil où nous vivons , s'il peut y avoir quelque bonheur pour nous , en concevons-nous un autre que ce dégagement du cœur, que cette paix inaltérable, que cette indépendance de toutes les vicissitudes et de tous les événements, que cette force , cette fermeté supérieure à tout ce qu'il peut arriver d'infortunes , de pertes,
de traverses, d'humiliations, d'infirmités? Que sera-ce , si nous ajoutons l'onction sainte et
les consolations intérieures que l'on goûte à contem-