‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 276 sur 408 · SERMON SUR LA PÉNITENCE DU CŒUR · texte numérisé non relu

SERMON SUR LA PÉNITENCE DU CŒUR

MÊetoifacite temitaê ejus.

Eendez droites les voies du Seigneur. Mattii., cliap. 3.

Ces voies du Seigneur, ce sont pour les péciieurs les voies de la pénitence , puisque c'est par la pénitence que nous nous rapprochons de Dieu , et que Dieu se rapproche de nous. Il faut que ces voies soient droites, il faut que notre pénitence soit sincère : car Dieu aime la vérité, et rien ne peut lui plaire de tout ce qui n'est qu'extérieur et apparent. C'est dans les sentiments du cœur que consiste la vraie pénitence ; c'est dans le cœur qu elle doit naître, et du cœur qu'elle doit partir. Car, pour prendre la chose dans son fond , quelle est la nature de la pénitence, ou quelle en est la fonction la plus essentielle ? c'est de détruire le péché et de rétablir l'homme, h l'égard de Dieu, dans l'état d'où le péché l'a fait déchoir. Voici ma pensée. Le péché, disent les théologiens, consiste dans un mouvement de l'âme qui se détache de Dieu: et s'attache aux objeU créés ; et , par une règle toute contraire, la pénitence doit donc consister dans un retour de l'âme qui se détache des objets créés et s'attache à Dieu. Or, l'un et l'autre ne se peut faire véritablement et sincèrement que par la pénitence du cœur. Sans la pénitence du cœur point de vrai détachement du péché, ou des objets qui ont été la matière da péché : premier point. Sans la pénitence du cœur, point de vrai attachement à Dieu, ni par conséquent de réconciliation avec Dieu: second point. Voilà, dans un partage également simple et solide , une des instructions les plus importantes.

Phemibb point. Sans la pénitence du cœur, point de vrai détachement du péché, ou des objeU qui ont été la matière du péché. Ce n'est point par les larmes ni par les gémissements , ce n'est point par les vœix, les longues prières, les promesses, les protestations; ce n'est même précisément, ni par la confession de ses offenses, ni par la réparation qu'on en fait au jugement des hommes; ce Ji'fist point, dis-je, par tout cela qu'on se détache du péché: pourquoi? parce qu'avec tout cela on peut encore avoir au péché une attache MCièU «^

criminelle. En effet , tout cela peut subsister et se trouver dans un pécheur, sans que le cœur y ait aucune part, ou sans qu'il ait la part qu'il y doit avoir. Les Juifs s'humiliaient, se prosternaient contre terre, se couvraient la tête de cendres, se déchiraient leurs habits en signe de pénitence; mais le prophète leur reprochait qu'en déchirant leurs habits, ils ne déchiraient ni ne brisaient pas leurs cœurs. Or dès que le cceur n'entre point dans ces démonstrations extérieures, elles ne peuvent opérer un vrai détachement du péché : la raison en est aisée à comprendre. Car qu'est-ce que se détacher du péché : c'est renoncer au péché , c'est détester le péché, c'est prendre une sainte résolution de quitter le péché , et de ne le plus commettre. Or renoncer de la sorte, détester, résoudre , ce sont des opérations du cœur. Par conséquent, si le cœur n'agit, il n'y a ni vrai renoncement, ni vraie détestation, ni vraie résolution , et, par une même conséquence, point de vrai détachement du péché.

Mais, dira- 1 -on, le prêtre néanmoins , comme ministre de la pénitence, sans autres preuves que la parole du pécheur, que son accusation, sa confession , ses larmes et les témoignages ordinaires de repentir, lui confère le bienfait de Tabsolution. J'en conviens, et en cela il s'acquitte de son devoir, bien loin d'être répréhensible. Car ne pouvant lire immédiatement dans le cœur pour en connaître la véritable disposition, il est obligé de s'en tenir à certains dehors , et de former là-dessus son jugement. Ces dehors naturellement et par eux-mêmes sont les signes visibles du détachement intérieur. Ce ne sont que des apparences , je le sais : mais dès que le ministre a pris toutes les mesures convenables pour en bien juger, dès qu'il a fait tout l'examen nécessaire , et qu'il y a employé toutes les lumières de la prudence évangélique, alors, s'il se trompe, il n'est point responsable de son erreur, elle ne lui peut être imputée, et le seul pénitent en doit rendre compte à Dieu.

Car, sous Fextérieur le plus apparent, Dieu sonde le cœur ; et parce que souvent il arrive que sous le voile le plus spécieux, le détachement du cœur n'est pas tel qu'il doit être, que sert au pécheur l'absolution qu'il a reçue, ou qu'il a cru recevoir? à le charger devant Dieu d'un nouveau crime, et à lui attirer de la part de Dieu un nouvel anathème. Terrible vérité pour tant de mondains et de mondaines qui , par je ne sais quelle bienséance , viennent à certains jours de l'année se présenter an saint tribunal ! Sont-ils vraiment touchés ? sont-ils dans le cœur vraiment détachés de leur péché.' prennent-ils les moyens de l'être , et y font-ils toute l'attention qu'il faut? se détache-t-on sans violence, sans réflexion, sans une ferme détermination? et i cftdXft^iSKAfinfijt^^ttfi réflexion, cette détermination

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