‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 283 sur 408 · SUR LES ŒUVRES SATISFACTOIRES · texte numérisé non relu

SUR LES ŒUVRES SATISFACTOIRES

le rappelant, en se réconciliant avec lui , en lui ^e • mettant son péché et la peine éternelle où l'exposait son péché, plus il sent croître son amour pour un maître dont il ne peut assez admirer l'infinie miséricorde; et plus il est touché d'amour pour Dieu, plus il se condamne lui-même, plus il se hait luimême de cette haine évangélique qui nous sauve en nous perdant. Dans cette disposition, on ne cherche guère à s'épargner. Vous m'avez pardonné, mon Dieu, et c'est pour cela que je ne me pardonnerai pas moi-même ; vous pouviez exercer sur moi vos vengeances pendant toute l'éternité : je le méritais; mais vous ne l'avez pas voulu; et c'est pour cela que je veux, au moins dans le temps, vous venger de moi-même , selon qu'il vous plaira de me l'inspirer, et que votre gloire le demandera. Ahl Seigneur, j'étais un ingrat lorsque je me suis tourné contre vous , et que j'ai transgressé vos divins commandements. Tant de bienfaits que j'avais déjà reçus , c'étaient des raisons bien fortes pour vous être fidèle jusques à la mort, et pour ne me détacher jamais de vous. Je vous ai toutefois oublié, et j'ai suivi la passion qui m'entraînait; mais dans mon égarement même vous avez pris soin de moi, vous m'avez recherché et vous daignez me recevoir. Or, après cette nouvelle grâce, ne serait-ce pas dans moi une ingratitude toute nouvelle et même le comble de l'ingratitude, si je refusais de vous satisfaire, si je ne voulais me faire pour cela nulle violence, si je ne voulais rien supporter pour cela, et si de moi-même je ne me condamnais à rien? Ainsi parle une âme contrite; et de là, à quoi n'estelle pas préparée? quelles réparations ne voudrait-elle pas faire à Dieu? Il n'y a point d'état si mortifiant dont elle ne se juge digne, et souvent on est plutôt obligé de la retenir que de l'exciter. Mais nous, par des principes bien opposés, de quels ménagements n'usons-nous pas , lors même que nous sommes pénitents, ou que nous croyons rétre? La pénitence consiste dans le repentir du cœur, il est vrai ; mais dès que ce repentir est dans le cœur, il se produit au dehors et passe bientôt aux œuvres; autrement, il est bien à craindre que ce ne soit un faux repentir qui nous trompe , et une illusion que nous n'apercevons pas, ou que nous nous ciichons à nous-mêmes, mais que Dieu connaît.

Second poini Notre propre intérêt que nous avons à procurer, soit pour la vie présente, soit pour l'autre vie : deux motifs qui nous regardent spécialement, et qui, en vue des avantages attachés aux œuvres d'une pénitence satisfactoire, sont encore pour nous de nouveaux engagements à ies pratiquer, autant que notre condition le comporte, et selon qu'elle le peut permettre.

sua L'£FFICAGË ET LA VERTU DE LA PÉNITENCE.

1. Par rapport à la vie présente. Le plus grand intérêt que nous ayons sur la terre, c*est de vivre dans la grâce de Dieu, et de mettre par là à couvert notre salut ; de tenir en bride nos passions, et de réprimer leurs appétits déréglés; de nous prémunir contre les tentations du démon, contre les dangers du monde, contre les illusions de la eapidité, contre les convoitises de la nature corrompue; de marcher ainsi dans les voies du ciel , et d*y persévérer jusques à la mort. Or, qui ne sait paa que le moyen le plus assuré pour tout cela, ce sont les exercices de la mortiGcation chrétienne? Mener une vie aisée, passer ses jours dans le repos et dans le plaisir, ne rien refuser à sa sensualité et à ses désirs de tout ce qu'on croit pouvoir leor accorder sans crime, et en même temps vouloir garder son cœur et le préserver de toute corruption, c*est vouloir être au milieu du feu, et ne pas brûler. Ils se sont réjouis, disait le prophète. Us se soni traités et nourris délicatement, ils se sont engraissés {Detd.y 33); etqu'est-il arrivé de là? C'est qu'ils ont abandonné le Seigneur, leur Dieu et leur créateur. Source ordinaire de tant de vices qui régnent parmi les hommes , et dont les saints ne se sont garantis qu'en se renonçant euxmêmes, et en se déclarant les plus implacables ennemis de leurs corps. Que dis-je? tout saints qu*ils étaient, et avec toutes les pénitences qu'ils pratiquaient, ils n'ont pu même éteindre absolument dans eux le feu de cette concupiscence qu'ils avaient apportée en naissant. Quoique morU en apparence, ou réduits par la continuité de leurs abstinences et de leurs jeûnes, par les excès de leurs austérités, à n'être plus, pour ainsi dire, que des cadavres vivants, ils ressentaient néanmoins encore raiguillon de la chair. Le grand apôtre lui-même n'en était pas exempt : il s'en plaignait humblement à Dieu, et il demandait avec instance d'en être délivré. Saint Jérôme , jusque dans le fond de son désert, en éprouvait les importunes atteintes, et en gémissait. Que serait-ce s'ils eussent flatté leurs sens, et qu'ils eussent vécu dans les délices?

2. Par rapport à l'autre vie. Car c'est une loi indispensable que le péché soit expie , et que la justice de Dieu soit satisfaite, ou maintenant, ou après la mort. Maintenant nous sommes , pour parler de la sorte, dans nos mains , mais après la mort nous serons dans les mains de Dieu. Or, l'apôtre nous avertit que c*est vue chose terrible que de tomber dans les mains du Dieu vivant {Hebr., 10) : pourquoi ? parce que ce n'est plus proprement alors sa miséricorde qui agit , mais sa plus pure et plus étroite justice. Car c'est là, selon le langage de TÉvangile, que Dieu redemande tout, et qu'il foit tout payer jusqu'à un denier. Il vaut donc bien

mieux nous acquitter dès ce monde à peu de frais : je dis à peu de frais ; et qu'est-ce en effet que toute la pénitence de cette vie, en comparaison de ce feu où les âmes sont purifiées des tadbes qu'elles emportent avec elles , et qu'elles n'ont pas pris soin d'effacer ? que ne pouvons-nous là-dessus les interroger; que ne pouvons-nous être témoins de leurs regrets, lorsqu'elles pensent à la perte qu'elles ont faite, en ne ménageant pas des temps de grâce qui leur devaient être précieux , et où il ne tenait qu'à elles de prévenir toutes les peines qu'elles ondurenti Oh ! si elles étaient en état de les rappeler, ces heureux moments I s'il leur était permis de revenir sur la terre, et de réparer l'extrême dommage que leur a causé une trop grande indulgence pour elles-mêmes et pour leurs sens! que leur propo* serait-on de si austère qui les étonnât[; et quel prétexte la délicatesse de la chair pourrait-elle leur opposer qui les arrêtât? Déplorable aveuglement des mondains! leur sensibilité est infinie, le moindre effort les incommode, la moindre douleur leur parait insoutenable, et ils ne craignent point de s'exposer à des flammes dont l'atteinte la plus légère est au-dessus do tout ce que nous pouvons imaginer de plus douloureux. Apprenons à mfeux connaître nos véritables intérêts : moins nous nous épargnerons, plus nous gagnerons.

TBNDREDI.

Jean-Baptiste prêchant une pénitence efficace et salutaire. SERMON

SUR L'EFFICACE ET LA VERTU DE LA PÉNITENCE

Et tndehit omnis earo salutare Dei,

Tout homme verra le salut qui vient de Dieu. Loc , 6.

Effet merveilleux de la pénitence! elle nous ramène à Dieu , elle nous remet en grâce avec Dieui, elle nous procure le salut qui vient de Dieu. Tout homme, disait Jean-Baptiste, prêchant lui-même la pénitence , Umt homme le verra, ce salut : c'est-àdire, quetout pécheur aura part aux avantages inestimables de cette pénitence , s'il en prend les sentiments et s'il en suit les saintes impressions. Est-il une vérité plus consolante } et de quelle confiance n'est-elle pas capable de nous remplir, à quelques égarements que nous ayons été sujets.' Confiance chrétienne , confiance absolument nécessaire pour la conversion du pécheur, puisque sans cela il doit désespérer de la miséricorde divine , et s'abandonner à tous les excès où son désespoir peut le précipiter. U nous est donc bien important de savoir quelle er «•-**-~^ -» '- vertu de la pénitence, afin

SUR L'EFFICACE ET LA VERTU DE LA PÉNITENCE

que nous ayons recours à cette piscine salutaire , et que nous y cherchions la guérilBon des blessures de notre âme. Or, tout se réduit à deux articles, savoir, qu'il n'y a point de pécheur que la pénitence ne puisse justifier , et qu'eHe ne puisse sanctifier. Deux avantages tout différents : justifier le pécheur, et sanctifier le pécheur. Justifier le pécheur, c'est précisément le rétablir dans la grâce de Dieu, qu'il avait perdue : mais parce que dans cet état de grâce il y a divers degrés, sanctifier le pécheur, c'est de plus le faire monter à cette perfection qui distingue les élus de Dieu et qui en rehausse le mérite. Ainsi le pécheur justifié par la pénitence, sanctifié par la pénitence, voilà le double miracle qu'elle opère dans nous. Parlons encore autrement, et disons : Nul péché, si grief et si énorme, que la pénitence ne puisse effacer : et nulle sainteté, si hauteetsiparfadte, où la pénitence ne puisse nous élever.

Pbbmier point. Nul péché, si grief et si énorme, que la pénitence ne puisse effacer ; et par là même, point de pécheur qu'elle ne puisse justifier. Cette proposition suppose une vraie pénitence , une pénitence parfaite, une pénitence accompagnée de toutes les conditions requises : car c'est en ce sens que nous devons l'entendre. Or, tel est alors son pouvoir, qu'il n'y a rien dont elle n'obtienne une rémission assurée, une rémission prompte, une rémission entière, et c'est ainsi qu'en humiliant l'homme devant Dieu, elle triomphe du cœur de Dieu, quelque irrité qu'il soit, et lui fait une espèce de Violence pour le fléchir et le gagner.

Rémission assurée : non pas que Dieu , selon les droits de sa justice , ne pût rejeter le pécheur, et lui refuser sa grâce pour jamais. Mais la miséricorde l'emporte sur cette justice rigoureuse, et c'est asjsez que le pécheur, renonçant à son péché, lève l'obstacle qui le séparait de Dieu, pour engager Dieu comme un père tendre, ou c^mme ce bon pasteur de l'Évangile , à recevoir cette brebis égalée, et à reprendre en faveur de cet enfant prodigue les premiers sentiments de sou amour. Nous en faut-il d'autre garant que Dieu lui-même et que sa parole ?Toutes ses Écritures sont pleines sur cela des promesses les plus authentiques et les plus expresses. Point d'exception : elles s'étendent à tout péché, de quelque nature qu'il soit, et quelque abominable que nous le puissions concevoir. On ne peut lire, sans en être frappé et comme saisi d*horreur, tous les reproches que le Dieu d'Israël faisait à son peuple. C'est une nation vendue au péché, disait le Seigneur, c'est un peuple chargé de toutes les iniquités, une race pervertie et corrompue; ce sont des enfants ingrats et scélérats : malheur à eux ! Onelle ima^eet quel anathème! ne semble-t-ii pas

qu'il n'y avait plus de ressource pour ce peuple, et qu'ils étaient perdus? Cependant que s'ensuit-il de tout cela ? après tant de reproches et de si terribles menaces. Revenez, conclut le même Seigneur parlant aux mêmes pécheurs, convertissez-vous, cessez de faire le mal et ne craignez point. Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, ils deviendront comme la neige; et quand vous auriez été tout noircis de crimes, vous serez blancs à met yeux comme la laine la phts blanche, (Isai., 1.) Quelle assurance pouvons-nous demander plus formelle et plus marquée ?

Rémission prompte : un moment suffit : comment cela? c'est qu'il ne faut qu'un moment pour former l'acte d'une contrition parfaite. Or cet acte est toujours et immédiatement suivi de la rémission. David avait péché : le prophète, de la part de Dieu, vient lui reprocher son crime, un adultère et un meurtre tout ensemble. Mais à la voix du prophète, ce roi pécheur ouvre tout à coup les yeux , rentre en luimême, se reconnaît coupable, se tourne vers Dieu, et dans un sentiment de repentir, s'écrie : J*a% péché contre le Seigneur. (Reg,, 12.) Que lui répond Nathan ? Il ne lui dit pas : le Seigneur vous panlonuera ; il ne lui dit pas : allez vous humilier, prier devant l'arche et demander miséricorde, le Seigneur vous l'accordera : mais il lui dit, dès l'heure mène et sans retardement : Le Seigneur a éloigne de vous votre péché, vous ne mourrez point. C'està-dire, le Seigneur vous a pardonné , votre péché vous est remis, vous voilà réconcilié et en état de grâce. Du moment qu'un criminel crucifié à cdté de Jésus-Christ lui eut témoigné son regret, et que, se reconnaissant digne du supplice qu'il endurait , il lui eut fait, avec un cœur contrit et pénitent, cette humble prière : Seigneur, souvenez-vous de moi, quand vous serez dans votre royaume, que lui promit ce divin Maître? Je vous le dis en vérité, lui répondit Jésus, dés at^jourd'hui vous serez avec moi datts le paradis. (Luc, 23.) Différence remarquable entre la rémission du péché et la satisfaction : celle-ci demande des œuvres et du temps; mais l'autre ne veut qu'un mouvement du cœur et qu'un instant.

Rémission entière. Car Dieu ne pardonne point à demi , et sa grâce n'est point partagée. En remettant un péché, j'entends un péché mortel , il remet tous les autres ; de même aussi que le pécheur vraiment contrit d'un péché l'est de tous les péchés dont il se trouve chargé devant Dieu.

Rémission même si réelle et si complète, que, selon le langage deTÉcriture, Dieu perd en quelque manière le souvenir de tout le mal que le pécheur a comnn's. L'impiété de Vimpie tombera sur lui; mais s'il se remet dans le devoir et qu'il fasse pénitence, Je ne me ressouviendrai plus de toutes êes

SUR L'EFFICACE ET LA VERTU DE LA PÉNITENCE

It^vstices, et il vivra. (Ezech., 18.) Non pas que Dieu en effet les perde jamais de vue , puisqu'il est ioeapable du moindre oubli , et que tout le passé oomina Tavenir lui est toujours présent. Mais le péoheor alors n'est plus aux yeux du Seigneur un objet de colère ; et comme si tous ses péchés avaient été rayés des livres de la sagesse divine, Dieu n'y pense plus pour les lui imputer et le condamner à une peine éternelle.

Ne disons donc point comme Caîn : Mon iniquité tMt trop grande; Je n'en aurai jamais le pardon. {Gen., 4.) Ce serait faire injure au Père des miséricordes. Hé! pourquoi mourez-vous, maison d'israéi? (EzKCH., 31.) Pourquoi, pécheur, n'irez-vous pas vous jeter dans le sein de votre Dieu, tandis qu'il vous est ouvert et que la pénitence peut vous y conduire? Il vous appelle, venez : venez , dis-je , qui que TOUS soyez. Si vous vous rendez sourd à sa voix, et si vous le forcez de vous perdre , vous ne pourrez attribuer votre per(e qu'à vous-même. Car c'est vous-même, vous dira-t-il, qui vous êtes obstiné contre ma grâce. Votre innocence avait malheureusement échoué et fait un triste naufrage ; mais je ▼ous présentais une planche pour vous sauver. Vous étiez au fond de l'abtme ; mais je vous tendais les bras pour vous en retirer. La grièveté, la multitude de ¥08 offenses vous troublait ; mais je ne cessais point de vous faire entendre et par moi-même et par mes ministres, que rien ne pouvait épuiser les trésors Infinis de. ma bonté, et que j'étais encore plus miséricordieux que vous n'étiez pécheur. Il fallait profiter de ces dispositions favorables de votre Dieu : il le voulait : que ne le vouliez-vous comme lui ?

Second point. Nulle sainteté si éminente et si parfaite où la pénitence ne puisse nous élever, et par conséquent point de pécheur qu'elle ne puisse sanctifier : pourquoi cela? par deux raisons : l'une prise du côté de Dieu , et l'autre tirée de la nature même de la pénitence.

Car à prendre d'abord la chose du côté de Dieu , il est certain que Dieu , de tout temps , mais surtout depuis la loi de grâce, a toujours pris plaisir à faire éclater les richesses de sa miséricorde dans la sanctification des plus grands pécheurs. Pierre avait renoncé Jésus-Christ, et Dieu en a fait le prince des apôtres. Saul était un blasphémateur et un persécuteur du nom chrétien , et Dieu en a fait le maître des nations. Augustin avait été également corrompu et dans sa foi et dans ses mœurs ; mais Dieu en a fait le plus célèbre docteur de l'Église. Qu'était-ce , avant leur conversion , que tant de pénitents de l'un et de l'autre sexe? A quels vices n'étaient-ils pas sujets? A quels désordres ne s'étaient-ils pas abandonnés? Quels scandales n'avaient-ils pas donnés au monde? Mais Dieu en a fiiitdes solitaires, des

anachorètes , de sublimes contemplatifs , aes modèles de mortification, d'abnégation de soi-même, d*oraison , de toutes les vertus chrétiennes et reli* gieuses. Miracles de la droite du Très-Haut, qui, pour sa gloire et pour notre salut, a voulu nous donner de tels exemples, afin de nous piquer d'une sainte émulation, quelque criminels que nous soyons, et de nous faire comprendre qu'il ne tient encore qu'à nous d'aspirer, par la voie de la pénitence , à ce qu'il y a de plus relevé dans la perfection de l'Évangile : car le même Dieu, auteur de tant de merveilles, n'est pas moins puissant pour nous, qu'il l'a été pour des millions de pécheurs et de pécheresses qui sont tombés avant nous dans les plus grands égarements, et qu'il ^ fait monter aux premiers rangs parmi ses élus ; il n'est pas moins jaloux présentement de sa gloire qu'il l'était dans les siècles passés , et l'intérêt de cette gloire divine ne Pengage pas mo»ns à faire de nous, selon les termes de l'apôtre, des vases d'honneur pour être placés sur le buffet , après avoir été, par nos dérèglements et nos excès, des vases d'ignominie et de colère.

D'ailleurs, à considérer la nature même de la pénitence, rien ne doit être plus sanctifiant. Car elle fait trois choses : elle attire sur le pénitent des grâces de sainteté , elle inspire au pénitent le goût de la sainteté, et elle fournit au pénitent les sujets et les occasions les plus capables de le conduire à la sainteté.

Grâces de sainteté : la pénitence les attire sur le pénitent, en sorte que, selon la parole de saint Paul : Où le péché abondait, la grâce devient surabon* dante {Rom,, 5) : pourquoi ? pour récompenser la fidélité du pécheur à suivre l'impression des premières grâces qui l'ont touché et qui l'ont excité à rechercher Dieu. Et en effet , ce n'est jamais en vain ni sans fruit qu'on est fidèle aux grâces de Dieu , et sa main libérale ne cesse point de les répandre sur nous, si nous ne cessons point d'y coopérer et d'y répondre. Parce que vous avez éû fidèle dans Vad» ministration des cinq talents que Je vous ai confiés, en voici cinq autres que J'y qjoute. (Matth., !15.)

Goût de la sainteté : la pénitence l'inspire au pénitent, et c'est ce que l'expérience nous montre. Par une providence de Dieu , un pécheur dégagé de la servitude du péché trouve dans les pieux exercices qui l'occupent une onction dont il est lui-même surpris : si bien qu'il peut dire comme Job : Ce qui m'était auparavant le plus insipide, est maintenant ma plus douce nourriture, (Job , 6. ) En quel repos se trouva tout à coup saint Augustin , dès le moment de sa conversion? En quel dégagement et quelle liberté d'esprit? il l'admirait et ne le comprenait pas ; il en était comme hors de lui-même. Quel changement! s'écriaiMl, et où ensuis-je, depuis que mes tiens sont rompus? Je ne croyais pas pon-

SUR L'lMri>UETE.

voir me passer des plaisirs qui m*«[ichantaieat , et maintenant mon plaisir le plus sensible est d'être privé de tout plaisir^

Sujets et occasions les plus capables de conduire un pénitent à la sainteté : c'est enfin ce que la pénitence lui fournit. Car, dans le cours d'une pénitence généreusement entreprise, constamment soutenue , en combien de rencontres faut-il pratiquer les vertus les plus héroïques? Combien de fois fautil se captiver, se gêner, se roidir contre soi-même, sacrifier ses inclinations, surmonter ses répugnances, combattre ses habitudes, essuyer les discours du monde, fouler aux pieds le respect humain, sans parler de toutes ces œuvres secrètes que l'esprit de pénitence ne manque point de suggérer? Or est-il rien de plus sanctifiant que tout cela? Quels trésors de mérite n'amasse-t-on pas ! quels progrès ne fait-on pas! Ainsi ces ouvriers de l'Évangile qui vinrent après tous les autres travailler dans la vigne du père de famille , furent égalés aux premiers, et reçurent le même salaire : pourquoi ? Parce qu'en peu d'heures ils avaient réparé le temps perdu, et autant avancé par l'ardeur de leur travail, que ceux qui s'y étaient appliqués dès le grand matin. Ce n'est pas même assez; et combien y a-t-il eu de pénitents élevés à des degrés de sainteté où ne sont jamais parvenus le commun des fidèles? De quels dons ont-ils été favorisés? et, sortant de ce monde, quels riches fonds ont-ils emportés avec eux ?

De là, si nous sommes justes , c'est-à-dire , si par une protection spéciale de Dieu, nous avons eu jusques à présent le bonheur de vivre dans l'ordre et dans la règle , gardons-nous de nous confier à nous-mêmes, ni d'entrer dans les sentiments de ce pharisien qui se préférait avec tant d'orgueil au publicain , et même à tous les autres hommes. Ne méprisons jamais le pécheur, quel qu'il soit, et quelque abandonné qu'il paraisse. Ce pécheur, dans la suite des temps , sera peut-être un saint, et peutêtre dans sa personne la parole de Jésus-Christ se vériflera-t-elle : Je tsms dis en vérité que les pubUcoins et ks femmes de mauvaise vie vous prévéderantdans te royaume de Z>ietf. (M atth., 21.) De là encore , si nous nous trouvons nous-mêmes engagés dans l'état du péché , réveillons-fK)us de notre assoupissement, et, pour allumer tout notre zèle, sans égard à ce que nous sommes, ayons sans cesse devant les yeux ce que nous pouvons devenir; car est-Il rien de plus touchant et de plus consolant pour l'âme la plus criminelle, que cette pensée : Tout pécheur que j'ai été et que je suis, si je le veux, je puis être un saint? Mais est-il rien en même temps qui doive plus nous confondre au jugement de Dieu , si nous nous rendons insensibles à une telle espérance?

Page 1