SUR L'AMBITION
Omnis tnons et eoUia humiliabitur.
Tontes les montagnes et tontes les ooUines seront abaissées. Luc., 8.
Puisque le Fils unique de Dieu descend du sein de son Père, et qu'il vient sur la terre s'abaisser lui-même et s'anéantir , il est bien juste que les montagnes du siècle , c'est-à-dire, que les grandeurs humaines s'humilient, et qu'elles déposent aux pieds de cet Homme-Dieu tout leur orgueil. Mais, par le plus déplorable renversement , tandis que la majesté divine quitte le trône de sa gloire et s'abtme en de profondes ténèbres, l'homme veut s'élever, se dis-
tinguer, et ne pense qu'à satisfaire son ambition. Esprit répandu dans tous les états de la vie et mémo jusque dans les plus viles conditions, où chacun ^ selon qu'il lui peut cx)nvenir, est jaloux d'une certaine supériorité qui le place au-dessus deses égaux, et qui lui donne sur eux l'ascendant. Cest ce désir de l'honneur, cet esprit d'ambition que nous devons aujourd'hui combattre , comme opposé directement à l'esprit de Dieu : Car c'est par là , et non par les raisons d'une sagesse mondaine, que nous allons l'attaquer. Ambition dont nous verrons tout ensemble, et le désordre et le malheur : ambition criminelle, et ambition malheureuse; criminelle devant Dieu, malheureuse de la part de Dieu. Anobition criminelle devant Dieu : en quoi? dans les projeU^ qu'elle inspire à l'ambitieux : premier point. Ambition malheureuse de la part de Dieu : comment? par les jugements et les coups du ciel qu'elle aUire sur l'ambitieux : second point. La suite développera mieux encore ces deux vérités.
Premier point. Ambition criminelle devant Dieu dans les projets qu'elle inspire à l'ambitieux. On veut s'agrandir, précisément pour s'agrandir; on le veut pour jouir des avantages temporels de la grandeur. On le veut à l'infini , sans se prescrire aucun terme où l'ambition s'arrête; on le veut indépendamment de Dieu ; on le veut sans égard au mérite , et sans être en peine si l'on a les dispositions requises; enGn, on le veut par les voies les plus illicites et aux dépens de. la conscience. Tout cela autant de désordres par où l'ambition devient criminelle devant Dieu. Reprenons toutes ces propositions.
1 . On veut s'agrandir précisément pour s'agrandir : on ne cherche dans la grandeur que la grandeur même. Or, la grandeur, comme grandeur, ne convient qu'à Dieu, qui est seul grand, et qui le doit seul être. Vouloir donc s'élever et se faire grand, c'est une espèce d'attentat sur les droits du Seigneur, et de cet Être suprême devant qui tout être créé n'est que néant. 2. On veut s'agrandir pour jouir des avantages temporels de la grandeur, c'est-à-dire, pour se glorifier, pour recevoir des hommages et des respects, pour tenir partout le premier rang, pour vivre dans la pompe et dans l'éclat. Or, ce n'est point à cela que les grandeurs du siècle sont destinées, et n'y envisager que cela , c'est un abus hautement condamné dans la loi de Jésus-Christ : elles sont établies pour la gloire de Dieu et non point pour la nôtre. 8. On veut s'agrandir à l'infini, et sans se prescrire jamais un terme où l'ambition s'arrête : plus on monte, plus on veut monter, et à peine a-t-on fait un pas , que la pensée natt d'en faire un autre : désir insatiable, désir déréglé, contraire à la modestie et à la modération chrétienne*