SUR L'AMBITION
Mais désir surtout condamuable dans des gens de rien y quand, à force de se pousser, devenus plus audacieux, ils ne rougissent point d*aspirer enûn aux degrés les plus éminents, et prétendent, comme range superbe, se placer au-dessus des nues et des astres de la première grandeur. 4. On veut s'agrandir indépendamment de Dieu et sans faire nul fond sorDiea. L'ambitieux compte sur lui-même, compte sur son industrie , compte sur des amis, sur de puissants protecteurs ; mais pense-t-il à mettre Dieu dans ses intérêts? Contre l'oracle et l'expresse défense du Saint-Esprit, il s'appuie sur un bras de chair. Voilà toute sa ressource. 5. On veut s'agrandir sans égard au mérite , et sans examiner si l'on a les dispositions requises : témérité insoutenable ; on s'ingère dans des postes , dans des ministères , dans des prélatures qu'on n'est pas en état de remplir, et où l'on ne doit néanmoins entrer que pour en accomplir tous les devoirs. 6. On veut s'agrandir par les voies les plus illicites et aux dépens de la conscience : y a-t-il iniquité que l'ambition n*emploie pour venir à bout de ses desseins ? Mais la conscience y répugne : hé ! qu'est-ce que la conscience d'un ambitieux? ou a-t-il une autre conscience que son ambition? Concluons par les paroles de Jésus-Christ , et disons que, de la manière dont on se comporte dans la poursuite des honneurs du monde, ce qui est grand aux yeux des hommes, n'est qu'abomination aux yeuxde Dieu, (Luc, 16.)
Second point. L'ambition malheureuse de la part de Dieu : comment? par les jugements et les coups du ciel qu'elle attire sur l'ambitieux. Nous ne lisons point dans TÉcriture des menaces plus ordinaires que celles-ci : savoir, que Dieu confondra les orgueilleux de la terre; que tandis quHs s'épuiseront de travaux et de soins pour l'établissement de leur fortune et pour leur agrandissement, il déconcertera leurs mesures, il dissipera leurs desseins, il fera échouer leurs entreprises ; que s'il les laisse parvenu* au point de prospérité où ils visaient, ce sera pour tourner contre eux leur prospérité même, et qu'ils y trouveront une source de chagrins et de déplaisirs les plus mortels; que s'il les laisse atteindre jusques au faîte de la grandeur, ce sera pour rendre leur chute d'autant plus désastreuse et plus éclatante qu'ils tomberont de plus haut , et que dans leur ruine , il les abandonnera à eux-mêmes et à leur désespoir. Menaces qui ne regardent que la vie présente : car ne parlons point de ce que Dieu prépare à Tarobitieux dans Téternité. Menaces conGrmées par tant d'exemples dont les saints livres nous font le récit. Menaces qui se vérifient encore de siècle en siècle par mille événements que nous devons attribuer à la justice de Dieu , et qui sont de visibles , mais terribles ehâtiments de l'ambition.
■OmDALOUE. — T. ni.
1 . Combien y en a-t-il que Dieu arrête au milieu de leur course? Ils s'agitaient , ils se tourmentaient, ils disposaient les choses avec toute l'adresse et toute l'assiduité imaginables; une espérance presque certaine leuir répondait du succès ; mais un fâcheux contre-temps, mais la mort d'un patron, mais le refroidissement d'un ami, mais la faveur d'un concurrent, mais quelque sujet que ce soit, a tout à coup rendu inutiles tant de démarches et tant de mouvements. Comme cette tour de Babylone, l'ouvrage est demeuré imparfait, et de cette fortune qu'on voulait bâtir, il n'est resté que la douleur d'y avoir perdu ses peines i et vainement consumé ses jours. Ils édifieront , dit le Seigneur , et de mon souffle je disperserai tout ce qu'ils auront amassé de matériaux et fait de préparatifs. 2. Combien y en a-t-il qui, plus heureux en apparence , ont obtenu ce qu'ils souhaitaient? Tous les chemins leur ont été ouverts, tout les a soutenus ; mais dans leur élévation, h quoi se sont-ils vus exposés? à la censure et au mépris, aux plaintes et aux murmures, aux traverses et aux contradictions, aux alarmes continuelles, aux affaires les plus désagréables, aux embarras les plus accablants, aux dégoûts et aux déboires les plus affreux : de sorte qu'ils ont été forcés de reconnaître que dans la médiocrité de leur premier état, ils étaient mille fois, et plus honorés du public, et plus contents en eux-mêmes. Ils se promettaient de marcher dans les voies tout aplanies , mais Dieu les a semées d'épines. 3. Combien d'autres , après avoir vécu un certain nombre d'années dans la splendeur, et y avoir eu tout l'agrément qu'ils pouvaient attendre, ont été renversés par une disgrâce? de quelles chutes avons-nous entendu parler, et avonsnous même été témoins? Tout s'est éclipsé : des familles entières sont tombées avec leur chef, et l'éclat des pères n'a pu passer jusques aux enfants : car ce sont la les coups du bras tout- puissant de Dieu , et c'est ainsi qu'il abat de leur trône les potentats qui se confient en leur pouvoir. 4. Encore s'il daignait les consoler dans leur infortune; mais parce que jamais ils ne se sont occupés deDieu» et que jamais ils n'ont su recourir à Dieu, il les \U vre à leurs noires mélancolies. Il les voit se ronger, se désoler, dépérir, sans verser sur eux une goutte de son onction divine pour leur adoucir Tamertume du calice. Apprenons de Jésus-Christ à être humbles; c'est ce qu'il vient nous enseigner, et c'est dans notre humilité que nous trouverons tout à la fois et l'innocence et le repos de nos âmes.