‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 290 sur 408 · SUR LA DOUCEUR CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUR LA DOUCEUR CHRÉTIENNE

B, on craint de le perdre; et plus on Taime, plus les alarmes sont fré(iuentes : car on les prend aisément. Une perte qui arrive chagrine , et est capable de désoler un homme à qui, néanmoins, il reste d'ailleors beaucoup plus qu'il ne lui faut pour être ed état de porter le dommage qu'il a souffert. Parce qa*on est Âpre sur Tintérdt , on ne veut rien laisser inutile , mais on prétend que tout ce qu'on a proGte, et ce sont toujours pratiques nouvelles , toujours nouvelles fatigues. On ne veut rien céder, rien relâcher de ses droits; on les exige h la rigueur, et de là les contestations, les démêlés, les procès. Il n'y a là-dessus qu'à interroger tant de riches du siècle, et qu'à les faire parler. Leur convoitise les dévore, mais s'ils savaient la contenir et la régler, avec Doe fortune un peu moins ample , ils vivraient beaucoop plus tranquilles, et cette paix vaudrait mieux que toutes leurs richesses.

Trotsibme point. Passion la plus dangereuse dans ses effets à l'égard de la conscience et du salut. Outre que rattachement aux biens de la vie est en soi un péché, et qu il a sa malice propre, c'est encore la source de mille péchés. Vérité d'autant plus triste et plus déplorable, qu'elle a moins besoin de preuves , et que les exemples en sont plus communs. Y a-t-il injustice que cette passion ne fasse comnnettre, et y a-t-il injustice qu'elle n'empêche de réparer.'

1 . Quelles sortes d'injustices eette criminelle passion ne fait-elle pas commettre? Qu*a-t-on vu dans tous les siècles , et que voyons-nous autre chose tous les jours , que des usures , que des fraudes , que des violences, que des concussions? Quelles voies n'at-on pas imaginées pour gagner et pour s'enrichir anx déj[»ens des particuliers, aux dépens du juste, aux dépens du pauvre, aux dépens de la veuve , de l'orphelin ; et cela , non point seulement dans le monde libertin et corrompu, mais dans le monde même chrétien , parmi un certain monde assez réglé d'ailleurs, et réputé vertueux et dévot? Iniquités plus grossières dans les uns, iniquités plus subtiles et plus couvertes dans les autres, mais toujours iniquités qu'on ne justiGera jamais au tribunal d'une conscience droite et saine , quoiqu'on ne manque pas d'artifices et de détours pour les accorder avec une conscience fausse et erronée.

2. Le comble de l'iniquité , c'est que la même passion qui fait commettre tant d'injustices , empêche de les réparer. La nécessité de la restitution est un principe universellement reçu : nul ne l'ignore : mais la pratique de la restitution est une chose presque absolument inconnue. Chacun sait s'en dispenser : pourquoi? parce que chacun ne consulte que son attache au bien , et qu'il n'est rien de plus ingénieux que cette damnable a varice , à invei>*M

et à éluder les plus étroites obligations. Mnh si elle se déguise à nos yeux, elle ne peut se déguiser aux yeux de Dieu , qui la dévoilera dans son jugement , et qui la réprouvera. Gardons-nous d'une si terrible condamnation , et suivons l'avis que nous donne le Sauveur des hommes ; Ne cherchez point à amasser des trésors sur la terre, où la rouille et les vers consument tout; mais travaillez à amasser des trésors dans le ciel y où il n'ij a ni rouille ni vers qui consument. Car où est votre trésor, là est votre cœur. (Matth., 6.)

HEBCREDI.

Jean-Baptiste condamnant les emportements et es violences.

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