SERMON SUR LA FOI
Qui crédit in Filium habet vitam œlemam; qui autem incrudulus est Filio non videbit vitam, sed iratn Dei manH êupcr eum.
Celui qui croit au Fils pouède la vie éternelle; mais celui qui reru&e de croire au Fils u*aura point la >ie, et la colère de Dieu s*appesanUra sur lui. Joan., 3.
Malgré ce magnifique éloge que Jean-Baptiste V la foi eo Jésus-Christ, les Juifs Font re-
SUR Là FOL
jetée, cette foi chrétienne, et c'est pour cela même aussi que s'est accomplie dans eux cette terrible menace du divin précurseur : Celui qui ne veut peu croire au Fils n'aura point la vie, mais la colère de Dieu tombera sur lui, et y demeurera. Les nations ont proflté du malheur de ce peuple incrédule, et, par un transport qui nous a élé favorable, la foi, que les Juifs n'ont pas voulu recevoir, a passé aux Gentils, et s'est perpétuée jusques à nous. Don de la foi , don précieux où parait admirablement, outre la miséricorde du Seigneur, sa sagesse et sa providence : car il nous fallait tout ensemble , et une foi ferme, et une foi méritoire : une foi ferme, et par conséquent assez éclairée pour bannir de nos esprits tout doute raisonnable, et pour les flxer ; une foi méritoire , et par conséquent assez obscure pour faire de notre soumission une vertu, et pour l'exercer. Deux excellentes prérogatives de la foi ciirétienne. Nous ne pouvons mieux fa comparer qu'à cette colonne qui conduit les Israélites dans le désert, et qui , toute lumineuse d'une part, était de l'autre toute ténébreuse. Foi assez éclairée dans la force des motifs qui nous la rendent croyable, pour former la persuasion la plus solide et la plus ferme : premier point. Foi assez obscure dans le fond de ses vérités, pour éprouver Insoumission la plus humble et la plus aveugle : second point. De ce double avantage nous apprendrons quelle estime nous devons faire de notre foi , et nous comprendrons le Sjens de l'apôtre, quand il dit que la/oi est la conviction des choses que nous ne voyons point. (flebr,y 11.)
Pbemier point. Foi assez éclairée, dans la force des motifs qui nous la rendent croyable, pour former la persuasion la plus solide et la plus ferme. Car si nous croyons en Jésus-Christ, et si nous y devons croire, ce n'est point sans preuve. Cet Homme- Dieu s'est montré sur la terre, il s'est dit envoyé de Dieu et Fils de Dieu , il a annoncé aux hommes son Évangile, il leur a prêché une loi nouvelle ; mais il n'a point exigé qu'on se soumît à sa doctrine, ni jqu'on s'attachât à sa personne, sans procluire en sa faveur des témoignages irréprochables et capables de convaincre les esprits. Or ces témoignages qu'il produisait aux Juifs, ont toujours la même force .pour nous ; et soutenus encore des autres témoignages que la suite des temps, depuis Jésus-Christ, y a joints, permettent-ils à tout homme doué de raison la moindre incertitude: et peut-on, à moins que de s'aveugler soi-même, ne pas apercevoir la Inmière qu'ils répandent sur la créance chrétienne?
Témoignages les plus authentiques et les plus sf'nsibles. Ce sont : 1. l'accomplissement des plus fameuses prophéties, les unes faites de Jésus-Christ et vériGées dans sa personne, les autres faites par
Jésus-Christ même etconfinnées par les événements les plus incontestables et les plus connus ; 2. l'éclat de tant de miracles du premier ordre, opérés par la parole toute-puissante de Jésus-Christ, pour établir l'autorité toute divine de sa mission et la vérité de sa doctrine; 3. l'excellence de la loi que Jésus-Christ est venu prêcher au monde, la sublimité de ses mystères , la sagesse de ses maximes , la sainteté de sa morale; 4. le sang d'une multitude innombrable de martyrs, c'est-à-dire, de témoins qui , malgré les plus cruels tourments, ont rendu gloire à la loi de Jésus-Christ, et l'ont défendue aux dépens de leur vie; 5. l'établissement si prompt et si général de la loi de Jésus-Christ dans toutes les parties de la terre, au milieu des obsUcles en apparence les plus insurmontables, avec les moyens les plus faibles en eux-mêmes et les plus impuissants ; 6. le consentement universel depuis plus de dix-sept siècles , et le concours unanime des plus saints et des plus savants personnages , des docteurs les plus consommés , des plus grands génies , à recevoir la loi de Jésus-Christ, à la publier, à la combler d'éloges, à en faire le sujet de leurs méditations et la règle de toute leur conduite.
De là il est aisé de voir avec quelle témérité et quelle injustice Julien l'Apostat reprochait aux chrétiens que leur foi ne consistait que dans une simple ignorance, et qu'on se contentait de leur dire, Croyez: on nous ledit en effet; mais en même temps on y ajoute tout ce qui peut déterminer un esprit droit et l'affermir. Il a été de la providence de Dieu d'en user ainsi à notre égard; et nous ayant donné une raison pour nous diriger dans toutes les autres choses et nous servir de guide, il n'a pas voulu, dans les matières même de la religion, l'exclure alsolument et la détruire. 11 a prétendu la soumettre , la captiver, l'humilier ; mais non pas lui interdire tout exercice et la rejeter. Autrement nous n'aurions , ou qu'une foi chancelante et sans assurance, ou qu'une foi forcée et sans mérite. On dira peut-être que ces motifs , qui nous semblent si forts et si convaincants , ne font pas la même impression sur les libertins, et qu'ils n'en sont point toucbés. Hé î comment le seraient-ils ? y pensent-ils assez pour cela ? Se donnent-ils le loisir de les examiner, de les étudier, et s'appliquent-ils à les bien comprendre? sont-ils d'assez bonne foi , et ont-ils le cœur assez libre pour en juger sans prévention , sans passion? et est-ce enfin au milieu de la débauche où ils demeurent plongés, est-ce parmi une troupe d'impies comme eux et dans la dissipation du monde, qu'on est en état de s'instruire ? Des yeux couverts d'un voile épais n'aperçoivent point la lumière du soleil, mais elle n'en est pas moins vive. Laissons le libertinage raisonner à son gré et se perdre dans ses raisonnements ; pour nous , raisounons en chrétiens.