‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 300 sur 408 · SUR LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

SUR LA RÉDEMPTION

Notre raison appuiera notre foi et nous aidera à dissiper tous les nuages de Tincrédulité.

Second point. Foi assez obscure dans le fond de ses Térités pour exercer la soumission la plus humble et la plus aveugle. Cest un autre avantage de la foi chrétienne , et c'est proprement ce qui en fait le mérite. Voilà pourquoi le Fils de Dieu disait à saint Thomas : Bienheureux ceux qui n* ont point vu et qui ont cru, (Joan., 20.) Heureux de croire et de ne pas voir, parce que s'ils voyaient ils ne croiraient plus , puisque croire c'est adhérer à ce qu*on ne voit pas; heureux de croire et de ne pas voir, parce que s'ils voyaient ils n'auraient plus de foi, puisque leur foi se changerait en évidence , et que Tobscurité est essentielle à la foi ; heureux de croire et de ne pas voir, parce que s*ils voyaient, leur adhésion à ce qu'ils verraient ne serait plus pour eux une vertu ni un sujet de récompense, puisqu'elle ne dépendrait plus de leur volonté et de leur consentement : car Tesprit est-il maître de ne pas acquiescer à ce qu'il voit, et faut-il le moindre effort et le moindre acte de la volonté , pour commander à la raison de le reconnaître et pour l'y obliger?

Cest donc ici que nous devons admirer l'inGnie miséricorde et la suprême sagesse de notre Dieu, lorsqu'il a formé le dessein de nous conduire au salut par la voie de la foi. Il a eu tout à la fois en vue, et sa gloire et notre sanctification ; il a, dis-je , voulu que la soumission de notre foi honorât son adorable et souveraine vérité , et que comme nous lui faisons par l'amour le sacrifice de notre cœur, nous lui fissions par la foi le sacrifice de notre esprit. Il ne s'est pas contenté de cela , mais en cela même il a encore eu égard à notre intérêt : il a voulu que la soumission de notre foi, par l'effort qu'elle nous coûterait et par la victoire qu'elle nous ferait remporter sur nous-mêmes , nous tînt lieu de mérite auprès de lui et nous devînt profitable pour l'éternité. Or, il est vrai que dans le fond de ses vérités et des mystères qu'elle nous révèle, la foi , par son obscurité, est en effet pour nous la plus grande épreuve et conséquemment la plus méritoire.

Car quelles vérités nous propose-t-elle à croire, et quels mystères? 1. des mystères au-dessus de tous les sens , et plusieurs même tout opposés à ce que les sens nous représentent ; 2. des mystères au-dessus de l'intelligence humaine, et où la raison, toute pénétrante qu'elle est, ne peut par elle-même se faire jour, ni suppléer au défaut des sens; 3. des mystères dont la connaissance s'est perdue dans les plus vastes contrées de la terre , et que des nations entières d'infidèles ignorent et ne sont nullement en peine de savoir; 4. des mystères exposés, jusque dans le sein du christianisme , aux mépris et aux contradictions, attaqués par l'impiété, combattus

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par l'hérésie ; 5. et quelle créance néanmoins dois-je donner à ces mystères? une créance si absolue , que pour cela je dois démentir tous mes sens, imposer silence à ma raison , lui faire violence et la tenir assujettie sous le joug; une créance si pure, si simple, que je ne puis écouter la moindre difficulté, ni former le moindre doute ; une créance si pleine et si parfaite , qu'elle doit généralement s'étendre à tous les articles de la foi que je professe : de sorte qu'il ne m'est pas permis d'en retrancher un seul , puisque de pécher dans un seul point , c'^st pécher dans tous les autres ; une créance si résolue et si constante , que rien ne puisse m'en détacher : ni crainte, ni espérance, ni menaces, ni promesses, ni autorité, ni grandeur, ni persécutions, ni tourments, ni la vie , ni la mort. Ah ! Seigneur, un tel hommage vous est bien dû , mais il n'appartient qu'à vous et h votre divine parole. Ce n'est poiât là ce que nous révèle la chair et le sang : mais cette docilité, cette soumission sans réserve ne peut venir que de la grâce de votre Père céleste. Tout l'esprit de l'homme y répugne; son indépendance naturelle, sa curiosité, sa présomption ne peut s'accommoder de ce saint esclavage où la foi le réduit : mais malgré toutes les révoltes intérieures et toutes les répugnances, je crois, mon Dieu , parce que je veux croire; et je veux croire , parce que je sais que je dois croire. Vous , cependant , Seigneur, augmentez ma foi , animez-la , vivifiez-la. afin que ce ne soit pas une foi stérile, mais agissante, mais féconde en bonnes œuvres , et salutaire.

LUNDI

Jean-Baptiste perfectionnant les peuples par Tespéi ance en Jésus^^hrist.

SERMON

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