SUB UALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DIEU
diminue point TefScace et la vertu , il la sépare du monde, il Télève au-dessus du monde, il ne veut plus qu'elle soit pour le monde , ni que le monde soit pour elle; il se la réserve uniquement , et entre une infinité de vierges à qui il pouvait faire le même honneur, il se plaît à la distinguer. Il laisse les autres , s'il m'est permis de m'exprimer ainsi , dans la masse commune d'une vie sensuelle et mondaine : et il en tire celle-ci pour en faire une prédestinée parmi les prédestinés mêmes; c'est-à-dire, pour l'élever au plus haut rang de ses élus. Car c'est en cette qualité qu'il l'invite dans ce sacré cantique , et qu'il lui adresse ces divines paroles , où le Saint- Esprit semble avoir eu dessein de nous marquer tout le mystère de la vocation religieuse : yeni in horium meum, soror mea sponsa (Cant, 5) : Venez, vous que j'ai spécialement choisie, venez dans ce jardin planté au milieu de mon Église, dans ce jardin fermé, et inaccessible à tout autre qu'aux vierges qui me sont dévouées. Or il est évident, répond saint Ambroise , que ce jardin fermé est la religion. Cest là que Dieu retire les âmes qu*il a honorées de son choix, là qu'il se les attache du noeud le plus intime et le plus étroit, là qu'il veut être inviolablement à elles, et qu'elles soient inviolablement à lui : f^eni in hortutn meum , soror mea sponsa. Et de sa part que fait l'âme , quand elle suit le mouvement de cette vocation ? Elle agrée les saintes poursuites de son Dieu, elle y consent; elle se fait non-seulement un plaisir et une gloire, mais un devoir et une loi d'y répondre. Comme Jésus-Christ l'a choisie entre mille, elle dioisit , entre mille , Jésus-Christ ; pour s'attacher à lui seul , elle fait un divorce entier avec le monde.
Oui , ma chère sœur, c'est ainsi que Jésus-Christ votre Dieu vous a prévenue, vous a recherchée, vous a attirée par sa grâce ; et c'est en conséquence du choix qu'il a fait de vous , et par cette même grâce, que vous avez écouté sa voix et que vous l'avez suivie. Il a fallu que ce Dieu de miséricordes nt les premières démarches; mais dans toutes ces démarches et toutes ces avances, il ne croit pas en avoir trop fait, puisqu'il trouve en vous une disposition si conforme à ses vœux : car la profession que vous allez faire est le retour qu'il se promettait de votre fidélité , c'est-à-dire , un retour de préférence, et, pour me servir toujours du même terme, un retour de choix par où vous secondez le sien. En effet, ce ne sont point les hommes qui ont négocié pour vous cette alliance divine; ce n'est ni la chair, ni le sang; leurs maximes ne vont point jusque-là. Vous seule en avez pris le dessein , vous seule en avez traité avec Dieu , vous seule , animée de son esprit, en avez fait votre ouvrage. Comme vous ne pouviez l'entreprendre ni le commencer sans lui ; aussi, tout Dieu qu'il est, il ne pouvait le conclure
sans vous , dès qu*il voulait que ce fdt un choix pleinement volontaire et libre. Je dis plus : car dans ce choix, ma chère sœur, ce qui me parait spécialement avantageux pour vous, c'est qu'en cherchant Jésus-Christ , vous n'avez cherché que Jésus-Christ même. On cherche souvent dans les alliances du siècle un intérêt tout humain; mais ce n*e8t ni un rang, ni un établissement, ni une fortune temporelle que vous vous proposez, puisqu'au contraire vous quittez tout cela , et que pouvant posséder les biens du monde, goûter les plaisirs du monde, recevoir les honneurs du monde, vous embrassez la pauvretéde Jésus-Christ, l'humilité de Jésua-Christ, la mortification de Jésus-Christ
Choix si excellent et si parfait, que Pâme religieuse a droit pour cela de quitter père et mère, de rompre en quelque manière les liens les plus sacrés de la nature , d'abandonner ceux de qui elle tient la vie , de s'émanciper de leur dépendance et de leur conduite; et cela, non-seulement sans rien faire contre la piété , mais par l'acte même le plus liéroîque de la plus pure et de la plus insigne piété. Elle le peut , (lis-je , et , autorisée de la loi de Dieu , elle use en effet de ce pouvoir. Car, selon la remarque de saint Bonaventure , c'est à l'état religieux que nous pouvons appliquer ces paroles du Fils de Dieu : propter hoc, relinquet homo patrem etmatrem (Marc. , 10 ) ; Pour cela , il sera permis de se séparer de son père et de sa mère, quelque sacrés d'ailleurs que soient les nœuds qui nous y unissent. En est-il de même des vierges qui vivent dans le monde? Non, continue le même saint docteur : parce que, toutes vierges quelles sont, elles n*ont pas encore choisi Jésus-Christ d*une manière qui les autorise à se retirer de la maison paternelle. D'où il s'ensuit que , quelque profession qu'elles fassent d'une inviolable virginité, il n'y a point encore de parfaite alliance entre Jésus-Christ et elles : c'est aux vœux de la religion que cet avantage est attaché. Mais admirez, chrétiens, ce qu'ajoute saint Bernard, et ce qui mérite une attention particulière. Parce que l'alliance d'une âme avec Jésus-Christ devait être quelque chose de plus grand que toutes les alliances de la terre. Dieu, dit ce Père , a établi une loi proportionnée à la grandeur et à la dignité de cette alliance; et quelle est cette loi? la voici. Pour un époux de la terre on est dans l'obligation de quitter père et mère ; mais Dieu a ordonné que pour Tépoux céleste, qui est Jésus- Christ, on se quitterait soi-même. Car il était bien juste , poursuit saint Bernard , que pour un époux qui est Dieu , on quittât plus que pour celui qui n'a rien au-dessus de Thomme. Mais que pouvait-on faire de plus que de quitter père et mère? Ah! chrétiens, encore une fois, on pouvait se quitter soimême. Or c'est ce qui se pratique, mais héroïque-