‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 31 sur 408 · SUR L'ALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DIEU · texte numérisé non relu

SUR L'ALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DIEU

ment, dans la profession religieuse : car c'est bien se quitter soi-même, que de quitter sa liberté. Propter hœ , relinqvet homopatrem et matrem; voilà ce qui regarde les époux de la terre. Mais voici ce qui est propre des épouses de Jésus-Christ : Si guis tmltpostme venire^ abnegetsemeUpsum (Màtth., 16) : Que celui qui veut venir après moi se renonce soi-même, se détache et se dépouille de soi-même ; et c'est cette loi, ma chère soeur, que vous êtes sur le point d'accomplir : loi que je vous propose, comme le principe sur lequel doit désormais rouler toute la conduite de votre vie; loi que vous devez vous appliquer par de fréquentes réflexions , et qui seule est capable de vous maintenir dans toutes les dispositions de piété et de ferveur que votre vocation demande. Je suis à mon Dieu , car c'est ainsi que vous devez raisonner avec vous-même ; je suis à mon Dieu , et je l'ai choisi : il faut donc que je vive désormais comme étant à lui; il faut que toutes mes actions portent et soutiennent ce caractère de consécration; il faut que je parle, que j'agisse, que je traite avec les hommes comme une âme dévouée à Dieu; et que dans tout ce qui paraîtra de moi , on puisse reconnaître ce que je suis et à qui je suis. Tai choisi mon Dieu; et en le choisissant, j'ai vu tout ce qu'il m*en coûterait. Rien donc désormais ne doit m'être difficile pour lui ; car je l'ai choisi par amour, et l'amour rend tout, non -seulement possible, mais facile, mais agréable. C'est ce que fait tous les jours entre les mondains un amour profane : l'amour de mon Dieu est-il moins puissant pour me faire tout entreprendre, tout exécuter, tout supporter? Tai choisi mon Dieu, et je l'ai choisi uniquement : que serait-ce si non contente de Dieu , je voulais reprendre certains restes du mondet si , comme les Juifs dans le désert tournaient les yeux vers l'Egypte, je portais encore quelquefois mes regards vers le monde; si,pourm'adoucir le joufi;, et pour me remettre des fatigues et des ennuis de mon état, j'appelais à mon secours le monde? J'ai choisi mon Dieu : et pourquoi? afin de l'honorer d'un culte particulier et de ne plus vivre que pour lui. Quels reproches donc n'aurait- il pas à me faire, et ne devrais-je pas me faire moi-même, si je dégénérais de la sainteté de ma profession ; si , me bornant à une vertu commune, je négligeais le soin de mon avancement et de ma perfection ; si je n^avais de l'état religieux que l'habit et que le nom? Et qu'était-il besoin pour cela de sacrifier toutes les prétentions du siècle et tous les avantages qu'il me présentait? qu'était-il besoin de m*éloigner de mes prociies, et de sortir d'une famille où j e trouvais, avec la splendeur et l'éclat, de la probité et de la religion ; qu'était-il besoin de passer par tant d*épreuves , et d'embrasser une vie si sainte en elle-même ? Que dis-je! et n'eût-il pas mieux valu m'en tenir à

BOORDALOUE. — T. W,

ce que j'étais , que d'être ce que je suis ? car être ce que je suis, c*est être à Dieu et n'y être pas. Or cette contradiction , n'est-ce pas ce qui doit faire ma condamnation devant Dieu , et ma confusion devant les hommes? Cest , ma chère sœur, ce qui fera l'un et l'autre pour ces épouses infidèles qui ne savent pas soutenir le choix qu'elles ont fait de Dieu ; mais je puis me promettre que vous le soutiendrez / dans toute son étendue, aussi bien que l'engagement qui y est attaché, et dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.

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