‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 309 sur 408 · SERMON SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SERMON SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST

jipparuit gratia Dei Salvatori* nostri, omnibuê kominibuê, trudiens nos : ut abnegantes itnpietatem ut secularia deêèdena, Mobrie, et Juste , et pie vivamus in hoc teculo, expectamteM beatam spem,

La gràoe de Dieu notre Sauveur 8*est manireslée à tous les bommes pour notre instruction; alin que, renonçant à l'impiété et au\ convoitises du monde , nous vivions dans ce siècle ■elca les règles de la tempérance , de la JusUce et de la piété , «Uoidant le bonheur qui est le terme de notre espérance. I VÉpitre à Tite, chap. 2.

Cest ce jour qu'elle s*est montrée aux hommes, cette grâce de Dieu notre Sauveur, et c'est dans Tadorable personne de Jésus-Christ naissant , que se sont accomplies ces belles et consolantes paroles de Tapôtre. Dans le mystère de Tincarnation divine, cette grâce du Sauveur est descendue sur la terre; mais elle demeurait encore cachée dans le cl aste sein de Marie, et ce n'est qu'en Bethléem et dans rétable, qu'elle s'est rendue visible par la sainte nativité de l'Ënfant-Dieu qui nous l'apportait. 11 est donc venu , et il a paru au monde, ce Messie, ce désiré des nations : pourquoi? pour nous instruire et pour nous donner la science du salut. Science du salut dont avait parlé Zacharie, père de Jean-Baptiste, dans son admirable cantique , et que le divin précurseur devait lui-même enseigner au peuple de Dieu. Science du salut , science suréminente, l'abrégé de toutes les sciences, ou plutôt Tunique science qu'il nous importe d'acquérir et de bien apprendre. Science que saint Paul fait consister en deux choses : l'une , d'éloigner de nous tous les obstacles du salut, et Tautre de pratiquer toutes les œuvres du salut. Car ce sont là, dans la pensée du maître des gentils, les deux importantes instructions que nous devons tirer de la naissancede Jésus-Christ. La grâce de Dieu, notre Sauveur, s'est manifestée à tous les hommçs, afin que nous renoncions aux convoitises du monde et à ses désirs sensuels : voilà les obstacles du salut dont lin Dieu-Homme et naissant parmi leahomiaesiioui

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apprend h nous dégager : premier point. Cette même grâce de Dieu, notre Sauveur, s'est manifestée à tous les hommes, qfin que nous vivions selon les régies de la tempérance, delà justice et de lapiété: voila les oeuvres du salut qu'un Dieu- Homme et naissant parmi les hommes nous apprend à pratiquer : second point. Grandes et salutaires leçons où est renfermée toute la sagesse évangélique, et qui demandent toute notre étude et toute notre attention.

PfiSKiBB POINT. Obstacle du salut dont un Dieu- Homme et naissant parmi les hommes nous apprend à nous dégager. Ces obstacles sont les biens du monde, les honneiu^ du monde, les plaisirs du monde et l'attachement que nous y avons. Je dis l'attachement que nous y avons , et c'est cet attachement que l'apôtre appelle convoitises du siècle et désirs sensuels. L'expérience de tous les temps n'a fait que trop voir de combien de crimes ces malheureuses convoitises ont été la source, et combien d'âmes elles ont damnées, combien elles en damnent tous les jours. Or, c'est ce que le Fils de Dieu , dès sa naissance , nous apprend à retrancher de nos cœurs; et c'est pour nous y porter avec plus d'efllcace et plus de force, qu'il commence par nous eu donner lui-même l'exemple le plus touchant.

En quel état na!t-il? dans un état de pauvreté, dans un état d'humilialion , dans un état de souffrance et de mortification. Usons sur cela l'Évangile : tout y est remarquable. Pauvreté : la mère, qui se voit proche de son terme , cherche un lieu convenable où se retirer; mais son extrême indigence la fait refuser partout ; il ne lui reste qu'une étable : quelle demeure pour un Dieu et pour une mère de Dieu ! Quoi qu'il en soit , eesi là que Marie met au monde le Sauveur et le Roi du monde : c*est là qu'il commence à paraître. Le lit où il repose, c'est la paille; son berceau, c'est une crèche; &es vêtements , ce sont de misérables langes : voilà son palais , voilà tous ses trésors. Humiliation : hors quelques pasteiurs qui viennent lui rendre leurs hommages , nul ne le connaît , ni ne pense à lui. A la naissance des princes, la joie éclate de toutes parts , on célèbre leur nom; les peuples, par des feux, des acclamations publiques , leur applaudissent : mais à l'égard de ce Dieu naissant , tout est dans le plus profond silence ; il est dans le monde comme s'il n'y était pas. Souffrance et mortification : dans les ténèbres d'une nuit obscure, et au milieu de la plus rigoureuse saison , il se trouve exposé à tou* tes les injures du temps ; quel soulagement peut-i( recevoir de Joseph et de Marie? toutes choses leuir manquent , et ils n'ont point d'autres secours à lui donner que de s'attendrir à ses cris et de compatit à set douieura.

SUB LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST

Est-ce donc ainsi queiievait nattre le libérateur d*Israél , le rédempteur! des hommes , renvoyé de Dieu ? Est-ce ainsi que la synagogue Tattendait ? Bien loin de cela , elle se promettait un Messie puissant selon le monde, grand selon le monde, comblé de tout le bonheur et de toute la gloire du monde, fausse espérance dont les Juifs s*étaient laissé prévenir. Mais ce n*est point là le plan que Dieu , dans le conseil de sa sagesse éternelle, s'était formé pour Touvrage de notre rédemption et pour son accomplissement; il nous fallait un Sauveur qui nous enseignât la science du salut, et qui d*abord nous apprît à en lever tous les obstacles; qui, dis-je, nous rapprît encore plus par ses exemples que par ses paroles , puisque les paroles sans les exemples perdent inflniment de leur vertu, et ne font pas, à beaucoup près, la même impression. Par conséquent il nous fallait un Sauveur tel que nous Pavons , et tel qu*i] se présente a nos yeux : un Sauveur pauvre, un Sauveur abject et humilié, un Sauveur souffrant et pénitent : pourquoi? afinqu*il pût nous dire avec plus d'autorité, et d'une manière plus persuasive, ce qu'il nous dit en effet de ta crèche : Malheur à vous , riches! (Luc, 6) non point précisément parce que vous êtes riches , mais parce que , vous confiant dans ces richesses périssables que vous aimez, vous ne pensez point à ce souverain bien, à ce bien étemel que je viens vous promettre, et qui seul est digne de vos soins. Malheur à vous gui, pour vous élever et vous agrandir sur la terre , anMlionnez les premiers rangs et voulez occuper les premières places! (Luc, 11 ) non point précisément que ce soit un crime de devenir grand et d'être grand; mais parce qu'éblouis de cette grandeur humaine et passagère dont vous êtes si jaloux, vous oubliez la véritaDie grandeur où vous devez sans cesse aspirer, et qui est la gloire céleste et immortelle. Malheur à vous qui vous réjouissez et qui trouvez votre consolation en cette vie! (Luc, 6) non point précisément que toute Joie et toute consolation vous soit défendue , car il y en a d'innocentes et même de saintes ; mais parce qu'enivrés des plaisirs sensuels qui vous corrompent , vous ne portez jamais vos vues vers la suprême béatitude où vous êtes appelés , et que vous ne prenez nulles mesures pour l'obtenir.

Solides enseignements du divin Maître qui , pour nous faire marcher avec plus d'assurance dans les voies du salut, nous en découvre les écueils. Il nous parle; mais l'entendons-nous ? voulons-nous l'entendre? Renoncer au monde, aux prospérités du monde, aux grandeurs du monde, au bonheur du monde, y renoncer, sinon d'effet, au moins de cœur, quel langage pour les mondains ! mais c'est le langage de Jésus-Christ, c'est son Evangile. Nous trompe-t-il? veut-il nous tromper? Raisonnons comme il nous plaira : il faut, ou suivre ce guide

qui vient nous conduire, et qui est la voie même, la vérité, la vie, ou vivre et mourir dans un funeste égarement qui nous mène à la perdition.

Second point. Œuvres du salut qu'un Dieu- Homme et naissant parmi les hommes nous apprend à pratiquer. L'apôtre nous les a marquées dans ces paroles, <nfin que nous vivions eelon les régies de la tempérance, de la justice et de la piété. Œuvres, suivant l'explication de saint Bernard, œuvres de tempérance et d'une modération chrétienne par rapport à nous-mêmes , œuvres de justice et d'une charité chrétienne par rapport au prochain, œuvres de religion et d'une piété chrétienne par rapport à Dieu.

1. Œuvres de tempérance et d'une modération chrétienne par rapport à nous-mêmes. Ce devoir se réduit aux saintes violences qu'il en coûte pour se maintenir dans l'ordre et se bien gouverner en toutes choses, pour garder une conduite toujours sage, droite, pure et régulière, selon la raison et selon l'esprit du christianisme. Car dans l'usage delà vie, combien y a-t-il pour cela de combats à livrer contre ses propres inclinations et ses propres sentiments? combien de vivacités à réprimer, combien de mouvements impétueux à arrêter, combien de jugements particuliers à soumettre et à déposer, combien de répugnances à vaincre , de volontés à rompre , combien d'efforts à faire , soit pour agir, soit pour s'abstenir et pour souffrir? en un mot, combien de fois, et sur combien de sujets faut-il , non-seulement renoncer au monde et à tous les objets extérieurs et sensibles, mais s'immoler soimême, mais se dépouiller de soi-même, nnais se renoncer soi-même? Sans cela, bien loin de pouvoir posséder son âme et de savoir se régler, à quoi souvent ne s'échappe-t-on pas ? à quelles extrémités ne se porte-t-on pas? en combien de rencontres ne s'oublie-t-on pas ? Guerre évangélique dont cet enfant, à qui nous rendons nos hommages comme à notre Dieu, et que nous adorons dans l*é* table, lève, pour ainsi parler, aujourd'hui Téteadard; guerre qu'il vient allumer sur la terre, et qu'il propose à tous ses disciples , ne les reconnaissant pour être à lui que par le renoncement à euxmêmes ; guerre qui réforme tout l'homme , qui le tient continuellement en bride , qui redresse ses caprices, ses légèretés, ses humeurs; qui le garantit de tous les excès où l'ardeur de ses passions pourrait l'entraîner ; qui l'établit et l'affermit inébranlablement dans cette sobriété, pour user du terme de saint Paul, dans ce tempérament et ce milieu où réside la sagesse , et où les maîtres de la morale font consister la vertu ; guerre difficile , il est vrai , mais il y va du salut. Or un Dieu descendu de sa gloire^ j un Dieu fait chair et sujet à toutes nos infiniiMt«J

SUR LA NATIVITÉ DE JESUS-CHRIST

m iNennédans la misère et anéanti pour ce salut ttéoM dont le soin nous est confié , ne nous donnetsl pas asseï à entendre quelle en est l'importance , et quot dans une affaire ^*une telle conséquence, il n'y a rien à ménager?

9. Œuvres de justice et d'une charité chrétienne par rapport au prochain. De justice : rendant à chacun ce qui lui est dû , et ne refusant rien à personne de tout ce qui lui appartient. De charité : ajoutant au devoir la bonne volonté, Tinclination k &ire du bien , le désir d'obliger et de faire des grâces , la patience dans les injures et une psompte disposition à pardonner. Contemplons notre modèle, et observons-y tous ces traits pour les former en nous, et poarles imiter. Il naît, ce roi du monde, et il natt dans l'eierciee actuel de la justice la plus exacte, par l'hommage qu'il rend aux puissances du siècle , quoique païennes et ennemies de sa loi. Si Marie, tout enceinte qu'elle était , a quitté Nazareth et s'est transportée à Bethléem , c'est pour se soumettre à redit d'Auguste-César qui ordonne qu'on dresse un état de l'empire, et que tous sans exception aillent se &ire inscrire, chacun dans la ville dont il est originaire : yoUà pourquoi cette mère vierge s'expose , elle et l'enfant qu'elle porte, à toutes les fatigdes d'un pénible voyage et aux rudes épreuves qu'elle a à soutenir dans une bourgade où elle est regardée et traitée comme étrangère. Elle obéit, elle pratique par avance, et fait pratiquer à son fils cette grande maxime qu'il doit un jour prêcher lui-même : Rendez à César ce qtd est à César (Màtth., 19); tant les droits du prochain sont inviolables , et tant devonsnous les respecter, de quelque nature qu'ils soient et en qui que ce puisseêtre. Ce n'est pas tout : il natt eet aimable et adorable Sauveur, et c'est par un efést de b charité la plus ardente et la plus désintéressée, e'est pour nous délivrer de la mort, c'est pour nous combler de ses biens, nous, indignes et viles créatures , nous pécheurs et ennemis de son "Père. Comptons après cela le peu que nous faisons pour nos fîrères ; car, qu'est-ce que notre charité et en quoi se montre-t-elle? où sont ses largesses? où «ont ses soins prévenante et bienfaisante? Que donne-t-elle? que supporte-t-elle?que remet-elle? Toutefois , un des caractères les plus marqués du diristianisme, et par conséquent une des vertus les plus nécessaires au salut, c'est la charité.

8. Œuvres de religion et d'une piété chrétienne par rapport à Dieu. Voilà le point capital , et c'est là que tout doit tendre : c'est , dis-je , à la gloire et jm culte de Dieu. Aussi est-ce l'essentielle et der- ■ière fin de l'avènement du médiateur qui nous est né. En entrant dans le monde, que dit-il au Père U«t-puissant qui l'envoie? Écoutons l'apêtre, et vcfoti» comme il le fait parler : f^'otts n'avez pas MirlKy Seigneur, du sang des taureaux et des l/oucs ;

vous ne wmrétespoint eanieniéde ces ablations H de ces victimes; mais vous m' avez formé un corps; et dans ce corps me voici, mon Dieu; je viens faire votre volonté, seUm qu'il est écrit de moi. ÇHdjT., 29. ) C'est par la transgression de cette volonté divine que votre gloire a été blessée, et je viens la réparer; je viens vous honorer, autant que le mérite votre être suprême. Ainsi , en effet , vientil glorifier le Dieu vivant, ce Fils unique de Dieu; il s'abaisse à tout pour cela, il se soumet à tout : mais nous, ce même Dieu à qui nous assujettit une dépendance encore plus naturelle et plus entière , en quoi le glorifions-nous? est-ce dans nos sentimente , est-ce dans nos paroles, est-ce dans nos aotiens? quels actes de religion, quels exercices de piété pratiquons-nous? ou si nous les pratiquons, comment les pratiquons-nous ? Devoirs indispensables, mais qu*on abandonne absolument, ou dont on nes'acquitte qu'imparfaitement; on s*en fisiit une gêne, une servitude, un fardeau . A qui donc offronsnous notre encens? à qui le devons-nous? et s'il nous est enjoint de rendre au monde ce qui appartient au monde, nous est-il moins étroitement ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu ? Or, ce qui appartient à Dieu , c'est l'honneur, et l'honneur de Dieu , c'est que nous le servions, que nous l'adorions, que nous observions sa loi , que nous révérions ses mystères, que nous soyons assidus à chanter ses louanges , à célébrer ses grandeurs , ù invoquer son nom, à entendre sa parole, à fréquenter ses autels, à fuir tout le mal qu'il nous défend, et à ne rien omettre de tout le bien qu'il nous commande. Reprenons tout ce discours, et concluons. Nous avons appris de Jésus-Christ naissant la science du salut, ou nous avons dû rapprendre; nous savons quels sont les obstacles du salut , quelles sont les œuvres du salut. Joignons à ces connaissances la pratique : c'est tout ce qui manque à l'ouvrage de notre rédemption , qu'il ne tient qu'à nous , avec la grâce du Sauveur, d'achever et de consommer.

AVERTISSEMENT

Outre l'Essai d'Avent qu'on donne an public, U s'esc eDCore trouvé dans les écrits du père Bourdaknie un Essai d*Octave du Saint-Saerement C'était la cootume autrefois de la prêcher teut entière , aussi bien que l*Avent, sous on même dessein général , qui comprenait huit sujets partiealiers, ei les prédirateurs blsaienC de ces difiërents siûets autant de discours. Le père Boordalooe avait voulu se confornier à cet usage, et pour cela marne il avait tracé sur le papier le fond et la sdle des huit sermaos qu'D se proposait de bire. Hais là-dessus, eonioie à fégard de rAvent , Il s'est tenu au projet , saos en venir à reiécntioii.

«es ESSAI D'OCTAVE DD SAINT-SACREMENT.

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