DEUXIÈME PARTIE
Il n'y a proprement que Dieu avec qui il soit honorable et avantageux de s'engager; et c'est une des choses en quoi l'excellence et l'être de Dieu se fait connaître et se distingue. Il n'en est pas de même des hommes. La grande règle de prudence ,^ en traitant avec les hommes, est de s'engager le moins qu'il est possible, et on dispute pour cela comme pour le plus important de tous les intérêts : pourquoi ? parce qu'en s'engageant avec les hommes, ou perd sa liberté, on commence d'être moins à soi-même, on entre dans un état de dépendance, et de dépendance de la créature , qui ne peut être qu'humiliant et onéreux : au lieu qu'à l'égard de Dieu , le grand avantage est de s'engager le plus qu'on peut, parce qu'à proportion que Ton s'engage à Dieu , on se trouve plus attaché à son souverain bien. Cet engagement, loin de préjudicier à la liberté, perfectionne la liberté, puisque la véritable liberté de la créature est d'être dans la dépendance et sous la domination de Dieu; et que jamais elle n'est plus à elle-même , que quand elle est parfaitement et inviolablement à Dieu. Or c'est dans cet engagement que vous entrez, vous chrétiens, par la profession du baptême; et vous, ma chère sœur, par la profession religieuse. Engagement pour lequel on peut très-bien vous appliquer ce que disait l'esprit de Dieu par la bouche du roi prophète formant et instruisant une âme juste : ÂucU^JUia, et vide, et inclina aurem tuam (Psalni, 44) : Écoutez, ma fille, mais écoutez attentivement ce que je vais vous faire entendre; appliquez-y toutes les puissances de votre âme ; gravez-le dans le fond de votre cœur ; ayez soin de le méditer tous les jours de votre vie, et ne Toubliez jamais. Par l'action que vous allez faire , vous vous engagez avec Dieu ; mais d'une espèce d'engagement assez peu connu , du moins dans toute son étendue, et dont je puis dire avec Jésus-Christ : Non omnes capiunt verhum istud, (Matth. , 19.) Or c'est pour cela même que je dois vous en instruire plus exactement , et qu'ajoutant à vos lumières celles d'une solide théologie , je vous dis en un mot , ma chère sœur., qua l'engagement de la profession religieuse estlrphis