‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 329 sur 408 · JÉSUS-CHRIST OUTRAGE DANS L'EUCHARTSTIB · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST OUTRAGE DANS L'EUCHARTSTIB

d'autres ont péri , avez heureusement conserré le don de la foi; à vous, catholiques de nom, catho* liques de profession , qui , par l'engagement le plus étroit et le plus inviolable attachement, deviez être pour Jésus-Christ ce qu'étaient les apAtres pour ce divin maître, quand il leur dit, en les félicitant: Fout êtes demeurés auprès de moi, et vous m'avez ité fidèles dans les épreuves que J'ai eu à soutenir (Luc, 22); encore une fbis, c'est à vous que je parle. Vous ne pouvez ignorer quelle est la sainteté et la dignité de ces temples que la piété de nos pères a construits et consacra à Dieu. Lieux saints , parce que Dieu, qui d'ailleurs remplit tout Tunivers, en a fait spécialement sa maison, et que c'est là qu'il doit recevoir notre encens et notre culte ; mais lieux doublement et plus particulièrement saints, parce que c'est le sanctuaire destiné à Padorable Eucharistie, et qu'elle y est tout ensemble, et comme sacrement , et comme sacrifice : comme sacrement , où THomme-Dieu est présent en personne, et nous donne sa chair à manger ; comme sacrifice , où oe même Dieu-Homme est immolé pour nous , ainsi qu'il le fut sur la croix, et devient notre hostie et notre rédemption.

Quand donc nous entrons dans le temple, où allons-nous ? et tant que nous y restons , où sommesnous? Nous allons nous présenter â Jésus-Christ, nous sommes devant Jésus-Christ , près de Jésus- Christ , sous les yeux de Jésus-Christ. De son autel il nous voit, il connaît toutes nos pensées, il démêle tous nos sentiments, il entend toutes nos paroles, il est témoin de toutes nos démarches , et il exige de tout cela le juste tribut; c'est-à-dire, qu'il exige que toutes nos pensées se portent vers lui, que tous nos sentiments n'aient pour objet que lui , que toutes nos paroles ne soient , ou que des demandes , ou que des actions de grâces, ou que des louanges qui s'adressent à lui ;'que toutes nos démarches, tous nos exercices ne tendent qu^à l'honorer et à nous humilier devant lui. Partout ailleurs, il consent que, sans rien penser, ni rien désirçr, ni rien dire, ni rien faire qui soit contre la raison et la religion , du reste nous nous occupions des choses humaines, selon qu'il convient à notre état; mais dans le lieu saint et au pied de l'autel où il a établi son trône, il est du respect et de l'honneur qu'il attend de nous que nous bannissions de notre esprit toutes les affaires, tous les soins , toutes les vues du siècle, et que rien de profane n'interrompe l'attention que nous devons à son auguste sacrement. Ainsi Jacob, après avoir vu seulement en songe le Seigneur et cette échelle mystérieuse où les anges montaient et descendaient : Que ce Dieu est terrible! s'écria-MI , tout éperdu et saisi de crainte; c'est la porte du ciel, c'est la demeure de Dieu ! ( Gènes, , 28.) Ce n'est ni en songe, ni en figure, que nous

voyons le sacrement de Jésus-Christ. Rien déplus réel que sa présence, et de là jugeons à quoi elle nous engage , et ce qu'elle doit nous in^irer.

Voilà , mes frères , ce que nous savons asse^ dans une stérile et sèche spéculation ; mais eommeat y répond la pratique? Ledirai-je, et Êiut-il que Je révèle ce qui fait l'opprobre bien plus des fidèles on prétendus fidèles que du sacré mystère qu'ils outragent? Mais en vain voudrais-je déguiser ee qui n'est que trop connu , ce qui se produit au plus grand jour, ce qui scandalise le peuple de Dieu, oe qui avilit nos assemblées et nos cérémonies les plus religieuses, ce qui change le temple du Dieu vivant et la maison du Seigneur en des places publiques et des rendez- vous où l'on vient se distraire, se dîs> siper, couler le temps , et le perdre en d'inutiles amusements.

Là, quels sujets appliquent l'esprit, etde quelles idées, de quelles imaginations se repaît-il? Pensées frivoles, pensées vagues et sans arrêt, égarements continuels, mille réflexions confuses, mille raisonnements, ou plutôt mille rêveries. Là, quols sentiments forme le cœur? souvent les plus vains, les plus mondains , et même les plus corrompus et les plus sensuels : tantôt envie de paraître et de se montrer; envie de se distinguer et d'attirer sur soi les regards ; envie de plaire , et pour cela les ajustements, les parures immodestes, les airs étudiés, les retours perpétuels sur la personne : tantôt complaisances secrètes, désirs criminels, inclinatioos naissantes , selon que les yeux se promènent avec moins de retenue, ou qu'ils se fixent sur ce qui les frappe plus fortement, et qui peut allumer le £bu de la passion. Là, quelle est la matière des entretiens? on laisse les ministres de l'Église s'acquitter de leurs fonctions; on les laisse parlera Dieu, chanter les louanges de Dieu , célébrer lés offices divins, consacrer le corps de Jésus-Christ, l'offirir en sacrifice, soit pour eux-mêmes, soit pour tous les assistants : mais ces mêmes assistants que fontils? Ils lient ensemble d'oisives conversations, tiennent même les discours les plus dissolus , s'attroupent quelquefois comme dans un cercle, et mêlent leurs voix à celles des prêtres , non pour prier, mais pour se réjouir et pour plaisanter. Là, de quelle manière agit-on , et comment se comporte-t-on? Quelles contenances négligées et peu séantes! quels mouvements de la tête pour observer tout oe qui se passe autour de soi , et jamais oe qui se passe à l'autel et devant soi ! Daigne-t-on fléchir quelques moments le genou , on se lève bientôt , on s'assied , on se tourne de tous les côtés, selon que le caprice l'inspire , ou que la commodité le demande.

Je dis ce qui paraît : mais que serait-ce si je venais à percer le mur? Que serait-ce si, donnant à cette morale toute son étendue, je venais à décou-

JÉSDS-CHMST CRUanÉ DANS L'EUCHARISTIE.

▼rir ees ceorres d'iniquité , ces oeuvres de ténèbres , qai se dérobent à la. vue des hommes, mais qui ne peoreDt échapper à la vue de Dieu ! Car vous voyez toat. Seigneur : vos yeux , suivant la comparaison de Totre apôtre, sont plus pénétrants que le glaive le mieux lâOBIé. Et qu*aperçoivent-îls , 6 Dieu de poretét et la pureté même! Je n'oserais y penser : eomment oserais-je m'en expliquer? Tirons le rideau sur toutes ces abominations , et déplorons l'affreuse décadence, non pas de l'Église de Jésus- Christ, puisqu'elle est toujours la même , toujours pure et sans tache, mais des enfants dePËglise, les frères et les cohéritiers de Jésus-Christ. Voilà donc ce cher troupeau, voilà ces disciples qu'il s'était réienrés et dont il voulait faire sa joie, sa gloire, sa couronne {Gaudium meum et corona mea). Il se proposait d'en être spécialement honoré : sont-ce là les marques d'honneur qu'il devait attendre? Il est vrai , l'on ne va pas toujours jusqu ' à lui refuser certains témoignages d'un respect apparent et à ne pas avoir certains égards. Il y a quelques dehors à quoi ne permettent guère de manquer, ou un reste de foi, ou plus souvent une considération tout humaine. On se tient devant l'autel et en présence du sacrement, la tête nue; on s'incline à certains temps, on se prosterne même : mais qu'est-ce que ces démonstrations extérieures? N'est-ce pas un jeu? ne sont-ce pas des insultes plutôt que des actes de religion?

Quoi qu'il en soit, je finis par où j'ai commencé, en remarquant le fruit que nous devons retirer de ce discours. 1. Apprenons quels efforts il en dut coûter à l'amour de Jésus-Christ pour nous , quand il voulut demeurer avec les hommes et qu'il nous laissa le sacré dépôt de son corps. Il voyait à quels outrages il s'exposait dans la suite des siècles , et tout l'avenir lui était présent; mais l'amour d'un Dieu surmonte tous les obstacles, et l'audace, la malignité, l'impiété, l'énorme ingratitude des hommes, ne pouvaitaller à tels excès, que ce divin amour ne se portât encore plus loin , et qu'il en reçût quelque atteinte. 2. Ce qui n'est pas moins digne de notre étonnement, et ce qui ne peut être l'effet que d'une infinie miséricorde, c'est qu'un Dieu tant de fois et si outrageusement insulté n'ait pas éclaté sur l'heure , qu'il ait suspendu ses foudres, qu'il ait fait en quelque sorte violence à sa justice, laquelle ne cessait point de lui crier : Levez-vous, Seigneur y et prenez en main votre cause. \{Psalm. 73. ) Les Samaritains n'avaient pas voulu donner chez eux entrée à Jésus-Christ, et, pour ce seul refus, ses disciples lui demandèrent de faire tomber le feu du ciel et de réduire en cendre tout une ville. Qu'eussent-ils dit s'ils l'eussent vu au milieu de toutes les ignominies où je vous l'ai dépeint? Cet aimable Sau- Teur n'écouta point le juste ressentiment desdiiei-

pies; il n'écouta et n'écoute tous les jours que cette douceur inaltérable, que cet esprit de la loi de grâce qu'il est venu annoncer au monde. 8. Concevons un nouveau zèle pour l'honneur de la maison de Dieu et du sacrement de Jésus-Christ. Au souvenir de tant d'irrévérences passées , faisons-hii toute la ré» paration qui dépend de nous. S'il ne nous est pas possible de lui rendre toute la gloire qu'il mérite et qui lui a été ravie, du moins glorifions-le autant que nous le pouvons. Ah! Seigneur! que tous les peuples vous révèrent : et que ne tient-il à mol de conduire à vos pieds tout ce qu'il y a d'hommes sur la terre , pour vous faire hommage et vous honorer! Ce ne sont là que des souhaits peu efficaces , mais sincères, mais du cœur; et^ au défaut de l'exécution , qui n'est pas toujours en notre pouvoir ^ vous vous contentez, Seigneur, du désir, et vous l'acceptez.

SIPTliulK IGOR.

Jésos-Christ crucifié dans l'Eucharistie.

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