SERMON SUR LA COMMUNION INDIGNE
Runwn erue\flgente9 ribimetiptit Filium Dei, Ils cmclflent toiit de noaTeaa le FUt de Dieu daot Ican penoDiies. Aux Hébreux, chap. 6.
En quels termes plus énergiques le grand apôtre pouvait-il s'exprimer pour nous donner à connaître le crime de ces apostats qui renonçaient la foi qu'ils avaientembrassée, et retournaient au judaïsme après s'être soumis à l'Évangile de Jésus-Christ? C'était une infidélité pour l'expiation de laquelle, dans la pensée du maître des gentils, il eût été nécessaire que le Fils de Dieu subît de nouveau le supplice de la croix, si, par les mérites infinis de son sang, ce rédempteur des hommes n'eût pas également satisfit, et pour tous les péchés déjà commis, et pour tous ceux qui devaient se commettre. Mais de quelque manière que les interprètes entendent les paro* les de saint Paul, elles ne vous conviennent que trop, sacrilèges profanateurs qui , sans respect du sacrement où vous venez participer , apportez à la plus sainte table une conscience criminelle, et vous rendez, par une communion indigne, coupables du corps et du sang d'un Dieu. N'est-ce pas là en effet crucifier le Fils de Dieu , non plus comme les Juifs , sur un bois inanimé et sans sentiment , mais dans nos personnes, mais dans nos âmes? Et voila, mes frères, l'affreux attentat dont je voudrais aujourd'hui vous donner toute l'horreur qu'il mérite. Matière d'autant plus importante, qu*il est plus à craindre qu'à ces temps de l'année où la solennité des fêtes, la coutume des fidèles et une bienséance chrétienne nous appellent à l'autel du Seigneur, et i
JÉSBS-CflRIST CRUCIFIE DANS L'EUCHARISTIE.
et quel courage se présetita-t-il à eux ! Rien ne Té-
engagent à y recevoir le pain de vie, bien des mondains s'y pc^sentent sans la robe de noces, je veux dire sans Tinnoccncc absolument requise, et avec le pécbé dans le cœur. Or, pour entrer d'abord dans mon dessein , observez avec moi , s'il vous plaît , que quelque douloureux que fût le supplice de la croix où le Sauveur du monde fut condamné, il y eut après tout une circonstance essentielle qui dut lui en adoucir la rigueur, et la voici : c'est que ce supplice lui fut volontaire. Prenez garde : volontaire, pourquoi ? parcequ'ily trouvaittoutà la fois deux grands biens, qui devaient être l'accomplissement de sa mission , comme ils en étaient la fin, savoir : la gloire de son Père et le salut de J'homme; la gloire de son Père, qui avait été blessée et qu'il voulait réparer; le salut de l'homme, qui s'était perdu et qu'il voulait relever de sa chute et sauver. Mais, dans une opposition dont on ne peut assez gémir, nous allons voir quelle violence fait à Jésus-Christ le pécheur par une communion sacrilège, puisque c'est tout ensemble, et l'offense de Dieu la plusgriève : premier point; et la ruine du pécheur la plus funeste : second point Plaise au ciel que ce discours vous inspire une crainte salutaire, et que, dans cette juste crainte, vous n'approchiez jamais du sacrement le plus vénérable sans un sérieux retour sur vousmêmes et sans toute la préparation qui convient!
Premier point. Offense de Dieu la plus griève : d'où nous devons d'abord juger quelle violence le pécheur fait à Jésus-Christ par une communion sacrilège. Il faut convenir que les Juifs se portèrent à d'étranges extrémités contre le Fils de Dieu , lors qu'après l'avoir comblé d'ignominie, déchiré de coups, ils le crucifièrent enfin, et le firent expirer dans les douleurs et la honte d'une mort aussi infâme qu'elle fut cruelle; mais ce Dieu sauveur s'était soumis à tout cela, avait consenti à tout cela, avait accepté tout cela. La gloire de son Père, qu'il s'agissait de rétablir, y était intéressée. Il le savait, et il était touché de ce grand intérêt par préférence atout autre. Cette seule vue devait donc lui rendre toutes les souffrances de sa passion, non-seulement plus supportables , mais désirables.
Il est vrai que dans le jardin, livrant son humanité sjunte à la tristesse , à la frayeur , au dégoût et à l'ennui , il témoigna une extrême répugnance pour la croix qui lui était préparée, et qu'il demanda de ne point boire un calice si amer : mais c'était l'homme qui parlait; c'était, dans le langage commun, ce que nous appelons l'appétit sensitif et la partie inférieure de l'âme , tandis que la raison supérieure et la volonté agréait tout et se résignait à tout. L'événement le montra bien. Dès que ses ennemis vinrent l'arrêter et se saisir de sa personne, avec quelle ardeur alla-t-il au-devant d'eux ! avec quelle fermeté
tonna , parce qu'il voulait effacer ainsi l'injure faîte à Dieu parle péché, et satisfaire à la justice du ciel. Mais il en va tout autrement dans uneoommunion sacrilège. C'est là , pour user toujours de la figure et de l'expression de l'apôtre, c'est là que Jésus- Christ est crucifié, puisque le pécheur est unecroix pour lui et la plus rude croix. Mais bien loin de rien apercevoir dans cette croix, qui puisse tourner à l'honneur de la majesté divine, il n'y voit qu'un crime et le crime le plus énorme. Car, qu'estce de communier indignement? Quel abus du Saint même des saints! Quelle audace! quelle perfidie! quelle hypocrisie! Je reprends, et suivez-moi.
1. Quel abus! Il n'est rien que Dieu nous ait ordonné plus expressément que le respect des choses saintes. C'est pour cela que, dans l'ancienne loi, le peuple était exclus du sanctuaire, et qu'il n'était permis qu'au souverain pontifed'y entrer. C'est pour cela que le même peuple d'Israël eut défense d'approcher seulement de la montagne où le Seigneur devait descendre et converser avec Moïse. C'est pour cela que, du moment qu'Osa eut porté la main sur l'arche , et que , par un zèle indiscret, il se fut avancé pour la soutenir, il tomba mort à la vue d'une nombreuse multitude, et , par un châtiment si sévère et si prompt, répandit la terreur dans tous les esprits. Et n'est-ce pas pour cela même encore que l'usage des pains de proposition était interdit à quiconque n'avait pas eu soin de se purifier, et ne s'était pas abstenu des plaisirs les plus légitimes? Or, je demande, qu était-ce que ce sanctuaire ? qu'était-ce que cette montagne? qu'était-ce que cette arche d'alliance? qu'était-ce que ces pains de propo.sition? et jamais en tout cela y eut-il ou put-il y avoir rien de plus saint, ni même d'aussi saint, que le sacrement de Jésus-Christ, que le corps de Jésus-Christ, que la sang de Jésus-Christ? Voilà néanmoins ce que profane le pécheur sacrilège par une communion indigne. Dans une même âme, il allie ensemble le péché et la sainteté même. Uuion la plus monstrueuse et la plus abominable.
2. Quelle audace! Saint Jean Chrysostôme, préchant au peuple d'Antioche sur le même sujet que moi , leur disait : Prenez garde , mes frères , et donnez-y toute votre attention; comprenez de quel pain vous allez vous uourrir, et soyez-en saisis de frayeur. Il le disait à tous, sans exception , aux plus justes comme aux autres; et les plus justes en effet tremblaient, s'examinaient, osaient à peine se présenter à l'autel; mais le pécJieur sait s'affermir contre toute crainte, et d'un pas ferme, d'un visage assuré, il s'ingère dans la troupe des fidèles. En vain lui fait-on entendre ces paroles de saint Paul aux Corinthiens : ^ous ne pouvez boire tout ensern^ ble le calice du Seigneur et le calice des dénions;