JÉSUS-CHRIST CRUCIFIE DANS L'EUCHARISTIE
u$ ne pouvez avoir part tout etuembie à la t4xble Seignewr et à la table des démons. Voulez-vous iier le Seigneur , et comme le piquer de jalousie 1 iM^vovsplus/ortsqueluifii.Cor,, 10.) En vain ileYée malgré lui et contre lui , sa conscience lui B-t-elleaYec Tangede l'Apocalypse : Heureux ceux imU lavé leur robe dans le sang de C Agneau; iU loin d'ici ^ loin de ce saint Ueu, enchanteurs , pudiques, homicides , idolâtres, fourbes et im- ^sieurs, vous tous qui aimez le péché et qui le mmeUez.{j4poc., 22.) T^ulle considération ne rréte, tant il est résolu de ne rien écouter, et de andiir toute barrière. A la face du Dieu vivant, lOS égard à la présence de Jésus-Christ , et sans bîter,il se montre, il marche; il va recevoir, ou tutôt enlever le divin aliment qui n'est réservé o'aux âmes innocentes et pures.
9. Quelle perfidie! Judas trahit son maître par m baiser ! et le baiser que donna au Fils de Dieu «t infâme disciple eut-il rien de plus perfide qu'une »mmunion où le pécheur, selon toutes les apparenees, vient à Jésus-Christ en ami , pour se dérooer et s'attacher à lui du nœud le plus étroit et le plus intime, mais dans le foud en ennemi, pour le vendre et pour le livrer? A qui le livrer ? aux plus ariminelles habitudes, aux plus sales passions, aux >lus brutales convoitises, à tous les vice^d'un cœur orrompu, où il descend et où il est dans une es- >èce d'esclavage. Qu'est-ce que cet état pour un >iea, et qu'est-ce que de l'y réduire?
4. Quelle hypocrisie! Ah ! chrétiens, ne sont-ce as souvent ces profanateurs qui affectent les plus eaux dehors? Comme ce n'est point un principe e religion qui les fait participer au sacrement, tuiîs un respect humain , mais une certaine coutume
quoi ils veulent satisfaire, mais un certain exemple qu'ils veulent donner, tout leur soin est , non »as de préparer leur âme, mais de se masquer et h se déguiser. Ils se prosternent, ils s'humilient, ils prient. Quand le Sauveur du monde , dans la dernière cène qu'il fit avec ses apôtres, leur apprit qu'un d'entre eux avait conjuré sa perte , Judas fut un des premiers à lui témoigner sa surprise, et De parut pas moins empressé que les autres à lui marquer son attachement et son zèle. Est-ce moi, l'écria-t-il, est-ce moi. Seigneur? ( Matth. , 26. ) C'était en effet ce malheureux; mais il craignait d*étre connu, et pour cela il palliait ses sentiments Bt se contrefaisait. Plût au ciel , qu'entre les ministres de Jé^us-Christ, il fQt le seul à qui Ton pât reprocher une si damnable dissimulation! Mais, bélas! puis-je sans horreur le prononcer! le ministère même le plus sacré n'a pas toujours été exempt les plus sacrilèges profanations : il ne l'est pas cn- Bore« Le Filsde Dieu nousavertit de nousgarder des [aux prophètes, qui viennent à nous sous des toi-
S0URD4L0UE. — T. III.
soDS de brebis, et qui sont au dedans d'eux-mêmes des loups ravissants. Daigne le Seigneur préserver son Église de ces indignes sacrificateurs qui, cou* verts des saints vêtements, montent à l'autel, y opèrent le divin mystère, le consomment dans leur sein , le dispensent de leurs mains , et cependant recèlent au fond de leur âme des mystères d'iniquité qu'ils tiennent ensevelis , autant qu'il leur est possible, en de profondes ténèbres, mais que Dieu voit, et que Jésus-Christ, juste vengeur de son sacrement, saura produire à la plus datante lumière dans le grand jour de la révélation.
Or, pour reprendre ma première proposition , de tout ceci , il est aisé de conclure que ce ne peut être sans une sorte de violence que Jésus-Christ voit à sa table on pécheur sacrilège , et qu'il souffre que le pain des anges lui soit administré. Aussi, selon la remarque des évangélistes, lorsqu'il aperçut Judas au milieu des apôtres , mangeant avec eux l'agneau pascal , et recevant comme eux le pain consacré , il en fut ému. Tout maître qu'il était de lui-même, il suivit le mouvement de son cœur; il se plaignit, il s'expliqua. Pïous ne pouvons nous en étonner pour peu que nous concevions ce que c'est, dans son estime et par rapport à lui, qu'une communion où toutes ses vues sont renversées , et qui , bien loin de contribuer à la gloire de son Père, ainsi qu'il se le proposait, ne sert qu'à l'offenser plus grièvement, ce Père céleste, et qu'à le déshonorer. Je ne crains donc point de passer les bornes de la vérité la plus exacte ; et j'ajoute, sans hésiter, que si ce Sauveur était encore dans une chair passible et mortelle, et qu'il dût comme autrefois endurer une seconde passion et une seconde mort, rien de toutes les cruautés qu'exercèrent sur lui ses bourreaux, ni de tous les tourments qu'il souffrit par la haine et la barbarie des Juifs , ne lui serait plus odieux, et en ce sens plus douloureux, que le crime d'un chrétien qui, par un sacrilège, profane le sacrement de son corps et de son sang. Voilà , Seigneur, ce que la malice des hommes vous réservait. Vous ne fûtes crucifié qu'une fois au Calvaire : combien de fois l'avez- vous été, et l'êtesvous dans vos temples et jusque dans votre sanctuaire !
Second point. Condamnation et ruine du pécheur la plus funeste : autre conjecture qui nous donne à connaître quelle violence le pécheur fait à Jésus-Christ par une communion sacrilège. Le Fils de Dieu ayant pensé à nous de toute éternité, et nous ayant aimés , il est venu parmi nous dans la plénitude des temps, et s'est chargé de toutes nos misères , non-seulement comme réparateur de la gloire de Dieu , mais comme rédempteur des homet leur médiateur auprès de Dieu. 11 est dono
JÉSUS-aiRIST CRUCIFIÉ DANS I/EUCHARISTIE.
certain que rien , après la gloire divine, ne Ta tou ehé plus fortement que ce grand ouvrage du salut et de la rédemption du monde. Cestcequi Fa attiré sur la terre ; c'est pour cela qu*il était envoyé , et c'est à quoi il a travaillé sans interruption jusques au dernier moment de sa vie. Or ce salut qu'il avait en vue , et qui lui fut si cher, c'était le prix de sa croix et de toutes les ignominies, de toutes les douleurs de sa passion : c'était là la fin où il aspirait ; et souhaitant la fin avec tant d'ardeur, ce désir si vif et si empressé devait lui faire prendre avec moins de peine le moyen nécessaire pour y parvenir. Mais quel est le fruit malheureux d'une communion sacrilège? à quoi se termine-t-elle ? Je l'ai dit : à la plus terrible condamnation du pécheur et à sa ruine.
Car, prenez garde, il devient coupable devant Dieu du corps et du sang de Jésus-Christ : c'est l'expression de l'apôtre. De là, selon les termes formels du même apôtre, en mangeant le corps et buvant le sang de Jésus-Christ, il mange et boit son propre jugement. Pour comble de malheur, il tombe dans un affreux abandonnement de la part de Dieu : d'où suit enfin une mortelle indifférence pour les choses de Dieu et pour le salut , qui le conduit à la perte entière de son âme. Que dis-je , à la perte de son âme I de cette âme si précieuse à Jésus-Christ, de cette âme, la conquête de Jésus- Christ et comme son héritage, de cette âme que Jésus-Christ voulait nourrir, conserver, avancer, élever à la gloire et à la béatitude éternelle, par l'efficace et la vertu de ce sacrement. Hé quoi! ce même sacrement qui devait lui donner la vie, c'est ce qui lui donne la mort! ce même corps , ce même sang de son Sauveur qui devait la sanctifier, c'est , par l'abus qu'il en fait, ce qui l'infecte, ce qui la noircit , ce qui la rend abominable devant Dieu , ce qui lui imprime un caractère de réprobation , et qui la damne! Dieu de miséricorde. Dieu rédempteur, quels sont sur cela vos sentiments? Jamais vltes-vous avec plus d'horreur la croix où vous fûtes attaché? et tout le fiel dont on vous abreuva eut-il rien pour vous de si amer ? Mettons ceci dans un nouveau jour, et expliquons-nous.
1. Il devient coupable devant Dieu, et par conséquent responsable à Dieu du corps et du sang de Jésus-Christ. Il en devient coupable, dit le Docteur des nations, puisqu'il profane l'un et l'autre, puisqu'il traite indignement l'un et l'autre , puisqu'il ne fait pas de l'un et de l'autre le discernement qu'Ile méritent par tant de titres. Et dès qu'il s'en rend coupable, H en est responsable à Dieu, puisque l'offense remonte jusques à Dieu même, puisque c'est le corps et le sang du Fils de Dieu , puisque Dieu, jaloux de l'honneur de son Christ, et souverainement équitable, ne peut laisser impunis uae profanation et un abus si énormes. Ce sang
donc, ce sang qui coula sur la croix pour la justification du pécheur, retombe sur lui pour sa damnation. Ce sang, dont la voix, plus éloquente que celle du sang d'Abei, s'élevait pour lui Ters le del et criait miséricorde, crie vengeance contre lui. Quel changement! quel renversement! Qu'il se rimpute à soi-même. C'est toujours le même sang qui devait être sa rançon ; mais à son égard (je puis le dire, et les Pères l'ont dit avant moi ), il en fait le plus contagieux et le plus subtil poison. Cest toujours le même Sauveur qui voulait le défendre et lui servir d'avocat ; mais il en fait son témoin le plus irréprochable et son plus dangereux accusateur.
2. En mangeant le corps et buvant le sang de Jésus-Christ, il mange et il boit son propre jugement. Et en effet , ce témoin , oet accusateur que le pécheur reçoit au dedans de lui-même, et qu'il suscite contre lui-même , c'est en même temps son juge, mais un juge ennemi, mais un juge irrité, parce que c'est un juge outragé. Il n'est point besoin d'un autre tribunal que la table du Seigneur; il ne faut point aller plus loin. C'est là que le crime se commet : il est sans excuse , il est constant et avéré. C'est donc là que le Seigneur, présent en personne, prononce sur l'heure contre le criminel le même anathème qu'il prononça dans une pareille conjoD^ ture contre ce disciple qui le trahissait : Malheur à cet homme! (Matth. , 26. } Malheur, parce que phis le sacrement qu'il viole est saint, plus il se rend coupable, et que, plus il est coupable, plus le châtiment qu'on lui prépare sera rigoureux. // vaudrait mieux pour cet homme de n'être jamais né. ( Ibid. > Jugement ratifié dans le ciel à l'instant même qu'il est porté sur la terre.
3. 11 tombe dans un affreux abandonnement de la part de Dieu. De n'avoir pas profité d'une grioe et de l'avoir reçue en vain, c'est assez pour arrêter le cours de certaines grâces que Dieu nous destinait , et pour l'engager à les retirer : que sera-ee de recevoir l'auteur de la grAce, le principe et la source de toutes les grâces, je ne dis pas inutilement et sans fruit, mais criminellement, mais sacrilégement? Car il ne s'agit pas seulement ici d'une simple omission , d'une simple résistance à la grâee, en ne faisant pas ce que la grâce inspire; mais d'un sacrilège actuel et formel , mais de l'attentat le plus noir, en profanant le divin mystère. Je dis de l'attentat le plus noir, parce que c'est souvent un attentat médité , prévu , concerté , fait avec connaissance et d'un sens rassis , malgré mille remords, malgré mille reproches intérieurs de l'âme qui répugne , qù hésite , qui voit à quel excès elle se laisse emporter et à quoi elle s'expose. Après cela , nous paraîtrat-il étrange qu'elle soit délaissée de Dieu et livrée à elle-même? Ainsi le fut Judas, quand le Sauveur