‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 336 sur 408 · JÉSUS-CHBIST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHBIST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE

elàvoirepinUence. ( 2. Cor., 7.) Tels sont, dis-jo, les toubaits de FÉglise ; et plus d*une fois ses espérances là-dessus ont été remplies. A ce triomphe de Jésus-Christ dont ils ont été témoins , à ce spectacle si religieux , des esprits rebelles et indociles ont été touchés; le charme qui les aveuglait et qui les retenait est tombé. Foudroyés, non point au dehors ni avec éclat comme saint Paul , mais intérieurement et dans le fond de Tâme , ils ont répondu comme lui à la voix qui les appelait : Seignew, qwè voulez-vous que je fasse? {Act,, 9.) Je suis à TOUS. La victoire a été aussi complète qu'elle était subite; ils se sont déclarés , ils se sont joints à la multitude, et, sans différer, se sont mis eux-mêmes à la suite dece Dieu vainqueur. Ce sont là de ces coups de grâce et de ces miracles dont nous ne pouvons présumer , mais qui sont toujours dans la main de Dieu. Son bras n*est point raccourci. N'entreprenons point de pénétrer ce secret de prédestination : contentons-nous d'adorer et d'espérer.

4. Réveiller et affermir la foi des fidèles. Us sont fldèles , ils croient ; mais du reste , comme la charité se refroidit avec le temps , de même la foi s'affaiblit et devient languissante; elle n'est pas tout à fait éteinte; elle subsiste dans le fond, mais elle n'a'pas ce degré de fermeté, de vivacité, qui fait agir et qui porte à la pratique. Ainsi , pour me renfermer dans mon sujet, parce que plusieurs n'ont , à l'égard du sacrement de Jésus-Christ, qu'une foi faible et ▼ague, de là viennent tant d'irrévérences qui se commettent devant les autels , et cette tiédeur avec laquelle on assiste au sacrifice, ou Ton approche de la sainte table. Mais est-il rien de plus propre à l'exciter, à la fortifier cette foi lente et comme assoupie, que la célébrité de ces sainU jours? Qu'es^ce que cette auguste cérémonie où se rassemble tout le corps de^ fidèles? c'est une nouvelle profession de foi qîie fait l'Église ; profession authentique et publique, profession commune et par là même plus efficace. Cet exemple mutuel qu'on se donne les uns aux autres , ce consentement universel, cette unanimité, forme une conviction qui, dans un moment, lève toutes les difficultés et résout tous les doutes. On voit et on croit, non pas contre la parole du Fils de Dieu , qui nous dit : Bienheureux ceux qui n'ont poM vu et qui ont cru (Joan., 20), mais en ce sens , que ce qu'on voit dispose à croire d'une foi plus vive et plus ferme que jamais ce qu'on ne voit pas. Concluons et disons, que ce n'est donc pas sans de puissants motifs que l'Église a ordonné ce triomphe dont elle honore Jésus-Christ ; qu'en cela ses Toes ont été les plus raisonnables , et que plus ses intentions sont droites, sages et saintes , plus nous devons nous y conformer et les seconder.

TioisisMB POINT. Triomphe le plus capabto

d'allumer le zèle des fidèles et de renouveler les sentiments de leur piété. Trois sentiments que cette solennité doit inspirer aux âmes fidèles envers le sacrement de Jésus-Christ : vénération, dévotion, consolation.

1. Vénération. Partout où est présente la sacrée personne de Jésus-Christ, il mérite également nos respects, puisqu'il est partout également Dieu. A prendre donc la chose absolument et en elle-même, il n'est pas moins digne de notre culte dans un lieu ni dans un temps que dans un autre; mais il faut d'ailleurs convenir qu'il y a toutefois certaines conjonctures où l'on est plus vivement touché , et qui tiennent dans une plus grande attention et un plus respectueux silence. Quand on est spectateur d'un appareil pompeux et magnifique ; quand on voit tout un peuple humilié et prosterné, ou qu'on est témoin des mouvements , des saints empressements d*une multitude qui ne pense qu'à témoigner son zèle et à rendre ses hommages; quand on n'entend autour de soi que des acclamations , que des éloges, que des chants de piété, tout sert à recueillir l'âme, et porte à faire un retour sur soi-même, à s'humilier et à se prosterner soi-même.

En effet, c'est alors que se retracent dans l'esprit, plus fortement que jamais, ces hautes idées qu'on a conçues du sacrement que l'Église honore : de la présence réelle d'un Homme-Dieu dans ce sacrement, de tou^ la majesté de Dieu renfermée dans ce sacrement, de toute la puissance de Dieu mise en oeuvre dans ce sacrement, de tous les trésors de la grâce de Dieu réunis dans ce sacrement, de ce sacrement incompréliensible, ine^ble, l'abrégé des merveilles du Seigneur. Occupé de tout cela, rempli d'admiration à la vue de tout cela , on voudrait en quelque manière s'abtmer et s'anéantir. Que toute la terre vous adore, Seigneur, s'écrie-t-on ; et que tout le ciel ne vient-il ici se joindre à la terre pour exalter votre saint nom et votre adorable mystère 1 Car qu'est-ce que les adorations d'un homme comme moi? Du moins , mon Dieu , vous voyez mon désir, et vous l'agréerez ; vous suppléerez à ma faiblesse, et vous aurez égard, non point tant à ce que je fais , qu'à ce que je voudrais faire. Ainsi pense-t-on, quand c'est un esprit de religion qui conduit à cette cérémonie. Mais si c'est un esprit de curiosité, un esprit d'amusement, le même esprit qui meneau théâtre et à des spectacles tout profanes, il n'est pas surprenant alors qu'on fasse d'une si auguste solennité un passetemps inutile où l'on ne cherche qu'à repaître ses yeux , qu'à voir et à être vu. De là même ce tumulte et cette confusion , ces allées et ces venues , ces immodesties dont cette fête est troublée : nulle réflexion, nulle retenue. On promène de tous côtés ses regards, sans les tourner peut-être une fols ▼ers Jéms-Cbrist. Tandis que ses ministres prient à

JÉSnS*GHRIST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE.

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haute YoiXf afin que tous les assistants s'unissent à eux, du moins d'esprit et de cœur, on s'entretient de bagatelles , on converse , on agit , on se comporte en tout avec autant de liberté et aussi peu de circonspection que si c'était une partie de plaisir et un divertissement mondain.

2. Dévotion. De ce sentiment de respect et de vénération qu'inspire la cérémonie de ce jour, naissent des sentiments de dévotion. Sentiments prompts et subits, vîCb et ardents. Le cœur tout à coup s'émeut, l'enflamme, devient tout de feu. Soit amour plus tendre, soit reconnaissance plus affectueuse, soit confiance plus intime, tout le remue, et quelquefois le transporte comme hors de lui-même. C'est la grâce intérieure qui produit ces sentiments; mais il n'est pas moins vrai que certain extérieur de religion qu'on aperçoit de toutes parts autour de soi ne contribue pas peu à les former. Car je parle d'une dévotion sensible; je veux dire, d'une dévotion qui . se répand jusque sur les sens , après que les sens ont eux-mêmes servi h Texciter. Je ne sais quelle onction eoule dans l'âme, et de l'âme rejaillit en quelque sorte jusque sur le corps, selon cette parole du Prophète : Mon cœur et ma chair ont tressailli, et se sont r^ouis dans le Dieu vivant. {Psalm. 83.)

8. Consolation. De quel transport de joie Madeleine fut-elle saisie, quand elle vit son aimable maître ressuscité? Elle courut à lui , elle se jeta à ses pieds, et sans tarder un moment, elle alla, selon rordjre qu'elle en reçut, porter aux apôtres une si heureuse nouvelle. Tel est le sentiment de consolation dont est pénétrée une âme qui aime Jésus- Christ, et qui le voit dans l'éclat de la gloire et dans la splendeur. Elle le suit, non point comme une esclave attachée à son char, mais conune une épouse

qui, par une fidélité inviolable, prend part à tous les états de son époux, je veux dire à ses humiliations et à son élévation, à ses humiliations qu'elle a pleurées, et à son élévation dont elle ne peut assez le féliciter, ni se féliciter assez elle-même. Elle les a pleurées amèrement, ces humiliations de son Sauveur, toutes les fois qu'elle en a rappelé le souvenir ; elle a gémi de tant d'outrages qui lui ont été faits; mais maintenant que l'Église les répare, la consolation qu'elle goûte est d'autant plus douce que ses larmes ont été plus abondantes et ses gémissements plus amers. Chaque pas qu'elle £iit, à la suite de son bien-aîmé , est une réparation de tout ce qui a pu lui échapper à elle-même de moins circonspect envers le sacrement du Seigneur , et de moins digne de la présence d'un Dieu. Elle se reproche une distraction la plus légère, un regard, une parole; il n'y a rien sur cela de petit pour elle.

Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, nous voici à la fin d'une octave où je vous ai représenté la vie de Jé^us-Christ dans la très-sainte Eucîiaristie. Profitons de ce sacrement pour vivre nous-mêmes d'une vie chrétienne et toute pure; car voilà le fruit que nous en devons retirer; il nous soutiendra jusques à la mort. A cette dernière heure ce sera notre grande ressource : non point précisément pour prolonger sur la terre et dans cette vallée de larmes des jours sujets à tant de vicissitudes et tant de misères, mais pour nous garantir des surprises de l'ennemi , qui redouble alors contre nous ses attaques ; mais pour nous adoucir les rigueurs d'une séparation toujours contraire aux sens et à la nature; enfin, pour nous servir de viatique et nous faire passer à une vie éternelle et bienheureuse Ainsi soit-il.

FDi DB l'essai o'aysht.

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