JÉSUS-CHRIST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE
VËglisc en Tinstituant. Que se propose FÉglise dans cette cérémonie? que prétend-elle? 1. Reconnaître l'excellent don que Jésus-Clirist nous a fait de son corps et de son précieux sang ; 2. répandre les bénédictions célestes et les grâces que Jésus-Christ porte avec soi , et sanctifier spécialement tous les lieux où il passe et qu*il honore de sa présence ; 3. confondre l'incrédulité des hérétiques , ennemis du sacrement de Jésus-Clirist ; et même , ce qui n'est pas sans exemple, faire nattre dans leurs esprits des réflexions qui les touchent, qui leur dessillent les yeux, et leur découvrent enfin la vérité; 4. réveiller et affermir la foi des fidèles , souvent endormie , et, par là même , ou chancelante, ou moins vive et moins agissante. Je me borne là , et je demande s'il est rien de plus raisonnable que ces intentions de l'Ëglise, et rien de plus conforme à Tesprît de Dieu. Exposons-les par ordre , et appliquez-vous.
1. Reconnaître l'excellent don que Jésus -Christ nous a fait de son corpset de son précieux sang. Que ce soit le don le plus excellent , on n'en peut avoir le moindre doute , puisque c'est le corps et le sang d'un Dieu; don d'autant plus estimable, qu'il est pleinement gratuit , et que rien , de notre part , ne nous l'a pu mériter. Or, une partie de la reconnaissance est de publier le bien qu'on a reçu , d'en marquer une haute idée, et de l'employer à la gloire du bienfaiteur. Voilà pourquoi l'Église, redevable à Jésus-Christ d'un sacrement où sont contenues toutes les richesses de la miséricorde , et où réside corporellement la plénitude de la divinité même , ne veut pas que ce soit un trésor caché. Sensible à l'amour et à l'infinie libéralité du divin époux qui Ten a gratifiée , elle veut lui en faire honneur ; et pour cela, bien loin de l'enfouir, elle le montre dans les places publiques et le présente à la vue de tout le peuple , comme si elle nous adressait ces paroles du Prophète royal : Fenez , et voyez combien le Seigneur a fait pour moi de grandes choses. {Psalm, 65. ) Ce n'est pas seulement pour moi , ajoute-t-elle , qu'il les a faites , mais pour chacun de vous en particulier. D'où elle conclut , avec le même prophète : AUons donc, réjouissons-nous dans le Seigneur ^ et faisons retentir de toutes parts des chants d* allégresse. Humilions-nous devant notre Dieu, aÂorons-le : car c*est le grand Dieu, et nous sommes son peuple et les brebis de son troupeau, Ibid. 94.)
2. Répandre les bénédictions célestes et les grâces que Jésus-Christ porte avec soi. Dans les entrées des princes, ils dispensent plus abondamment leurs dons ; il est de la majesté et de la grandeur royale que les peuples se ressentent de leur présence, et que la mémoire de ces jours solennels se perpétue, nonseulement par la pompe et la magnificence qu'ils y étalent, mais par les largesses qu'ils accordent. Je
Mais que pour opérer ses merveilles et pour exercer
sa toute-puissante vertu, la présence de Jésus-Christ n'est point absolument nécessaire. Ce qu'il faisait autrefois, il le peut encore. Absent comme présent, il voyait le fond des cœurs, il gagnait des âmes, il chassait des démons, il rendait la santé aux malades, il ressuscitait les morts; et quand il dit à ce centenier qui lui demandait la guérison de son serviteur : J'irai chez vous , et Je le guérirai (Matth., 8), cet homme, plein de fol, lui lit une réponse aussi vraie qu'elle était humble : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison , et il n'en est pas besoin. Prononcez une parole, c'est assez; mon serviteur sera guéri. Tout cela, chrétiens, est incontestable : mais d'ailleurs, je puis ajouter que cette présence de Jésus-Christ, surtout dans une cérémonie qui se rapporte toute à lui, l'engage spécialement à se communiquer, à ouvrir tous les trésors, et aies faire couler avec moins de réserve. Il descendait de la montagne où il s'était retiré pour prier; il s'arrêta dans la plaine, et là , de toute la Judée, une grande multitude le vint trouver, peuple, scribes, pharisiens, docteurs; chacun s'empressait autour de lui : pourquoi, rema^ que TÉvangéliste? Parce quHl sortait de lui une vertu miraculeuse et bienfaisante. (Luc, 6.) Cette vertu est toujours la même ; la source en est intarissable, et c'est dans les saintes visites du Seigneur qu'il s'en fait une effusion toute nouvelle. Il n'attend pas pour cela que nous allions à lui ; mais il vient lui-même à nous , mais il paraît au milieu de nous, et , nous tendant les bras, il ne cesse point de nous dire : Puisez avec joie dans les sources de votre Sauveur. (Isaî., 21.)
S. Confondre l'incrédulité des hérétiques. Ils ont tant déclamé contre le sacrement de l'autel; ils se sont tant efforcés d'en affaiblir la créance , et ont tant blasphémé cet adorable mystère , que l'Église, après avoir employé pour les convaincre les plus solides raisonnements , a cru devoir encore opposer à leurs clameurs le magnifique appareil de cette fête. C'est un témoignage qui se présente aux yeux, et qui des yeux se communique à l'esprit, et peut faire impression sur leurs cœurs. Car le dessein de l'Église n'est pas de les confondre précisément pour les confondre, mais de les engager à rentrei en eux-mêmes, à revenir des préjugés dont ils se sont laissé préoccuper. Il me semble qu'elle leur dit à peu près, comme une mère toujours affectionnée et tendre, ce que saint Paul écrivait aux Corinthiens : Je ne cherche ptÂnt à vous insulter; mais je vous avertis comme mes enjants bien-tdmes ( 1 . Cor. y 4 ) ; car vous l'êtes , en vertu de votre baptême. Si ce concours, cette foule d'adorateurs, cette pompe vous cause de la confusion , je me réjouis ^ non de votre confusion, mais du txm effet qu'elle peut avoir en contribuant à votre retour