‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 348 sur 408 · DU PÉCHÉ MORTEL · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ MORTEL

FBilea^cst qoe le corps de la sainteté; mais ce qui les Yîrifie, ce qui 1» anime et qui les consacre, c'est le motif qui nous conduit, et Tintention que nous nous proposons. Faire ses actions par humeur, par caprice, par inclination, par coutume, par respeet humain, par ostentation, par intérêt, ce n'est pas les ùxre pour Dieu, ni en vue de Dieu ; et dès que Dieu n'y a point de part, quel compte nous en peut-il tenir et comment peut-il les agréer? Tout le mériie de lafiUe du roi lui vient avec la grâee de Dieu du dedan» et du fond de son cœur. {Pe. 44.) Quand donc je ferais les actions les plus héroïques, si Dieu n'en est pas la Qn, et si je ne les fais pas pomr lui plaire , comme il n*en tire nulle gloire, il les regarde d'un œil au moins indifférent, et je n'en puis retirer moi-même aucun fruit.

y^té terrible, si je la médite bien. Car si je repasse sur toutes mes actions , et que je les examine an poids de cette balance , combien en trouveral-je sur quoi j'ai quelque sujet de compter ? Il est vrai, j'agis h l'extérieur comme les autres; je vais à la prière, au travail , à mes occupations ; j'assiste atout, et je satisfais en apparence à tout : mais du reste, sans vue de Dieu, sans retour vers Dieu; souvent avec une légèreté d'esprit et une dissipation qui m'6te toute bonne pensée et tout bon sentiment ; souvent par une certaine habitude que j'ai contractée avec le temps, et que je suis en aveugle; tout au plus par une certaine bienséance et une raison parement naturelle ; quelquefois même par nécessité çt par contrainte ; d'autres fois , et peut-être en bien des rencontres , par une vaine complaisance et une envie secrète de me distinguer. Or, tout cela qu'est* ee devant Dieu ? et n'est-ce pas de tout cela néanmoins que ma vie est composée? Ces^à-dire, que J'agis comme si je n'agissais pas ; et que tout ce que je fais ne sert pas plus à ma perfection, que si je ne faisais rien.

D'autant plus malheureux et plus condamnable, qu'il n'y a pas une si petite action que je ne pusse rapporter à Dieu, et qui, rapportée à Dieu, n'eût son mérite auprès de Dieu. Car ee que Dieu considère dans nos actions , ce n'est pas tant la substance que l'esprit, et en cela nous devons reconnaître la sagesse et la douceur de sa providence. 11 ne nous a pas donné à tous les mêmes talents , et il ne nous a pas tous mis en état de vaquer aux mêmes emplois : mais parce qu'il nous appelle tous à la perfection , il a voulu que de toutes nos actions il n'y en eût point de si obscure ni de si servile, qui ne pût être relevée par la droiture et la pureté de notre intention , et qui de la sorte ne contribuât à nom élever nousHnémes. De là je dois bien gémir de me voir si pauvre et si dénué des dons spirituels, après qu'il in*a été si facile de m'enridn'r, et de croître sans ccsn de vertus en vertus. Chaque action de ma vie

nis

me pouvait proflter : mais que sais-je s'il y en a eu une seule que Dieu ait trouvée digne de lui , et qui m'ait été de quelque utilité pour l'avancement de mon Ame? Quelle perte que je dois regretter, mais qui m'engage encore plus a redoubler mes soins, et à reveiller tout mon zèle pour la réparer!

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