‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 347 sur 408 · PERFECTION DE NOS ACTIONS ORDINAIRES · texte numérisé non relu

PERFECTION DE NOS ACTIONS ORDINAIRES

el cette profession, que pour y vivre et pour agir selon Tordre qui y est établi. Or, il est certain d'ailleurs que ce qui fait notre sanctification, c*est la volonté de Dieu ; que c*est cette volonté de Dieu qui donne le prix à tout ce que nous faisons ; que sans cette volonté de Dieu , nos plus grandes actions ne sont rien, et qu'avec cette volonté de Dieu nos moindres actions ont un mérite très-relevé. Je dois donc conclure que je ne serai parfait devant Dieu que par Taccomplissement de mes devoirs les plus rummuns. Qu'a fait Jésus-Ciirist pendant trente ans? rien de remarquable dans l'estime du monde, et rien même que de vil aux yeux des hommes; mais parce qu*il faisait la volonté de son Père; parce qu'en toutes choses , ainsi qu'il le disait lui-même, il agissait selon le gré de son Père(iQk:i,^ 8 ) , ces actions viles aux yeux des hommes étaient l'objet des complaisances de Dieu.

Quel fonds de consolation pour nous! Il n'est point nécessaire de diercher bien loin notre perfection : elle est auprès de nous et dans nous. Je trouverai la mienne dans mes obligations et dans mes exercices de chaque jour. Une perfection hors de ces exercices, et qui n'irait pas à m'acquitter de ces obli;;ations , serait pour moi une perfection mal entendue et mal réglée, que Dieu ne reconnaîtrait point, que le monde même réprouverait, qui pourrait m'inspirer de Torgueil , et qui m'exposerait à milledéfauts. Au lieu que cette perfection d'une vie commune est approuvée deDieu et des hommes. Elle édifie, elle met la vertu en crédit , elle maintient la règle, elle n'enfle point, ni n'est point sujette à la vanité. On la croit aisée, et elle l'est dans la spéculation ; mais pour en soutenir longtemps et constamment la pratique, qu'il y a de difficultés à vaincre! qu'il y a de violences à se faire, et par là même aussi de récompenses à obtenir!

Second point. Notre perfection n*en demeure pas là ; mais à ces actions ordinaires sur quoi elle est fondée , elle doit ajouter certaines circonstances et certaines conditions nécessairement requises. C'est-à-dire y qu'il ne suffit pas de faire ce qui est de notre état, de notre vocation , de notre emploi ; mais qu'il le faut bien faire, tellement qu'on puisse dire de nous, par proportion, ce qu'on disait du Fils de Dieu : // a bien fait toutes choses. (M ABC, 7.)

Or, bien faire toutes ses actions, c'est les faire avec exactitude , avec ferveur, avec persévérance. 1<> Avec exactitude : de sorte qu'on n'en omette aucune volontairement et par sa faute, et qu'on ne retranche pas même à une seule la moindre partie de ce qui lui est assigné. Cette exactitude regarde encore rheure, le lieu, la manière : car ne les pas faire au tejups marqué, dans le lieu qui convient, de la

manière qui est prescrite, ce sont autant d'imperfections qui en diminuent la valeur, puitqoe ce sont autant de transgressions de la volonté de Dieu, qui est ordonnée en tout et qui s'étend à toot, sans oublier les plus petites particularités, f Avec ferveur : ce n'est pas à dire avec goût , avec plaisir, avec une ardeur sensible. Quoique la ferveur soit communément accompagnée de ce godt, de ce plaisir, de cette ardeur, elle n'en est pas toutefois inséparable. On peut être très-fervent, et avoir un dégoût naturel pour ce que Ton &it, y sentir de la répugnance , et n'y trouver que de la sécheresse et de la froideur. C'est même alors que la fenreor est beaucoup plus solide et plus méritoire, quand elle nous fait agir résolument et délibérément malgré ces répugnances et ces dégoûts, malgré ces froideurs et c«s sécheresses. 3* Avec penévérance : c'est pardessus tout cette persévérance qui coûte, et c'est ce qui faisait dire à saint Bernard , parlant de la vie religieuse, qu'à n'en regarder que chaque exercice en particulier et en lui-même , elle n'est pas à beaucoup près si rigoureuse que le martyre ; mais qu*à les rassembler tous et à considérer leur durée, il n'y a point, selon la nature, de martyre plus insoutenable. Aussi voit-on assez de religieux dans les communautés , et même de chrétiens dans le monde, fidèles à leurs pratiques et à leurs obligations en certains tempset à certains jours, où ils sont plus touchés de Dieu : mais d'en trouver qui marebeot toujours d'un pas égal, qui n'aient pas leun vicissitudes et leurs changements, qui ftssent avec la même attention et la même assiduité le lendemain ce qu'ils ont fait le jour précédent, et qui aur cela ne se relâchent ni ne se démentent jamais jusques au dernier moment de leur vie, c'est une espèce de miracle.

Voilà donc les trois règles que je dois prendre pour me diriger dans la voie de ma perfection et dans la sanctification de mes actions, exactitude, ferveur, persévérance. Mais en même temps ne sont-ce pas pour moi trois grands sujets de mlmmilier et de déplorer toutes mes infidélités? Il ne faudrait pour me sanctifier que mes observances et ma régler mais de combien d'omissions y suis-je coupable! de combien de lâchetés, d'inconstances, de variations ! Dois-je m 'étonner qu'avec tant de moyens de m'avancer, j'aie fait si peu de progrès ; ou plutôt , ne dois-je pas trembler du peu de progrès que f ai fait avec des moyens si abondants et si présents de me perfectionner?

TfioisiiMK POINT. Ce n'est pas tout encore; mais il y a un dernier degré de peif ection que nous devons donner à nos actions, et qui en est eomnie rame et comme la vie : c'est de les fkire par na ngnl intérieur et par un principe de religion. Car tout le

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