GS
SUR LES VISITES DU SAINT SACREMENT
enfin pour le réprouvé le terme de son supplice. Car c'est ainsi que Dieu se glorifiera aux dépens des pécheurs qui l'auront déshonoré et outragé. De Tune ou de l'autre manière , il faut que ses créatures servent h sa gloire; et si ce n'est pas par les dons de sa miséricorde et par leur salut , ce sera par les arrêts de sa justice et par leur damnation. Comme il voulait les récompenser en Dieu , il les punira en Dieu ; si bien qu'il ne fera pas moins éclater son pouvoir et sa grandeur dans l'enfer que dans le ciel.
Grandes et essentielles vérités , dont il ne m'est pas permis de douter. Dès que je suis chrétien, je dois convenir de tout cela et reconnaître tout cela. L'esprit de l'homme a beau raisonner et former des difGcultés ; malgré toutes les difficultés et tous les raisonnements , cet ordre de réprobation s'est déjà accompli et s*aoeompIit tous les jours à l'égard d'une multitude innombrable d'anges et d'hommes livrés au bras de Dieu. Il n'est donc point question de vouloir pénétrer le fond de ces principes, puisque ce sont des principes de foi ; mais ce qu'il est question d'approfondir et de pénétrer, ce sont les conséquences de ces mêmes principes, qui me rci^ardent aussi bien que les autres , et peut-être plus que bien d'autres. Je suis religieux, il est vrai, et je ne saurais trop en témoigner ma reconnaissance à Dieu , qui m'a mis par là plus en garde contre le malheur de la damnation ; mais je dois toujours me souvenir que tout religieux que je suis, je puis me damner; qu'il y a eu des religieux qui se sont damnés; que plusieurs de ceux-là mêmes, pendant un grand nombre d'années, avaient mieux vécu que moi, mais que malheureusement ils sont venus à se démentir, et que Dieu fa permis par une juste punition de certaines négligences et de certaines infidélités où ils étaient tombés ; que Dieu peut le permettre de même pour moi , et que je n'ai nul droit d'espérer qu'il me traite plus favorablement si je le sers aussi lâchement et aussi négligemment; en un mot, que personne ne sait s'il est en état de grâce ou s'il n'y est pas, et que dans cette incertitude absolue , il n'y a point d'attention que je ne doive avoir; pomt d'effort que je ne doive faire; point d'occasion de péril dont je nedoive uj'éloigner ; point d'embarrasde conscience, de doute, de scrupule, que je ne doive éclaircir; rien de si pénible ni de si contraire aux inclinations et aux sens, à quoi je ne doive m'assujettir pour me procurer toute l'assurance raisonnable et moralement possible : j'ai embrassé la profession religieuse pour me sauver; que serait-ce de faire naufrage dans le port même, et d'y échouer!
Conclusion. Seigneur, que vous êtes bon dans vos miséricordes ; mais que vous êtes impénétrable dans vos jugements, et formidable dans vos châtimcirts ! Plus j'y pense, plus je suis saisi de frayeur;
et plus ma frayeur augmente, plus je sens croître mon amour pour vous : car je ne puis ignorer, mon Dieu, ce que j'ai mérité, et en quel abîme vous pouviez me précipiter. J'ai péché contre vous, et vous avez arrêté votre justice qui s'élevait contre moi. Du moins pouvais-je me porter à bien des péchés où ma témérité, où ma dissipation m'exposait, et dont votre grâce m'a préservé. Ah ! Seigneur, c'est m'avoir autant de fois retiré de l'enfer.
Vous n'avez pas eu pour tant d'autres la même providence. Qu'avaient-ils fait qui les rendît plus indignes de vos soins ? Qu'avaient fait tant de solitaires et d'anachorètes, queleurs chutes déplorables ont entraînés dans la voie de perdition , et qui n*en sont jamais revenus ? A me comparer avec eux , je n'en puis conclure autre chose, sinon que voas.arez usé envers moi d'une plus grande indulgence , et que si je n'ai pas été enveloppé dans la même ruine, c'est à vous seul que j'en dois rendre gloire.
Or, c'est cela même qui me touche, ô mon Dieu , et qui demande de ma part une gratitude étemelle. Il faut que le feu de l'enfer serve de cette sorte à allumer dans mon cœur le sacré feu de votrecbarité; il faut qu'il ranime tonte ma ferveur, qu'il excite toute ma vigilance, qu'il me soutienne dans tous les exercices d'une austère pénitence, et qu'il m*en adoucisse toutes les rigueurs; il faut qu'il me rende patient dans tous les maux de la vie , constant dans toutes les observances de mon état , ardent et zélé dans tout ce qui concerne votre service et le .<(alut de mon âme : car voilà , Seigneur, le fruit que je dois retirer de la méditation et de la vue de cet enfer, dont il vous a plu jusques à présent de me garantir, où je pourrais néanmoins encore dans la suite être condamné, et que je n'éviterai jamais qu'en ni'attachant à vous par une fidélité inviolable et par la pratique de toutes les vertus chrétiennes et religieuses.
CONSIDÉRATION
SUR LES VISITES DU SAINT-SACREMENT
Outre les heures marquées par la règle pour s'assembler devant Fautel du Seigneur, et pour y renre à Dieu les de voirs ordinaires, chacun selon sa piété particulière, peut, à certains temps libres, visiter le saint sacrement, et aller s'entretenir avee Jésus-Christ. Il n'y a point de dévotion plus solide que celle-là, il n'y en a point de plus conforme aux vues et aux intentions de Jésus-Christ, et il n'y en a point de plus salutaire pour nous-même ni déplus utile.
Pbemier point. Dévotion solide : car elle a Jésus» Christ même pour objet , non point seulement Jésus^ Christ en figure ni en représentation , non point seu*
SUR LES VISITES DU SAINT SACREMENT
lement Jésas-Christ dans le simple souvenir ni dans Fimagination , mais Jésus-Christ présent réellement etsubstantiellement, présent en personne, et comme Dieu, et comme homme; en un mot, présent .tel qo*il est au plus haut des deux et à la droite de son Père.
Quand, au pied de mon oratoire , ou en quelque autre lieu que ce soit, qui n*est ni le temple, ni Tautel de Dieu , je m*occupe de Jésus-Christ et que je m'entretiens avec lui, que je lui parle, que je Tadore, que je lui rends tous les hommages que m'inspire mon zèle et mon amour, tout cela ne se passe qu*en esprit, puisque Jésus-Christ n'est pas là en effet; que je ne suis pas véritablement devant lui ni auprès de lui , et qu'il n'est pas véritablement devant moi ni auprès de moi ; quand même , en présence de son tabernacle et dans son sanctuaire , je médite sur sa bienheureuse nativité, sur sa douloureuse et sanglante circoncision, sur les opprobres de sa croix, sur sa résurrection ou son ascension glorieuse , ce ne sont plus là que des images que je me forme, et des mystères passés dont jç me retrace la mémoire; car quoiqu'il soit actuellement sur l'autel où je prie et où je fais ces saintes méditations , il n'y prend pas actuellement naissance , il n'y est pas actuellement circoncis , on ne l'y crucifie pas actuellement, et il ne ressuscite pas ni ne monte pas actuellement au del. Mais il n'en est pas de même à l'égard du saint sacrement : ce sacrement adorable, c'est Jésus- Christ lui-même et tout Jésus-Christ; je veux dire Jésus-Christ Selon sa divinité et selon son humanité : de sorte que dans les visites que je rends à ce divin sacrement, c'est effectivement Jésus-Christ que je ▼isite, c'est devant Jésus-Christ que je me prosterne, c'est avec Jésus-Christ que je converse : il est là dans l'état où je le viens chercher, et où je prétends rhonorer; il y est pour me recevoir, pour m'entendre, pour me répondre; il y est au milieu d'une multitude infinie d'esprits célestes , qui ne partent point de son autel ; et je suis moi-même comme au milieu de cette troupe bienheureuse, à laquelle je me joins, pour offrir ensemble nos hommages et notre encens h ce Dieu caché sous les fragiles espèces.
S'il y avait un lieu dans le monde où il se Ht voir d'une manière sensible et à découvert, il me semble que j'aurais de l'empressement et de l'ardeur pour l'y aller trouver, et que je serais disposé à entreprendre pour cela les plus longs voyages : je m'en ferais un mérite et une vertu , et je ne croirais pas pouvoir mieux lui marquer mon zèle et mon attadiement. Or, il ne serait point plus présent partout ailleurs qu'il l'est dans son temple, et, sans qu'il soit nécessaire de le chercher bien loin, nous l'avons auprès de nous et parmi nous. Nous ne le voyons pas, il est vrai; mais nous avons la foi, qui supplée au défaut de nos sens ou qui y doit suppléer ; et ce
que nous connaissons par la foi nous est plus cer* tain que tout ce que nos yeux nous peuvent découvrir.
D'où arrive-t-il donc que des chrétiens, que des religieux aient tant d'indifférence pour un sacrement où Jésus-Christ est en personne, disons mieux, pour un sacrement qui est Jésus-Christ même, et qu'ils soient si peu assidus à s'acquitter du culte qu'ils lui doivent et à lui présenter leurs adorations? Il y a des temps dans la journée où je parais comme les autres devant ce divin sacrement; mais à ne me point flatter, ne serais-je pas obligé de reconnaître que j'en retrancherais beaucoup , si ce n'étaient pas des temps prescrits par l'obéissance et que j'en pusse disposer selon mon gré.^^ Hors de ces temps où la nécessité peut-être me fait plus agir qu'une sincère piété, vais-je une fois et de moi-même aux pieds de Jésus-Clirist, lui témoigner les sentiments de mon cœur et lui tenir, pour ainsi dire, compagnie, dans l'extrême solitude où il s'est réduit pour moi ? A peine y ai-je été quelques moments, que l'ennui me prend ; et au lieu que l'amour, la reconnaissance, le respect devraient m'y attacher de telle sorte , qu'il fallût me faire violence pour m'en retirer, ce n'est au contraire qu'avec une espèce de violence que je m'y porte, et qu'autant que l'observance régulière m'y appelle.
Ce qu'il y a souvent en cela de plus étrange, c'est qu'en même temps qu'on abandonne, ou du moins qu'on néglige le sacrement de Jésus-Christ , on se fait une dévotion particulière et une pratique inviolable de visiter certains oratoires en l'honneur des saints. Si l'on y manquait, on se le reprocherait comme une infidélité ; et l'on ne serait point content de soi, qu'on n'eût réparé cette omission. D'honorer les saints , c'est sans doute un pieux exercice et une dévotion louable : mais après tout, notre premier devoir regarde le Saint même des saints, et tout autre doit céder à celui-là. David ne souhaitait rien plus ardemment que d'entrer dans le temple du Seigneur, et il se fût estimé heureux de n'en sortir jamais. Daniel , éloigné de la Judée et captif en Babylone , ou< vrait chaque jour trois fois les fenêtres de sa chambre du coté de Jérusalem ; et de là fléchissant les genoux, il adressait sa prière au Dieu d'Israël comme s'il eût été dans son temple. Les premiers chrétiens voulaient toujours avoir avec eux le saint sacrement. II y a eu des saints qui ont presque passé toute leur vie en sa présence, et combien y a-t-il de sociétés et de communautés où est établie cette institution si religieuse de l'adoration perpétuelle! Enfin , s'il faut se servir ici de l'exemple même du monde, dans les cours des princes, les courtisans ne perdent jamais * autant qu'ils peuvent, la vue du maître. Or le premier maître , le premier supérieur de cette maison, c'est Jésus-Christ. Comment donc vais-je si peu à lui, surtout lorsqu'il n'y a que quelques pas à foire, et que je l'ai si près de moi?
SUR LES VISITES DU SAINT SACREMENT
Second point. Dévotion la plus conforme aux vues et aux intentions de Jésus^Christ. Le plus grand art de la politique humaine, pour ceux qui approchent les rois de la terre , et qui sont employés à leur service, est d*en étudier les inclinations et de s*y conformer. Il est souvent diflicile de les connaître : mais nous n^avons pas besoin d'une longue recherche pour nous instruire des inclinations du Fils de Dieu, le Roi des rois , et le médiateur des hommes. Il s'en est assez déclaré dans ses divines Écritures, et il nous fait assez hautement entendre, que d'être avec les enfants des hommes, et de converser avec eux, ce sont ses plus chères délices. {Prov.y 8.) Car c*est la sagesse incréée qui parle de la sorte ; et cette sagesse du Père, n'est-ce pas Jésus-Christ? Il ne dit pas au reste qu'il a mis sa gloire à s'entretenir avec nous, mais qu'il y a mis ses délices. Sa gloire est en mille autre, choses : et c'est, par exemples de présider à toute la nature, de régner dans le ciel et sur la terre , de commander aux esprits bienheureux, et d'eu faire ses anges et ses ambassadeurs. Mais , au milieu de tout cela , il nous témoigne que son inclination et son plaisir le plus sensible est de nous voir auprès de lui et devant lui, non point précisément pour le glorifier, mais pour traiter familièrement avec lui.
Aussi, quand il annonça à ses apôtres qu'il se disposait à les quitter et à retourner dans le sein de son Père , il leur promit qull ne les laisserait point orphelins (Jean , 14) en ce monde , et que quoiqu'il les privât de sa présence visible. Userait néanmoins avec eux Jusques à la fin des siècles. ( Matth., 28.) C'est ce qu'il nous promit à nous-mêmes dans leurs personnes, et c'est ce qu'il accomplit tous les jours dans le sacrement de nos autels. Il nous répète sans cesse de son tabernacle, ce qu'il dit alors à ses premiers disciples : Me voilà, et me voilà non point pour un jour ni pour une année, mais pour tous les temps à venir et jusqu'à ce qu'ils soient tous consommés. Je suis rentré dans le séjour de ma béatitude éternelle; je suis remonté à cette céleste patrie : mais ne croyez pas m'avoir perdu pour cela; mon sacrement est le supplément de mon ascension. Comme vous ne pouvez vous soutenir sans moi , je ne puis demeurer sans vous. C'est ainsi que nous parle cet aimable Sauveur, ou tel est au moins le sens de ses paroles. Or, afin qu'il demeure avec nous, il faut que nous demeurions avec lui ; car dès que nous n'aurons pas soin d'aller à lui et que nous ne serons point avec lui, il ne sera point avec nous, et nous renverserons toutes les mesures et tous les desseins de son amour.
De là je dois conclure deux choses : la première, que je ne puis rien faire de plus agréable à Jésus- Christ que de lui rendre de fréquentes visites. Il orappelle, il m'invite; et le même empressement qu'il
a pour m'attirer à lui , ne dois-je pas l'avoir pour r^ pondre à de si tendres invitations.' Avec la même constance qu'il daigne bien m'attendre , ne dois-je pas, aussi longtemps qu'il m'est possible, me tenir auprès de lui? Mais parce que les différentes occupations de la vie et les divers emplois commis à nos soins nous retirent souvent de son sanctuaire, et ne nous permettent pas d'y rester autant que notre dévotion nous l'inspirerait, que fait une âme solidement vertueuse et toute dévouée à son divin époux? Dans un saint désir de lui plaire, elle sait au moins ménager certaines heures, où elle va régulièrement le visiter. Elle y va le matin, pour le saluer et pour lui offrir les prémices de la journée, ou même pour la lui offrir par avance tout entière. Elle y va vers le milieu du jour, pour se recueillir et pour se remettre en quelque sorte de la dissipation où auraient pu la jeter ses fonctions extérieures. Elle y va le soir, pour prendre sa bénédiction avant le repos de la nuit ; pour reconnaître à ses pieds les fautes dont elle se sent coupable , et pour les lui confesse^ avec douleur; pour implorer sa grâce et le secours de sa main toute-puissante contre ses ennemis invisibles, et contre tous les dangers auxquels elle pourrait être exposée pendant son sommeil. Tout cela ne consiste point en de longues prières , mais en des sentiments affectueux, où chacun s'arrête plus ou moins, selon le mouvement de sa piété, et la disposition présente des affaires.
L'autre conclusion est toute contraire, quoiqu'elle soit fondée sur le même principe : c'est que je ne puis guère montrer plus de mépris pour le sacrement de Jésus-Christ, que de le délaisser; ni offenser plus sensiblement ce Dieu d'amour, que de n'avoir nul égard aux instances qu'il me fait et à la manière dont il me prévient. Car, pour reprendre la comparaison des grands du siècle et des princes, le sanctuaire de Jésus-Christ est comme le palais où il tient sa cour : or, que la cour du prince se trouve déserte, c'est une confusion qu'il doit vivement ressentir, parce que c'est un signe manifeste du peu d'état que font de lui ses sujets. Et certes, ce Sauveur si indignement traité et si justement irrité d'oo pareil oubli, peut bien me faire alors le même reproche qu'il ûi à SOS apôtres, qui s'étaient endormis dam lejardin , pendant qu'il priait : Héquoi! vousn'avei pu veiller une /leure de temps avec moi? (Matth., 26. ) Ils n'eurent rien à lui dire là-dessus pour se justifler; et de quel prétexte pourrais-je me servir moi-même pour excuser ma négligence? Il n'es) que trop abandonné des gens du monde; et à qu' est-ce d'y suppléer, sinon à des religieux qu'il a spè cialement choisis, et avec qui il a voulu avoir un commerce plus intime et plus ordinaire?
Troisii:me point. Dévotion la plus utile pour
DU RETOUR DE L ENFANT PRODIGUE, etc^
Gif
nous-ménies et pour notre avancement spirituel. Une des coutumes les plus établies dans le inonde estde se visiter les uns les autres : mais qu'est-ce que la plupart de ces visites , et qu*en retire-t-on? On y perd beaucoup de temps, et quelque innocentes qu'elles puissent être, elles sont au moins fort inutiles. Souvent , par Timportunité des personnes et par le désagrément de leur conversation , elles deviennent très-ennuyeuses et très-incommodes. La paix quelquefois y est troublée par les chagrins qu'on y reçoit. Plus de fois encore la conscience y est blessée par les discours médisants qu'on y tient et qu'on y entend. Enfin , ce sont presque toujours des visites dangereuses et pernicieuses parla dissipation qu'elles causentet par ladiversitédes objets qui s'y présentent. Mais il n'en est pas de même des visites qu'on rend à Jésus-Christ et à son sacrement. Ce sont des TÎsites toutes saintes, des visites toutes salutaires, des TÎsites toutes consolantes et pleines d'une onction toute divine. Une âmey trouve mille avantages pour sa perfection, et en remporte des fruits inestimables.
Visites toutes saintes, soit par la fin qu'on s'y propose et le motif qui y conduit, soit par les actes de toutes les vertus qu'on y pratique , surtout d'une foi vive, d'une ferme confiance , d'une ardente charité, d'une humilité profonde, d'une soumission parfiûte , d'une sincère contrition. Car voilà de quoi l'on doit plus communément s'y occuper, et ce qui ne demande point tant de paroles, que de secrètes élévations du cœur.
Visites toutes salutaires, puisqu'on y va à la source même des grâces. Et en effet, comme la plénitude de la divinité habite en Jésus-Christ corporellement, c'est aussi dans le sacrement de son corps et de son précieux sangquetoutes les grâces sont renfermées, et c'est de là que ce Dieu Sauveur les répand avec plus d'abondance. De sorte que les mêmes miracles qu'il opérait autrefois à l'égard des maladiesdu corps enparcourant la Judée {Àct., 10) , il lesopère àlégard des maladies de Tâme , en demeurant dans son tabernacle. Il éclaire les aveugles, il fortifie les faibles, il guérit les infirmes, il ressuscite les morts. Mais pour obtenir de lui toutes ces merveilles , il est bien juste que nous ayons recours à lui , et que , par nos assiduités, nous l'engagions à nous les accorder.
Visites toutes consolantes : il n'y a que ceux qui se mettent en état de l'éprouver qui le puissent eonnattre, et qui en puissent parler. Toute la vie de rhomme n'est que misère et affliction d'esprit; et malgré les prérogatives de la profession religieuse, ebacun, comme partout ailleurs, y a ses peines. Mais qu'heureuse est l'âme affligée qui sait où elle peut trouver le remède à ses maux , et qui va cher* cher auprès de Jésus-Christ sa consolation! Il no faut ffiielquefois qu'une visite du saint sacrement pour ehanger tout à coup la disposition d'un oœor , et
BUURDALOLE. — T. m.
pour y faire succéder au trouble et à la doultur le plus doux repos et un plein contentement. On était venu tout triste, tout languissant; et l'on s'en retourne tout rempli de force, de courage, et mémo de joie. Comment cela se fait-il? C'est un secret réservé à la connaissance de Dieu. Il nous suflSt de savoir que la chose arrive ainsi : mais d'en vouloir pénétrer le fond, c'est ce qui ne nous appartient pas. Contentons-nous de l'expérience de tant d'âmes saintes, qui en ont rendu et qui tous les jours en rendent encore témoignage.
Voici donc les résolutions que je forme, ou que je dois former : de renouveler ma dévotion envers le très-saint sacrement de l'autel, et de m'adresser à Jésus-Christ dans toutes les conjonctures et tons les états de ma vie. Si j'ai quelque doute à résoudre, j'irai le consulter; si j'ai quelque affaire à entreprendre, j'irai la lui recommander; si je me sens attaqué de la tentation , j'irai implorer son assistance. Dans mes tiédeurs et mes lâchetés. Il me ranimera ; dans mes dissipations et mes égarements, il me rappellera à moi-même; dans mes dégoûts, mes ennuis, mes inquiétudes, dans toutes mes souffrances, soit intérieures, soit extérieures, il me consolera; en un mot, dans tous mes besoins, il sera mon refuge et ma plus solide ressource. Au reste, ce ne sera pas seulement pour mon intérêt que j'irai à lui, ni pour les biens que j'en espère; mais pour sa gloire et pour l'honneur qui lui en peut revenir. Ce ne sera pas seulement pour moi , mais encore plus pour lui-même. Je m'unirai de cœur avec lui ; et jouissant , autant que je le pourrai, de sa divine présence, je commencerai dès njaintenant ce que, par sa grâce, je dois faire dans l'éternité bienheureuse, qui est de l'aimer et de le posséder.