DE L'ENFER
tuiios; T à redouter encore plus le péché , puisque I justice de Dieu n*est redoutable qu'à cause du pélié; 3* à ne pas négliger les miséricordes du Sei- (iieur, lorsqu'il me les offre si libéralement, mais I m foire tout l'usage que je puis pour me mettre I eoovert de ses vengeances.
Sbcon D POINT. Une autre chose non moins digne le notre étonnement , et qui ne doit pas nous remilir d'un moindre effroi , c'est que des âmes faites KNir Dieu , pour le voir, pour Taimer, pour le pos- (éder, et pour être heureuses en le possédant , ne e verront néanmoins jamais dans l'enfer, ne l'y ailleront jamais , ne l'y posséderont jamais; et qu'au xmtraire, malgré toute la force du penchant et de iloclination naturelle qui les portera vers ce prenier Être, leur fin dernière et le centre de leur repos, éternellement elles le haïront, éternellement elles le blasphémeront, éternellement elles trouverait dans la connaissance qui leur restera de ses perfections infinies et dans l'idée qu'elles en conserreront, leur supplice le plus vigoureux et le sujet de éur désespoir.
Car étant d'une part séparées de Dieu , et cela par me séparation violente , comme si elles étaient à liaque instant arrachées du sein de leur Créateur; «r une séparation totale, en conséquence de la- [uelle toute alliance entre Dieu et elles sera romloe; par une séparation éternelle, qui leur ôtera out moyen, toute espérance de retour et de réunion : i d*autre parts quoique ennemies de Dieu , étant ans cesse occupées du souvenir de Dieu, comme lu plus grand de tous les biens; comme du seul lien , soit absolument et en lui-même , soit par raplort à elles , puisqu'elles ifen pourront avoir d'auxe; comme d'un bien infini,- qui devait remplir 4>u8 leurs désirs et les établir dans une félicité parfaite; comme d'un bien qui leur était destiné, et au- |uel elles avaient les droits les plus légitimes ; comme fun bien dont la privation sera pour elles le comble du malheur, et qu'elles auront perdu pour de rains avantages; comme d'un bien où elles aspireront toujours par une nécessité inséparable de leur Itre , et que jamais elles n'obtiendront par la dure fatalité de leur état : voilà ce qui les rongera perpétuellement, et ce qui les transportera jusques à la fureur et à la rage.
Ainsi, par une contrariété de sentiments la plus nruelle, le même Dieu qu'elles regretteront et qu'elles liésireront sans cesse , elles l'auront en horreur ; et le même Dieu qu'elles auront en horreur, elles ne cesseront point, pour leur tourment, de le regretter et de le désirer. Désirs et regrets aussi inutiles qu'ils leront douloureux; et ce qui en fera même la douleur la plus sensible, ce sera leur inutilité. Car est- Il une peine, dit saint Bernard , comparable à celle
de vouloir toujours ce qui ne doit jamais être, et de ne vouloir jamais ce qui doit toujours être ? L'slme réprouvée voudra toujours s'élever à Dieu , et c'est ce qui ne sera jamais : elle ne consentira jamais à être éloignée de Dieu , et c'est ce qui sera toujours. De tous côtés malheureuse : c'est-à-dire, malheureuse d'être abandonnée de son Dieu ; et plus malheureuse dans ce terrible abandonnement , de ressentir la perte qu'elle aura faite, et d'en comprendre toute la grandeur. Malheureuse d'être déchue de toutes ses prétentions au royaume et à l'héritage de son Dieu ; et plus malheureuse dans cette funeste décadence , de soupirer uniquement et si ardemment après ce séjour bienheureux. Malheureuse, dans la violence de ses transports, de se tourner par mille imprécations contre son Dieu ; et plus malheureuse, malgré ses imprécations et ses blasphèmes, d'être si fortement attirée vers ce suprême auteur de qui elle avait tout reçu et de qui elle devait tout attendre. Hé, que ne peut-elle l'oublier! Que ne peu^ellese délivrer de ce poids qui l'entraîne , et de cette pente qui la domine et qui la tyrannise ! L'enfer ne lui serait plus enfer qu'à demi. Quoi qu'il en soit, c'est à moi d'examiner en quelle disposition je suis maintenant par rapport à Dieu. Ai-je lieu de croire que je lui sois uni par la grâce? Si cela est, je ne puis l'en bénir assez, ni trop prendre de précautions pour ne me laisser pas enlever un trésor si précieux. Aije sujet de craindre que le péché ne m'en ait séparé, ou qu'il ne m'en sépare bientôt? voilà sur quoi je dois me réveiller, et user de tous les remèdes les plus efficaces et les plus prompts. Vivre dans un divorce actuel avec Dieu et dans sa disgrâce, ce serait m'exposer à un divorce éternel après la mort. Les réprouvés ne le perdront dans l'éternité , que pour avoir commencé dès cette vie à le perdre.
Troisième point. Ce qui doit encore bien nous surprendre dans la considération de l'enfer et dans ce que l'Évangile nous en fait connaître, c'est que par autant de miracles de la toute-puissance divine, un feu matériel agisse sur des âmes spirituelles pour les tourmenter ; que ce feu, tout matériel qu'il est, subsiste toujours, conserve toujours la même activité et la même ardeur, et n'ait pour cela point d'autre aliment qui l'entretienne que le souffie de Dieu; que ce feu, appliqué au corps d'un damné, le brfile sans le consumer, et que ce corps immortel au mi» lieu des flammes dont il sera investi, n'en reçoive point d'autre impression que les douleurs cuisantes et intolérables qu'elles lui causeront; qu'il n'y ait pas un moment où ce feu n'exerce toute sa rigueur, ni pas un moment où le corps et l'âme n'en éprouvent sans relâche toute l'âpreté et toute la pointe ; que dans tout l'avenir il ne doive jamais y avoir un moment où ce feu s'éteigne , ni un moment qui soit