DU RÈGNE DE J. C. DANS L'AME RELIGIEUSE
les objets y soient différents, ce sont néanmoins les mêmes passions. Voilà Tesclavage où j*ai passé une grande partie de ma vie : voilà les maîtres à qui j'obéis; et dois je être surpris que, sous de tels maîtres , je sois tombé en de si déplorables égarements ? Or, n'est-il pas temps de faire place à Jésus-Christ, et de rétablir dans mon âme , comme dans son royaume, pour la posséder et pour y dominer? Estil un meilleur maître? en est-il un plus sage et plus éclairé? Il est la sagesse même de Dieu y et il a les paroles de la vie éternelle. (Cor., 1; Jean, 61.) Que me demande-t-il , que de saint, que de raisonnable , que de conforme à la plus droite justice et à l'équité, que d'utile et de salutaire pour moi ? Mais surtout, que me demande-t-il, qu'il n'ait pratiqué avant moi ? Ne serait-ce pas une indignité , que la condition me parût trop dure , d'aller après mon Sauveur, de me joindre à lui , d'agir avec lui et sous lui , d'aimer ce qu'il a aimé et de faire ce qu'il a fait ?
Sbcond point. Il m'est d'autant moins permis de me soustraire à ce règne de Jésus-Christ dans moi , qu'il est plus solidement établi et mieux fondé. Le seul christianisme nous soumet tous au jou;^ de cet Homme-Dieu , notre législateur et notre maître. Être chrétien , ou plutôt se dire chrétien , et ne vouloir pas se laisser conduire par Jésus-Christ , ne vouloir pas entrer dans la voie qu'il nous a tracée , ni recevoir de lui Tordre qui doit diriger toutes nos actions et régler toutes nos démarches , c'est une contradiction.
Pourquoi dans notre baptême avons nous renoncé au démon, à la chair, au monde et à ses pompes? N'a-ce pas été pour faire entendre que nous ne voulions point nous assujettir à leur empire, ni nous asservir sous une si honteuse domination ? Pourquoi avons-nous été en même temps marqués du sceau et du caractère de Jésus-Christ? N'a-ce pas été pour nous revêtir de ses livrées , et pour reconnaître à la face des autels, par une profession solennelle, que nous lui appartenions , et que nous lui étions spécialement dévoués? Qu'est'K^ que son Évangile? n'est-ce pas sa loi ? et pourquoi l'avons-nous embrassée , cette loi , si ce n'est pour dépendre du souverain Seigneur qui nous l'a imposée? Enfin , c'est la foi même qui nous enseigne que nous sommes les membres de Jésus-Christ, et qu'il est notre chef; que nous sommes son troupeau, et qu'il est notre pasteur; que nous sommes son Église, et qu'il est notre pontife; que nous sommes son peuple , sa conquête, le pnx de son sang; et que, nous ayant achetés de son sang, il s'est acquis un droit incontestable sur nous. Quand donc je n'aurais égard qu'à ces raisons communes et générales, je ne puis jamais , êanslojastîcef me départir de l'attachement invio- MJe et de Ventiirt obéissance que je dois à ce dma
Sauveur. C'est à lui de parler, et à moi de l'éeoQter. Or, il parle en effet, il ordonne : l'Évangile qu'il nom a prêché subsiste toujours, et c'est sa parole, ee sont ses commandements et ses ordonnanees. Refuser de m'y conformer, ne serait-ce pas une révolte? ne serait-ce pas en quelque sorte renoncera mon baptême? ne serait-ce pas tomber dans une espèce d'apostasie?
Ce serait plus encore par rapport à moi , poisqoe j'ai un engagement particulier qui me lie a Jésus- Christ, et qui lui donne un nouveau droit sur toute ma personne : c'est la qualité de religieux. Qu'ai-je fait en me consacrant à la religion ? je me suis hautement et singulièrement déclaré disciple de Jésus- Christ, son imitateur en tout, et son sujet, prêt à tout abandonner, à tout faire et à tout souffrir pour son service. J'ai considéré l'état religieux comme une sainte milice, où je m'enrôlais pour combattre sous rétendard de Jésus-Christ, et pour agir sous ses ordres , comme un.spldat agit sous ceux de son général. Cest pour cela que je me suis uni à lui par trois vœux , qui sont désormais trois liens indissolubles. Par ces trois vœux, je l'ai mis dans une pleine possession de moi-même, et je lui en ai fait un don absolu et irrévocable. Je lui ai sacrifié tous les biens du monde par le vœu de pauvreté; je lui ai soumis tous mes sens par le vœu de chasteté ; et par le vœu d'obéissance , je me suis dépouillé pour lui de ma propre volonté : tellement qu'il ne me reste rien qui ne soit à lui , et qu'il n'ait en sa disposition. Or, après m'étreenjçagé de la sorte, puis-je me rétracter? et ne serais-jc pas un parjure , si j.e venais à lui manquer de fidélité après des serments si juridiques et si authentiques ?
De quelque manière donc qu'il dispose de moi : soit qu'il m'élève ou qu'il m'abaisse ; soit qu*il me console ou qu'il m'afflige; soit qu'il me destinée cette place ou à telle autre; soit même à l'égard de l'âme et des voies intérieures , qu'il me fasse marcher dans les ténèbres ou dans la lumière, dans les peines et les désolations ou dans l'abondance des douceurs célestes : à tout cela qu'ai-je à dire autre chose, sinon qu'il est le maître, et que je suis entre ses mains? Oui, il est le maître; il est le mien, et je n'en veux point d'autre. Je l'ai choisi , et à Dieu ne plaise que je m'en détache jamais! S'il n'a pas eu jusquesà présent dans mon cœur toute la place qu'il y devait occuper, je la lui rends tout entière. Je veux qu'il y règne seul , et qu'il y exerce tout son pouvoir. Je ne veux plus rien estimer que selon sou estime, plus rien désirer que selon ses inclinations, plus rien rechercher que ce qu il a recherché luimême. Tout ce qu'il méprise, je le veux mépriser comme lui; et tout ce qu'il condamne, je veux comme i lui le condamner. C'est ainsi que je lui gardtfai la