DU RÈGNE DE J. C. DANS L'AME REUGIËUSE
TaoïftiiMi POUT. Ce n*est point, comme le monde ao le figure, un fardeau pesant, ni un joug dilfieite à porter,.que le règne de Jésus-CIirist dans una flme religieuse. A n*en croire que les apparences, il semble que ce soit une dure servitude; mais dès qu*on Tient à en faire Tépreuve , on y goûte la plus heureuse Ui)erté, qui est celle des enfants de Dieu, et ToQ y jouit du repos le plus inaltérable. Non pas que oe ne soit toujours un fardeau et un joug ; mais c*est lejoug du Seigneur, auquel nous nous sommes ▼oués, c'est son fardeau; et, selon le témoignage qu'il en a rendu lui-même , son fardeau est léger et son joyg est doux. (Matth., 11.)
Aussi ce maître si libéral nous a-t-il promis un double centuple, c'est-à-dire une double félicité, Tune présente et pour cette vie même , Tautre future et pour l'éternité bienheureuse. Car c'est ainsi qu*il s'en est expliqué dans les termes les plus formels : Quiconque aura tout quitté pour moi, père, niére, frères, sœurs, maison, héritage, en recevra le centuple dés maintenant, et ensuite possédera la vie éternelle. (Mabc. , 10. ) Il ne dit pas seulement que nous recevrons ce centuple après la mort , mais que nous le recevrons dès maintenant. Le dégagement du cœur, l'affranchissement de tous les soins de la vie, le témoignage d^une bonne conscience , la paix intérieure , les impressions secrètes de l'esprit de Dieu , qui se communique à l'âme religieuse et qui la remplit d'une joie toute pure et toute céleste; cela seul vaut mieux que tout ce que nous avons quitté dans le monde , et que tout ce que nous y aurions pu posséder.
J'en puis bien juger par moi-même. Quelque imparfait que je sois , il y a eu de temps en temps des jours de grâce et de ferveur, où, plus fidèle à mes devoirs et à toutes mes observances , je vivais plus régulièrement , et j*accomplissais avec plus de zèle et plus d'ardeur les obligations de mon état. Or, n'étais-je pas alors beaucoup plus content? Trouvaisje lejoug de Jésus-Christ trop fatigant pour moi , et ne sentais-je pas au contraire à le porter une certaine douceur, qui me dédommageait pleinement des violences qu'il fallait me faire ? Je m'estimais heureux, et je rélais en effet : mais quand ai-je cessé de l'être ? c'est lorsque je me suis relâché, et que, me laissant entraîner par ma faiblesse naturelle, je me suis en quelque sorte soustrait à la conduite et à Tempire du maître qui me gouvernait. Mes passions se sont réveillées, mes inclinations ont pris le dessus, je les ai suivies; et n'ai-je pas mille l'ois éprouvé qu'il m'eût été sans comparaison plus doux et plus avantageux de suivre constamment les voies de mon Sauveur, et de ne m'écarler jamais de la sainte règle qu'il m'a prescrite et des exemples qu'il m'a donnés ?
Si donc je veux retrouver ce centuple ou ce bonheur de la vie présente que j'ai perdu tant de fois
par ma faute, je dois le chercher auprès de Jésus- Christ ; c'est-à-dire , que je dois tout de nouveau me dévouer à Jésus-Christ; que je lui dois soumettre toutes mes puissances , toutes mes vues , toutes mes œuvres ; en sorte qu'il soit comme l'ûme de mon âme, et que je ne vive plus que par lui et qu'en lui : vie d'autant plus précieuse qm c'est legage certain d'une autre vie et d'un autre centuple qui en doit être l'éternelle récompense; car si Jésus-Christ m'appelle à sa suite, et s'il veut que je le fasse dès à présent régner daus mon cœur, c'est afin de me faire un jour régner avec lui et de me rendre participant de sa gloire. Les rois de la terre élèvent leurs favoris et récompensent la fidélité de leurs sujets , mais non pas jusqu'à leur faire part de leur royaunie. Ce n'est qu'en servant ce Seigneur des seigneurs et ce Roi du ciel qu'on obtient une couronne d'immortalité. Quand je n'aurais rien à espérer de lui en ce monde, ne serait-ce pas assez de cette couronne immortelle pour payer abondamment tous mes services.^
Co^iCLUSiox. Venez, Seigneur, venez prendre possession d'une âme qui vous appartient par tant de titres , et qui vous est encore plus acquise que jamais par le don qu'elle vous fait d'elle-même. Rentrez dans un cœur où vous devez seul régner, et bannissez-en tout ce qui m'éloignait de vous et qui vous éloignait de moi. Vous êtes un Dieu jaloux ; vous ne voulez point de partage , et vous m'avez déclaré dans votre Évangile que je ne pouvais être à deux maîtres : quel autre puis-je choisir que vous, et à quel autre ne dois-je pas renoncer pour vous }
Ainsi l'ai-je voulu, Seigneur, lorsque je me suis retiré dans votre sainte maison , qui est proprement votre royaume sur la terre, et que j'ai commencé à porter vos livrées en portant l'habit religieux. Que ce sentiment n'a-t-il été plus ferme et plus durable! Mais il est encore temps de le renouveler et de le reprendre ; rousétes mon Seigneur et mon Dieu (Jean, 28) : c'est l'hommage que vous rendit un de vos apôtres en revenant de son infidélité, et c'est celui que je vous rends dans une humble confusion et un repentir véritable dé mes égarements passés. Commandez ; me voici prêt à tout pour vous obéir : en quelque état que vous vous présentiez à moi , soit dans la splendeur de votre gloire ou dans l'humiliation de votre croix , et quelque, route qu'il vous plaise de me faire tenir avec vous et après vous , vous me trouverez toujours également soumis et toujours disposé à marcher. Vous m'appellerez, et je vous répondrai ; vous m'inspirerez , et j'agirai ; vous me ferez entendre vos divines volontés, et je m'y conformerai : tout cela par amour ; car vous êtes un Dieu d'amour, et c'est par l'amour que vous régnez dans les âmes des fidèles, et que vous y exercez \atre plus puissante domination.