‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 371 sur 408 · DANS L'INCARNATION · texte numérisé non relu

DANS L'INCARNATION

naître enfant comme eux, et s*assajettir à toutes les humiliations et toutes les infirmités de cet âge.

Ce n'est pas tout : car quoiqu'il se fît enfant , il pouvait du reste se faire monarque, indépendant, souverain. Il le pouvait; mais c'est ce quil n'a pas voulu : il a voulu dépendre, et qui plus est, il a voulu se faire esclave. ( Philip. , 2. ) Il est vrai , selon le témoignage et l'expression de l'Apêtre, qu'il n'en a pris que la forme ( Ibid. ) , et que , sous cette forme d'esclave , il était roi en effet, et roi de l'univers ; mais c'est cela même qui doit bien nous surprendre, que lui, qui était te maître et le roi du monde entier, il se soit abaissé jusqu'à la forme d'un esclave pour s'humilier davantage et pour s'anéantir. O abaissements, d anéantissements de mon Dieu , que vous êtes inconcevables!

Mais ne dois-je pas ajouter, pour ma confosion , qu'une chose est presque aussi difficile à eoneevoir et à croire ; c'est qu'à la vue de ces abaissements d'un Dieu , je nourrisse dans mon cœur un orgueil qui ne se fait que trop sentir à moi , et qui ne se fait même que trop sentir aux autres dans les rencontres? Puis-je soutenir la moindre humiliation qui m'arrive? puis-je supporter la moindre parole qui me blesse? puis-je recevoir avec docilité et sans aigreur le moindre avis que me donnent ceux que Dieu a chargés de ma conduite? Combien suis-je délicat à la plus légère répréhension? combien suis-je jaloux de certaines préférences et de certaines distinctions ? combien y suis-je sensible , soit lorsqu'on me les refuse, ou lorsqu'elles me sont accordées? Bien loin de vouloir descendre , comme mon Seigneur, je voudrais toujours monter; et, de degré en degré, il n'y a rien dans mon état où je ne voulusse parvenir Terre et cendre, pourquoi vous enorçueUUsse:^ vous, et de quoi? ( Eccles., 10. ) Ce reproche du Saint-Esprit convient à tout homme, puisque tout homme , de son fonds, n'est qu'un sujet de mépris : il convient encore plus à tout chrétien , puisque tout chrétien , par le caractère de sa foi , adore un Dieu anéanti; mais à combien plus forte raison me convient-il , à moi religieux , à moi spécialement obligé, comme religieux , de prendre tous les sentiments de Jésus-Christ? liélas! sous un saint habit et sous un vêtement d'humilité, j'ai peut-être plus d'orgueil et plus d'envie de m'élever, que je n'en aurais eu dans le monde. N'est-ce pas démentir ma profession? n'est-ce pas me démentir moi-même?

Second point. En même temps que le Verbe divin s'est humilié si profondément et jusqu'à s'anéantir, c'est de ce néant même où l'humilîtéra réduit que Dieu a tiré sa plus grande gloire, et c'est par là que le Fils unique de Dieu, en réparant la gloire de son Père, a tout à la fois opéré le salut de Thomme. Combien de mérites, combien d'effets merveilleux

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