‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 392 sur 408 · SUE L'USAGE DES SACBEMENTS · texte numérisé non relu

SUE L'USAGE DES SACBEMENTS

sont point en effet communément des fautes grîèves : mais du reste, toutes vénielles que sont ees fautes. Il y a une obligation étroite et sous peine de péché mortel, en les confessant, d*en avoir une vraie douleur, et d'être dans une vraie résolution de les éviter. Sans cela, confession nulle, et abus du sacrement. Désordre où Ton peut dire dans un sens, qu'une Ame religieuse peut plus aisément tomber que les plus grands pécheurs. Car ses fautes , par leur légèreté, n'étant pas ordinairement d*une nature à faire beaucoup d'impression sur l'esprit et sur le cœur , elle a plus de sujet en quelque sorte de 16 défier deses sentiments et deses dispositions. C'est pourquoi plusieurs personnes vertueuses ont cette «ootume très-sage et très-solidement fondée, de joindre toujours, ou en général , ou en particulier , aux fautes présentes dont elles s'accusent, quelquesuns des pédiés passés, qui peuvent exciter davantage leur repentir et l'assurer. Quoi qu'il eu soit de cette pratique, qui n'est après tout que de surérogation et de conseil , il est certain que la fréquente confession, si louable d'ailleurs et si avantageuse, a néanmoins ses dangers , et qu'il s'y peut quelquefois glisser des défauts très-essentiels. C'est à moi de voir quelle aonduite sur cela j'ai tenue jusques à présent, et d'y remédier, si j'ai lieu de craindre qu'elle n'ait pas été telle qu'il convient.

TBOisiiMB POINT. La bonne confession dispose à la bonne communion ; et je n'ignore pas quelles sont, outre cette première préparation , les autres dispositions requises pour paraître dignement à la table de Jésus-Christ. Ce que j'ai donc surtout ù examiner, c'est la manière dont je m'acquitte d'une action si importante; et de quoi je dois rougir en la présence de Dieu, c'est d'avancer si peu , quoique je mange si souvent le pain des anges et une viande toute divine. Une communion bien faite est plus que suffisante pour sanctifier une âme : et cependant après tant de communions je ne remarque en moi nul progrès, et je n'y vois au contraire qu'imperfections et qu'infidélités. D'où vient cela? Ce ne peut être que de ma négligence et de ma tiédeur. Car il faut convenir, non pas à la honte de l'état religieux, lequel condamne toutes mes lâchetés, mais à ma propre confusion et à celle de bien d'autres comme moi , que dans la religion même, il n'y a que trop de communions très-imparfaites et dès là très-infructueuses.

Je communie, mais combien de fois l'ai-je fait peutêtre par un respect tout humain , ne voulant pas me séparer du reste de la communauté, ni par là me distinguer, regardant la communion comme une gêne , et n'y allant que par une espèce de contrainte ?

Je communie, mais avec quelle réflexion, soit

avant la communion, soit dans la communion même, soitdans l'action de grâces qui la doit suivre.' La cloche m'appelle, et je marche sans avoir peutêtre un moment pensé où je vais. Au milieu de la communauté assemblée, j'assiste au sacrifice de la messe avec un esprit distrait et sans dévotion. L'heure vient de se présenter à la sainte table : je m'y range à mon tour, après avoir précipitamment et confusément formé quelques actes. Enfin je reviens à ma place, et là je retombe tout à coup dans ma première indifférence , ne disant rien ou presque rien à Dieu. Le temps ordinaire est-il passé, je ne tarde guère à sortir, et de toute la journée je ne fais nulle attention à l'avantage que j'ai eu de participer au sacré mystère.

Je communie , mais avec quelle vue particulière et quel dessein ? Au lieu de me proposer dans chaque communion une fin , selon l'avis qu'en donnent les plus habiles directeurs : par exemple, au lieu de me proposer dans ma communion et par ma communion, d'obtenir de Dieu la grâce, tantôt de mieux pratiquer telle vertu, tantôt de mieux supporter telle peine, tantôt de me corriger de telle habitude, tantôt de me fortifier contre telle faiblesse, tantôt de me ramîner dans l'exercice de la prière, tantôt de m'entretenir ou dans une régularité plus fervente ou dans un esprit plus intérieur, ou dans une union plus intime avec Jésus-Christ, ainsi du reste; au lieu, dis-je, de tout cela, je n'ai dans toutes mes communions qu'une idée vague et sans terme; et ne les rapportant à rien, il arrive aussi que je n'en remporte rien.

La source du mal , c'est que je ne sais pas faire du don de Dieu toute l'estime qui lui est due : et c'est d'ailleurs que je m'intéresse bien peu à mon avancement spirituel , et que j'ai bien peu de zèle pour la perfection de mon âme. Car si je m'appliquais sérieusement à considérer la souveraine grandeur du Maître qui vient en moi , sa bonté ineffable qui l'engage à se donner lui-même à moi , les richesses inépuisables qu'il apporte avec lui et qu'il veut répandre sur moi, comment irais-je le recevoir? Avec quel respect et quelle sainte frayeur ? Avec quel bas sentiment de moi-même et quelle humilité? Avec quelle reconnaissance? Avec quel amour? Et si j'avais un vrai désir de me perfectionner et de m'élever, qu'oublierais-je de tout ce qui me peut rendre plus profitable un si riche trésor de grâces et un sacrement si salutaire ? Voilà sur quoi j'ai à me réformer; et en me réformant là-dessus, je prendrai l'un des plus puissants moyens de me réformer sur tout le reste de ma vie. Car ce sont deux choses incompatibles , que de bien communier et de ne pas bien vivre selon toute ma règle et tout l'esprit df ma vocation.

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