DE LAMOIGNON
Quelques joan après la mort de M. le premier président DE Lamoignoii , le père Bourdaloue prêcha le sermon de TAiimône dans nne assemblée de charité; et après avoir expliqué ces paroles qu*H avait prises pour texte : Qui pensezvous qu*est le serviteur prudent et fidèle que son maitre a établi sur toute sa maison, q/ln qu'il pourvois à leurs be» soins, et qu*il leur distribue dans le temps la nourriture nécessnire , il ajouta k la fin de Texorde :
Je pourrais , chrétiens , si la douleur toute récente mêle permettait, rappeler ici à vos esprits une idée sensible de ce serviteur prudent et ûdèle dont l'Évangile nous parle aujourd'hui. Dieu nous en avait mis devant les yeux un rare exemple bien plus capable que mes paroles de vous édiûer, si nous avions mérité de le posséder plus longtemps. Ce grand et illustre magistrat , qu'une mort aussi prompte que douloureuse vient de nous ravir; cet homme, l'honneur de son siècle, l'ornement de sa condition, l'appui et le soutien de la justice, le modèle vivant de la probité, ramourdetouslesgensdebien ; cet homme parfaitement chrétien, et encore plus recommandable par sa religion que par toutes les éminentes qualités dont la nature l'avait enrichi; cet homme qui sut si bien accorder la grâce de sa modestie avec Télé-* vation de sa dignité, la douceur de son esprit avec la fermeté de son ministère , les vertus qui le faisaient aimer avec celles qui, malgré lui-même, le faisaient révérer et admirer ; cet homme, enfin, dont le nom ne mourra jamais, et qui vient de s'ensevelir dans labénédiction des peuples, c'est celui que je pourrais vous proposer comme la parfaite image du serviteur fidèle de l'Évangile, puisqu'il n'y a personne de vous qui ne lui rende ce témoignage , qu'il a été par profession , par inclination , par choix de Dieu et par élection , le père des pauvres, puisque l'un des caractères par où
* Monseigneur Tévéque d*Autun.
ORAISON FU.\ÈBRE DE LOUIS DE BOURBON
Vorgane de Dieu , vous les aurait inspirés dans le moment qu*il se sépara de vous : et le dernier effort qu*il fit, lorsque bénissant sa Emilie dans vos personnes , il vous dit y que la véritable grandeur cotpsistaii à servir le Maitre des maîtres , et à mettre enbd sa confiance ; et que vous ne seriez jamais ni grands hommes , ni grands princes , qu'autant que vous seriez chrétiens et attachés solidement à Dieu; ces paroles, dls-je, que vous recueillîtes avec autant de respect que de piété, auraient bien fait sur vous plus dimpression que les prédications les plus toucbiantes n'en feront jamais pour vous le persuader. Cest avec ces paroles qu'il vous quitta, ou, pour mieux dire , qu'il s'arracha de vous.
Pour mourir en parfait chrétien, il voulut mourir par avance à ce qu'il avait le plus tendrement aimé. Cest à vous seul, mon Dieu, qu'il voulut consacrer les derniers moments de sa vie. Pour se détacher de la chair et du sang , il vous en fit , Seigneur, un sacrifice digne de vous qui l'acceptâtes , et de lui qui vous le présenta ; et pour exécuter l'arrêt de cette douloureuse séparation, à laquelle vous le prépariez, il vous immola toute la tendresse de son cœur, en faisant retirer le prince son fils et la princesse sa belle-fille, dont la présence était encore pour lui quelque chose de si doux, et dont , pour tout autre que pour vous, il n'aurait pas voulu , ô mon Dieu ! perdre un seul moment. Et c'est alors qu'uniquement occupé de vous, et déjà mort à tout le reste, il entra en esprit dans votre sanctuaire, pour n'avoir plus d'autres pensées que celles de votfe justice et de votre miséricorde : Introibo in potentias Domini , memorabor justUix tux solius, (1. Psalm. 70.) Cest alors, mes chers auditeurs, que renonçant à tout le faste de la gloire mondaine , et se souvenant seulement qu'il était pécheur, il donna ces marques publiques d'un cœur contrit et humilié , que Dieu ne méprisa jamais dans le plus vil coupable, mais que je ne sais s'il n'admire point, aussi bien que la foi du centenier , dans un héros pénitent. Cest alors qu'empruntant la voix , et employant le ministère de celui qui l'assistait , il déclara le désespoir où il était , d'avoir , par ses discours et par ses exemples, mal édifié son prochain , et en parUculier ses domestiques et ses amis. Cest alors qu'ajoutant au mérite de la patience, le désir de la souffrance et le zèle de la pénitence , réduit à une langueur extrême, il s'affligea de ne pas souffrir assez, et souhaita, pour l'expiation de ses fautes, d'endurer les douleurs les plus aiguës. Cest alors que, rempli de foi, il répondit h toutes les prières de TÉglise, se les faisant répéter, parce qu'il y trouvait, disait-il, les motifs les plus solides de ton espérance, et achevant d'une voix mourante, mail qui était encore le souffle de cette vie divine de la grâce dont Dieu l'animait , les psaumes qu'on
lui commençait. Cest alors qu'embrassant la eroix de son Dieu , et s'unissant à elle par de saints baisers, il pria celui qui allait être son juge de n'oublier pas qu'il était son Sauveur, lui disant ces paro^ les affectueuses qui justifièrent le publicain : Deus, propitius esto mihi peccatori. ( Luc, 18. ) Cest alors que, se livrant aux ferveurs de la charité la plus consommée, il ne fut plus touché que da seul regret d'avoir trop tard aimé son Dieu, et de la seule crainte de ne pouvoir pas l'aimer jusqu'à la fin. Je crains, di^il, que mon esprit ne s'c^ffàiblisse, et que par là Je ne sois privé de la consolation que j'aurais eue de mourir occupé de lui, et m'unissanl à lui.
Mais il ne m'appartenait pas, chrétiens, dévoua faire goûter ni sentir l'onction d'une mort si précieuse. Ce don était réservé à une bouche plus sacrée et plus éloquente que la mienne. L'illustre et savant prélat qui vous a parlé avant moi a déjà épuisé cette matière ; et après ce que vous avez ouï , c'est à moi de me taire ici , en me réduisant à cette seule parole de mon texte : Aequaquam, ut mori soient gnavi, mortuus est. Il est mort, mais non pas comme les mondains, à la mort desquels il ne paraît qu'impénitence, que dureté, qu'insensibilité pour Dieu, et que lâcheté. Voilà, monseigneur , ce qui devait mettre le comble à l'éloge de notre incomparable prince, et ce qui devait couronner sa glorieuse vie. Sans cela, tout ce qu'il a fait, et tout ce que j'ai dit de lui , serait devant Dieu , non-seolement vanité des vanités, mais sujet de réprobation. Cest par là que devait finir son éloge , et c'est par là qa'il a mérité d'être ce héros de la terre choisi de Dieo, et prédestiné pour le ciel. Dieu, monseigneur, vous a donné dans sa personne l'idée de la véritable gloire. Mais en vain et pour lui et pour vous serait-il aujourd'hui l'idée de la véritable gloire selon le monde, si vous ne trouviez en lui l'idée de la véritable piété. Vous avez hérité de ses grandeurs, de ses lumières, des rares talents de son esprit, et malgré le silence que votre modestie m'impose , de ses qualités héroïques : mais tout cela, séparé de sa piété, à quoi vous conduirait-il ? comme au contraire tout cela , sanctifié par sa piété, à quoi ne vous élèvera-t-il pas? Il y a peu d'années que lui-même entendait ici l'éloge du prince son père, et vous entendez aujourd'hui le sien. Ainsi se termine la gloire des hommes : mais celle que vous aurez d'imiter sa foi et sa religion ne se terminera jamais. Les miséricordes et les grâces singulières dont Dieu l'a prévenu, voilà ce qui fait le sujet de votre confiance, voilà ce qui fait la consolation de la princesse votre digne épouse, dont ce grand homme a tant honoré la vertu , et dont je puis dire que la vertu est l'un des plus puissants motifo qui ont servi à la sanctification de ce grand homme. Car jusqu'à