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un cœur évaporé qui ne peut se renfermer un moment en lui-même; un cœur qui se répand continuellement , et qui laisse évanouir tout ce que Dieu , ou ceux qui lui tiennent la place de Dieu, lui communiquent. Ainsi, mesdames, voulez-vous être chrétiennes , ne sortez jamais hors de vous-mêmes. Cest là que vous trouverez Dieu; car c'est dans le cœur que Dieu habite , et qu'il veut habiter. L'action est louable , elle nous est même ordonnée ; mais il faut que la méditation la précède, qu'elle l'accompagne, qu'elle l'anime : sans la méditation , elle ne peut longtemps se soutenir. Mais reprenons notre parabole, et poursuivons la comparaison que j'ai commencée.
n. Une autre partie du grain tomba sur des pierres. Quelle image, mesdames, et quel caractère ! des âmes dures comme des pierres, des âmes insensibles et que rien ne peut émouvoir, des âmes sans pitié, sans humanité. Que ne leur dit-on pas pour les toucher de compassion? On leur dit qu'il y a des pauvres accablés de maladies, qui ne peuvent s'aider eux-mêmes, parce que la faiblesse les tient misérablement étendus sur la paille, et qui périssent dans leur infirmité, parce qu'ils n'ont pas de quoi reprendre leurs forces, ni le travail dont ils tiraient leur subsistance. On leur dit qu'il y a de pauvres pères et de pauvres mères chargés d*enfants, qu'ils voient presque mourir de faim entre leurs bras , et qu'ils sont contraints d'abandonner nus à toute la rigueur du froid pour leur ménager un peu de pain. On leur dit qu'il y a de pauvres artisans sans emploi, de pauvres ouvriers sans ouvrage, et, par conséquent sans nourriture et sans soutien. On leur dit qu'il y a de pauvres filles exposées aux derniers malheurs, et dont elles pourraient sauver la vertu , en leur fournissant de quoi conserver leur vie. On leur dit tout cela , et bien d'autres choses , mais elles écoutent tout tranquillement, et il semble que ce soient des fictions, des contes qu'on leur débite pour les amuser.
Que dis-je? et est-il donc possible qu'il y ait des âmes de cette trempe? Oui , mesdames, il y en a : et, malgré la sainteté de la foi chrétienne, on en voit dans le sein même de la religion, qui, sur ce point, sont plus infidèles que les païens mêmes. Qu'il soit question de leurs personnes, que de soins! que de ménagements! que de précautions! elles sont délicates jusqu'à la mollesse. Mais qu'il s'agisse des pauvres, (oserai-je parler de la sorte?) elles vont jusqu'à une espèce de barbarie et de cruauté.
Que leur demande-t-on ? Ce qui leur coûterait peu , ce qui souvent ne leur coûterait rien , ce qui ne leur est nullement nécessaire, ce qui quelquefois leur est nuisible, et toujours absolument inutile. Car il ne faudrait rien de plus pour subvenir à tant de calamités dont nous sommes témoins. Avec cela -- -'ivraient, ou plutôt, il n'y aurait plus de
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pauvres. Mais elles aiment mieux qu'il y eu ait, et qu'il y en ait une si nombreuse multitude; elles aiment mieux que tant de familles tombent en ruine et demeurent sans ressource, elles aiment mieux les laisser languir, patir, se tourmenter et se désespérer dans leur indigence, que de se dessaisir de quoi que ce soit, quelque vil et quelque superflu qu'rl puisse être. Voilà ce que j'appelle dureté.
Combien une femme idolâtre de son corps, et tout occupée de ses ajustements et de ses parures , pourrait-elle vêtir de pauvres qui font horreur sous l'affreuse Ggure où ils sont forcés de se montrer, si du moins elle voulait consacrer à cette œuvre de miséricorde, non pas tout ce qu'elle donne, mais quelque chose de ce qu'elle donne à sa vanité? Combien de pauvres nourrirait-on de l'excès de certaines tables , je dis de l'excès énorme et d'une prodigalité aussi scandaleuse qu'elle est visible? Combien y aurait-il à retrancher de telles et telles dépenses pour un jeu, pour des spectacles, pour un train, pour un équipage, pour des ameublements, pour de pures curiosités , et combien ce retranchement profiteraitil aux pauvres, et leur épargnerait-il de chagrins et de douleurs? Vous le pouvez mieux savoir que moi, mesdames, et en vain descendrais-je à des particularités dont vous êtes mieux instruites que je ne le suis, et que je ne le veux être. Soyez vousmêmes vos juges : mais des juges équitables, mais des juges sévères pour vous, compatissants pour le prochain ; vous connaîtrez aisément ce qu'il y a à faire, et si vous ne le faites pas, que répondrezvous au témoignage de votre conscience, et comment vous défendrez- vous du juste reproche d'une dureté également condamnable , et devant Dieu , et devant les hommes?
Caractère de dureté, dont nous avons un exemple bien mémorable et bien terrible dans le mauvais riche. Il y avait à sa porte un pauvre, c'était Lazare. Ce pauvre était tout couvert d'ulcères, et non-seulement n'avait pas de quoi guérir ses plaies, mais de quoi manger. Il ne demandait que les miettes qui tombaient de la table du riche; et qui croirait qu'un si faible secours lui pût être refusé? L'Évangile néanmoins nous marque qu'il ne put même obtenir cette grâce, et qu'il mourut enfin de misère. Ah! mesdames, au seul récit d'une pareille dureté, je m'imagme que vos cœurs se soulèvent ; et quand ensuite on vous i^présente ce riche impitoyable au milieu des flammes, brûlé d'une soif ardente, et priant en vain qu'on lui accorde une goutte d'eau pour rafraîàkk sa langue, vous ne voyez rien dans son supplice qall n'ait mérité, et qui excède la grièveté de son I ; mais en souscrivant à son arrêt , n'est-ce pas à celui d'une infinité de riches dont le irempli? n'est-ce pas peut-être souscrire à àiÊH des personnes qui m'écoutent ? Car,
il faut l'avouer, on trouve partout, mais spécialement dans les conditions riches et opulentes du siècle , de ces âmes de bronze que rien n'amollit. Les cris des pauvres frappent leurs oreilles; mais ils ne peuvent pénétrer dans leurs cœurs. On ne le comprend pas, on ne se le persuaderait pas si l'on n'en était témoin : on en est indigné, et l'on ne peut s'en taire; on en parle hautement, mais ce sont des paroles qu'elles laissent passer. Ce jui met le comble à leur dureté, c*est que ces misérables dont elles tiennent si peu de compte , ne sont quelquefois devenus pauvres que pour elles, que dans leurs maisons et à leur service. Ce sont de pauvres domestiques, ce sont de pauvres manœuvres, ce sont de pauvres marchands à qui elles doivent, et qu'elles n'ont jamais payés qu'en promesses, différant toujours, éludant toujours les instances qu'on leur fait, et se rendant tout a la fols coupables d'un double attentat , l'un contre la charité, et l'autre contre la plus étroite justice. Or, si la naissance, si le rang, si l'autorité les met présentement à couvert de tout, qui pourra les garantir de la formidable menace du Saint-Esprit? L'avez- vous jamais entendue, mesdames? c'est une grande matière à vos réflexions : Cor durum habébit mole in novissimo. {EcclL^ Z.) La mort viendra, et c'est alors que les cœurs don porteront la peine qui leur est due. Autant qu'ils se seront endurcis au malheur des pauvres, autant Dieu les laissera-t-il s'endurcir à leur propre malheur. Car voilà souvent ce qui leur arrive par une malédiction particulière du ciel. Nul sentiment de piété , à cette heure où toute la piété de l'âme chrétienne doit se réveiller. On dirait que c'est un aban* donnement entier de Dieu, qui, dès cette vie, les réprouve. Mais sans qu'il les réprouve dès cette vie, à quelle réprobation les destine-t-il dans l'autreî Je vais trop loin , mesdames , et il semble que dan une assemblée comme celle-ci je ne devrais promet* tre que des récompenses. Mais entre les âmes cha* ritables qui la composent , et dont je ne puis asseï louer le zèle, il peut s'en trouver à qui la mena» que je vous fais entendre, soit nécessaire. Dieu h sait , et il les connaît. Puissent-elles se bien eon naître elles-mêmes! Cependant, aux deux caractères que je vous ai tracés, ajoutons-en un troisième.
III. Il y eut encore du grain qui tomba au miliei des épines. Ne cherchons point , mesdames , d'autn explication que celle même du Sauveur du monde ces épines, ce sont les passions du siècle; passion aveugles et turbulentes, qui troublent une âme qui l'agitent de telle sorte , qu'elles étouffent tout la divine semence, et qu'elles éraoussent tous les trait de la parole de Dieu. Or, selon la pensée de Jésos Christ , ces passions se réduisent surtout à trois ea pèces : l'inquiétude des soins temporels , la cupidit ou le désir empressé d'amasser les biens de la terre
SUR LA CHARITË ENVERS LES PAUVRES
et rattadiement aux plaisirs de la vie : trois obstacles qui énervent toute la force de la parole do Dieu; trois sortes d'épines qui éteignent la charité dans les eœurs. Cest ce que Texpérience nous fait voir sensiblement ; c'est ce que vous avez reconnu îoos-mémes en mille occasions , ou ce qu'il ne tenait qu'à vous de reconnaître.
Car, comment vient^on à ces assemblées de charité, et qu'y apporte-t-on? On y vient avec un esprit tout rempli des affaires du monde, dont on est uniqaeoient occupé, et dont on se plaint même d'être accablé ; on les apporte toutes avec soi , et l'on s'en laisse tellement obséder, qu'on est incapable d'aucune autre réflexion. Nous parlons pour l'intérêt des pauvres , nous exposons leurs pressantes nécessités, Dons élevons la voix, nous conjurons, nous exhortons; mais s'attache-t-on à nous suivre? Au lieu de prendre avec nous des mesures pour les pauvres, on en prend intérieurement avec soi-même : et pour qui? pour soi-même. Dans un silence profond il paraît qu'on 8*applique à nos instructions : mais l'esprit est bien loin de nous ; il s'entretient d'un'projet qu'on a formé , d'une entreprise où l'on s'est engagé , d'un ménage qu'on a à conduire, de toutes les choses humaines qui touchent personnellement, et sur quoi l'on doit veiller. Encore si l'on se bornait à ses affaires propres qui sont de l'ordre de Dieu; mais, par je ne sais quelle démangeaison de se mêler de tout , on s'ingère en mille intérêts et en mille intrigues qui regardent celui-ci ou celle-là , sans que de soi-même on ait rien à y voir, ni rien à y prétendre. Encore si Ton s'en tenait aux devoirs de son état ; mais par une envie démesurée de décider, de dominer, de se tendre important et nécessaire, on se livre à tout ce qui se présente, souvent même à ce qui ne se présente pas, et où l'on n'est point appelé. Après œl», Ton s'excuse du soin des pauvres, et l'on n'a pas, dit-on, le loisir d*y vaquer. On ne l'a pis, j'en conviens; mais pourquoi ne l'a-t-on pas? Parce qu'on ne veut pas l'avoir; parce qu'on se surcharge volontairement d'occupations inutiles ; parce qu'on dérobe aux pauvres le temps qu'on leur doit, pour le prodiguer ailleurs où on ne le doit pas, et pour en faire un usage criminel, dès qu'il leur est si préjudiciable. Voilà ce qu'on n'a jamais bien compris et ce que jamais on ne comprendra , tant qu'on ne nous écoutera point d'un sens plus rassis , et avec plus de tranquillité.
Car comment vient-on à ces assemblées de charité, et qu'y apporte-Von ? On y vient avec un cœur possédé de l'amour des biens périssables , et l'on y apporte une insatiable convoitise ; ce ne sont que désirs ardents et sans règle, que vues secrètes de gagner, d'accumuler, de s'enrichir. De là, on n'entend guère volontiers parler de l'aumône, et l'on uesl ipière disposé à seconder les bonnes intentions
du prédicateur sur cette matière. Si des pers unes zélées, sages et fidèles, après avoir parcouru dans un quartier tout ce qu'il y a de pauvres maisons , disons mieux, de pauvres cabanes et de tristes réduits où l'indigence demeure cachée, rapportent exactement ce qu'elles ont vu et témoignent sur cela leurs sentiments, on se figure qu'elles exagèrent, et l'on se met en garde contre leurs sollicitations; on voudrait pouvoir s'absenter de toutes ces conférences, et telle y assiste par respect humain , et parce qu'elle y est invitée, qui souhaiterait d'avoir des prétextes pour n*y paraître jamais : pourquoi? C'est qu'elle n'aime pas à donner, et qu'elle ne peut néanmoins honnêtement s'en défendre; c'esi qu'elle regrette tout ce qui sort de ses mains, et qu'elle serait charmée de l'y retenir et d'en grossir ses épargnes; c'est qu'elle regarde ce qu'on lui demande comme une contribution onéreuse, comme un im« pôt, comme une taxe; c'est que, prenant ici place parmi les autres, elle a beaucoup moins en vue d'y répandre les dons de sa charité, que de garder certaines bienséances, et de sauver du reste tout ce que l'honneur lui permettra de ménager.
Enfin, comment vient-on à ces assemblées de charité, et qu'y apporte-t-on? On y vient avec une âme toute sensuelle, et l'on y apporte toutes les dispositions d'une mondanité voluptueuse : je ne dis pas voluptueuse jusqu'aux excès grossiers; mais voluptueuse dans l'attachement aux aises et aux commodités de la vie , aux plaisirs du siècle et à ses divertissements ; mais voluptueuse dans la recherche de ce qui peut causer de la joie , de ce qui peut faire passer le temps sans ennui et avec agrément ; mais voluptueuse dans la bonne chère , dans les visites , dans les conversations, dans les promenades. Accoutumé à n'avoir dans l'esprit que des idées qui réjouissent, à n'entendre que des entretiens qui plaisent, on se dégoûte d'abord de ces discours où il n'est question que de pauvreté, que d'adversités , que de souf&ances : ce sont des sujets trop sérieux, ce sont des images qui attristent; on en craint les impressions, et l'en ne cherche qu'à les efiacer promptement de son souvenir.
Or, sur tout cela, mesdames, voici trois avis que je vous prie de n'oublier jamais. Sont-ce les soins temporels qui vous inquiètent et qui vous détour* nent? Je prétends qu'il n'y en a point de plus indispensable pour vous, que celui de satisfaire à l'un des commandements de Dieu les plus formels et les plus exprès, qui est de fournir à Jésus-Christ même dans ses frères , dans ses membres , dans son corps mystique , ce qui lui manque. D'où je tire , et vous devez tirer avec moi cette première règle, que si le soin des pauvres ne peut compatir avec les autres soins, il faut qu'une femme chrétienne retranche desiiutrea soins tout c^ qa'W ^ ^ ^«iai^ssM^vsqX «a
SUR LA CHARITÉ ENVERS LES PAUVRES
quil y a de moins nécessaire et de moins utile, tout ce qu'il y a d'étranger à sa condition et d'accessoire , afin de ne pas abandonner le soin des pauvres. Prenez cette mesure, et, selon ce principe, arrangez toutes les occupations de votre vie, vous trouverez pour les pauvres tout le temps qui leur convieut. Sont-oe les biens de la terre et des vues d'intérêt qui vous resserrent à l'égard des pauvres? Là-dessus je vous dis deux choses , fondées Tune et l'autre sur la parole du Saint-Esprit : premièrement , qu'il y a dans le ciel des trésors infinis et raille fois plus précieux promis aux âmes secourables comme leur récompense éternelle : et qu'en ce sens , donner aux pauvres, c'est acquérir, c'est s'assurer un profit immense et un fonds inépuisable de richesses : secondenent,que rien même par rapport aux affaires présentes et à leurs succès , n'attire plus de bénédiction que l'aumône; et que souvent Dieu, dès ce monde , rend au double ce qu'il a reçu par le ministère des pauvres. Sont-ce les plaisirs du siècle qui vous touchent et qui vous attachent? Hé, mesdames, est-il pour des âmes bien nées un plaisir plus doux que de consoler les affligés, que d'essuyer leurs larmes, que de leur rendre le calme, la paix, la santé, la vie ; que d'être, après Dieu, leur espérance, leur refuge, leur bonheur? Servez ici de témoins, vous qui l'avez goûté, ce plaisir si pur, ce plaisir si digne d'un cœur chrétien ; dites-nous ce que vous avez senti lorsque , entrant dans de pauvres retraites et y paraissant l'aumône à la main , vous avez vu la sérénité se répandre sur tous les visages ; que vous avez vu pères, mères, enfants, rassemblés autour de vous , vous accueillir comme des anges envoyés du ciel ; que vous avez vu des malades reprendre leurs forces et revoir le jour qu'ils semblaient avoir déjà perdu. En arrêtant le cours de taut de pleurs qu'arrachaient la tristesse et les douleurs les plus amères, avez-vous pu retenir les vôtres, qu'une onction toute sainte et toute divine faisait couler? Cest à vous à nous l'apprendre; et qui ne vous en croira pas, n'a, pour se convaincre, qu'à se mettre en état d'en faire la même épreuve que vous. Achevons. IV. Tout le grain ne demeura pas sans fruit. II y eut une bonne terre où il tomba , où il leva , où il profita ; et il y a des âmes où la parole de Dieu favorablement écoutée et soigneusement conservée, produit des œuvres de charité dont l'Église tire 4ratant d'édification , que les pauvres d'assistance et de consolation. Oui, mesdames , il y en a dans cette assemblée , et à Dieu ne plaise que je leur refuse les justes éloges que je leur dois comme ministre du Seigneur, et comme prédicateur de la miséricorde. Mais entre ces âmes mêmes éclairées de la foi , et en qui la foi opère par la charité, nous pouvons eooore distinguer différents degrés ; car , pour ne rien omettre de toutes les leçons contenues dans la
parabole de notre évangile, prenez garde que le grain ne rapporta pas également dans toute la bonne terre où il fut jeté. Là , dit notre adorable Maître , il ne rendit que trente pour un , Mud trigetimum; ailleurs il donna soixante pour un, Aliud sexagesimum; mais en quelques endroite la récolte alla jusqu'à cent pour un, Aliud vero centesimum; tout ceci est mystérieux , et trois mots en vont développer tout le mystère.
Une âme touchée de l'exhortation qu'elle est venue entendre, et persuadée du précepte de l'aumône, veut l'accomplir à la lettre, parce qu'elle comprend que, sans la charité, il n'y a point de salut; mais du reste, contente d'observer la loi, elle se borne précisément à l'obligation , elle examine ses forces , et elle y proportionne ses charités. En cela que fait-elle? elle ne produit que trente pour un; AUud trigesimum; c'est toujours beaucoup, mais ce n'est point assez; et, plus libérale encore , une âme ajoute à ces aumônes d'obligation des aumônes de surérogation. Soit qu'elle craigne de se tromper en se tenant à l'étroite mesure du précepte, et de n'en pas remplir toute l'étendue; soit que le feu de sa charité lui dilate le cœur , et la porte à donner plus que moins, parce que le plus qu'elle donnera ne répondra jamais à la charité de Jésus- Christ pour elle; quoique ce soit, elle ne compte ni avec Dieu , ni avec les pauvres; elle répand se» dons abondamment, elle les multiplie, et en cela que fait-elle? elle rend soixante pour un : Aliud sexagesimum. N'est-ce pas tout? non, mesdames, et la charité , quand une fois elle est bien allumée', et qu'elle se laisse emporter à l'ardeur qui l'aninle, ne connaît plus, pour ainsi dire, de règle, et n'en suit plus. Autant que la cupidité esta vide pour attirer tout à soi, et pour ne rien relâcher, autant cettecharitéévangélique, cette charité viveet enflammée est-elle toujours prête à se défaire de tout et è tout quitter. Une telle âme ne possède rien, ou ne. pense pas posséder rien en propre; elle n'a rien qui n'appartienne aux pauvres, ou qu'elle ne croie leur appartenir. Parlez-lui de précaution , de prévoyance pour elle-même, c'est un langage qu'elle ne conçoit pas; mais proposez-lui quelque pratique de charité c'est là qu'elle vole et qu'elle devient saintement prodigue. Or, en cela, que fait-elle? elle rapporte jusqu'à cent pour un : Aliud vero centesimum. On en a vu de ce caractère, mesdames, et si ce sont des exemples rares, ce ne sont point des exemples imaginaires, ni supposés; on a vu de ces filles, de ces femmes de miséricorde, suivant l'expression de la sagesse, dont les charités, ou plutôt, dont les samtes prodigalités n'ont jamais manqué : dans une fortune médiocre, et bien au-dessous de leur naissance , elles ont toujours trouvé des misères à soulager; et, parun miracledu ciel, avec un pouvoir en lui-même très-limité, elles pouvaient tout, elles ont
SUB LA CHARITÉ ENVERS LES PRISONNIERS
tout entrepris et tout exécuté; leur mémoire eneore récente est en vénération parmi nous , et leurs noms, consacrés par l'aumône, seront éternellement écrits dans le livre de vie.
Voilà, mesdames, de grands modèles pour vous; mais sans qu'il soit absolument nécessaire d'atteindre à cette souveraine perfection de la charité, du moins devez-vous voir de quel nombre vous êtes , et ce qui peut vous convenir dans toute cette application de la parabole du bon grain ; du moins devezvous , en vous examinant devant Dieu , dans l'esprit d'une véritable et solide religion , rentrer en vousmêmes et tâcher de découvrir vos dispositions intérieures , soit pour les corriger, soit pour les perfectionner. Il ne dépend pas du laboureur qui sème le grain que la terre soit bonne ou mauvaise ; toute son habileté est à rechercher la bonne, dont il peut lui revenir du profit, et à laisser la mauvaise, dont il n'aurait rien à espérer. Mais il n'en est pas ainsi de nous: dans l'obligation ou nous sommes de porter des fruits tels que Dieu les demande, c'est à nous, dit saint Grégoire, d'y préparer nos cœurs, afin que nos cœurs soient des sujets propres à recevoir la précieuse semence de la parole de Dieu ; c'est à nous , avec le secours de la grâce , à les disposer et à les former. Si donc , mesdames, si vous étiez, ou de ces âmes dissipées , ou de ces âmes dures , ou de ces âmes volontairement esclaves delà cupidité et de la volupté, c'est à vous d'en répondre à Dieu ; c'est à vous que Dieu s'en prendra, et par conséquent c'est à vous de vous réformer là-dessus, et d'y apporter ie remède : car, de toutes les excuses que vous pourriez alléguer pour vous justifier devant Dieu du peu de fruit que sa parole aurait produit en vous, surtout au regard des pauvres, il n'en est point déplus frivole que de lui dire : Seigneur, je n'y faisais pas assez de réflexion, et je n'y pensais pas; Seigneur, je n'étais pas naturellement tendre ni compatissante; Seigneur , j'avais d'autres soins , d'autres affaires dans le monde ; j'aimais mon plaisir et il m'entraînait. C'est en cela même, vous répliquerait-il, qu'a consisté votre désordre : en ce que vous ne vous êtes jamais fait nulle violence pour fixer la légèreté de votre esprit, et pour en arrêter les continuelles évagations ; en ce que vous n'avez jamais combattu la dureté de votre cœur , ni fait nul efifort pour le fléchir; en ce que vous vous êtes chargées de mille soins qui ne vous regardaient pas, etabtmées dans des affaires que vous pouviez prendre avec plus de modération; en ce que votre plaisir vous a dominées, et que vous ne vous êtes point mises en peine des maux d'autrui, pourvu que vous Déçussiez rien à souffrir vous-mêmes , et que vous puissiez toujours vivre commodément; c'est là, encore une fois, votre crime : or, prétendez-vous qu'un désordre soit la justification d'un autre désordre.'
Ce serait une erreur, mesdames , et une erreur d'autant plus pernicieuse , qu'en vous trompant elle ne vous garantirait pas des jugements de Dieu. Mais ce qui vous en préservera, c'est un renouvellement de ferveur, qui vous applique encore avec plus de vigilance et plus de constance à vos charitables exercices. Ainsi , la parole de Dieu que je vous ai annoncée , cette exhortation vous sera également utile, et aux pauvres. Les pauvres en profiteront pour cette vie passagère et mortelle, et vous en profiterez pour une vie durable et immortelle ; elle se-^ ra salutaire aux pauvres selon le corps, et elle vous sera salutaire selon l'âme; les pauvres en retireront quelque soutien dans le temps , et elle vous fera acquérir une gloire infinie dans l'éternité, où nous conduise, etc.
EXHORTATION
SUR LÀ GHàRFIÉ