‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 61 sur 408 · LA CHARITÉ ENVERS LES ORPHELINS · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ ENVERS LES ORPHELINS

Reliffio tnunda et imtnaculaia apud Deum et Pairem hme est, visitare pupUlos in tribulatione eorum.

La religion pare et sans tache aux yeax de Diea , notre père, est de visiter les orphelins dans leur aflUcUon. Épitn de 8AINT Jacques, chap. i.

Voilà, mesdames, la plus haute idée que vous puissiez concevoir et que je puisse vous donner du devoir de charité pour lequel vous êtes assemblées. Ce n'est pas moi qui vous la propose , c'est le Saint- Esprit, et jamais l'Écriture n'a rien décidé en des termes plus exprès que ce que vous venez d'entendre. Aussi dans toute l'Écriture ne pouvais-je choisir un texte plus propre que celui-ci pour satisfaire à ce que vous attendez de moi , et à l'engagement où je suis d'exciter votre compassion envers les orphelins. L'Écriture ne dit pas qu'une partiede la religion consiste à les visiter et à les secourir : elle dit absolument qu'en cela consiste la religion, et la religion pure et sans tache, la religion parfaite : Religio munda et immaculata. Or, on ne peut douter que ce passage ne convienne particulièrement à ceux dont je dois vous entretenir, puisqu'il est évident que dans le monde chrétien il n'y a point d'orphelins , si j'ose ainsi dire, plus orphelins, ni par conséquent plus dignes de votre zèle. Il fallait toute Tautorité de la parole de Dieu pour vous persuader de cette importante vérité, que la religion est particulièrement attachée au soin de ces enfants qui réclament votre assistance : mais je puis vous assurer, mesdames, que si vous comprenez bien le sens de l'apôtre, cette vérité vous paraîtra non-seulement très-raisonnable, mais très-naturelle, très-conforme à tout les principes du christianisme : et c*est de quoi j'entreprends ici de vous convaincre. Le lieu où je parle est spécialement destiné, disons mieux, spéciale» ment consacré à la subsistance et à Féducation ét\

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CCI orphelins , qui , pac riniqaité des hommes, se Inmvent tous les jours exposés au danger de périr dde se perdre, si la Providence et la charité publi- ! ipwiieTenaientà leur secours. Œuvre de Dieu dont ; foos ne pouvez ignorer Tutilité et la nécessité; | «urre de Dieu dont on me charge de vous représenter Fétat, en vous faisant en même temps connaître Tobligation que vous avez d*y contribuer, et le Hérite que vous aurez d'y participer. Pour cela , mesdifines, tout mon dessein est de vous développer, dans une exposition simple et suivie, les paroles de mon texte. Il ne m'en échappera pas une, parce qu^il n*y en a pas une qui ne demande une réflexion particulière. Appliquez-vous, s'il vous plaît, et comniençons.

1. On conçoit assez que le zèle d'assister les paufres, surtout les orphelins, qui de tous les pauvres sont les plus abandonnés, est une partie essentielle de la religion, puisque c'est un des devoirs que la religion nous recommande le plus expressément, et qu'elle nous en fait un point capital : Religio; car il semble que de là dépende toute la prédestinntioo des hommes, et que le jugement de Dieu doive uniquement rouler sur ce précepte. Venez , dira le Sauveur du monde à ses élus, venez, vous quiètes bénis de mon Père, parce que j*ai eu faim et que TOUS m*avez donné à manger, parce que j'étais nu et que vous avez pris soin de me vêtir, parce que je manquais de tout et que vous avez pourvu à mes besoins. On conçoit encore que l'aumône faite au pauvre et à ror{^elin est non-seulement une dépendance et une suite du culte de Dieu, mais un exercice aetud du culte de Dieu, puisque dans la personne de rorpbelinet du pauvre on rend hommage à Dieu aéme. Honorez , dit le Sage , au livre des Proverbes (Prov. 8), honorez le Seigneur de vos biens. On eonyient même, pour la consolation de ceux qui eootriboent à cette sainte œuvre dont il s'agit ici, et à laquelle je vous exhorte, on convient que la charité qui se pratique envers les orphelins est une espèce de sacrifice , ou un vrai sacrifice que Ton offre î Dieu; d*oij il s'ensm't que c'est donc un des prettkn et des plus excellents actes de la religion. iroubliez pas la charité, disait saint Paul aux HéliKiix(^if6r., 13), et faites partdece que vous avez, parce que c^est par de telles hosties qu*on se rend Dieu favorable.

Tout cela est certain ; mais pourquoi saint Jacquet nous marque-t-il si absolument que la religion est d^assister les orphelins et de les risiter ; et pourquoi paraît-il la réduire à ce seul point? voici , seloo saint Augustin, sur quoi est fondée sa propomtdoa. Cest qu'en effet toute la religion se réduit à la diarité, se rapporte à la charité; qu'elle a la «harité çpnr principe, la charité pour fin , la charité GajMlAjMJlooncIure au maître des

gentils que la charité est la plénitude de la loi , Pieniiudo ergo legis est dilectio {Rom, ,13), entendant par ce terme dileciiOy l'amour du prochain ; car, voilà pourquoi il ajoutait : Qui diligit proximum legem implevit ( Ibid. ) ; Celui qui aime son prochain accomplit toute la loi. Or, quiconque a le zèle d'assister les orphelins, et de les visiter, doit conséquemment avoir dans le cœur cet amour du prochain : je dis cet amour surnaturel , cet amour chrétien, amour pur, qui, dégagé de tous les intérêts du monde, regarde le prochain dans Dieu , et le soulage pour Dieu. Quel autre motif nous y porterait, et qui pourrait sans cela nous faire penser à des misérables dont l'unique titre pour s'attirer cet amour est d'être les créatures de Dieu ? Je puis donc dire, et il est vrai , que celui qui s'affectionne à ces malheureux, et qui, connaissant leurs nécessités, s'empresse de leur procurer tous les soulagements qu'il est en état de leur fournir, a dans l'âme, nonseulement de la religion, mais le fond de la religion, mais l'abrégé de toute la religion ; c'est-à-dire , qu'il est dès là préparé et déterminé à remplir sans réserve tous les autres devoirs de la religion ; et comme devant Dieu la préparation du cœur, quand elle est sincère , est réputée pour l'effet même , par ce seul acte de religion il a déjà en quelque manière tout le mérite de la religion ; il en a déjà tout l'esprit : Religio hxc est. Quel avantage , mesdames, et quel bonheur pour une âme chrétienne de pouvoir avec vérité et toujours avec humilité se rendre à soimême ce témoignage de sa religion ! On dit tous les jours qu'il n'y a plus de foi dans le monde; c'est une plainte ordinaire , et une plainte qui , dans un sens, ne se vérifie que trop; mais en quelque sens qu'on puisse l'entendre , il y aura de la foi parmi nous, tant qu'il y aura des âmes charitables, puisqu'elles ne peuvent être vraiment et solidement charitables que par la foi , et que le degré de leur foi répond à l'abondance et à la mesure de leur cha- ; rite : Religio haec est.

H. De là, mesdames, par une règle toute contraire, se flatter d'avoir de la religion, et n'avoir pas ce zèle de compassion, de tendresse, de miséricorde pour des sujets aussi délaissés que le sont ceux en faveur de qui je vous sollicite , c'est une religion chimérique et imaginaire, une religion vaine et apparente, une religion dont Dieu n'est point honoré , et dont les hommes ne sont nullement édifiés. Voilà néanmoins la religion de notre siècle, et Dieu veuille que ce ne soit pas la vôtre! On voit des femmes qui se piquent d'être chrétiennes et de pratiquer la dévotion, mais qui, toutes pieuses et toutes dévotes qu'elles paraissent, n'ont que de l'indifférence pour les pauvres, sont insensibles à leurs misères, les laissent souffrir, sans être touchées de leurs maun m «^ im\Vc^ va ^kvxa ^<t\«k

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adoucir. Elles ont, si vous voulez, de la piété, mais une piété stérile, une piété dont les pauvres ne profitent point, une piété qui dès lors ne peut être cette piété pure et sans tache que Fapôtre nous recommande : Religio manda et imniaeulata.

Il faut que la piété, pour être pure et sans tache : glorifie Dieu. Or est-ce le glorifier, que de violer un de ses préceptes les plus étroits , qui est celui de la charité? Est-ce le glorifier, que de renverser Tordre de sa providence, qui n'a point donné d'autre fonds aux pauvres que ce qu*ils peuvent et ce quMls doivent recevoir de la charité? Est-ce le glorifier, que d'oublier ses images vivantes , ses substituts, ses enfants, qu'il a commis aux soins des fidèles et à leur charité? Il faut que la piété, pour être pure et sans tache, soit édifiante, soit exemplaire, soit exempte devant les hommes de tout reproche, et à l'épreuve de toute censure : et le reproche le plus honteux qu'on puisse faire à une chrétienne qui fait profession de vertu , n'est-ce pas de ne s'occuper que d'elle-même, et de n'avoir nulle pitié des pauvres ? Moins de prières, pourrait-on lui dire , moins de pratiques et d'exercices d'oraison , et un peu plus de bonnes œuvres; moins de confessions et de communions, et un peu plus d'attention et'de vigilance pour vos frères et les membres de Jésus-Christ; ou plutôt, sans rien retrancher de vos prières , ni diminuer le nombre de vos communions, montrez-en l'utilité et le fruit, par le zèle qu'elles vous inspireront pour des chrétiens comme vous, et pour subvenir à leur indigence. Autrement, ou vous n'avez que les dehors de la religion , ou la religion que vous professez , et dont vous prétendez vous prévaloir, n'est pas la religion sans tache que je vous prêche : BeUgio munda et immaaUata,

III. Religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre père : Apud Deum et Patrem. Car Dieu est le père des pauvres, et en particulier le père des orphelins ; par conséquent la vraie religion doit porter toute âme chrétienne à aimer singulièrement les orphelins , et à leur en donner des marques solides : pourquoi ? parce que la vraie religion , répond saint Augustin , est d'entrer dans les vues de Dieu, et dans les inclinations de Dieu : or. Dieu se plaît à être le père des orphelins, il s'en fait honneur; et quand il se glorifie de cette qualité, il veut être en cela notre modèle : Tibi derelictus est pauper; orphano tu eris ac^utor {PscUm, 9) : Oui, Seigneur, c'est à vos soins paternels que le pauvre est confié, et c'est vous qui êtes le protecteur de l'orphelin. Que faites-vous donc, mesdames, quand vous vous appliquez à faire subsister ces pauvres enfants qui sont aujourd'hui l'objet de votre charité? je ne vous dis pas que vous déchargez Dieu du soin de pourvoir à leur subsistance; il est trop bon pour

cesser jamais de penser à eux : mais je dis que vw êtes par là les ministres de sa miséricorde, que toi en êtes les coopératrices et les coadjutrices; je d que vous acx|uittez en quelque sorte sa provideoi à regard de ses enfants, afin qu'ils n'aient jama lieu de se plaindre qu'il leur ait manqué. Il est lei père, et quand vous entrez dans leurs besoins p; une charité bienfaisante, vous leur tenez lieu « mères en Jésus-Christ. Je dis plus encore : e'e ainsi que vous devenez , dans un sens aussi vérît ble qu'il est honorable , comme les mères de Jeta Christ même. Ne croyez pas qu'il y ait là de Pex gération. puisque c'est le Sauveur lui-même, < divin Sauveur, qui vous le témoigne : car, dans m Évangile, il a déclaré que sa vraie mère selon Te prit, c'était quiconque fait la volonté de son Pè céleste : Quicumque/ecerit voluntatem Patris mt ipse mewfrcUer et mater est, (Matth., 12.) 0 pouvez-vous mieux accomplir la volonté du Pè céleste qu'en vous employant auprès de ceux do il vous a particulièrement chargées , qui sont les c phelins ? Aeligio munda et immacukUa apud Deu et Patrem hœc est.

IV. Mais pourquoi les orphelins? yisitarepup los, Ne le voyez- vous pas, mesdames? parce q l'orphelin est, de tous les pauvres, le plus destit de secours et de moyens ; parce que c'est à l'orpfa lin que la protection de Dieu est plus nécessair parce que c'est l'orphelin qui a plus droit de reeooi à Dieu comme à son unique refuge, et de dir comme David : Mon père et ma mère m'ont quitt ils sont perdus pour moi; mais le Seigneur n pris en sa garde - Quoniam pater meus et mai mea dereliquerunt me; Dominas autem assumpi me. ( Psalm. 26. ) Ce n'est pas assez ; mais j'ajov qu'entre les orphelins, il n'y en a point à qui c paroles conviennent si naturellement qu'à ceux q la charité a retirés dans cette maison où vous ven les visiter : les autres , quoique orphelins, au défa de leurs pères et de leurs mères, peuvent encc avoir des appuis ; ils trouvent dans leurs famill des parents , des proches, qui les reconnaissent les élèvent; ils ont des tuteurs qui ménagent le bien et qui font valoir leurs deniers : ceux-ci n*o ni tuteurs, ni parents, dont ils puissent imploi l'assistance; désavoués de tout le monde, ils n*o personne dans tout le monde à qui s'adresser. L autres , quoique sans père et sans mère , sont so vent dans un âge où ils peuvent s'aider eux-même ceux-ci , dès le moment de leur naissance, sont < posés au danger prochain de périr, et périraient effet, si le Créateur qui les a formés ne leur av; ménagé une ressource dans la providence des hoi mes. Il est donc incontestable que ce sont là orphelins les plus abandonnés de leurs pères et leurs mères ; que ce sont ceux sur qui Dieu est pi

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! à veiller, ceux dans qui la religion pure et sans tache se pratique plus à la lettre : FisUare fmpiUos. Cest entre les bras de Dieu seul que ces pauvres en&nts sont déposés; et c*est dans vos mains, mesdames, qu'il les remet, pour les retirer de la mort, et leur conserver une vie dont vous aurez à lui répondre.

Quel soin, dans Tancienne loi, quel zèle Dieu nVt-il pas fait paraître pour les orphelins ? ceci mérite votre attention, et vous apprendra votre religion. Qu'était-ce, dans Tancienne loi, que les orphelins? Des personnes privilégiées, des personnes spécialement protégées de Dieu , et comme telles respectées. Rien de plus authentique ni de plus formel que ce que nous lisons sur cela dans le Déviértmome. Dieu voulait que les orphelins fussent eoDsidérés des Israélites comme leurs frères ; que chaque famille en adoptât un , et que cet orphelin ainsi adopté mangeât à la table, eût part à tous les biens , fût traité comme les autres enfants de la maison; il voulait que dans chaque famille il y eût une partie des dîmes affectée aux orphelins , et que lorsqu'on faisait la récolte des fruits de la terre, on en réserrât une portion pour Torphelin , afin qu'il eût de quoi vivre; il voulait que les juges établis pour administrer la justice la rendissent à l'or^ phelin, préférablement à tout autre : voilà ce que Dieu avait ordonné dès la loi de Moïse. Dans la loi nouvelle, qui est une loi d'amour et de miséricorde, an lieu de tout cela. Dieu s'en repose sur votre charité; il ne vous oblige, ni à recueillir ces orphelins dans vos maisons, ni à les faire manger à vos tables ; mais H se contente que votre charité pourvoie d'une manière efficace à leur établissement. Sans exiger de vous d'autres dîmes, il veut que votre charité soit pour eux la dtme assurée de vos biens, et qu'ainsi vous soyez à leur égard encore plus secourables par le principe de la charité, que ne l'étaient les Israélites par l'obligation de la loi.

V. Vous y êtes d'autant plus indispensablement engagées , mesdames, que ces orphelins se trouvent iei dans un état plus déplorable : In trUndatkme eorton. L^ir afQiction est extrême : je veux dire que leur indigence est aussi grande que vous pouvez rimaginer, et j'ai bien sujet de m'écrier avec saint Paul : Os nostrum patet ad vos {Cor. y 6) ; je suis député pour vous parler et pour vous parler fortement : Car nostrum dilatatum est ( Ibid.); je sens mon cœur qui se dilate , qui s'étend par le zèle de la charité, et même de la religion , qui est là-dessus inséparable de la charité : Non angustiamini in nobU (Ibid.); mes entrailles ne sont point resserrées poor vous et pour votre sanctification : Angus- Uamini autem in visceriims vestris (Ibid.) ; mais que je crains que vos âmes ne se tiennent fermées , ou qu'elles ne s'ouvrent pas autant qu'elles devraient

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et qu'il est à souhaiter ! Voilà des enfants dont Dieu nous charge aujourd'hui, vous et moi ; il m'ordonne de vous représenter leurs besoins, de plaider auprès de vous leur cause , et d'y faire servir tout ce qu'il m'a donné de connaissances et de forces; c'est là mon ministère, et je tâche à m'en acquitter : mais quel est le vôtre? de contribuer à l'éducation de ces enfants et à leur salut, de répandre sur eux libéralement et saintement vos dons : libéralement, afin qu'ils en reçoivent une solide assistance ; saintement, afin que vous en ayez devant Dieu le mérite, et que vous en obteniez la récompense : ce sera la même pour nous. Or puisque vous aspirez à la même gloire que moi, que vos cœurs s'élargissent comme le mien : Eamdem antem habentes renumerationem, dilatamini et vos. {Cor., 6.)

A Dieu ne plaise que je veuille exagérer les misères de cette maison! Je suis le prédicateur de la vérité, et je ne voudrais pas m'en départir une fois , ni d'uir seul point, pour exciter votre charité. On vous a dit qu*un grand nombre de ces enfanU sont morts faute de nourriture et des choses les plus nécessaires : je n'examine point si peu^être on vous en a trop dit; vous avez pu vous en instruire, et même vous l'avez dû , car votre ignorance en cela ne serait pas une légitûne excuse. On vous a dit que la multitude de ces enfants croît tous Jes jours , et que vos charités devraient croître à proportion. Quoi qu'il en soit, mesdames, je sais que ces enfants sont dans la souffrance, qu'ils sont dans l'extrémité de l'indigence, et ce ne sera point amplifier si je conclus qu'ils sont donc dans l'état où la religion vous oblige à faire des efforts extraordinaires pour les soutenir : FisUare pupillosin trUmlatione eorum.

Si vous y manquiez, le sang de ces innocents demanderait à Dieu justice; car leur sang, aussi bien que celui d'Abel, a une voix qui se fait entendre de Dieu , et qui crie de la terre jusqu'au ciel. Il est pour vous, mesdames, du dernier intérêt que la voix de ce sang ne crie jamais contre vous. Il est pour vous d'une conséquence infinie que vous écoutiez cette voix, et que, sur le témoignage que je vous rends , vous preniez de justes mesures , et vous régliez vos aumônes. Sans cela, qui pourrait vous préserver de la malédiction dont Dieu menaçait les Israélites par ces paroles du psaume? 2^rbabuntwr ajacie ejus, Patris orpkanorum, etjudicisviduarum {Psalm. 67 ) : Ils seront troublés et saisis defrayeur à son aspect, parce qu'il est le père des orphelins, et qu'il sera un jour leur juge; c'està-dire qu'il leur rendra justice aux dépens de ceux et de celles qui les auront négligés, et qui, témoins de leur extrême disette, ne se seront pas mis en devoir de les soulager.

Mais quedis-je, mesdames? J'aime mieux twm exhorter à ce saint esiétmA v^^ Y t

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nédictîons éternelles que Dieu vous promet. C*est l'amour, je dis Tamour de votre Dieu, qui vous doit animer, plutôt que la crainte de ses châtiments. Il 8*agit de seconder une entreprise des plus importantes à sa gloire. Il s*agit de sauver des âmes que Jésus-Christ a rachetées, et qui, n'ayant dans le monde nul asile, s'y perdraient immanquablement^ si votre zèle n'y remédiait. U s'agit de dresser des enfants qui, sans vous, n'ayant nulle instruction, par une conséquence inévitable, n'auraient nulle religion. Il s'agit de les retirer, non-seulement de la pauvreté , mais du vice, mais du libertinage, où la fainéantise, par une triste fatalité, les entraînerait avec tant d'autres. Il s'agit de former dans leur personne de bons sujets pour être employés partout où la Providence les destinera.

C'est votre ouvrage, mesdames, et vous y êtes intéressées : car vous êtes comme les fondatrices de cet hôpital. C'est à vous que Dieu en a premièrement inspiré le dessein, et c'est vous qui avez eu le courage de l'entreprendre. Quand je dis vous, j'entends ces illustres dames dont toutes les assemblées de saints publient et publieront sans cesse les charités. Vous les avez connues , et je ne vous eo rappelle le souvenir que pour vous porter à les imiter. Vous leur avez succédé , et cet établissement qu'elles ont commencé ne peut être ni maintenu , ni conduit à sa perfection que par vous. Une grande princesse dont je respecte la présence, et dont l'humble modestie m'oblige à me taire sur ses émi« nentes qualités, n'a pas cru pouvoir mieux honorer Dieu, ni mieux reconnaître tout ce qu'elle en a reçu , qu'en se mettant à la tête de cette œuvre de piété. Sa foi l'y a engagée, et son exemple doit vous y attirer. Faites-vous un devoir et un mérite de vous conformer à ses pieuses intentions. Et vous, troupe infortunée , enfants que le crime a fait naître sans vous rendre criminels, bénissez dans votre malheur même le Dieu souverain , le Père des miséricordes : Laudaie pueri Domintan. (Psalm. 112.) Si vous êtes le rebut du moi^de , il y a dans le ciel un Créateur qui s'intéresse à votre conservation , et à qui vous êtes aussi chers que le reste des hommes. Il est au plus haut point de la gloire , mais de ce haut point de gloire il ne dédaigne pas d'abaisser ses regards sur votre misère : Qui in altis habitat et hu- 99ii/iare5plci^.(Ibid.)Cest lui quiapprendaux grands du siècle et aux plus grands à descendre eux-mêmes jusqu'à vous; lui qui les fait sortir de leurs palais, de leurs riches et magnifiques appartements, pour se ranger auprès de vous : Suscitaru de terra inopem, fUiêdeat eum principibus j cumprincipibus popuU «irf. (Ibid.) Levez vers lui vos voix pour lui payer kjoste tribut de vos louanges. C'est la louange des «Bfimts, ^dei enfants à la mamelle, qui lui plaît par-demu toutes les autres : Ex are b^antium et

lacfentium per/ecisti laudem, {Ptalm. 8.) Levez avec vos voix vos mains encore pures, et servez à toute cette assemblée d'iutercesseurs. Vous n'en pouvez avoir de plus puissants, mesdames, pour vous ouvrir le trésor des grâces divines, ^ pour vous obtenir l'éternité bienheureuse, que Je vous souhaite, etc.

EXHORTATION

SDR LA CHÀRITé

ENVERS LES NOUVEAUX CATHOLIQUES

PaxfraUbui, €t charitas cum /Ide,

Que la paix soit tar nos frères, avee k charité et U fol. Jux Ephésient, chap. 6.

Voici, mesdames, une nouvelle charge pour vous, mais ce serait, j'ose le dire, vous rendre indignes du nom de chrétiennes que vous portez, si vous la regardiez comme une charge, et si vous ne bénissiez mille fois le ciel de vous avoir ainsi réduites à l'heureuse nécessité de redoubler vos soins et vos aumônes. Vous comprenez qu'il s'agit des ' nouveaux catholiques , ou de ceux qui sont dans It disposition de le devenir , et qui n'attendent peutêtre plus pour cela que votre secours. Ils sont répandus dans toute la France, répandus dans tous les quartiers de cette ville capitale; mais par une providence particulière, nulle autre paroisse n'en est plus abondamment pourvue que celle-ci , et ne doit plus s'employer à leur soulagement. Encore une fois, mesdames, ne vous en plaignez point, et bien loin de vous en plaindre, remerciez Dieu de ce qu'il vous donne, contre toute espérance, ces nouveaux sujets d'exercer votre zèle. Confiez- vous en lui , et ne doutez point qu'il ne vous donne en même temps de nouveaux moyens pour subvenir à tout , et pour remplir dans toute son étendue l'obligation qu'il vous impose. Soyez-lui fidèles, en faisant des efforts extraordinaires pour répondre aux desseins de sa miséricorde : et il vous sera fidèle en vous faisant trouver les fonds nécessaires , et en secondant les pieuses intentions de votre charité. Telle est la préparation d'esprit où vous devez être , et que je vous demande en faveur de nos frères que le malheur de la naissance et de l'éducation a tenus si longtemps séparés de nous. Que la paix soit sur eux avec la foi, etcela par la charité que vous pratiquerez envers eux : Paxfralrihus , et charitas cumjde. En deux mots qui vont partager cet entretien, il faut pourvoir, tout à la fois, et à leurs besoins temporels, et à leur salut éternel : à leurs besoins temporels, en les assistant dans leur pressante nécessité; à leur salut éternel, en les confirmant dans la foi, et en achevant leur

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qu*ils recevaient.

eonversion , qui n*est encore qu'imparfaite et qu'ébaudiée. La charité fera Tun et Tautre, et c'est «un à l'un et à l'autre que je viens vous exhorter.

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