TROISIÈME PARTIE
Quelque grâce qu'eût reçue saint Paul pour reprendre, pour menacer, pour presser et pour exhorter ; pour reprendre les pécheurs , pour menacer les endurcis , pour presser les lâches , pour exhor* ter les tièdes et les négligents. Argue ^ obsecra, increpa in omni patieniia et doctrina (3. Tïm, , 4 ) , il ne laissait pas de mêler parmi ses menaces et ses réprimandes , des consolations et même des louanges , pour encourager les fidèles. Après leur avoir fortement représenté leurs devoirs , IL les félicitait quelquefois de leurs bonnes œuvres, il s'ea réjouissait avec eux , il en rendait grâce au del , étant persuadé que cela servait beaucoup à exciter leur zèle, et que rien n'était plus capable d'augmenter la ferveur de leur charité que de leur mettra devant les yeux les fruits qu'elle produisait actuel-
I lement dans l'Église de Dieu.
I Ainsi , mesdames , écrivant aux chrétiens de
SUR LA CHARITE ENVERS UN SÉIONAIRI
rhessaJoDÎcpie, leur témoignait-il sa joie de ce que par leur moyen la parole divine s*était fait écouter et respecter, non-seulement par la Macédoine et dans rAchaîe, mais dans tous les lieux du monde où la foi était devenue célèbre : A vobis diffamatus estsermo, (1. ThessaL, 1.) Sur quoi je vous prie d'observer que cette foi des Tbessalonidens ne s*était pas moins étendue dans toute F Asie par les effets d*une charité bienfaisante, que par Fédification et le bon exemple. Car tel était leur esprit, tel était leur caractère. Une Église particulière faisait ressentir à toutes les autres le zèle qui l'animait, et n'aspirait qu'à leur communiquer les dons célestes et les grâces dont elle avait été favorisée.
Ainsi le même apôtre, sans prétendre enfler les Corinthiens d'un vain orgueil, leur inspirait-il une sainte confiance, fondée d'un cAté sur le succès, et de l'autre sur l'ardeur du zèle dont ils étaient remplis. Je ne puis assez louer Dieu , mes frères, leur disaiMl , ni assez le remercier de ce qu*il répand par vous, en tous lieux, l'odeur et la gloire de son nom : Deo autem grattas , qui odorem notUim sux nwLnif estât per nos in omrU loco. (2. Cor., 2.) Car nous sommes, leur ajoutait-il, la bonne odeur de Jésus-Christ, soit h l'égard de ceux qui se sauvent, soit a l'égard de ceux qui se perdent : à l'égard de ceux qui se sauvent, parce que c'est nous qui, par nos soins, leur procurons les secours du salut; à l'égard de ceux qui se perdent, parce que s'ils abusent de ces moyens et de ces secours , nous servirons un jour de témoins contre eux, et nous justi Gérons la Providence dont ils ne pourront se plaindre : Quia Christi bonus odor sumus Deo, in iis qui salviftunt, et in iis qui pereunt. (Ibid.) C'est ainsi, dis-je, que ce docteur des nations consolait les fidèles, et que, piqués d'une émulation toute chrétienne , ils faisaient cha- (}ue jour de nouveaux efforts pour la propagation de la foi , et pour y contribuer par leurs aumônes. Voilà comment le christianisme a commencé.
Or, il ne tient qu'à vous, mesdames, que je puisse aujourd'hui vous donner la même consolation et la partager avec vous. Il n'est pas juste que je sois continuellement employé à faire la censure de vos actions et de vos mœurs. Il n'est pas juste que TOUS n'entendiez jamais de moi que des reproches. Vous pouvez me mettre dans l'heureuse obligation de vous faire les mêmes conjouissances que saint Paul faisait à ceux de Thessalonique ; car c'est par vous que la parole du Seigneur peut être prêchée , par vous que la grâce de ses sacrements peut être sagement et utilement dispensée, par vous que les peuples peuvent être instruits, convertis, sanctifiés, non-seulement dans ce diocèse, mais dans tous les diocèses du royaume, mais, si je l'ose dire, dans tout l'univers. Et c^est ce qui arrivera,
quand tous aiderez de vos soins et de vos 1 ce séminaire institué pour fournir à tontes les églises des docteurs de la vérité et des dûttcteurs dau les voies de Dieu. A vMs diffamatus eU sentto. Partout où agiront ces ministres évangéliqnes, il y sera parlé de votre foi et de Totre charité : Sed e in omni toeofides vestra qum est ad Deum, profecia est. (1. Thessal., 1.) Ils publieront Tune et l'autre , ils les exalteront , et de toutes les perwones ici présentes dont ils auront en quelque aorte reçu leur mission , il n'y en aura pas une dont il ne aoit vrai, par proportion, comme de Madeleine, que dans toutes les contrées et chez tous les peuples où l'Évangile sera annoncé, on annoncera ce qu'dle a fait pour ceux qui en étaient les prédicateurs : Ubicumque prœdieatum fuerit evangeUum istud in wUverso mundo, et quod feeii hsee tuamMUtr inmemoriamejus. (Mabc, 14.)
Il ne tient qu'à vous que la connaissance de I>iea ne soit répandue aussi loin, et même plos loin qu'elle ne se répandit par la charité des chrétiens deCorinthe. Car vous devez être commeeux la bonne odeur de Jésus-Christ, selon l'expression de Papôtre; et malheur à tous, si vous ne pouTÎez pas dire dans le même sens qu'eux : Christi bonus odor sumus in omni loco. Or le propre de l'odeur est de s'étendre et de remplir toute la capacité du lieu où elle est contenue. Combien de pays , ^e ne dis pas parmi les idolâtres et les sauvages , mais jusque dans la chrétienté, où Dieu n'est point encore . connu , du moins n'est connu que très-obscurément et très-imparfaitement? combien de villages en France où l'on n'a presque nulle idée des articles les plus essentiels de la religion? Quel bonheur pour moi si je pouvais rendre ici par avance à Dieo d'humbles actions de grâces, et le bénir de ce que vous y allez pourvoir et de ce que l'odeur de votre charité pénétrera dans ces régions incultes et abandonnées! Deo autem gratias, qui odorem notitix suœ manifestât per nos in omni loco. (3. Cor.^ 3. ) Vous imiterez en cela le zèle des premiers chrétiens, dont vous devez professer la foi. Comme les apôtres étaient chargés de parcourir le monde et d'instruire toutes les nations , les fidèles se croyaient obligés de penser à leurs besoins , tandis qu'ils travaillaient à l'accroissement de l'Église. Lisez les épttres de saint Paul : vous y verrez comment on recueillait pour cela tous les jours les aumônes, et avec quelle ardeur chacun s'intéressait à l'établissement du christianisme.
Vous me direz : J'ai des pauvres dans mes terres, que j'assiste. Il est vrai , mesdames, et à Die» ne plaise que je blâme cette charité : elle est solide, elle est nécessaire, et j'avoue même que c'est par là que vous devez commencer : Operemur bonum ad omneSy maxime autem ad domestkoê
SUR LA CHABITÉ ENVERS UN SÉMINAIRE
fdei ( I. CaliU.^ 6); Faisons du bien à tons, mais surtout aux domestiques de la foi , à ceux dont la coadnite nous a été spécialement confiée, et qnt BOUS appartiennent de plus près. Rien de plus rai- Monable ni déplus juste que cette règle. Suirez-la, fy eoosens; mais suivez-la tout entière , et ne voua contentez pas d*en prendre une partie et de laisser Pautre. Car elle renferme deux points : Tun particulier, c'est de soulager d*abord les nécessités de ceux qui relèvent de vous et qui vous sont soumis, Maxime ad domesticot ; Fautre général, et c'est (TêlTO diaritables et bienfaisants envers tout le nonde : Operemur bonwn ad omnes. Si donc de ces deux devoirs vous vous en tenez au second , et vous abandonnez le premier, vous n'accomplissez fï^k demi la loi ; et pécher dans un article de la M, eî'est, selon la parole du Saint-Esprit, violer la loi.
Et qui éles-vous, pour prescrire ainsi des bornes k la providence du Seigneur et à sa miséricorde? Et qui estis vos quOentatis Dominumf {\. Judith. 8.) Je dis à sa providence età sa miséricorde , qui dolTcnt être le modèle de notre charité, et qui , étant infinies, exigent de nous une charité sans^ii* mites. Ce n'est pas que j'ignore qu'elle peut être resserrée dans ses effets par la médiocrité de la fortune et des biens : mais hors de là, c'est-à-dire dans la disposition du cœur, elle doit être immense et embrasser tout. Car c'est en ce sens que nous sommes catholiques, et il ne suffit pas d'en porter le fibm , si nous n'en remplissons la signification. Je m'explique, et observez cette pensée. Il ne suffit pas que ce nom de catholique convienne à notre loi , il faut encore qu'il convienne à notre charité. Je Tcux dire que, comme notre foi est la foi de tous les temps, de tous les pays , de toutes les nations du monde , et que c'est pour cela qu'elle est appelée catholique ou universelle; aussi notre charité , du moins dans le désir et la préparation de l'âme, ne doit avoir ni terme, ni mesure. Or, mesdames, quand ce désir est bien allumé et bien sincère, il passe à la pratique autant qu'il le peut et selon qu'il le peut ; et en vérité , ne pouvez-vous pas , sans rien retrancher des aumônes que vous distribuez dans tous les lieux de votre dépendance , trouver encore de quoi soutenir ce séminaire et de quoi rétablir par là tant d'églises désolées?
Peut-être ajouterez-vous qu*il y a d'autres séminaires dans tous les diocèses du royaume , ou presque dans tous : je le sais ; mais là-dessus voici ce que j'ai à répondre. Car premièrement, c'est de là même que je tire la preuve de ce que j'ai avancé. Et en effet , d'où sont venus tant de séminaires institués depuis quelques années à la gloire de Dieu n à ra«antdge du public? n'est-ce pas sur le moéèia de celui-ci qu'ils ont été formés, et celui-ci
n'en a-t-41 pas été l'origine ? ne sont-ee pas les fruits qu'on en a tirés qui ont excité la vigilance et le zèle des prélats, pour procurera leurs églises le même bien? la plupart ne s'en sont-ils pas expliqués de la sorte? ne l'ont-îls pas reconnu, et ne le reconnaissent-ils pas? Vous voyez donc comment h bonne odeur de cette maison et de la piété de toutes les personnes qui se sont intéressées en sa fareur, s'est déjà fait sentir jusqu'aux extrémités de la France, et quelles bénédictions elle y a portées : Eê domus impteta est ex odore, (1. Joan., 12.) Mais en second lieu, je soutiens que les séminaires particuliers n'empêchent pas que celui-ci ne soit nécessaire, et qu'ils ont besoin que celui-ci subsiste comme le séminaire universel : pourquoi? afin d'entretenir l'uniformité d'esprit dans toutes les églises, en y entretenant runiformité de doctrine, de discipline, de cérémonies et de culte, d'observances et de lois. Car puisque ce séminaire est la règle des autres, et qu'il l'a été jusqu'à présent, le même esprit qui règne en celui-ci doit régner dans tous les autres , et voilà le sûr moyen de maintenir partout l'unité de la foi.
Si cette foi vous est chèce, mesdames, comme elle le doit être, vous ne manquerez aucune occasion d'en étendre l'empire et de lui soumettre les cœurs. Tant d'ennemis en attaquent la pureté et en profanent la sainteté! verrez-vous d'un œil tranquille les atteintes mortelles qu'elle reçoit tous les jours, et la laisserez- vous en proie à l'erreur (]fui la détruit et au péché qui la corrompt ? 11 lui faut des défenseurs , des propagateurs , et c'est ce qu'elle vous demande. Prenez garde : elle ne vous demande pas que vous entrepreniez vous-même de combattre ; elle se contente que vous y soyez disposées quand la nécessité le requiert. Elle ne demande pas que vous quittiez vos familles, et que vous alliez travailler vous-mêmes à l'établir dans des terres éloignées : elle a d'autres ministres que vous qu'elle y appelle; mais ces ministres ne peuvent rien sans vous. Quelle excuse vous justifierait un jour devant Dieu, lorsque dans son jugement il vous reprocherait votre indifférence pour l'honneur et le progrès d'une foi qui vous devait être plus précieuse que la vie; de cette foi que vous deviez défendre, non- seulement au péril de tous vos biens , mais au prix de votre sang ? Vous vous plaignez quelquefois qu'elle s'affaiblit dans le christianisme, et cette plainte n'est que trop juste et que trop véritable : mais que ne servez-vous donc, autant qu'il vous est possible et qu'on vous en présente les moyens', à la réveiller età la fortifier? Vous vous plaignez même de temps en temps qu'elle est bien languissante dans vos cœurs , et qu'il vous semble à certains moments qu'elle y est morte : mais que ne travaillez-vous donc à la ressusciter dans vous-mêmes en contnbuakUl k \:i x^'ssi^RxV^
SUR LA CHARITÉ ENVERS UN SÉMINAIRE
dans les autres? Car, selon qae vous donnerez, on TOUS donnera; c'est-à-dire que, plus tous contribuerez h répandre au dehors ce don de la foi, plus Dieu le fera croître en vous. Telle sera dès cette vie la récompense de votre zèle, jusqu'à ce que vous receviez dans le séjour des bienheureux une gloire éternelle et la souveraine félicité, que je vous souhaite, etc.