‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 76 sur 408 · SUR LE RENOUVELLEMENT DES VOEUX · texte numérisé non relu

SUR LE RENOUVELLEMENT DES VOEUX

ment il vous sanctifie vous-mêmes, et à quel degré de perfection U vous élève; comment Jésus-Christ, présent à vos yeux, a spécialement droit dans cet état de l'exiger de vous, et comment enfin vous n'avez jamais été mieux disposées à le faire d'une manière digne de lui. Pensées infiniment propres à vous inspirer aujourd'hui une dévotion aussi fervente que solide. Méditez-les; elles achèveront de vous mettre dans toute la préparation nécessaire pour rimportant devoir dont vous avez à vous acquitter. I. N'en doutez point, mes chères sœurs, ce renouvellement de vos voeux honore Dieu : comment cela ? Parce qu'en renouvelant vos vœux, vous allez ratifier le sacrifice que vous avez fait à Dieu de vos personnes , en entrant dans la religion. Vous allez lui témoigner que vous ne vous repentez point de vous être données à lui , que vous ne vous lassez point de le servir ; au contraire , que plus vous éprouvez son joug , plus il vous parait aimable ; que vous ne le trouvez ni dur, ni pesant; que la suite des années ne sert qu'à vous l'adoucir et à vous le faire porter avec plus de joie ; que bien loin de vouloir le rejeter, vous seriez encore disposées à le prendre tout de nouveau , et à vous en charger ; que bien loin de vous en plaindre, vous le regardez en cette vie comme votre bonheur; que toute votre gloire enfin , dans le saint état que vous avez embrassé , est de pouvoir dire comme le grand apôtre : Ego vinctus in Domino {Eplies., 4.); Je suis dans les liens , mais j'y suis en Jésus-Christ, pour Jésus-Christ, avec Jésus-Christ. Car voilà ce qui est renfermé dans cette protestation publique et solennelle, que vous venez ici renouveler en sa présence. D'où il vous est aisé de conclure combien elle lui doit être glorieuse.

En effet , c'est par là que vous j ustifiez pleinement ce qu'il a dit dans son Évangile, que son joug est doux, et que son fardeau est léger, Jugum meum suave est, etonus meum levé (Màtth., 11); par là que vous lui servez dans le monde d'une preuve sensible , que c'est un Dieu sage et infaillible dans toutes ses paroles , puisque la parole de son Évangile la plus incroyable, selon les apparences, se vérifie parfaitement en vous : Jugum meum suave est. Car il n'y a point de servitude qui ne devienne, du moins avec le temps, onéreuse et fatigante : il n'y a que celle de Jésus-Christ qui soit toujours également agréable , où Ton trouve toujours le même goût , dont on ressente toujours la douceur ; et n'estce pas ce que vous donnez hautement à entendre, en vous y engageant plus que jamais , et serrant encore, pour ainsi dire, les nœuds (jui vous y attachent?

C'est par là que vous faites connaître combien JNttt est un bon maître, et qu'il est même de tous Ml MlMs le meilleur et le plus digne d'être servi. Ûr, mO-Urlmipour Juj de plus glorieux que d'être

reconnu tel ? Est-il rien pour lui de plus honorable que de voir des âmes qui renoncent sans cesse à elles-mêmes, afin de se consacrer tout entières à lui, qui se fassent une béatitude d'être à lui et de n'être qu'à lui, de ne vivre que pour lui, de ne dépendre que de lui ? On sait assez combien à l'égard des hommes il est naturel de haïr la dépendance et de la fuir. Quels moyens n'imagine-t-on pas pour cela ? de quelles violences n'use-t-on pas? à quelles révoltes et à quels excès n'en vient-on pas?.Mais cette dépendance, si odieuse et si peu supportable par rapport aux hommes, vous est plus chère, à l'égard de votre Dieu, que toute la liberté où vous étiez nées et dont vous auriez pu jouir dans le monde. Vous ne croyez pas devoir être jamais plus libres que lorsque vous serez plus étroitement liées à ses ordres , et plus constamment dévouées à son souverain empire.

C'est par là que vous reconnaissez combien il est fidèle dans ses promesses et magnifique dans- ses récompenses; que ce centupre qu'il a promis à ceux qui le suivent , n'est point un bien imagmaire , puisque déjà vous le possédez; que ce n'est point un bien de peu de valeur, et incapable de vous contenter, puisque dès maintenant vous y trouvez votre félicité; que dans l'attente des biens éternels où vous aspirez , et qu'il vous destine , vous vous estimez dès à présent heureuses et abondamment dédommagées de tout ce que vous avez quitté, et que vous ne voyez rien à quoi vous ne préfériez le saint engage* ment que vous avez contracté avec lui. Engagement qui vous tient lieu de toutes choses, et que vous mettez en ce monde au-dessus de toutes choses, engagement qui vous détache de toutes les gra» deurs, de tous les établissements, de toutes les fortunes du siècle. Engagement au prix duquel vouf ne considérez , aussi bien que le maître des gentils et selon son expression , tous les trésors de la terr< que comme de la boue, et en vertu duquel, voui n'enviez rien aux mondains de toutes leurs prospé rites ni de tous leurs plaisirs. Engagement donc qui, dès cette vie, est pour vous le vrai centuple et où vous fixez toutes vos prétentions. Or, que honneur doit revenir à Dieu de cette préférence qui vous lui marquez , et du temps même où vous h lui marquez?

Je dis, du temps où vous la lui marquez; et oh servez bien ceci , mes chères sœurs. Quand , pour k première fois , vous fîtes la profession de vos vœux vous n'étiez pas encore en état de rendre à Dieu é( si glorieux témoignages, parce que vous n'aviea presque nulle expérience de la vie religieuse. Voui suiviez la voix de Dieu qui vous appelait; vous vom abandonniez à lui avec une foi pleine de mérite avec une confiance généreuse , avec un amour ar dent; mais après tout vous ne pouviez encore, n

Page 1