‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 95 sur 408 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Quoique Pierre ait renoncé Jésus-Christ , ce n'est pas, dans le sens où je l'entends, une conséquence qu'il ait été renoncé de Jésus-Christ : pourquoi? Parce ^e le repentir de cet apôtre suivit immédiatement son péché , et le rétablit promptement dans la grâce qu'il avait perdue. Vous savez comment le Sauveur se tourna vers lui, et le regarda : Et convenus Dominus respexit Petrum. (Luc, 22.) Vous savez quelle impression ût ce regard sur le cœur de ce disciple inûdèle. Pierre en fut pénétré, il se reconnut, il se retira à l'écart, il pleura amèrement. Ses larmes effacèrent le crime que sa bouche avait commis en reniant son mattre, et bientôt sa douleur le remit auprès du Fils de Dieu dans rtieureux état d'où l'avait précipité une crainte immodérée : Et egressus foras ,flevU amure, (Id.) Mais nous, mes frères, si nous renonçons Jésus- Christ, c'est souvent avec une obstination sans retour : nous demeurons dans cette disposition criminelle, nous y vivons, nous y mourons, et voilà pourquoi je dis que nous sommes aussi renonces de Jésus- Christ. Je m'explique; et suivez-moi, s'il TOUS plaît.

Cest un secret de prédestination bien surprenant que Jésus-Christ, le Rédempteur et le Sauveur du monde, doive être un jour la ruine de plusieurs, et servir à leur réprobation : mais c'est un autre secret encore plus étonnant que de tous les réprouvés il n'y en ait point pour qui Jésus-Christ soit le sujet d'une plus grande ruine et d'une plus grande damnation, que pour les mauvais chrétiens. Toutrfois ces deux secrets nous sont révélés par le Saint-Esprit. Car l'Évangile ne nous a pas seulenient fait entendre que cet Homme-Dieu sera la perte étemelle d'un grand nombre d'hommes : Posi- Utt estinrwnammuUorum(ld.); mais il a ajouté |ue ce serait dans Israël, c'est-à-dire, parmi le peuple de Dieu , parmi le peuple choisi de Dieu , Mirmi le peuple spécialement aimé de Dieu, et favoisé de la connaissance de Dieu : In Israël, Or quel *st ce peuple? le peuple chrétien , qui a succédé au >euple juif, et qui , selon saint Paul , tient main-

tenant la place des vrais Israélites. Pour mieux comprendre ceci , souvenons-nous d'une chose bien terrible qui doit arrivera la fin des siècles : c'est que le Fils de Dieu, après avoir été renoncé par les hommes , les renoncera à son tour dans le jugement dernier, et que ce renoncement de la part de Jésus- Christ sera justement leur ruine et comme le sceau de leur réprobation; de sorte que le renoncement doit être mutuel et réciproque. Quiconque aura renoncé Jésus-Christ, en sera renoncé; quiconque aura désavoué Jésus-Christ, en sera désavoué; quiconque aura , pour ainsi parler, réprouvé Jésus- Christ , en sera réprouvé. Sa parole y est expresse : Qui negaveritme, negabo eum. (Matth., 10.) Dès le temps même que ce Dieu Sauveur était sur la terre, il a commencé à vérifier cet oracle. Qu'a fait Jésus-Christ dans le monde , demande l'abbé Rupert? Il a contredit et renoncé le monde : Propferea exhibait se mundo, utcontradiceret mundo. Voilà son emploi et sa mission. Il a contredit et renoncé les sensualités du monde, il a contredit et renoncé l'orgueil du monde; il a contredit et renoncé les convoitises du monde; il a contredit et renoncé les vengeances, les perfidies, les injustices du monde; en un mot, toute sa vie n'a été qu'une contradiction et un renoncement perpétuel à l'égard du monde. Mais après tout, remarque saint Augustin , tous les arrêts qu'il prononçait alors contre le monde n'étaient que comminatoires. Ils sortaient de sa bouche et de son cœur, mais ils ne passaient pas outre. C'étaient des foudres qu'il faisait seulement gronder contre les pécheurs , sans les faire encore éclater sur eux. Mais dans son dernier jugement, poursuit le même saint docteur, il les renoncera pour les perdre, pour les détruire, pour les ruiner. Ce ne seront plus de simples menaces, ni de simples paroles : mais ce sera l'accomplissement et l'exécution de toutes ses paroles et de toutes ses menaces. Et comme il n'est rien de plus formidable que ses menaces et que ses paroles, jugeons de là combien à plus forte raison nous en devons craindre l'exécution et l'accomplissement. Autrefois David demandait à Dieu qu'il le préservât des contradictions du peuple : Eripies me de contradictionibus populi. (Psalm, 17.) Mais moi, mon Dieu , je vous demande toute autre chose. Je n'appréhende point les contradictions ni les jugements des hommes; mais pour les vôtres, je les crains souverainement. Que les hommes s'attachent à condamner ma vie et toute ma conduite, peu mlmporte, pourvu queje ne sois pas condamné de vous. Car que peuvent contre moi tous les peuples de la terre, si vous êtes pour moi, .si vous vous déclarez pour moi , si vous vous joignez à moi? Mais du moment que vous viendrez, en me renonçant, à me rejeter et à vous retirer de moi , me voilà perdu

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