LE DEUXIÈME DIMANCHE DE UAYENT
SUR LE SCANDALE
Responderu Jésus ait illis : Euntes, renunciate Joanni quŒ audUUs et vidisiis, Cœci vident, claudi ambulant, surdi audiunt, mortui resurgunt, et beatus est qui no» fuerit scandalizatus in me.
Jésus-Christ lear répondit : Allez dire à Jean ce que vous a?ez vuet entendu. Les aveugles voient, les boiteux marcb(>nt, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et heureux celai qui ne sera point scandalisé de moL SAi?rr Matthieu, chap. ii.
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Après des miracles si éclatants, le Sauveur du monde avait droit de se promettre, non-seulement que les hommes ne se scandaliseraient point de son Évangile, mais qu'ils feraient gloire de l'embrasser et de le suivre. Tant de malades guéris , sourds , muets , aveugles , boiteux , des morts ressuscites , raille autres prodiges qui marquaient si visiblement la force et la vertu d'un Dieu , devaient sans doute lui attirer le respect et la vénération, que dis-je? Tadoration même et le culte de toute la terre. Cependant , 6 profondeur et abîme des conseils de Dieu ! malgré ces miracles , Jésus-Christ est un sujet de scandale pour le monde , et ce scandale est devenu si général, que lui-même, dans l'Évangile, il déclare bienheureux quiconque saura s'en préserver : Et beatus qui non fuerit scandalizatus in me.
En effet , de quoi le monde, je dis le monde profane et impie, ne s'est-il pas scandalisé dans ce Dieu-Homme.' Il s'est scandalisé de sa personne, il s'est scandalisé de sa doctrine , il s'est scandalisé de sa loi, il s'est scandalisé de ses souffiranoes, il s'est scandalisé de sa mort, jusque-là que saint Pmil , lorsqu'il parlait aux ûdèles du mystère de la croix, ne l'appelait plus le mystère de la croix, mais le scandale de la croix : Ergo evacuatum est scandalum crucis f ( GakU., 5. ) Eh ! quoi donc , mes frères, écrivait-il aux Galates, le scandale de la croix est-il anéanti ? Ce que les fidèles entendaient , et ce qui leur faisait comprendre que la croix , qui devait être pour les prédestinés im mystère de rédemption, serait pour les réprouvés un signe de contradiction , et que le grand scandale des hommes serait le Dieu même qui s'était fait homme pour les sauver.
Tel était alors le langage des apôtres; mais rendons aujourd'hui gloire à Dieu , ce scandale enfin a cessé : Jésus-Christ a triomphé du monde , sa dod^ trine a été reçue, sa religion a prévalu; sa croix, comme dit saint Augustin, est sur le front des souverains et des monarques. Mais à ce scandale dont Jésus-Christ était l'objet , il en a succédé un autre dont nous sommes les auteurs ; un autre non moins funeste, et peut-être encore plus criminel. Je m'explique. Jésus-Christ n'est plus pour nous un sujet de scandale, mais nous sommes des sujets de scandale pour Jésus-Christ; nous ne sommes plus scandalisés de lui , mais nous le scandalisons lui-même dans la personne de nos frères , comme il est écrit que saint Paul le persécutait en persécutant l'Église : Saule, Saule, quid me persequerisf {Àct y 26.) Saul , Saul , disait le Sauveur du monde « pourquoi me persécutez-vous ? N'est-ce pas ainsi qu'il pourrait nous dire : Pourquoi me scandalisezvous en scandalisant ceux qui m*appartiennent, et qui sont les membres de mon corps mystique ? Or c'est de ce scandale causé au prochain que j'ai aujourd'hui à vous entretenir, après que nous aurons demandé le secours du Ciel par l'intercession de Marie. Jve, Maria.
J'entre d'abord dans mon sujet, et m'arrêtant à la pensée du Fils de Dieu, sur laquelle roule toute la morale de notre Évangile, et qui doit servir à notre instruction; au lieu que le Sauveur du monde déclare heureux quiconque ne sera point scandalisé de lui : Et beatus qui non fuerit scandalizatus im me, par une conséquence tout opposée, je condos que malheureux est celui qui scandalise Jésus-ChrLst même, en scandalisant le prochain. Voilà le point important que j'entreprends d'établir. Péché de scandale , que Dieu déteste et qu'il condamne hautement en mille endroits de l'Écriture. Péché qu'il reprochait si fortement à une âme infidèle, par ces
SUE LE SCANDALE
parotoB da {Maame : Adcersus Jilium matris tua pomébas teamdahnn (PsaUn. , 49) ; vous dressiez an piège k votre firère, pour le foire tomber, et, inseosîtle à la douleur que l'Église, votre commune mère, ressentirait de sa perte, vous ne craigniez point d'être pour lui une occasion de scandale. Péché , dit Tertullien , qui forme les âmes au crime, coonne le bon exemple les forme à la vertu : Scanr dabamexempium reimalx, «eUficans adcMictum. (TiBTUix.) Je veux aujourd'hui , chrétiens , vous donner l'idée et la juste notion de ce péché; je veux vous en inspirer l'horreur ; je veux , avec le secours de la parole de Dieu, vous apprendre à le craindre et à réviter.
Or, pour cela j'avance deux propositions : écoutes-lei, parce qu'elles vont faire le partage de ce discours. Malheureux celui qui cause le scandale : c'est la première; mais doublement malheureux celui qui le cause, quand il est spécialement obligé à donner Pexemple : c'est la seconde. Malheureux celui qui cause le scandale : voilà le genre du péché que je coml>ats, et qui, regardé absolument, ne se trouve que trop répandu dans toutes les conditions. Mais doublement malheureux celui qui cause le scandale, quand il est spécialement obligé à donner Texemple : voilà l'espèce particulière de ce péché , qui , pour être bornée à certains états , n'est encore néanmoins, comme vous le verrez, que d'une trop grande étendue. Malheureux l'homme, quel qu'il soit, qui devient à ses frères un sujet de scandale et de chute : la seule qualité de chrétien doit faire sa condamnation. Mats plus malheureux l'homme qui scandalise ses frères, lorsque outre la qualité commune de chrétien, il a encore un titre propre et personnel qui l'engage à les édifier. Dans la première partie, je vous donnerai sur celte importante matière des règles et des maximes générales , qui conviendront à tous. Dans la seconde , je tirerai de la différence de vos conditions des motifs particuliers, mais motifs pressants, pour vous insiurer à chacun siir ce même sujet , et selon votre eut, tout le zèle et toute la vigilance nécessaires. L'un et l'autre comprend tout mon dessein. Commençons.