SOS
j*«B ai fiMrmée sera éternelle, pour le dire et pour le peosor, seral-je plus en état de Texécater? M'ai-je pas dît eeDt fois la même chose, et cent fois après Tafoir dite, ne me suis-je pas trouvé le même que fétaia? Pourquoi prétemlre que ce que je dirai maiotmant sera plus solide? et pourquoi me flatter que je ne serai plus ce roseau agité du vent , qui cède et qui plie dès qu'il est ébranlé par le moindre souffle? En le voulant ainsi, en m'y engageant, changerai-je de naturel, aurai-je une autre trempe d'esprit, serai-je pourvu de plus grands secours, me fournira-ton des remèdes plus présents et plus efficaces que ceux même que j'ai si souvent rendus inutiles? Enfin, il désespère tout à la fois, et de Dieu et de lui-même : de Dieu , parce que c'est un Dieu de sainteté, qui ne peut approuver ni souffrir le mal; de lui-même, parce qu'étant tout charnel, et vendu , comme dit saint Paul, au péché : f^enumdaiuM sub peccato {Ram., 7) , il ne peut presque plus désormais aimer le hien : de Dieu , parce qu'il a ai souvent abusé de sa miséricorde et de sa patieocej de lui-même, parce qu'il a les plus sensibles eonvictions de son instabilité et de son inconstance : de Dieo et de lui-même, parce qu'il voit entre Dieu et lui des oppositions infinies , qu'il ne croit, pas pouvoir surmonter, et qui lui font prendre le parti de se livror aux désirs de son cœur : DesperarUes , êemeù^noi tradidertmt impwUcitix, (Ephes., 4.) Aussi, chrétiens, est-il vrai que nul autre péché ne tient le pécheur si étroitement lié par l'habitude. Tout y contribue : les occasions de ce péché beaucoup plus fréquentes, la facilité de commettre ce péché beaucoup plus grande , le penchant naturel vers ce péché b^ucoup plus violent , les impressions que laisse ce péché beaucoup plus fortes. Ne cherchons point tant de raisons, mais tenons-nous-en à la seule expérience. Je vous le demande, mes chers auditeurs , combien voit-on d'impudiques dans le monde, je dis d'impudiques par état, qui se convertissent? En connaissez-vous beaucoup dans qui la grâce ait opjéré ce changement? Je trouve bien , disait autrefois saint Chrysostôme, et j'ai plus droit encore de le dire aujourd'hui , je trouve bien des âmes pures qui se sont tout à fait préservées de la contagion du péché. Il y en a eu de tout temps, et ii y eo aura toujours pour l'édification de l'Église et pour la gloire de Jésus-Christ. Je vois dans le christianisme des sociétés d'hommes crucifiés au inonde et à la chair, qui, sur la terre, semblent vivre comme les anges du ciel ; j'y vois des assemblées de vierges, qui, selon l'expression de saint Jean, ont Ijlanchi lôirs vêtements dans le sang de l'Agneau; S'y vois des fommes pleines de vertu , des veuves ^'une réputation et d'une vie irréprochable : mais des dvétiens chastes et réglés après avoir vécu dans le désordre ; mais des hommes autrefois lascifs et
voluptueux , qui aient cessé de l'être : mais des âmes libertines et dissolues, qui recouvrent le don de la pudeur après l'avoir perdu par l'incontinence , ah ! mes firères, reprenait saint Chrysostême, c'est ce que je cherche dans le monde, mais assez inutilement; et c'est ce qui me fait douter si , lorsqu'il s'agit de ce crime, la pénitence n'est pas encore plus rare que l'innocence , et s'il n'est pas plus focile de ne tomber . point du tout que de se relever après sa chute. Je sais 9 mes chers auditeurs, que l'un et l'autre est * possible à Dieu; je sais que l'Écriture et la tradition ne laissent pas de nous en fournir de célèbres exemples ; mais comment vous les propose-t-on ? comme des prodiges de la grâce , comme des foits extraordinaires et singuliers : un Augustin, une Madeleine, quelques autres spécialement élus pour être des vases de miséricorde , mais dont le petit nombre est cent fois plus capable de vous faire trembler que de vous donner de la présomption.
Cependant, me direz-vous, on voit ces hommes esclaves de la chair se présenter avec douleur au sacrement de la pénitence. Avec douleur, chrétiens? Ah! quelle douleur? car, pour vous en découvrir l'abus ordinaire, si vous l'ignorez , ils se présentent, dit le chancelier Gerson , à ce sacrement de la pénitence, bien plus communément pour être condamnés de Dieu , que pour être absous de ses ministres : ils s'y présentent, mais avec des circonstances qui font bien connaître que leur dessein n'est pas de déraciner le mal. Car pourquoi ces craintes, ces réserves en s'accusant ? pourquoi ces vains ménagements d'une prudence tout humaine? pourquoi ces changements de confesseurs? pourquoi même ce choix affecté des moins sévères et des plus commodes ? Le grand secret pour un chrétien en qui ce péché prédomine est de se mettre sous la conduite d'un homme de Dieu intelligent, exact, zélé; mais c'est oe^u'ils ne veulent pas. Enfin ils s'y présentent faisant trêve avec leur passion , et ne rompant jamais avec elle. Car observez-les dans la suite , et vous verrez si j'ai raison de me défier de leur pénitence. Ils détestent, ce semble, leur péché; mais ils ne cessent pas pour cela d'en aimer l'objet et d'en entretenir les occasions. Ils se défont d'un engagement, mais ce n'est que pour en former un autre. La fréquentation de . cette personne leur devenant même nuisible selon le monde , ils s'en éloignent ; mais ils prennent parti ailleurs : au défaut de celle-ci , ils trouveront cellelà. Je dis plus : au défaut de tout le reste, ils se trouveront toujours eux-mêmes , et ce sera assez. Ainsi ils changent de sujets , mais ils ne changent pas de sentiments, et malgré leur douleur prétendue, leur péché subsistera toujours. Quand donc feront-ils une vraie pénitence? Dans cette vie? ils ne s'y déterminent jamais. Dans l'autfe , elle y est inutile et sans effet. A la mon? e'^sx ;Aox^\^^^JÔftfe ^xV^^gs».^ ^
SUR LE ZELE
et non pas eux qai quittent le péché. Les Toilàdonc sans pénitence , et dans le temps et dans réternité, et par conséquent dans un état de réprobation. Or , qui les réduit en cet état? Timpureté. Mais si cela est , il s'ensuit donc que le monde est plein de réprouvés , puisqu'il est plein de voluptueux et d'impudiques ? A cela , mon cher auditeur, je n'ai pour toute réponse que deux paroles à vous dire , mais qui sont d'une autorité si vénérable , et au même temps d'une décision si expresse , qu'elles ne souffrent nulle réplique.
La première de saint Paul : que les impudiques ne seront jamais les héritiers du royaume de Dieu : NequefonèicarU,neque adulteri, neque molles.,, regnum Dei possideburU. (1. Cor. , 6.) La seconde de Jésus-Christ même, que nous sommes tous appelés au royaume de Dieu, mais qu'il y en a peu d'élus : MuUi vocati, pauci elecli. (Matth., 22i;Or, comparant entre elles ces deux grandes vérités , quelque indépendantes qu'elles semblent d'abord l'une de l'autre, j'y découvre un enchaînement admirable ; car quand je m'imagine, d*une part, beaucoup d'appelés et peu d'élus , et que, de l'autre, je vois tant d'âmes sensuelles et si peu de chastes , je n'ai plus de peine à voir la liaison de la parole du Sauveur du monde avec celle de l'apôtre , et je ne cherche point d'autre dénoûment de ce terrible mystère de la prédestination et de la réprobation des hommes. Le seul partage que font dans le monde rincontinencH et la chasteté suflit pour nous le faire comprendre. Car s'il y avait beaucoup d'âmes pures, ou si beaucoup d'impudiques se convertissaient, je ne pourrais presque plus me persuader qu'il y eût si peu d'élus. Au contraire , s'il était vrai qu'il y eût beaucoup d'élus malgré le petit nombre d'âmes pures, ou le nombre encore plus petit d'impudiques convertis, il faudrait dire que les impudiqueis auront donc place dans le royaume de Dieu. Mais un nombre inGni de voluptueux et d'impudiques, et d'ailleurs nul impudique reçu dans l'héritage céleste, voilà ce qui vérifie et ce qui me fait parfaitement entendre l'oracle du Fils de Dieu, plusieurs d'appelés, peu d'élus : Multi vocati, pauci elecfi.
Cest à vous, mes chers auditeurs , à y prendre garde , tandis qu'il est encore temps pour vous. Car il est temps encore après tout , et à Dieu ne plaise que je vous renvoie sans espérance. En vous proposant des vérités si terribles , mon dessein n'a été que de vous les rendre salutaires. Si j'ai dit que l'impureté est de tous les péchés celui qui rend le pécheur plus sujet à la rechute , ce n'est que pour vous engager à une plus exacte pratique de la vigilance chrétienne. Si j'ai dit qu'il n'y a point de péché qui expose plus le pécheur à la tentation du désespoir, ce n'estguepour vous élever au-dessus de vous-mêmes, et pour vous porter à implorer le secours de Dieu
avec plusd*ardeur et plus de confiance. Si j*ai ditque nul autre péché ne tient le pécheur plus étroitement lié par Thabitude, ce n'est que pour vous inspirer des sentiments plus héroïques, et pour vous détenniner à faire de plus généreux efforts. Votre salut les demande, et Dieu les attend de vous : mais pour cela , mon Dieu , nous avons besoin de votre grîice, d'une grâce prévenante, d'une grâce victorieuse et toutepuissante. Grâce que je demanderai sans cesse : elle est précieuse, et j'en connais le prix; mais, toute précieuse qu'elle est , je puis l'obtenir, et Dieu ne la refusera point à ma prière : grâce à laquelle je ne mettrai nul obstacle; ce n'est pas assez, à laquelle je me disposerai ; et par où ? par la fuite des occasions , par la mortification de mes sens , par la fréquente confession , par la lecture des bons IfVres, par d'utiles entretiens avec un directeur sage et zélé, par les aumônes, par les sacrifices, par tous les moyens que la religion me fournit : grâce à laquelle je'répondrai fidèlement et sans me tromper, promptement et sans hésiter, pleinement et sans rieo réserver : grâce que je n'exposerai jamais; car l'exposer, ce serait vouloir la perdre; mais aussi, mon Dieu , grâce avec laquelle je me promettrai une sainte persévérance, jusqu'à ce que j'arrive à la gloire où nous conduise, etc.
SERMON
LE LUNDI DE LA TROISIÈME SEBfAINE.
SUR LE ZÈLE
Dixit Jésus pharisœis : Utique dicetis mihi hane shmlUttdmetn : Kiedice, cura Uipsum.
Jésus-Christ dit aax pharisiens : Sans doale qm vous m'a^ pllquerez ce provertra : Médecin , guérissez- vous vouf-méme. SAiNTLvcchap. 4.
Ce ne fut point par une simple conjecture de la disposition des pharisiens et de la malignité de leurs cœurs à son égard, que le Fils de Dieu leur parla de la sorte; ce fut , dit saint Chrysostôme, par un esprit de prophétie , et par une vue anticipée de ce qui lui devait arriver dans sa passion , puisqu'en efiet les pharisiens le voyant sur la croix, lui reprochèrent qu'il avait sauvé les autres , et qu'il ne pouvait se sauver lui-même. Reproche que ce divin Sauveur avait bien prévu qu'on lui ferait un jour, mais à quoi , par avance , répondaient bien les mhrades qu'il opérait dans la Judée et dans la Galilée : reproche qui ne lui pouvait être fait que par un esprit d'infidélité ; et reproche enfin qui se détruisait de lui-même, puisqu'il n'avait point d'autre fondement que Fenvie et l'opiniâtreté des pharisiens. Mais ne pouvons-nous pas dire , qu'autant que ce reproche était laible con-
IIS-Christ, autant aurait-il de force contre nous voulions aujourd'hui nous rappliquer, fallait nous en défendre ? C'est ce qui m'enoeschers auditeurs, à prendre pour sujet de >urs ce qui contient en effet tout le mystère "e Évangile, savoir cette parabole autrefois ;e parmi les Juifs : Medice, cura te ipsum : Q, guérissez-vous vous-même. C'est ce qui me lieu de vous dire dans les mêmes termes, ns dans le même sens : chrétiens , pensez à lêmes , corrigez-vous vous-mêmes , n'ayez ant de zèle pour les autres , que vous n'en icore plus pour vous-mêmes; ou plutôt mce zèle que vous avez pour les autres , sur le e vous devez avoir pour vous-mêmes, et de tirez des conséquences pour celui-là. Telle est e leçon que je viens vous faire, après que lirons demandé le secours du ciel par l'interi de Marie : Ave, Maria.
ist rien de plus sublime , ni même de plus hé- , dans l'ordre àes vertus chrétiennes , que le 1 salut, de la perfection du prochain. Car ce ins la pensée du docteur angélique saint Thost une expression de l'amour divin ; c'est ce charité a de plus pur et de plus exquis ^ c'est I fait le caractère des hommes apostoliques ; don qu'ont eu les prophètes , et l'esprit qui les prédicateurs de l'Évangile ; enfin , c'est ette vie le couronnement et la consomma- ; la sainteté. Aussi quand l'Écriture parle itres, elle nous les représente comme de brilétoiles dans le firmament de l'Église , c'est-à- Dmme des lumières eu qui Dieu se plaît à faire toutes les richesses de sa grâce. Cependant, ns, quelque excellence et quelque prérogale je découvre dans ce zèle de la perfection très , il m'est évident , et voici tout mon des. [u'il doit être soutenu et autorisé, qu'il doit uré et réglé, qu'il doit être adouci et modéré zèle de notre perfection propre. Soutenu et ;é, parce que sans cela il est vain et sans épuré et réglé , parce que sans cela il est déjx et faux; adouci et modéré, parce que sans est odieux et rebutant, lez, s'il vous plaît, chrétiens, à bien entrer es trois pensées. Rien de plus grand que le I salut et de la perfection du prochain ; mais { , tout grand qu'il est , en le regardant du B Dieu qui l'inspire, peut être, à le prendre é de l'homme qui le pratique, faible dans son vicieux dans sa substance , extrême dans son . Il peut être faible dans son sujet , parce qu'on ise pas avant toutes choses à l'appuyer sur ide fondement. Il peut être vicieux dans sa nce, parce qu'on n'a pas soin d'en faire un liscemement. 11 peut être extrême dans son
«JBDALOUE. ^ T. I.
SUR LE ZÈLE. %09
action , parce qu'on n'y mêle pas ce qui en doit taire lesage adoucissement. Or,d'oùdépend cefondement solide qui doit soutenir notre zèle, ce juste discernement qui doit régler notre zèle; ce sage adoucissement qui doit modérer notre zèle? du soin que nous apporterons à nous corriger d'abord nousmêmes, et à nous perfectionner. Car c'est ce zèle de nous-mêmes et pour nous-mêmes qui autorisera notre zèle pour le prochain, qui rectifiera notre xèle pour le prodiain , enfin qui adoucira notre zèle pour le prochain. Voilà en trois mots les trois parties de ce discours.