‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 111 sur 256 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Quelque obscure que soit notre foi, si nous la regardons en elle-même et dans ses mystères, elle a cependant, selon la pensée de tous les théologiens, une espèce d'évidence dans ses motifs ; je veux dire que ce qu'elle nous révèle est au moins évidemment croyable, par la qualité des motifs qui nous obligent h le croire. Or il m'a toujours paru, et il me paraît encore , qu'un de ces motifs les plus puissants et les plus convaincants est d^ voir ce que la grâce opère quelquefois en certaines âmes, que Dieu, comme dit le grand Apôtre, a prédestinés pour en faire des vases de miséricorde. Ceci, mes chers auditeurs, vous édifiera et vous consolera. Quand les magiciens de Pharaon virent les étonnants prodiges que faisait Moïse dans toute l'Egypte, par le seul attouchement de cette baguette mystérieuse qui leurdonna tant de terreur, ils confessèrent enfin que le doigt de Dieu était là; c'est-à-dire, qu'ils y reconnurent le caractère d'une vertu divine, dont ce législateur et ce prophète était l'instrument : Et dixerunt malefici adPharaonem : DigUvs Dei est hic. (Exod,, 8.) Et moi, chrétiens, quand je n'envisagerais que la conversion de cette femme samaritaine , telle qu'elle est rapportée dans l'Évangile, je conclurais sans hésiter qu'il y a un principe surnaturel qui agit eu nous ; que Dieu a de secrets ressorts pour remuer nos cœurs, et les tourner comme il lui plaît; que nous recevons du ciel des impressions qui ne peuvent venir qiie de la grâce; et que, par les divines opérations de cette gnâce, noire liberté, sans rien perdre de son indifférence et de ses droits, est parfaitement soumise à l'empire de Dieu.

Or en quoi consiste le miracle de cette conversion? Le voici, par rapport aux deux puissances de l'âme à qui la grâce intérieure est immédiatement communiquée; savoir, l'entendement et la volonté; ou, si vous voulez, l'esprit et le cœur. Miracle de la grâce dans la victoire qu'elle remporte sur l'esprit de la Samaritaine : miracle de la grâce dans le changemejit qu'elle fait du cœur de la Samaritaine ; miraeJe, âis-jç, opéré d'une façon toute miraculeuse,

et avec des droonstances qui ne permettent p» de douter que ce ne soit l'ouvrage de la main toutepuissante de Dieu : DigUus Dei est hic Ëcoutezmoi, chrétiens, et suppléez, par une attention toiita nouvelle, à la nécessité où je me trouve d'abréger en peu de paroles ce qui demanderait un discours entier.

Miracle de la grâce et de sa force dans la victoire qu'elle remporte sur l'esprit de la Samaritaine. Suivez le texte sacré, et vous en allez convenir. C'était tout ensemble une infidèle et une hérétique, puisque, selon la remarque d'Origène, les Samaritains étaient dans le fond idolâtres, et adoraient les fausses divinités de leurs ancêtres, et que néanmoins ils ne laissaient pas de pratiquer au même temps une espèce de judaïsme, mais dejudaïsme corrompu par leurs opinions particulières : ce qui les divisait, et, par un schisme déclaré, les séparait du reste des Juifii : Non enim couttaUur Judxi Samariktnis, (Jo^if., 4.) C'était une hérétique vaine et suffisante, opinîâ* tre et indocile, préoccupée de son erreur, et déterminée à la soutenir; qui se piquait de raisonner, et d'être subtile en matière de religion; car tout cela paraît dans l'entretien que Jésus-Christ eut avec elle. Or, vous savez l'extrême difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité morale de réduire un esprit, encore plus l'esprit d'une femme, quaiid elle est de ce caractère. Vous savez combien il est rare de voir une femme entêtée d'une hérésie (je dis entêtée, car persuadée par raison, à peine le fut-elle jamais), se mettre en état de reconnaître la vérité, la chercher de bonne foi, et s'y soumettre. Soit que, par une malheureuse fatalité, l'hérésie ait cela de propre, de rendre les cœurs inflexibles et de les endurcir ; soit que Dieu , par une punition due à oe péché, qui de tous les péchés est dans un sens le plus grief et le plus punissable, ait coutume de répandre dans les esprits d'épaisses ténèbres, qui les aveuglent toujours de plus en plus, et que saint Augustin appelle pour cela : pœnales cœcUates (>UQ.) : encore une fois vous savez combien oe retour de l'hérésie à la foi, de l'orgueil de l'une à l'humilité de l'autre, demande d'efforts, et combien, dans l'ordre même de la grâce, il approche du miracle; cependant c'est ce que la grâce opère aujourd'hui, mais par une vertu qui ne peut être que la vertu du Très-Haut. Jésus-Christ convertit cette femme : de Samaritaine qu'elle était, il la ramène premièrement à la pureté du culte juif, et puis il en fait une parfaite chrétienne. Après l'avoir fait renoncer aux superstitions de ses pères et aa schisme où elle a été élevée; après lui avoir fiait condamner les erreurs qu'elle soutenait avec tant d'obstination et tant de zèle , il lui fait connaître ce qu'il est et pourquoi il est venu, le sujet et la fin de sa mission, sa qualité de Christ et de Sauveur,

SUR LA GRAGEw

i divinité même : mystères naturellement incroyaeSy et qu'elle ne pouvait découvrir qu'à la faveur «plus pores lumières de la grâce qu'il lui commuiqua. Non-seulement il lui révèle ces points si imirtants et si sublimes, mais il les lui persuade , mais les lui fadt goûter. Quoiqu'elle eût refusé d'abord ) traiter avec lui, elle l'écoute enfin avec docilité .avec respect : quoique tout ce qui venait des JuifiB I fût odieux, elle veut bien, tout Juif qu'il est, le «onnaltre et l'adorer comme auteur de son salut; ioîqa*elle ne vît en lui que les apparences d'un Mnme, elle proteste et croit fermement qu'il est le hrist, vrai Fils de Dieu. Ne faut-il pas confesser ii*me telle conversion fut l'œuvre du Seigneur, et écrier avecDavid : Hac miUatio dexter» excelsi ! H. 78.)

Mais en changeant l'esprit de cette Samaritaine, i grAoe n'agit pas moins puissamment dans son sur. Car outre qu'elle était hérétique et obstinée ms sa finisse créance, elle était impudique et liberne dans ses mœurs. Péchés, dit saint Ghrysostôme, ni malgré leur opposition ne laissent pas d'avoir MiuçDe une espèce d'affinité, puisque l'hérésie, à roprementparler, n'est autre chose qu'une oorrupion de l'esprit, comme l'adultère et l'iropudicité est ine rébellion de la chair. Or Dieu, ajoute saint Jiryaostônie, vengeur de l'un et de l'autre, punit t confond souvent l'un par l'autre, en permettant œ œs révoltes de Fesprit contre la vérité soient omnranément suiries des plus honteux déréglelents de la sensualité. Et en effet, nous voyons ces mes si présomptueuses et si fières sur ce qui coneme la religion , n'être pas ordinairement les plus srmes dans leur devoir, ni les plus inébranlables ans la tentation. Telle était cette pécheresse de Salarie, avec sa prétendue science et sa vaine subtile. Elle vivait dans un concubinage public, dans n ooneobinage auquel elle s'était abandonnée, et ont elle avaitcontractéméme une longue habitude : tiiif çue enim viras habuisU; et nunc quem habes, m est tmts vir. (Joan., 4.) Or, s'il y a une maladie ifflcile à guérir, c'est celle-là : s'il y a un démon ipable de résister àDieu et à sa grâce, il est évident lie c'est cet esprit impur. Mais en cela même la râoe de Jésus-Christ trouve la matière de son riomphe. Cette pécheresse , cette prostituée, cette enune esclave dos plus sales passions, est enfin puiilée. Il semble que Jésus-Christ lui ait donné un lutreeœur; qu'après lui avoir arraché ce cœur ch arsd et corrompu d'où procédaient tant de désordres, liait créé en elle un cœur nouveau, un cœur épuré noihseuleaient de toutes les souillures du péché, mais de toutes les affections dé la terre. Ce n'est plos cette Samaritaine scandaleuse, qui s'était fait un firont pour le crime, et qui servait aux âmes de démon pour les perdre. C'est une créature toute

BOCBDÀLOUB. — T. I.

nouvelle en Jésus-Christ , Nova in Christo ereatura (2. Car., 6); une âme transformée en Dieu, et qui ne respire plus que l'amour de son Dieu; qui n'a plus rien que de chaste dans ses pensées , que de modeste dans ses paroles, que de réglé dans ses actions; qui par sa conduite exemplaire est désormais un modèle de vertu, et qui va répandre partout l'odeur de sa samteté. Quel prodige, mes chers auditeurs, et ne devons-nous pas toujours reprendre avec le Prophète : Hœc muieUio dexter» eX' celsif

Mais si la grâce de Jésus-Christ fait un miracle dans la conversion de cette femme, la manière miraculeuse dont elle le fait montre encore bien quelle est sa force et sa puissance. Car n'est-il pas étonnant, chrétiens, que deux changements si prodigieux ne coûtent au Sauveur du monde qu'un moment? Quand Dieu agit selon les lois et le cours ordinaire de sa providence, il garde, ou du moins il paraît garder des mesures; et dans l'ordre surnaturel, aussi bien que dans l'ordre naturel, il s'accommode à notre faiblesse. Car il ne fait pas les saints dan9 un instant; il les sanctifie peu à peu, et par des progrès quelquefois insensibles, il les conduit de degré en degré jusqu'au terme d'une sainteté consom* mée.Mals quand il agit souverainement et en Dieu, il ne s'assujettit point de la sorte; il ne prépare point le sujet qui doit servir de fond à son action. Une parole qu'il profère fait sortir des millions d'êtres du néant, étend les cieux, affermit la terre, donne à ce vaste univers toute sa perfection : Dixit, etfacta sunt. (Ps. 32.) Ainsi le Fils de Dieu ne dit qu'une parole à la Samaritaine : Ego sum (Joan., 4); oui, c'est moi, moi qui suis ce Messie que vous attendez; et tout à coup la voilà convaincue, la voilà touchée, la voilà pénétrée des plus saints, maisdes plus rifset desplustendres sentiments. Parole, reprend saint Augustin, plus efficace que celle même dont Dieu créa le monde; parole qui, par une seconde création , roaisbien plus admirable que la première, réforma dans le cœur de cette femme l'ouvragede Dieu que le péché y avait détruit. Je dis création plus admirable que la première, puisque dans la première le néant àur lequel Dieu travaille obéit sans contradiction à sa parole; au lieu que dans celle-ci Dieu travaillait sur le néant du péché, qui, tout néant qu'il est, est capable, comme péché, de lui résister. Mais encore par quelle marque sensible le Fils de Dieu s'autorisa-t-il dans l'esprit de la Samaritaine, et par où trouva-t-ll une si facile et si prompte créance? Le rit-elle en ce moment-jà commander aux tempêtes et à la mer, guérir les aveugles-nés, ressusciter les morts de quatre jours? ah ! chrétiens, voici la mei^ veille qui surpasse toutes les autres. Le monde converti sans miracles, et sans miracles devenu chrétien , si l'on voulait ainsi le supposer, ce serait, disait

SI

SUR LA GRACE

saint Augustin, le plus grand de tous les miracles; ce serait le miracle des miracles, et le plus convaincant pour un païen qui ne croirait pas les autres miracles. Or nous le voyons, mes chers auditeurs , ce miracle des miracles , accompli dans cette Samaritaine. Les pharisiens et les docteurs de la loi voyaient tous les jours les miracles de Jésus-Christ; ils en étaient les témoins oculaires; ils parlaient à Lazare, qu'il avait publiquement ressuscité, aux malades qu'il avait guéris; et cependant par une obstination inflexible ils persistaient dans leur incrédulité. Mais celle-cif sans miracles, non-seulement croit en lui , mais s'attache à lui, se donne à lui, renonce à tout pour lui. D'où vient cela ? de la toute-puissance de la grâce , qui n'a besoin que d'elle-même pour triompher du cœur de l'homme. Ce n'est pas tout. Quand le Fils de Dieu convertisaaitles autres pécheurs, ce n'était qu'après leur avoir donné pour sa personne, par quelque signalé bienfait, un fonds de confiance et d'estime. Pour sauvex ieurs âmes, il commençait par guérir leurs corps ; et par condescendance à leur faiblesse, il les engageait à croire ce qu'il était, en leur faisant éprouver dans leurs besoins ce qu'il pouvait. Mais parce qu'il a résolu de faire paraître dans cette pécheresse de Samarie toute la force de la grâce, il la convertit purement, je veux dire sans autre attrait, sans autre engagement d'intérêt que celui de sa conversion même. Elle ne croit point en lui comme lafemme cananéenne, parce qu'il a délivré sa fille du démon, nî comme l'hémorrhoîsse, parce qu'il lui a rendu la santé : mais elle croit en lui pour lui seul ; elle s'attache à lui sans autre vue que l'avantage d'être à lui, et de ne vivre que pour lui. C'est là que je reconnais le caractère d'une grâce victorieuse et toutepuissante. Hœc mutatio dexterx Excelsi.

Enfin le miracle de la grâoe , c'est qu'en sanctifiant cette femme , elle sanctifia tout le pays de Samarie, et qu'elle la rendit capable de communiquer aux Samaritains le don de la foi. De pécheresse qu'elle était , dit saint Grégoire pape , elle se trouve miraculeusement transformée en apôtre : Qu« adveneratpeccatrix, revertiUirpr«dic(Mtrix.{GhEG.) Avant que les apêtres aient paru , elle va annoncer Jésus-Christ à ceux qui ne le connaissent pas; et sans déroger à la dignité de saint Pierre ni à celle des autres apdtres, on peut dire que la première apôtre du christianisme, c'est la Samaritaine. En effet , son zèle la presse de telle sorte qu'elle ne peut s'arrêter un moment : elle laisse le vaisseau qu'elle avait apporté avec elle, elle ne pense plus à puiser de l'eau, elle quitte Jésus-Christ pour Jésus-Christ même; elle rentre dans la ville, elle invite tout le monde à le venir voir et à l'écouter; aimant mieux aller travailler pour sa gloire, que de goûter plus longtemps les douceurs de son entretien, et ressen-

tant d^à ces saintes ardeurs et ces divins empressements de l'esprit de foi , qui n'est jamais content de connaître Dieu, s'il ne le fait encore connaître autant qu'il le peut et qu'il le doit.

De tout ceci, quelle conclusion? Ah ! chrétiens, ne disons donc plus, dans l'état de notre péché, que nous sommes faibles, et que notre faiblesse est nn obstacle insurmontable à notre conversion; mais disons avec l'apôtre, que s! nous sommes ikibles psr nous-mêmes, nous sommes tout-puissants arec la grâce et par la grâce : Omnia possum in eo qui me confortât. (Philipp., 4.) Défions-nous de nousmêmes mais espérons tout de Dieu. Je sais que pour vous dégager de l'esclavageoù le péché vous tient asservis, que pour vous interdire ce conmierce, que pour renoncer à cet attachement , que pour étouffer cette inclination, que pourvaîncrele monde, H jades efforts à feire, et de grands effoits, quMI y a des combats h livrer, et de ludes combcÂs : mais prenez conQance; puisque Dieu vous répond desa grâce, dès que vous la demanderez de bonne foi, et qu'il vous assure que sa grâce vous suffit : Sujyicii Mi gratia mea. (2. Cor. , 12.) C'est dans notre infirmité même qu'elle fait éclater toute sa vertu, et votre retour à Dieu, un retour prompt, un retour parfait, ne sera pas un grand miracle pour elle, que le changement merveilleux de cette pécttcre&se de l'Évangile: Namvirtusin infirmiMeperficUm-. (Ibid.) Ce n'est pas assez : et voici , Hies chers auditeurs , le ppint de morale par oà Je finis. Si Dieu par Sii miséricorde vous a tirés de l'abf me, et s'il vous a fait sentir l'impression de sa grâce, inritez le zèle de cette Samaritaine. Elle n'était pas plus capable que vous d'annoncer l'Évangile de rHomme-DIeu, elle n'avait point de caractère particiriier qui l'y obligeât plus que vous : pourquoi ne le ferez-voos pas comme eUe? En qualité de chrétiens, nous devons tous par un engagement indispensable, chacun dans l'étendue de notre condition , participer au mmistère apostolique; et \\ n'y a point de fidèle, de quelque profession qu'il soit, qui ne doive au moins par ses œuvres , par ses exemples , par Tédiâcation de sa vie , par ses charitables conseils, prêcher Jésus-Christ. Un père le doit prêcher à ses eofimta, et se souvenir qu'il est leur premier apdCre : que c'est à lui, comme père, de leur iMpirer la religion , de leur en donner le première teinture, d'employer tous ses soins à la conserver dans leurs âmes, et que sans œla il ne mérite pas le nom de père, beaucoup moins cdui de père chrétien. Un maître le doit prêcher à ses domestiques, persuadé qu'il est pire qu'un infidèle s'il néglige un devoir si nécessaire, et que c'est, comme le dit l'apôtre en termes exprès, renoncer sa foi que de laisser dans sa maison des hommes qui ignorent la loi de Dieu et qui ne la pratiquent pas : Deum nèffavU, ei at

SUR LA PROVIDENCE

ù^fideH deteriar. (l.TiM., 5.) Mais lespédiears convertis sont ceux, entre tous les autres, qui doi vent être plus touchés de cet important devoir. Pourquoi ? parce qu'ils y sont obligés, et par titre de reconnaissance, et par titre de justice, et par charité envers le prochain, et par intérêt pour eux-mêmes : parce quMIs ne peuvent autrement réparer le scandale de leur vie passée, ni rendre à Dieu ce qu'ils lui doirent pour tribut de leur conversion. Si donc parmi ceux qui m'écoutent, il y en avait quelqu'un de ce caractère, c'est-à-dire, autrefois libertin et dans le désordre, mais maintenant changé par la grâce, et résolu à vivre en chrétien : Voilà, lui dirais-je, mon cher frère, le modèle que Dieu vous met aujourdliui devant les yeux : le zèle de la Samaritaine convertie. Ramenez comme elle à Jésus- Christ autant de pécheurs que votre exemple est capable d'en attirer , mais surtout ceux qui furent les complices de vos désordres. Dites-leur avec David, ce roi pénitent : FenUe^ audite et narraho omnes qidtimeHsDeum, quarUafecUanimxmex, {Ps. 65.) 0 vous qui craignez Dieu, ou plutôt qui par sa loi avei été instruits à le craindre, venez , écoutez, et je vous raconterai ce que peut faire la miséricorde du Seigneur, et ce qu'elle fait! il ne vous en faudra point d'autre preuvre que mon exemple , et je vous dirai ce que cette infinie miséricorde a fait pour moi. J'étais dans les mêmes engagements que vous, dans les mêmes erreurs que vous, dans les mêmes excès que vous : mais la grâce de mon Dieu a rompu \e& liens qui m'attachaient , a dissipé les nuages qui m'aveuglaient , a éteint les passions qui m'emportaient. Je prenais aussi bien que vous pour folie tout ce que l'on me disait des vérités éterndles : mais la grâce de mon Dieu m'a détrompé, et m'a convaincu moi-même de ma propre folie. Je croyais comme vous que ce changement était impossible, que jamais je ne pourrais me résoudre à sortir de mes habitudes criminelles, que jamais je ne pourrais soutenir une vie plus retirée et plus réglée, que ce serait un état triste, ennuyeux, insupportable : mais par la grâce de mon Dieu^ toutes les difficultés se sont aplanies, j'ai triomphé de la nature et de l'habitude, je me suis arrachéau monde et à ses enchantements ; au lieu du trouble et de l'ennui que je craignais, j'ai trouvé le calme et la joie. Et que ne puis-je vous ouvrir mon coeur! que ne puis-je vous faire connaître et vous fiûre sentir ce qu'il sent, depuis que le péché n'y domine plus et qu'il commence à jouir d'une sainte liberté! f^enite, audUe, et narrabo quanta feeU atdmiB mem.

Ah! chrétiens, que ne peut pas pour la gloire de Dieu une âme bien convertie, et de quelle efficace est son témoignage en faveur de la vertu ? La Samaritaine convertit seule presque tout un pays, et com- 1

bien de pécheurs par leur pénitence gagneraicntdes villes entières , et en réformeraient les abus ? Inspirez-nous ce zèle, Seigneur, inspirez-le à tous mes auditeurs. Répandez sur eux votre esprit, et que touchés de cet esprit de doueeur, soutenus de cet esprit de force, ils rentrent dans vos voies, et y fassent rentrer par leurs exemples ceux qu'ils en ont retirés par leurs scandales , en sorte que nous puissions tous parvenir un jour à la même gloire, où nous conduise, etc.

SERMON

POUR

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