PREMIÈRE PARTIE
Que faisons-nous, chrétiens, quand nous assistons aux divins mystères, et au sacrifice de notre religion? Ne le considérons point encore sdoo le rapport particulier qu'il aavec la personne du^ Sauveur du monde, arrêtons-nous à cette qualité générale de sacrifice. Qu'est-ce que sacrifice, et qu'entendons-nous par ces paroles, assister au sacrifice du Dieu vivant? Ah! chrétiens, vous ne l'avez peutêtre jamais compris, et c'est néanmoins ce que vous ne pouvez trop bien comprendre , puisque c'est un de vos devoirs les plus essentiels. Assister au ssp crifice, c'est être présenta l'action la plus auguste et la plus samte de la religion que nous professons; à une action dont la fin prochaine et immédiate est d'honorer la majesté de Dieu; à une action qui, prise dans son fonds et dans sa substance, consiste particulièrement à humilier la créature devant Dieu; à une action qui désormais est l'unique par où ce culte d'adoration ,. je dis d*une adoration suprême, puisseêtreextérieurementetauthentiquement rendu à Dieu. Cest, dis-je, y assister en toute les manières qui peuvent nous inspirer le respect et ia révérence duo à Dieu; y assister comme témoins , y assister comme ministres, y assister comme victimes. Comme témoins, pour autoriser le sacrificepar notre présence; comme ministres, pour le présenter avec le prêtre ; comme victimes , disent les Pères , pour j être immolés nous-mêmes spirituellement avec la première victime , qui est Jésus-Christ. Si donc nous n'accomplissons pas.ce devoir avec toute la retenue et toute la piété qu'il demande, ne faut-il pas conclure que le principe de la foi est ou altéré oa oorlompu dans nos. cœurs ? Reprenons chacun de ces articles, et ne perdez pas de si solides instnictioos. Oui , chrétiens , assister au sacrifice du vrai Dieu , c'est assister à l'action la plus sainte et la plus au- i gustede la religion. Djb là vient que , dans les anciennes liturgies , le sacrifice était appeléaction par excellence ; et c'est ainsi que nous l'appelons encore aujourd'hui, puisque, suivant l'observation d'an savant cardinal de notre siècle, ces mots du sacré canon, it^a actionem, ne signifient rien autre chose que infra sactyiciuni; conune si l'Ëglise avait voulu nous avertir qu'en effet la grande action de notre vie est le sacrifice. Et voilà ce qui, de tout temps, a donné aux peuples de si hautes idées du sacrifice et de tout ce qui le regarde. Voilà ce qui leur a rendu si vénérable la majesté des temples , la sainteté des autels , la dignité des prêtres : senti-
SUR LE SACfilFICB DE LA MESSE.
rersel , qu'on peut le mettre au rang de Ion la pensée de TertuUien , il semble ne soit naturellement chrétienne. Mais ipe quelle conséquence ne puis^jepas "d eontre vous; et comment arrive-t-il le action où il paratt que la nature nous s à demi-chrétiens, la corruption du lilOtts fasse tous les jours devenir païens ue .raisonnables? Car enûn, mon cher 'oos êtes obligé de reconnaître que ce iir TOUS de plus divin , et par conséquent »ectable, c'est le sacrifice du Dieu que ;; et toutefois vous ne craignez pas de enter comme si c'était l'action la moins qui pât être plus impunément négligée : »«vec une imagination distraite, avec iloutes profanes , avec des yeux égarés ; iemeurez avec froideur, avec dégoât, et stores pleines d'mdécence. Qu'un homme af^re temporelle avec aussi peu de réle mépriserait. Ici c'est l'affaire capitale, parle saint Ambroise, c'est l'affaire d'éraite entre Dieu et l'Église; et vous n'y le attention ; vous n'y avec ni modestie, ment; -vous y assistez par coutume, par vous n'y appliquez ni votre esprit, ni : n'est-ce pas outrager Dieu , et l'outraictien même, et dans le temps où vous ilement Fhonorer?
ns l'action même ou vous devez spécianorer : ceci est remarquable. Car qu'esticrifice,en le regardant par rapport à lelle en est la fin? Le sacrifice, disent les i, est un acte de religion dont le caraci est d'honorer l'être de Dieu. Mais quoi ! actions saintes et vertueuses ne se rapss pas à cette fin ? Il est vrai , chrétiens , )port n'est pas le même que dans le saci ma pensée. Dieu est la fin générale et toutes nos actions; c'est ce qu'elles ont n : mais chaque actionde piété a de plus chaîne et particulière qui la distingue des l'où sa perfection dépend. Or je dis que nilière et immédiate qui distingue le safhonorer Dieu. Prenez garde : dans tous evoirs , on peut presque dire que l'homme pour lui-même et pour son intérêt, que "et de Dieu. Car si je prie , c'est pour es grâces de Dieu; si je fais pénitence. D'acquitter auprès de la justice de Dieu; le de bonnes œuvres , c'est pour m'enmérites devant Dieu; si je participe au ment, c'est pour me sanctifier en m'u- Dieu. Mais quand je vais au sacrifice, ue j'envisage? d'honorer Dieu : voilà le ueje me propose, et qui doit être le terme
de mon intention, si mon intention est conforme à la nature de mon action. Or jugez de là ce qu'il faut penser d'un chrétien qui fait servir à déshonorer Dieu , ce qui doit uniquement servir à le glorifier? Qu'a fait Dieu, en instituant le sacrifice? Il a dit à l'homme : Voilà l'hommage que je demande et que j'attends de toi. Tu ne savais pas encore bien teconnaître la souveraineté de monT domaine, et je veux moi-même te l'enseigner. C'est par le devoir queje te prescris, et à quoi tu satisferas en assistant au sacrifice de mes autels. Cela supposé, reprend saint Jérôme, profaner ce sacrifice par des immodesties et par des scandales; y venir eomme l'on va à un passe4emps, à un spectacle, à une assemblée mondaine; en sortir sans y ayofar en nul sentiment, nul souvenir de Dieu : ah! mes frères, c'est cette espèce d'abomination que le prophèta Daniel avait prévue avec horreur, et qui devait paraître dans le lieu saint.
Elle va plus loin , et coipprenons-en toute l'Indignité. En efifet , si la fin particulière du sacrifice est d'honorer Dieu, en quoi consiste cet homteur que nous rendons ou que nous devons rendre à Dieu? Cfi culte, répond saint Thomas, consiste dans une protesution actuelle queje faisà Dieu de madépendance, dans un aveu respectueux de ma misère et de ma bassesse, dans un exercice, pour ainsi dire d'anéantissement , et, si je suis pécheur, dans une confession humble et sincère de mon péché; car tout cela doit entrer dans le sacrifice, considéré de la part de l'homme; et voilà pourquoi l'hostie est détruite et consommée, pour marquer que l'homme n'est qu'un néant, et dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce. £n quoi, dit saint Augustin, paratt l'admirable opposition qui se rencontre entre l'oraison et le sacrifice. Car l'oraison, en élevant nos esprits à Dieu, nous élève au-dessus de nous-mêmes , au lieu que le sacrifice nous rabaisse au-dessous de nous-mêmes en nous anéantissant devant Dieu. Par le sacrifice j'honore Dieu , si je puis parler delà sorte, aux dépens de ce queje suis; et dans l'oraison , Dieu par le commerce qu'il veut bien avoir avec moi , m'honore en quelque manière aux dépens de ce qu'il est. Quoi qu'il en soit, mon sacrifice est inséparable do mon humilité; et, comme {e ne puis mieux m%umilier devant Dieu qu'en lui offrant le sacrifice, aussi ne puis-je autrement avoir part au sacrifice, qu'en m'humiliant devant Dieu. U n'en est pas de même des anges , ajoute saint Chrysostôme; les anges peuvent être présents au sacrifice et s'y humilier: mais l'humilité des anges, quelque profonde qu'elle puisse être, n'est point essentielle au sacrifice, comme celle des hommes. Pourquoi? parce que le sacrifice qu'offre l'Église étant le sacrifice des hommes et non des anges, il ne dépend point pour être complet, de l'humilité des anges,
850 X SUR LE SAGHIFIGE DE LA MESSE
maisderhumilîté des hommes. De là, chrétiens, quel désordre, lorsque des hommes , portant sur le front le caractère de la foi , viennent au sacrifice du vrai Dieu* non-seulemfint sans cette humilité religieuse, mais avec tout Forgueil du libertinage et de rimpiété; lorsqu'à peine ils y fléchissent le genou, quMlsy parlent, qu'ils y agissent comme il leur plaît et sans égard , et que , sur cela même, ils rejettent avec mépris les sages remontrances et la correction charitable des ministres du Seigneur! Mépris qui ne doit point, mes frères, ralentir Tardeur de notre zèle , ni nous former la bouche par un silence timide et lâche, quand le devoir de notre ministère noos oblige à nous eipliquer. Car où en serait notre religion , si de tels abus y devaient être tolérés? Ah! chrétiens, assister au sacrifice, c'est venir protester à Dieu que nous dépendons de lui, que nous attendons tout de lui , que nous n'adorons que lui , que nous sommes disposés à nous anéantir pour lui. Mais, mon cher auditeur, pensez-vous lui dire tout cela , en vous comportant comme vous faites; en insultant, si je l'oto dire, à l'autel et aux sacrés mystères qu'on y célèbre; en y prenant des libertés que je ne crains pas, puisqu'il s'agit de l'honneur de mon Dieu , de traiter d'insolences ; en les soutenant jusque dans le sanctuaire avec une audace et une fierté qui ne rougit de rien? Et vous, femmes chrétiennes, est-ce là ce que vous venez lui témoigner, en vous faisant une si fausse gloire de paraître dans nos temples avec toutes les marques de votre vanité? Je n'entreprends point de contrôler partout ailleurs vos modes et vos coutumes ; mais ici je ne puis dissimuler ce qui blesse la majesté divine etlerespect qui lui est dû. Faut-il donc, quand vous entrez dans la maison de Dieu, que tout le faste du monde vous y accompagne? Fautil que l'on vous y distingue par votre luxe et par vos délicatesses; que vous y affectiez des rangs que l'esprit ambitieux du siècle y a érigés en de prétendus droits, et que vous vous yfassie? rendre des services dont vous sauriez bien vous passer dans le palaisd'unprince delà terre? Est-ce là cette humilité si essentielle au sacrifice? Et si la piété vous y attirait , une piété solide, nediriez-vouspasà Dieu : Ah! Seigneur, je ne suis que trop vaine au milieu du inonde, mais du moins serai-je humble et modeste devant vous; et, puisque le sacrifice est le tribut d'humilité que je vous dois , je n'irai point m'y présenter avec ce luxe que vous réprouvez? Le monde en use autrement; mais le monde ne sera pas ma règle : on censurera ma conduite : mais il me suffira que vous l'approuviez. Aussi , disait TertuUien parlant à des femmes chrétiennes comme vous , et mémo plus chrétiennes que vous : Pourquoi ces ajustements dont vous êtes si curieuses? Vous avez renoncé aux pompes du siècle, vous n'êtes plus des
fêtes des païens; pourquoi donc vous parer de cet restes du monde, et les porter au sacrifice de votre Dieu? 0 profanation! s'écriai^il et puis-je bien m' écrier après lui , des femmes cherchent à se montrer avec des habits magnifiques et brillants, dans un sacrifice dont l'essence est la fin principale et l 'humiliation de la créature en présence de son créateur I Elles s'y font voir, selon l'expression du Pn>*| phète royal , aussi ornées et plus ornées que les au- 1
tels , Circumomatm tU similitudo tempii. ( Ps. 14S .) Elles y emploient tout le temps , à quoi ? à s'étudier, à se contempler, à s'admirer, à recevoir un vain encens, et à s'attirer de sacrilèges adorations , comme si elles voulaient s'élever au-dessus de Dieu même. Donnons jour encore à cette pensée : je ne dis pas seulement que le sacrifice est une protestation que l'homme fait à Dieu de la dépendance de son être; mais j'ajoute que c'est une protestation publique, une protestation solennelle, où l'homme appelle toutes les créatures en témoignage de sa soumission et de sa religion , comme s'il disait : deux et terre, anges et hommes, vous m'en serez garants, et me voici devant vous pour m* en déclarer. 11 y a un Dieu que j'adore, un Dieu souverain auteur, et à qui seul toute la gloire appartient. C'est dans ce sacrifice, et par ce sacrifice , que je viens hautement reconnaître son absolue domination , et m'y soumettre. U n'y a proprement , chrétiens, que le sacrifice où l'homme puisse parler de la sorte. Quelque autre exercice de religion que je pratique, ce n*est point là ce qa*il signifie, ou du moins ce n'est point là ce qu'il signifie authentiquement ; le seul sacrifice est l'aveu juridique de ce que je dois à Dieu. Mais, mes frères, par un renversement bien déplorable , quel sujet ne donnons-nous pas aux païens et aux Infidèles de nous faire, jusques au milieu du plus saint mystère, la même demande ou plutôt le même reproche que David craignait tant d'entendre de la bouche des ennemis du Seigneur : Ne forte dicant ù^ ffen&bus, «6f ei^ iDeiif eonm» ? (Pi. 78.) Car où est votre Dieu ? peuvent nous dire ces idolâtres. Vous voulez, par cette cérémonie extérieure, nous faire juger du culte intérieur que vous lui rendez; et c'est de là même que nous tirons la plus sensible preuve de votre i^ religion. Entrez dans nos temples, et, sans entreprendre de nous instruire, instruisez-vous vous-mêmes par nous. Votre Dieu, dites-vous, est le vrai Dieu; mais au moins n'en êtes-vous que de faux adorateurs. Au contraire, vous prétendez que nous n'adorons que de fausses divinités; mais au moins devez-vous avouer que nous les adorons sincèrement et en esprit. Or, supposant même vos prindpes et les dogmes de votre foi, lequel des deux croyez-vous le plus criminel, ou d'être religieux comme nous le sommes , en suivant l'erreur, ou d'être des profanateurs comme vous l'êtes, en profes-
SUR LE SACRIFICE DE LA BCESSE
sant la Yérité? C'est de eaiot Augustin même que j'ai emprauté cette figure, et c'est là-dessus qu'il dévoyait avec tant d'énergie toute la force de son éloquence et de son zèle.
N'en demeurons |>as là, chrétiens; mais, pour adiever de nous confondre, voyons en quelles qualités nous assistons au divin sacrifice. Comme témoins , disent les docteurs , comme ministres , comme victimes. Comme témoins : oui, mes frères, vous êtes les témoins de ce qui se passe de plus mystérieux et de plus secret entre Dieu et les hommes. Cest dans cette vue que TÉglise vous reçoit à son sacrifice, et qu'elle vous oblige même par un précepte particulier à y comi^aître. Honneur qu'elle ne fait pas indifiérenunent à toutes sortes de sujets, puisque le châtiment le plus sévère qu'elle exerce envers ses enfants rebelles est de leur interdire, par ses censures, le sacrifice qu'elle offre à Dieu. Honneur dont elle exclut même les catéchumènes, quoique d^ initiés dans les mystères de la foi, parce qu'ils n'ont pas encore le caractère du baptême. Elle n'y admet que les fidèles dont la religion lui est connue, et dont elle veut gratifier la piété. Mais au même temps elle les engage à soutenir cette qualité de témoins par un respect digne de Dieu. Quand Dieu , dans l'Écriture , prend à témoin d'une vérité les êtres insensibles , les cieuz en sont ébranlés : ObstupescUe , ccbU (Jerbm. , 2} ; et la terre en est émue jusque dans ses fondements : Commuta esi, eê conùremuU terra (2. Reg.y 22.) Et vous , mon cher auditeur, témoin vivant du redoutable sacrifice qui s'accomplit sur nos auteks , qu'y faites-vous? Ah ! mon frère, s'écrie saint Jean , patriarche de Jérusalem , n'avez-vous pas entendu le prêtre qui vous sonunait de la part de Dieu de vous rendre attentif? Ne vous a-t-il pas averti d'élever votre cœur au ciel : Sursum corda; et n'avez-vous pas répondu qu'il était tourné vers le Seigneur : Habemus ad DominumJ Mais à ce moment-là même, vous êtes plus Moupé de la terre que jamais ; mais à ce moment-là même vous ne cherchez , en promenant partout vos regards, que des objets, ou qui repaissent votre curiosité, ou qui servent d'amusement à votre oisiveté. Est-ce pour cela que vous êtes appelé à l'autel ? Est-ce là, dirétîens , la part que vous prenez à un sacrifiée dont vous êtes aon-«eulement les témoins, mais les ministres?
Car vous Fêtes, mes cfaers auditeurs, quelle que soit d'ailleurs votre condition; et ce n'est pas sans sujet que saint Pierre, relevant la dignité des chrétiens, entre les antres titres qui leur eon viennent, leur attribue celui du sacerdoce : regak sacerdo' titan (1. P£TA., 2); puisque tout chrétien doit offrir à Dieu le sacrifice de sa rédemption. De là vient que le prêtre, en célébrant dans le sanctuaire, n'y ^t pas les oblations sacrées comme personne par-
ticulière, mais comme représentant tout le peupls assemblé. Car il ne dit pas : J'offre, je supplie, je voue, je proteste; mais. Nous protestons, nous vouons, nous offrons, nous supplions, parce qu'en effet tout le peuple offre et supplie avec lui. Non pas que tous soient pour cela revêtus du caractère de l'ordre, comme l'ont avancé quelques hérétiques, fondés sur une parole de Tertullien mal entendue , mais parce que tous les fidèles , sans porter ce sacré caractère, comme le prêtre spécialement député de Dieu pour présenter le sacrifice , lui sont néanmoins associés dans cette importante fonction. Fonction si sainte, écoutez ceci, que, par cette raison-là même, quelques-uns ont prétendu qu'un chrétien en état de péché ne pouvait, sans se rendre coupable d'un nouveau péché , assister au sacrifice. Je sais sur ce point ce qu'il faut penser. Je sais que c'est une doctrine erronée et même scandaleuse, puisqu'elle donne atteinte au précepte de rÉglise , qu'elle favorise le libeitinage, et qu'elle ête enfin au pécheur un des plus puissants moyens de conversion. Car que peut faire un pécheur de plus salutaire , de plus édifiant, de plus propre à lui attirer les grâces du ciel , que de venir, comme le publicain , dans le temple , et d'y offrir, tout indigne qu'il est , ce sacrifice propitiatoire dont une des principales vertus est d'apaiser la colère de Dieu ? Qu'est^e que les prophètes recommandaient davantage aux pécheurs de leur temps, que de fléchir le Seigneur et sa justice, par Toblation des victimes de l'ancienne loi? Ce qui servait alors à la sanctification des hommes servirait-il maintenant à leur damnation ? Cest donc une opinion outrée, et que nous devons hautement rejeter ; mais , en la r^etant, je m'en tiens au principe sur quoi elle est , disons mieux , sur quoi elle paratt établie; et de ce priacipe incontestable , je tire bien d'autres conséquences qui ne doivent pas moins nous faire trembler. Car, puisque nous participons au sacrifice en qualité de ministres , ce ne sera point une exagération si je conclus que tant de crimes qu'on y commet doivent être comptés pour autant de profainations ; qu'un entretien , même indifférent à raison de sa durée , y renferme deux offenses grièves , l'une particulière et d'omission à ces saints jours où le sacrifice est commandé, l'autre commune et d'irrévérence ou d*omission à quelque temps et à quelque jour que ce puisse être ; que cdut-là ne satis£ut point au commandement de rÉglise, qui, sans nuHe vigilance sur soi-même, sans nul effort pour se recueillir dam la plus grande action du christianisme , laisse impunément et volontairement son esprit se distraire ; si , dis-je , je tire toutes ces conséquences , c'est sans craindre d'excéder, puisque jeparle d'après les plus sensés et les plus savants théologiens.
Qui le croirait, mes frères? (souffrez que, sans insister sur les autres , je m'attache surtout à ce
SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE
désordre que déplorait le prophète Ézéchiel , et dont il faisait une peinture si conforme à ce qui se passe tous les jours parmi nous); qui le croirait, si tant d'épreuves ne nous Tavaient pas appris et ne nous l'apprenaient pas encore, qu*un chrétien, choisi de Dieu pour lui offrir un sacrifice tout divin et tout adorable , voulût faire du temple même un lieu de plaisir et du plus infâme plaisir; qii*il regardât le sacrifice comme une occasion favorable à son Impudlcité; qu'il n*y vînt que pour y trouver l'objet de sa passion , que pour Vy voir et pour en être vu , que pour lui rrâdre des assiduités, que pour lui marquer par de criminelles complaisances son attadiement, que pour se livrer aux plus sales désirs d*un cœur corrompu? Cest avec douleur que j'en parle, et que je révèle votre honte; mais je serais prévaricateur si je la dissimulais ; et il vaut bien mieux, comnie dit saint Cyprien, découvrir nos plaies pour les guérir, que de les cacher sans espérance de remède. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les Pèress'en sont expliqués. Saint Jérêmeet saint Chrysostôme n'y apportaient pas plus d'adoucissement que moi , quand ils disaient que l'innocence et la pudicité couraient autant de risques (ne pouvaient-ils pas4ire plus de risques?) dans les saints lieux que dans les places publiques; qu'il était quelquefois aus8idangereux,pour une femme chrétienne ou plutôt pour une femme mondaine, de paraître au sacrifice, que dans les cercles et les assemblées du monde; qu'autrefois on consacrait les maisons des chrétiens pour en faire des temples à Dieu, mais que dans la suite les temples de Dieu étaient devenus des maisons d'intrigues et de commerces. Ce sont leurs expressions, que vous entendrez comme il vous plaira ; mais , de quelque manière qu'elles dussent être alors entendues, ce qui me fait gémir, c'est qu'elles se vérifient presque parmi nous dans toute la rigueur de la lettre ; et que la calomnie suscitée du temps de Tertullien contre les fidèles, savoir que les plus honteux engagements se formaient et s'entretenaient à la faveur des autels, irUer arat knocMa traetari (Tsbt. ) ; que ce reproche , dlsje, qui fut 'dans ces premiers siècles une imposture, ne soit dans le nôtre qu'une trop juste accusation.
Avec cela , chrétiens , êtes-vous en état d'assister au sacrifice en qualité de victimes? êtes-vous en état d'y être immolés vous-mêmes avec Jésus-Christ ? et n'est-ce pas ainsi toutefois que vous y devez être encore présents ? Écoutez la preuve qu'en donne saint Augustin. Car, dit ce saint docteur, Jésus- Christ et l'Église ne faisant qu'un même corps, il est impossible que Tun soit immolé sans l'autre. Puisque cet Homme-Dieu est le chef de tous les fidèles, et que tous les fidèles lui sont unis comme ses membres, il faut qu'en même temps qu'il est sacrifié
pour eux, ils le soient pareillement avec lui; et que , par un admirable retour , ce Sauveur du monde offre à Dieu toute l'Église dans sa personne, en Ycrtu d'une action où lui-même il est offert à Dieu par toute l'Église : Cum autem sU ChritUu Ecck' siœ caput, et Ecclesia ChrisH corpus, tam ipta peripsumquanipseperipsamdebetqffèrrl. (Aua.) Théologie divine, et d'où il s'ensuit que nous ne devons donc aller au sacrifice de notre Dieu , qu'avec le généroix sentiment de Papôtre saint Thomas : je veux dire , que pour y mourir spirituellement avec Jésus*Christ : Eamus etnos, et moriamur cum eo. (Joàn. , 1 1 .) Or comment y paraît un chrétien ainsi disposé? Représentez • vous, mes frères, Pétat de ces anciennes victimes qu'on immolait au Sei« gneur, et qu'on mettait sur l'autel : elles étaient liées , elles étaient privées de l'usage des sens , elles étaient brûlées du feu de l'holocauste; voilà votre modèle. Comme victimes de ce sacrifice non sanglant que vous présentez et où vous êtes présentés vousmêmes ; surtout comme victimes spirituelles et raisonnables, selon la parole de saint Pierre, spirltuales hostias (1 . Petr. , 2) , il faut que la religion vous lie, et qu'elle vous tienne respectueusement appliqué au saint mystère; il faut qu'elle vous couvre les yeux, et qu'elle les ferme à*tous les objets de la terre; il fout qu'elle vous consume du feu de la charité. Mais si vous imitez le crime des successeurs d'Aaron , si comme eux vous portez dans le tabernacle un feu étranger^ si c'est une habitude vicieuse qui vous y conduit et qui vous y retient; si, bien loin d'y captiver vos sens, vous leur donnez là toute licence : Ah! mon frère, conclut saint Chrysostôme, vous êtes toujours alors une victime, mais une victime de malédiction , une victime non plus de la miséricorde, mais de la colère et de la vengeance de Dieu.
N'est-il pas surprenant, chrétiens, comme Fa observé le savant Pic de la Mirande, que de tant de religions qui se sont répandues dans le monde et qui y ont si longtemps dominé, il n'y ait eu que la religion de Jésus-Çhrist dont les temples aient été profanés par ses propres sujets? On a bien vu les Romains violer le temple des Juifs ; on a vu les chrétiens briser les idoles du paganisme : mais a-t-on vu .des païens s'attaquer eux-mêmes à leurs dieux, et souiller les sacrifices qu'ils leur offraient? Pourquoi cette différence? En void , ce me semble, une raison : c'est que l'ennemi de notre salut ne va point tenter les païens , ni les troubler au milieu de leurs sacrifices , parce que ce sont de faux sacrifices, et qu'il reçoit lui-même l'encens qu'on y brûle. Au lieu qu'il emploie toutes ses forces pour nous détourner du sacrifice de nos autels , et pour nous en faire perdre le fruit, parce que c'est le vrai sacrifice, le grand sacrifice, un sacrifice également glorieux à Dieu et
SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE
salutaire poar nous. Ainsi, mes frères , à quelques désordres que soit exposé le sacrifice de notre reli- ^n , n'entrons pas pour cela en nulle défiance de U religion même que nous professons et de la pur^ de son culte. Malgré tous nos désordres, elle est toujours sainte , puisqu'elle les condamne tous. Mais rentrons dans nous-mêmes, confondons-nous nous-mêmes., disons-nous à nous-mêmes, avec un célèbre écriTain de ces derniers siècles , qu'il faut que la religion de Jésus-Christ soit une religion plus qu*humaine, puisqu'elle se soutient toujours malgré Virréliglon des chrétiens; et qu'il faut aussi que rirréligion des chrétiens soit bien obstinée et bien enradnée , puisqu*ils sont si impies parmi tant de sainteté. Sacrifice de la messe , sacrifice souverainement et doublement respectable, parce que c'est à Dieu qu'il est offert , et que c'est un Dieu qui y est offert. Conune c'est Dieu même qui en est l'objet, c'est encore un Dieu qui en est le sujet; vous râliez voir dans la seconde partie.
Je troovela penséede saint Chrysostômebienjuste et bien Traie , quand il dit que les temples où nous nous assemblons pour adorer Dieu , sont tout à la fois, et l'ornement le plus auguste, et l'opprobre le plus visible de notre religion. L'ornement le phis auguste, puisqu'ils sont tous les jours sanctifiés par le sacrifice d'un Dieu sauveur; et l'opprobre le plus visible, puisque ce sacrifice, tout divin qa'il est, sert si souvent, non par lui-même, mais par notre libertinage, d'occasion aux chrétiens pour déshonorer la maison de Dieu. Ainsi parlait ce saint évêque, en gémissant sur les scandales qui le commettaient au pied des autels et dans le sacriilce de la loi de grâce. A quoi j'ajoute la pensée de Guillaume de Paris , que je vous prie de remarquer, paireequ'ellemeparattégalementsolide et touchante. Car, dit ce savant homme, quand nous aurions vécu , selon l'expression de saint Paul, sous les éléments du monde, c'est-à-dire, sous les figures de l'ancienne loi , et que nous n'aurions point eu d'autres sacrifices que ces sacrifices imparfaits dont Dieu avait établi rusage par le ministère de Moïse, il faudrait toujours y assister avec crainte et avec tremblement ; il feudrait toujours respecter ces chairs mortes, toujours révérer ces taureaux égorgés et sanglants, toujours se prosterner devant ces autels chargés des oblations et des prémices de la terre. C'étaient des créatures , il est vrai ; mais ces créatures étaient les victimes et les holocaustes du Dieu vivant, et cela seul les élevait à un ordre supérieur'et les consacrait. Aussi, mes firères , poursuit le même docteur,>oyez avec quelle révérence Dieu voulait que les Juifs entrassent dans le sanctuaire, pour lui offrir leurs sacrifices et le sang des animaux qu'ils immolaient, j
BOCnDÂLOUE. — T. I.
Voyez avec quel soin lui-même il les y disposait; combien de préceptes, combien de cérémonies, combien de pratiques, combien de purifications il leur prescrivait. A peine les livres entiers de l'Écriture ont-ils suffi pour leur en tracer les règles , et pour leur faire entendre sur cela ses ordres. Mais admirez encore plus la constance et l'inviolable fidélité de ce peuple , d'ailleurs si indocile et si grossier, à s'acquitter de ce devoir. Dans les plus pressantes extrémités , dans l'embarras et le désordre des guerres, dans le siège même de Jérusalem, rien jamais ne les fit manquera ce culte extérieur, ni à la solennité de leurs fêtes et des sacrifices qui leur étaient ordonnés. Jusque-là, disait du temps même des apôtres un ancien auteur, que le général de l'armée romaine en parut surpris; et que tout païen, tout ennemi qu'il était , il en fut touché, et ne put refuser des éloges à leur zèle et à leur religion : Stupe* bat Pompeius acres virorum animas, a quitus in medio belUfurore , sacrarum reverenti» nihil defiiit. (Hegssip.) Tel était le caractère de cette nation. Le sauveur du monde leur reprocha tous les autres vices, mais il ne les accusa jamais dMmpiété dans les sacrifices qu'ils présentaient à Dieu. Cependant, chrétiens, dans leurs sacrifices les plus solennels , qu'avaient- ils autre chose que les ombres seulementetquelesfiguresdu sacrificedela loi nouvelle? Mais c'était assez pour eux, reprend saint Augustin , c'était, dis-je, assez pour leur rendre vénérables jusques à ces ombres et à ces figures, que ce fussent les figures et les ombres du grand sacrifice que les prophètes leur annonçaient dans la suite des siècles. Cétait assez pour les saisir d'une sainte horreur toutes les fois qu'ils assistaient à l'immolation de ces victimes , qui , quoique viles et abjectes , leur représentaient cette victime pure et précieuse, cette hostie divine qui devait être immolée pour eux et pour nous. Or qu'eussent-ils pensé, qu'eussent-ils fait, s'ils eussent vu comme nous la vérité? et que devons-nous penser, que devons-nous faire nousmêmes? Sur cela, mes chers auditeurs, voici trois considérations que je me contente de vous proposer, plutôt par forme de méditation que de discours, et par où je finis en me les appliquant à moi-même. Ne les perdez pas.
Première considération. Quand je vais au sacrifice que célèbre l'Église , je vais au sacrifice de la mort d'un Dieu, le même qui fut offert sur le Calvaire, le même que Jésus-Christ consomma sur la croix , le même où ce Dieu-Homme consentit, pour parler avec l'apôtre, à être détruit et anéanti. Ce n'est point une supposition; c'est un point de foi. J'assiste à un sacrifice dont, réellement et sans figure, la victime est le Dieu même que je sers et que j'adore. Par conséquent dois-je conclure et devezvous conclure avec moi, si, par mes respects et
SUR LE SACWFICE DE LA MESSE
mes adorations, je ne relève pas, autant quMl m*est possible, les abaissements de ce Dieu sauveur; si j'ajoute aux humiliations de sa croix , qui sont ici renouvelées, celles qui lui viennent de mes irrévérences et de mes scandales; si, le contemplant sur Tautel, mon cœur ne se brise pas, comme les pierres se fendirent au moment qu'il expira ; si cette hostie mourante ne fait pas naître dans mon âme une componction aussi vive et aussi religieuse que le fut la douleur du centenier et celle des Juifs qui se convertirent à sa mort; si, par de sensibles outrages, j'insulte encore à son agonie, comme les soldats et les bourreaux qui l'avaient crucifié : ah ! ne suis-je pas digne de ses plus rigoureuses vengeances, et ne faut-il pas me traiter d'anathème?
Seconde considération. Pourquoi ce Dieu de miséricorde s'immole-t-il dans le sacrifice de nos autels ? Pour nous apprendre , disent les Pères, ce que nous ne pouvons apprendre que de lui ; pour nous aider h faire ce que nous ne pouvons faire sans lui et que par lui, je veux dire, à honorer Dieu autant que Dieu le mérite et qu'il le demande. Car c'est pour cela, reprend saint Thomas, qu'il a fallu un sujet d'un prix infini, et offert d'une manière infinie. Or ce sujet d'un prii^ infini , c'est Jésus-Christ dans le sacré mystère : ce sujet offert d'une manière infinie, c'est Jésus-Christ en état de victime, en état d'anéantissement , et sacrifié , selon la prédiction de Malachie, dans tous les temps et dans tous les lieux du monde. Voilà ce qui était dû à Dieu , et de quoi l'Hommc-Dieu est venu nous instruire aux dépens de lui-même. Ce sacrifice de son corps et de sonsaog est la preuve authentique qu'il nous en donne, et la perpétuelle leçon qu'il nous en fait. Que nous dit-il donc cet excellent Mattre , autant de fois que nous nous présentons à son sacrifice? C'est là, mes frères, que son sang, ce sang adorable, plus éloquent que celui d'Abel, semble nous crier sans cesse, et nous faire entendre ce que le même Sauveur disait aux Juifs : Ego honorifico Patrem. (Joan., 8.) Vous voulez savoir ce que je fais ici : j'honore mon ^ère , je glorifie mou Père , je satisfais à la justice Je mon Père , je répare les injures qu'il a reçues , et je rétablis ses intérêts; je fais triompher sa miséricorde, éclater sa puissance, connaître sa sainteté; je lui rends, et à toutes ses perfections, des hommages proportionnés à sa grandeur. Tel est le dessein qui me fait descendre invisiblement sur cet autel, qui me fait prendre entre les mains des prêtres comme une seconde naissance , qui me fait subir dans le même sens comme une seconde mort : Ego honorifico Patrem. Oui, chrétiens, c'est ce qu'il nous dit; et si nous ne profitons pas de son exemple, écoutez ce qu'il ajoute : Et vos inhonorastis me, (Ibid.) Mais vous, ne semble-t-il pas que vous preniez à tâche de détruire, par le plus crimi-
nel attentat, tout ce que je rends d'honneur à mon ^ Père par le sacrifice de mon humanité, et n'est-ce pas sur moi que retombent les outrages qu'il reçoit de vous? J'obscurcis toute ma gloire, et je m'en- sevelis tout vivant en sa présence ; et vous vous < élevez devant lui, et contre lui. Je lui offre dsos ma personne un Dieu humilié, un Dieu soumis et obéissant ; et vous venez étaler avec ostentation devant ses yeux le faste du monde et le vain éclat d'une pompe humaine. Je lui présente dans mon corps une chair innocente et virginale; et vous cherchez jusques à son autel de quoi exciter et de quoi nourrir les brutales cupidités d'une chair crinunelle et impure. Je travaille à répandre le feu de son amour, d'un amour tout sacré, et exprimé de son sein même, et vous ne pensez, jusque dans son temple et à ses pieds, qu'à inspirer, par des nudités immodestes, par des postures indécentes, par des airs libres et sans pudeur un amour sensuel. J'emploie tous les attraits de ma grâce à sanctifier lésâmes étales fui attacher; et vous employez tous les artifices et tous les enchantements de votre mondanité à les corrompre et à les lui dérober. Est-ce ainsi qu'on l'honore? ou n'est-ce pas ainsi qu'on lui marque le mépris le plus insultant, et que l'on renverse tous mes àessems? Etvosinhonorastis me. Mais voulez-vous en effet, chrétiens, l'honorer, et l'honorer autant par proportion qu'il le doit être, et qu'il Tattend de vous? Allez, comme Jésus-Christ obscur et caché, vous prosterner devant cette majesté suprême, et faire à la vue de ses grandeurs une humble confession de votre indignité. Allez, comme Jésus-Christ obéissant et soumis à la voix de ses ministres, relever son pouvoir par les sentiments d'une soumission parfaite , et par tous les témoignages d'une obéisance entière et sans réserve. Allez , dans un esprit de sacrifice, comme Jésus-Christ immolé, lui présenter les hommages de son Fils , les abaissements de son Fils, le sang de son Fils, ses souffrances, sa passion, sa mort, tousses mérites, et vous les appliquer, pour être plus en état de le glorifier. Allez vous dévouer vous-mêmes, vous immoler vous-mêmes, sinon par une véritable destruction de vous-mêmes, au moins par une mort spirituelle , et par une totale destruction des désirs déréglés de votre cœur. Ainsi vous l'enseigne ce Dieu victime de la gloire d'un Dieu, et en cette qualité même de victime , votre modèle : Ego honorifico Patrem.
Troisième considération. Que fait encore Jésus- Christ dans ce sacrifice? Achevons , chrétiens, de nous confondre, et rougissons de notre insensibilité. Non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu, mais il ]^ traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur, il plaide leur cause, et il offre le prix de leur rédemption. Il ne se contente pas de
SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE
In qa*il glorifie son Père, Ego honorifico Patrem ; Bail s'adressant à son Père même , et lui montrant s&ièies assemblés, il lui dit d'une voix secrète : ppro ei$ sanc^fico meipsum (Joan. 17) ; c'estdire, suivant Texplication de saint Jérôme : Je me OM moi-même , je me sacrifie moi-même pour X. Paroles, ajoute ce saint docteur, qui conveieot aux victimes , et dont , pour la première fois , Saaveur des hommes se servit, lorsque actuellesit il instituait cette divine pâque , où il se consaitt en effet lui-même pour les pécheurs ; mais paro- ; §d11 répète encore tous les jours et qu'il répétera ifMS à la fin des siècles, autant de fois qu'on Tofntur DOS autels : Ego proeissanc(\fico meipsum. n, mon Père, c*est pour eux que je suis ici préil; c^est pour tous les hommes en général , et en itieulîer pour mon Église; c'est spécialement pour ux que vous voyez dans votre maison et auprès tvotre sanctuaire, occupés maintenant, ou devant itre, àce mystère de salut. Recevez-les, mon Dieu, as votre grâce; ils sont criminels, mais me voici leur place pour vous satisfaire; et que ne peuvent mi réparer les satisfactions inGnies d'un Dieu >inme vous? Ego pro eis sanct{fico meipsum. Ah! mes frères, reprend saint Bernard en s'ériant, et réduisant à une figure sensible cette imoitante vérité; ma cause était désespérée, et j'étais erdo; le souverain juge allait prononcer contre s un arrêt de mort; mais le fils unique du prince ieot à le savoir, et que fait-il? touché de compas^ on, il se substitue pour moi , et il veut lui-même Drter la peine de mon péché. Dans cette vue, il sort eson palais; il dépose toutes les marques de sadioité, il gémit, il prie , il va s'offrir à la justice de m père. Belle image, chrétiens, de ce que fait Jéu-Qirîst dans le sacrifice de son corps et de son log. Toutefois, poursuit saint Bernard , sans être istmit du péril où je me trouvais exposé, bien loin y penser, je m'arrêtais à un vain divertissement, lais tout à coup j'aperçois mon roi , je le vois teftent et humilié; je m'approche, j'en demande I raison; enfin j'apprends que c'est de moi .qu'il ag^t, et que c'est pour moi qu'il s'est livré. C'est i que nous voyons si souvent nous-mêmes , mes nos auditeurs , sur cet autel. Or, conclut le même ère, oserai-je encore retourner à mes premiers DQsements ? que dis-je , oserai-je encore me faire H sacrifice de mon Sauveur un amusement et un n? et serai-je assez insensé pour mêler à ses gémisanents et à ses larmes des ris profanes et scanileox ? Adhucne ludam et deludam lacrymas ejus f IBBIT.) Pensée touchante , que saint Jean de Jénilem exprimait en des termes moins figurés , mais m moins énergiques ni moins pressants. Exami- !Z disait-il , considérez ce qui se passe. C'est pour as que l'autel est dressé : Pro te mensa mytteriis
exstructa est. (Joan. Jebosol.) Cest pour vous que l'Agneau va être immolé : Proie Agnus imtnolatur. C'est pour vous que le prêtre s'intéresse et qu'il sollicite: Pro te angitur sacerdos. Vous êtes le coupable dont on ménage la grâce, et ce sacrifice est le pacte même et le contrat en vertu duquel elle vous est accordée. De là jugez quels sentiments vous doivent donc occuper dans ce sacrifice d'expiation. Ne son^ce pas ceux d'un pécheur contrit , et d'un pécheur reconnaissant? D'un pécheur contrit : car c'est par cette pénitence du cœur, par cette contrition du cœur , que doit être , pour ainsi dire , scellé et ratifié le traité de paix qui se négocie entre Dieu et vous ; et comme l'apôtre accomplissait dans son corps ce qui manquait à la passion de Jésus- Christ, c'est par là, selon le même langage, que nous devons accomplir ce qui manque au sacrifice de Jésus-Christ. D'un pécheur reconnaissant, au souvenir et à la vue des miséricordes infinies d'un Dieu qui, tout offensé qu'il est, tout juge qu'il est, se fait lui-même, pour vous racheter, votre rançon et le gage de votre salut. David disait : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné? Quid retribuam Domino f {Fsalm. 115.) Je prendrai le calice de mon Sauveur, ajoutait le même prophète , et j'invoquerai le nom de mon Dieu : Calicem salutaris accipiam, et nomen Domini invocabo. (Ibid.) Ce n'est pas assez,* poursuivait encore ce saint roi ; mais en invoquant le Seigneur, je le bénirai mille fois; et, sans oublier jamais les grâces dont il m'a comblé, je lui présenterai sans cesse le juste tribut de mon amour et le sacrifice de mes louanges, Laudans, invocabo Dominum. {Ps, 17.) Voilà ce qui doit faire chaque jour, devant l'autel, notre plus commun entretien.
Mais peut-être, mes chers auditeurs, n'êtes-vous pas bien persuadés de la vérité et de la grandeur du divin mystère dont je. vous parle; peut-être une infidélité secrète est-elle la source de tant de désordres qui s'y commettent : car il en faut venir au principe. Quand on vous dit que ce sacrifice est le renouvellement de la mort de votre Dieu, et comme la consommation du grand ouvrage de votre salut, peut-être avez-vous peine à le comprendre. Or, sur cela , sans entreprendre de vous convaincre, je n'ai qu'un simple raisonnement à vous opposer, et c'est par là que je finis. Ou vous croyez ce que la foi nous enseigne du sacrifice de notre religion, ou vous ne le croyez pas : quelque parti que vous preniez, vous êtes sans excuse; car si vous le croyez, si, dis-je, vous croyez que c'est un sacrifice offert au vrai Dieu, et où le vrai Dieu lui-même est offert, je conclus que vous êtes donc , en quelque sorte , plus criminels que les Juifs, plus criminels que tant d'hérétiques dont vous avez en horreur les sacrilèges profanations. Il est vrai les Juifs ont crucifié, comme
SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE
mes adorations, je ne relève pas, autant qu'il m*est possible, les abaissements de ce Dieu sauveur; si j'ajoute aux humiliations de sa croix, qui sont ici renouvelées, celles qui lui viennent de mes irrévérences et de mes scandales; si, le contemplant sur Tautel, mon cœur ne se brise pas, comme les pierres se fendirent au moment qu*il expira ; si cette hostie mourante ne fait pas naître dans mon âme une componction aussi vive et aussi religieuse que le fut la douleur du centenier et celle des Juifs qui se convertirent à sa mort; si, par de sensibles outrages, j'insulte encore à son agonie, comme les soldats et les bourreaux qui l'avaient crucifié : ah ! ne suis-je pas digne de ses plus rigoureuses vengeances, et ne faut-il pas me traiter d'anathème?
Seconde -considération. Pourquoi ce Dieu de miséricorde s*immole-t-il dans le sacrifice de nos autels ? Pour nous apprendre , disent les Pères, ce que nous ne pouvons apprendre que de lui ; pour nous aider h faire ce que nous ne pouvons faire sans lui et que par lui , je veux dire , à honorer Dieu autant que Dieu le mérite et qu'il le demande. Car c'est pour cela, reprend saint Thomas, qu'il a fallu un sujet d'un prix infini, et offert d'une manière infinie. Or ce sujet d'un prii^ infini , c'est Jésus-Christ dans le sacré mystère : ce sujet offert d'une manière infinie, c'est Jésus-Christ en état de victime, en état d'anéantissement , et sacrifié , selon la prédiction de Malachie, dans tous les temps et dans tous les^ lieux du monde. Voila ce qui était dû à Dieu , et de quoi l'Homme-Dleu est venu nous instruire aux dépens de lui-même. Ce sacrifice de son corps et de sonsaog est la preuve authentique qu'il nous en donne , et la perpétuelle leçon qu'il nous en fait. Que nous dit-il donc cet excellent Maître, autant de fois que nous nous présentons à son sacrifice? C'est là, mes frères, que son sang, ce sang adorable, plus éloquent que celui d'Abel, semble nous crier sans cesse, et nous faire entendre ce que le même Sauveur disait aux Juifs : Ego honorifico Patrem. (Joan., 8.) Vous voulez savoir ce que je fais ici : j'honore mon ^ère, je glorifie mou Père, je satisfais à la justice Je mon Père , je répare les injures qu'il a reçues , et je rétablis ses intérêts ; je fais triompher sa miséricorde, éclater sa puissance, connaître sa sainteté; je lui rends, et à toutes ses perfections, des hommages proportionnés à sa grandeur. Tel est le dessein qui me fait descendre invisiblement sur cet autel, qui me fait prendre entre les mains des prêtres comme une seconde naissance, qui me fait subir dans le même sens comme une seconde mort : Ego honorifico Patrem. Oui , chrétiens , c'est ce qu'il nous dit; et si nous ne profitons pas de son exemple, écoutez ce qu'il ajoute : Et vos inhono- %'astis me. (Ibid.) Mais vous, ne semble-Ml pas que vous preniez à tâche de détruire, par le plus crimi-
nel attentat, tout ce que je rends d'honneur à mon Père par le sacrifice de mon humanité, et n'est-ce pas sur moi que retombent les outrages qu'il reçoit de vous? J'obscurcis toute ma gloire, et je m'ensevelis tout vivant en sa présence ; et vous vous élevez devant lui, et contre lui. Je lui offre d^os ma personne un Dieu humilié , un Dieu soumis et obéissant ; et vous venez étaler avec ostentation devant ses yeux le faste du monde et le vain éclat d'une pompe humaine. Je lui présente dans mon corps une chair innocente et virginale; et vous cherchez jusques à son autel de quoi exciter et de quoi nourrir les brutales cupidités d'une chair criminelle et impure. Je travaille à répandre le feu de son amour, d'un amour tout sacré, et exprimé de son sein même , et vous ne pensez, jusque dans son temple et à ses pieds, qu'à inspirer, par des nudités immodestes, par des postures indécentes, par des airs libres et sans pudeur un amour sensuel. J'emploie tous les attraits de ma grâce à sanctifier les âmes et à les fui attacher; et vous employez tous les artifices et tous les enchantements de votre mondanité à les corrompre et à les lui dérober. Est-ce ainsi qu'on l'honore ? ou n'est-ce pas ainsi qu'on lui marque le mépris le plus insultant, et que l'on renverse tous mes desseins? Etvosinhonorastis me. Mais voulez-vous en effet, chrétiens, l'honorer, et l'honorer autant par proportion qu'il le doit être, et qu'il l'attend de vous? Allez, comme Jésus-Christ obscur et caché, vous prosterner devant cette majesté suprême, et faire à la vue de ses grandeurs une humble confession de votre indignité. Allez, comme Jésus-Christ obéissant et soumis à la voix de ses ministres, relever son pouvoir par les sentiments d'une soumission parfaite , et par tous les témoignages d'une obéisance entière et sans réserve. Allez , dans un esprit de sacrifice , comme Jésus-Christ immolé , lui présenter les hommages de son Fils , les abaissements de son Fils, le sang de son Fils, ses souffrances, sa passion, sa mort, tousses mérites, et vous les appliquer, pour être plus en état de le glorifier. Allez vous dévouer vous-mêmes, vous immoler vous-mêmes, sinon par une véritable destruction de vous-mêmes, au moins par une mort spirituelle , et par une totale destruction des désirs déréglés de votre cœur. Ainsi vous l'enseigne ce Dieu victime de la gloire d'un Dieu, et en cette qualité même de victime , votre modèle : Ego honorifico Patrem.
Troisième considération. Que fait encore Jésus- Christ dans ce sacrifice? Achevons, chrétiens, de nous confondre, et rougissons de notre insensibilité. Non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu, mais il y traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur, il plaide leur cause, et il offre le prix de leur rédemption. Il ne se contente pas de
SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE
e qu'il glorifie son Père, Egohonor{fico Patrem; lis s'adressant à son Père même , et lui montrant
fidèles assemblés , il lui dit d'une voix secrète : opro eis sanctifico meipsum (Joan. 17) ; c'estlire, suivant Texplication de saint Jérôme : Je me nne moi-même , je me sacrifie moi-même pour c. Paroles , ajoute ce saint docteur , qui convoient aux victimes, et dont, pour la première fois , Sauveur des hommes se servit, lorsque actuelle- ;nt il instituait cette divine pâque, où il se consalît en effet lui-même pour les pécheurs ; mais paro-
qu'il répète encore tous les jours et qu'il répétera ^ues à la fin des siècles, autant de fois qu'on l'ofra sur nos autels : Egopro eis sanci{fico meipstan, li , mon Père , c'est pour eux que je suis ici préit; c'est pour tous les hommes en général , et en rticulier pour mon Église; c'est spécialement pour IX que vous voyez dans votre maison et auprès votre sanctuaire, occupés maintenant, ou devant tre, à ce mystère de salut. Recevez-les, mon Dieu, ns votre grâce ; ils sont criminels, mais me voici eur place pour vous satisfaire ; et que ne peuvent int réparer les satisfactions infinies d'un Dieu mme vous? Ego pro eis sancHJico meipsum. Ah! mes frères, reprend saint Bernard en s'éiant , et réduisant à une figure sensible cette ira- )rtante vérité; ma cause était désespérée, et j'étais îrdu; le souverain juge allait prononcer contre oi un arrêt de mort; mais le fils unique du prince ent à le savoir, et que fait-il? touché de compas^ on, il se substitue pour moi , et il veut lui-même orter la peine de mon péché. Dans cette vue, il sort eson palais; il dépose toutes les marques de sadinité, il gémit, il prie , il va s'offrir à la justice de )a père. Belle image, chrétiens, de ce que fait Jéas-Christ dans le sacrifice de son corps et de son )Dg. Toutefois , poursuit saint Bernard , sans être istruit du péril où je me trouvais exposé, bien loin y penser, je m'arrêtais à un vain divertissement, [ais tout à coup j'aperçois mon roi , je le vois bitent et humilié; je m'approche, j'en demande
raison ; enfin j'apprends que c'est de moi .qu'il agît, et que c'est pour moi qu'il s'est livré. C'est \ que nous voyons si souvent nous-mêmes , mes lers auditeurs , sur cet autel. Or, conclut le même ère , oserai-je encore retourner à mes premiers nnsements? que dis-je , oserai-je encore me faire 1 sacrifice de mon Sauveur un amusement et un u? et serai-je assez insensé pour mêler à ses gémis- !ments et à ses larmes des ris profanes et scanileox ? Adhucne ludam et deludam lacrymas ejus î iBBN.) Pensée touchante , que saint Jean de Jéruilem exprimait en des termes moins figurés , mais )n moins énergiques ni moins pressants. Examiez disait-il , considérez ce qui se passe. C'est pour us que l'autel est dressé : Pro te mensa mysteriis
exstructa est. (Joan. Jebosoi..) Cest pour vousque l'Agneau va être immolé : Proie Agnus immolatur. Cest pour vous que le prêtre s'intéresse et qu'il sollicite: Pro te angitur sacerdos. Vous êtes le coupable dont on ménage la grâce, et ce sacrifice est le pacte même et le contrat en vertu duquel elle vous est accordée. De là jugez quels sentiments vous doivent donc occuper dans ce sacrifice d'expiation. Ne sont-ce pas ceux d'un pécheur contrit, et d'un pécheur reconnaissant? D'un pécheur contrit : car c'est par cette pénitence du cœur, par cette contrition du cœur , que doit être , pour ainsi dire , scellé et ratifié le traité de paix qui se négocie entre Dieu et vous ; et comme l'apôtre accomplissait dans son corps ce qui manquait à la passion de Jésus-Christ, c'est par là, selon le même langage, que nous devons accomplir ce qui manque au sacrifice de Jésus-Christ. D'un pécheur reconnaissant, au souvenir et à la vue des miséricordes infinies d'un Dieu qui, tout offensé qu'il est, tout juge qu'il est, se fait lui-même, pour vous racheter, votre rançon et le gage de votre salut. David disait : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné? Quidretribuam Domino f {Fsalm. 115.) Je prendrai le calice de mon Sauveur, ajoutait le même prophète , et j'invoquerai le nom de mon Dieu : CaUcem salutaris accipiam, et nomen Domini invocabo, (Ibid.) Ce n'est pas assez,* poursuivait encore ce saint roi ; mais en invoquant le Seigneur, je le bénirai raille fois; et, sans oublier jaraais les grâces dont il m'a comblé, je lui présenterai sans cesse le juste tribut de mon amour et le sacrifice de mes louanges, Laudans, invocabo Dominum, {Ps, 17.) Voilà ce qui doit faire chaque jour, devant l'autel , notre plus commun entretien.
Biais peut-être, mes chers auditeurs, n'êtes-vous pas bien persuadés de la vérité et de la grandeur du divin mystère dont je. vous parle; peut-être une infidélité secrète es^elle la source de tant de désordres qui s'y commettent : car il en faut venir au principe. Quand on vous dit que ce sacrifice est le renouvellement de la mort de votre Dieu, et comme la consommation du grand ouvrage de votre salut, peut-être avez-vous peine à le comprendre. Or, sur cela , sans entreprendre de vous convaincre, je n'ai qu'un simple raisonnement à vous opposer, et c'est par là que je finis. Ou vous croyez ce que la foi nous enseigne du sacrifice de notre religion, ou vous ne le croyez pas : quelque parti que vous preniez, vous êtes sans excuse; car si vous le croyez, si, dis-je, vous croyez que c'est un sacrifice offert au vrai Dieu, et où le vrai Dieu lui-même est offert, je conclus que vous êtes donc , en quelque sorte , plus criminels que les Juifs, plus criminels que tant d'hérétiques dont vous avez en horreur les sacrilèges profanations. U est vrai les Juifs ont crucifié, comme
parle saint Paul, le Seigneurde la gloire : mais, en le crucifiant, ils ne le connaissaient pas; et s'ils reiis-> sent connu, dit Tapôtre, ils n'auraient pas porté sur lui leurs mains parricides : SierUm cognovissent, nun» quam Dominum glorix crucifixUsent. (i . Cor,j 3.) Il est vrai, les hérétiques ont porté le feu et le fer dans ses temples, pour les détruire; ils ont souillé ses autels, ils ont brisé ses tabernacles, ils l'ont luimême foulé aux pieds : mais en cela même, après tout, ils agissaient conséquemment à leur erreur. Au lieu que, par une contradiction insoutenable, fidèles et infidèles tout ensemble, fidèles de créance et de spéculation , infidèles de mœurs et de pratique, vous profanez ce que vous adorez. Que si d'ailleurs o'est absolument la foi qui vous manque, si vous ne croyez pas Jésus-Christ présent dans ce que nous appelons son sacrifice, pourquoi donc y assistez-vous? Que ne levez- vous le masque, et pourquoi vous faites-vous un devoir de célébrer avec nous nos fêtes, et d'obéir à une loi qui, selon vos fausses idées, n'est plus un commandement, ni une obligation pour vous? Ah! chrétiens, à quoi nous réduisez-vous? à douter de votre foi, à souhaiter que vous vous retranchiez de la communion des fidèles, que vous vous bannissiez vous-mêmes de nos assemblées , et que vous n'ayez plus de part à nos cérémonies. Que dis-je? non, mes frères, ce n'est point là le souhait que je forme; j'attends tout un autre fruit de ce discours. Nous irons toujours à la sainte montagne sacrifier au Seigneur 3 mais ce sera désormais le Seigneur lui-même qui nous y attirera. Nous irons nous prosterner devant lui, nous entretenir avec lui , nous unir à lui. Nous irons lui présenter nos hommages , et il les ^^réera ; lui offrir nos vœux , et il les écoutera; lui demander ses grâces, et il les versera sur nous avec abondance. Nous irons réparer nos scandales passés, édifier TÉglise , nous sanctifier nous-mêmes. Nous irons nous laver, nous purifier dans le sang de cette divine hostie, qui doit être pour nous le prix de l'éternité bienheureuse, où vous conduise, etc.
SERMON
pol'h LE MERCREDI DE L\ QUATRIÈME SEMAINE.
SUR L'AVEUGLEMENT SPIRITUEL
Pneterient Jesua vidit hominetn cœcum a nativitate.
Lorsque Jésus passait, il vit ao homine qui était aveugle dés sa naissance. Sawt Ibàn , «liap. 9.
SiBE,
Ce fut un prodige bien surprenant que celui qui parut dans le inonde, et qui est rapporté dafts
SUR L'AVEUGLEMENT SPIRITUEL
l'Écriture an chapitre dixième de l'Exode , quand Moïse, disposant à son gré, ou plutôt selon Tordre et le gré de Dieu , des ténèbres et de la lumière, partagea tellement TÉgypte, qu« toot ce qui était habité par les Égyptiens se trouva couvert d'une obscure et profonde nuit, en sorte qu'ils ne se distinguaient pas les uns les autres; au lien que les Israélites, dans l'étendue du même pays, jouissaient d'un air pur et serein : Etfactx sunt tenebrts hcr* rUHles in unioersa terra ^gypU,.. ubieumque auiem haàitabant fiUi Israël , lux erat, (Exod.f 10.) Mais j'ose dire, chrétiens, que voici encon quelque chose de plus prodigieux dans notre évangile, où le Saint-Esprit nous fait paraître des hommes aveuglés par le même miracle qui sert à ouvrir les yeux aux aveugles mêmes , et à leur rendre l'usage de la vue. En effet le Sauveur du monde, usant de ce pouvoir absolu qu'il avait reçu de son Père, et qu'il exerçait comme Dieu, guârit un pauvre, aveugle depuis sa naissance ; et ce miracle produit tout h la fois deux effets bien opposés. II éclaire l'aveugle-né, et il aveugle les pharisiens. Il éclaire l'aveugle-né, en lui faisant connaître, beaucoup plus encore par les yeux de Tesprit que par les yeux du corps , l'auteur de son salut , et en l'engageant à redorer et à lui rendre hommage comme à son Dieu: £t procidenSf adoravit eum, (Jo4N., 9.) Et 11 aveugle les pharisiens, en (leur servant d'occasion pour s'obstiner davantage dans leur incrédulité, et pour refuser plus opiniâtrement de se soumettre à la vérité connue. Deux effets en quoi consistait ce jug^ ment adorable, mais redoutable, dont parlait le FUs de Dieu, et pour lequel iUvait été envoyé. Car je suis Venu dans le monde, disait-il , et lejugement que j'y dois exercer est que ceux qui ne voient pas verroqt, et que ceux qui voient cesseront de voir : Injtdicium ego in hune mundum vent, ut qui non videnl videant, et qui vident cxci fiant, (Ibid.) Cest-à-dire, je suis venu pour guérir l'aveuglement intérieur des âmes humbles et dociles, qui cherchent Dieu deSbonoe foi, et pour redoubler au contraire, par la soustraction des dons de la grâce, l'aveuglement de ces âmes présomptueuses et superbes que leur orgueil éloigne de Dieu«
Or voici, chrétiens, ce jugement accompli; car l'aveugle de notre évangile éuit un homme simple et Ignorant, et les pharisiens étaient les sages et les spirituels du judaïsme. Cependant ces sages demeurent dans une inûdélité criminelle, et ce pauvre est rempli des plus pures lumières de la foi. Ces spirituels et ces intelligents deviennent plus aveugles que jamais , et cet aveugle est tout à coup instruit, et pénètre ce qu'il y a de plus saint et de plus divin dans la religion : Uiquinon vident videant, et qui vident cxd fiant. Jugement qui se renouvelle encore tous les jours au milieu de ûous. Mais sans m'arré-
SUR L'AVEUGLEMENT SPIRITUEL
i ter à ce qa^il a de favorable pour les uns sur qui Dieu répandtoutes les richesses de sa miséricorde, je veux seulement vous le représenter dans ce discours par ce qu*il a de terrible et d'effrayant pour les autres, sur qui Dieu déploie toute la sévérité de sa justice. Cest donc, mes chers auditeurs , de l'aveuglement spirituel que je prétends vous entretenir; de cet aveuglement intérieur qui va jusques à Tâme, et qui la tient plongée dans les plus grossières et les plus funestes erreurs ; de cet aveuglement , dont saint Augustin disait en s'adressant à Dieu : Malheur à ces aveugles qui ne vous voient point, ô mon Dieu , et dont les yeux couverts d'un nuage épais ne découvrent point vos divines vérités ! F» cali- §inafUibus ocuUs qui te non vident! ( AuG. } Je vais TOUS en faire connaître les différentes espèces, après que nous aurons invoqué le Saint-Esprit, par l'intercession de Marie. Ave, Maria,
Il n'y a point de matière sur laquelle l'Écriture se soit expliquée dans des termes plus différents et même en apparence plus contraires, que sur l'aveuglement spirituel ; car tantôt elle l'impute à la ma- Uee des hommes : Excsecavit illos malitia eorum (5!ap., 2) ; tantôt à la vengeance de Dieu : Excxca oorpopuU ^us (Is., 6] ; tantôt au démon, qu'elleappelle le dieu du siècle : In quUnts deus huftis secûu ^xcœcavU mentes infideUum. (2. Cor., 4.) Quelquefois elle déplore cet aveuglement intérieur comme malheureux, et d'autres fois elle le déteste comme criminel; quelquefois elle en fait ifn sujet d'excuse : Ignosce ilÛs^ nesciuntenimqidd/aciunl{Luc,.t 23) ; et d'autres fois, ua sujet de reproches : f^x vobis duces caeeiei duces cacorum. (Màtth., 23.) Or c'est la diversité, ou si vous voulez , l'apparente contrariété de ces expressions , qui a fait naître sur cette natière tant d'embarras , et qui Ta rendue si diffi- «le à développer. Cependant, pour l'éclaircir autant qu'il m'est possible, et pour accorder ensemble tous cet textes de l'Écriture, vdcL le dessein que je me propose, et que je vous prie de bien comprendre. Je distingue, avecle docteur angélique saint Thomas, trois sortes d'aveuglements : un aveuglement qui de lui-même est péclié, un aveuglement qui est la cause du péché, et un aveuglement qui est l'effet du péché. Aveuglement, péché ; c'est celui qui nous est marqué dans oesparoles de la Sagesse : Leur propre malice les a aveuglés . Excsecavit iilos malUia eorum, (Sap.y 2.) Aveuglement,canse du péché; ce fut celui de saint Paul, qui disait de lui-même : J'ai été un blasphémateur, j'ai été un persécuteur de rÉglise; mai& dut reste je l'ai été par ignorance : Jçiufransfed. ( 1. Tim,, 1.) Aveuglement, effetdu péché; c'est celui dont parle Isaîe, en demandant à Dieu qu'il aveuglât le cœur de son peuple : Excœca cor popuU h^jus. (ISAi., 6.) Vous verrez le rapport qu'ont à ces trois points toutes les questions qui
regardent l'aveuglement de l'esprit. Mais auparavant je fonde sur ces principes de saint Thomas trois propositions qui me paraissent d^une- utilité infinie pour l'édification de vos âmes, et qui vont partager ce discours. Car je dis que l'aveuglement qui de luimême est péché, est, de tous les péchés, le plus pernicieux et le plus contraire au salut ; c'est là première partie. Jedis que l'aveuglement qui est cause du péché, est communément, pour servir de prétexte au péché, l'excuse la plusfrivoleet la moins recevable; c'est la seconde partie. Je dis que l'aveuglement qui est l'effet du péché, est la peine la plus terrible dont Dieu, dans cette vie, puisse punir le pécheur; ce sera la conclusion. Aveuglement comble du péchés vaine excuse du péché; et dans cette vie, dernière ▼engeance du péché : donnez à ces trois points importants toute votre attention.