‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 117 sur 256 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Soit que nous consultions la foi, soit que nous en jugions par les principes de la droite raison, il est certain qu'il y a un aveuglement qui de lui-même est criminel, parce qu'il est volontaire et même affecté. C'est-à-dire, qu'il y a un aveuglement que nous entretenons dans nous, d'où nous ne voulons pas sortir, et que nous préférons secrètement à tou? tes les lumières de la vérité. Un aveuglement qui fait que le pécheur craint de trop voir, et qu'il évite de connaître, ou le mal qu'il fait, ou le bien qu'il ne fait pas, et qu'il est intérieurement déterminé à ne pas faire. Comme s'il disait : Je ne veux pas être plus éclairé que je suis ; j'ignore mes obligations, mais je veux bien les ignorer, ou du moins ne les pas approfondir; mon aveuglement me plaît,, il m'est commode; et bien loin d'en être en peine et de vouloir le corriger, je m'en fais un fonds de tranquillité et de paix, dont dépend toute la douceur et tout le bonheur de ma vie. Telle est la nature de ce péché. Mais se trou ve-t-il dans le monde des âmes assez insensées pour en veniv Jusque-là? Ouï, mes chers auditeurs, le mondcbcnest plein : et ce qui marque encore bien plus la, corruption du monde, c'est que l'on envient jusqMe4à sans passer pour insensé. Car si ce péché était, dans l'opinion des hommes, généralement décrié. et reconnu pour folie, il serait plus rare et moins contagieux, mais aujourd'hui c'est un désordre commun que l'esprit perverti du monde a su même^ en quelque façon, autoriser par.le aonir bre et la qualité de ceux qui y sont engage».

En effet, chrétiens, prenez garde à. cette indoottion qui va vous développer ma pensée , et qui me servira d'abord de preuve. Je dis.qiJie cet aveuglement volontaire et affecté est le péché des libertins, et des prétendus athées , qui ,. dans eux-mêmes etpar les seules vues naturelles , ont des lumières plu^ que sufifisantes pour connaître Dieu , et qui par oon^

SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE

mes adorations, je ne relève pas, autant qu'il m*est possible, les abaissements de ce Dieu sauveur; si j^syoute aa\ humiliations de sa croix , qui sont ici renouvelées, celles qui lui viennent de mes irrévérences et de mes scandales; si, le contemplant sur Tautel, mon cœur ne se brise pas, comme les pierres se fendirent au moment qu'il expira ; si cette hostie mourante ne fait pas naître dans mon âme une componction aussi vive et aussi religieuse que le fut la douleur du centenier et celle des Juifs qui se convertirent à sa mort; si, par de sensibles outrages, j*insulte encore à son agonie, comme les soldats et les bourreaux qui Tavaient crucifié : ah ! ne suis-je pas digne de ses plus rigoureuses vengeances, et ne faut-il pas me traiter d'anathème?

Seconde -considération. Pourquoi ce Dieu de miséricorde s'immole-t-il dans le sacrifice de nos autels ? Pour nous apprendre , disent les Pères, ce que nous ne pouvons apprendre que de lui ; pour nous aider à faire ce que nous ne pouvons faire sans lui et que par lui, je veux dire, à honorer Dieu autant que Dieu le mérite et qu'il le demande. Car c'est pour cela, reprend saint Thomas, qu'il a fallu un sujet d'un prix infini, et offert d'une manière infinie. Or ce sujet d'un prii^ Infini , c'est Jésus-Christ dans le sacré mystère : ce sujet offert d'une manière infinie, c'est Jésus-Christ en état de victime, en état d'aûéantissement , et sacrifié , selon la prédiction de Malachie, dans tous les temps et dans tous les- lieux du monde. Voilà ce qui était dû ù Dieu , et de quoi THomme-Dieu est venu nous instruire aux dépens de lui-même. Ce sacrifice de son corps et de son sang est la preuve authentique qu'il nous en donne , et la perpétuelle leçon qu'il nous en fait. Que nous dit-il donc cet excellent Maître , autant de fois que nous nous présentons à son sacrifice? C'est là, mes frères, que son sang, ce sang adorable, plus éloquent que celui d'Abel, semble nous crier sans cesse, et nous faire entendre ce que le même Sauveur disait aux Juifs : Ego honorifico Patrem, (Joan. , 8.) Vous voulez savoir ce que je fais ici : j'honore mon Père , je glorifie mou Père , je satisfais à la justice Je mon Père , je répare les injures qu'il a reçues, et je rétablis ses intérêts ; je fais triompher sa miséricorde, éclater sa puissance, connaître sa sainteté; je lui rends, et à toutes ses perfections, des hommages proportionnés à sa grandeur. Tel est le dessein qui me fait descendre invisiblement sur cet autel, qui me fait prendre entre les mains des prêtres comme une seconde naissance, qui me fait subir dans le même sens comme une seconde mort : Ego honorifico Patrem, Oui, chrétiens, c'est ce qu'il nous dit; et si nous ne profitons pas de son exemple, écoutez ce qu'il ajoute : Et vos inhono- %'astis me, (Ibid.) Mais vous, ne semble-t-il pas que vous preniez à tâche de détruire, par le plus crimi-

nel attentat, tout ce que je rends d'honneur à mon Père par le sacrifice de mon humanité , et n'est-ce pas sur moi que retombent les outrages qu'il reçoit de vous? J'obscurcis toute ma gloire, et je m'ensevelis tout vivant en sa présence ; et vous vous élevez devant lui , et contre lui. Je lui offre d;os ma personne un Dieu humilié, un Dieu soumis et obéissant ; et vous venez étaler avec ostentation devant ses yeux le faste du monde et le vain éclat d'une pompe humaine. Je lui présente dans mon corps une chair innocente et virginale; et vous cherchez jusques à son autel de quoi exciter et de quoi nourrir les brutales cupidités d'une chair criminelle et impure. Je travaille à répandre le feu de son amour, d'un amour tout sacré, et exprimé desonseîn même , et vous ne pensez, jusque dans son temple et à ses pieds, qu'à inspirer, par des nudités immodestes, par des postures indécentes, par des airs libres et sans pudeur un amour sensuel. J'emploie tousles attraits de ma grâce à sanctifier lésâmes étales fui attacher; et vous employez tous les artifices et tous les enchantements de votre mondanité à les corrompre et à les lui dérober. Est-ce ainsi qu'on l'honore ? ou n'est-ce pas ainsi qu'on lui marque le mépris le plus insultant, et que l'on renverse tous mes desseins? Et vos inhonor astis me. Mais voulez-vous en effet, chrétiens, l'honorer, et l'honorer autant par proportion qu'il le doit être, et qu'il l'attend de vous? Allez, comme Jésus-Christ obscur et caché, vous prosterner devant cette majesté suprême, et faire à la vue de ses grandeurs une humble confession de votre indignité. Allez, comme Jésus-Christ obéissant et soumis à la voix de ses ministres, relever son pouvoir par les sentiments d'une soumission parfaite , et par tous les témoignages d'une obéisance entière et sans réserve. Allez , dans un esprit de sacrifice, comme Jésus-Christ immolé, lui présenter les hommages de son Fils , les abaissements de son Fils , le sang de son Fils , ses souffrances, sa passion, sa mort, tousses mérites, et vous les appliquer, pour être plus en état de le glorifier. Allez vous dévouer vous-mêmes, vous immoler vous-mêmes, sinon par une véritable destruction de vous-mêmes, au moins par une mort spirituelle, et par une totale destruction des désirs déréglés de votre cœur. Ainsi vous l'enseigne ce Dieu victime de la gloire d'un Dieu, et en cette qualité même de victime , votre modèle : Ego honor\fico Patrem.

Troisième considération. Que fait encore Jésus- Christ dans ce sacrifice? Achevons, chrétiens, de nous confondre, et rougissons de notre insensibilité. Non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu, mais il ]^ traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur, il plaide leur cause, et il offre le prix de leur rédemption. Il ne se contente pas de

SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE

re qu'il glorîGe son Père, Ego honor{fico Patrem; lais s'adressant à son Père même , et lui montrant s fidèles assemblés , il lui dit d'une voix secrète : gopro eis sanctifico meipsum (Joan. 17) ; c*estdire, suivant l'explication de saint Jérôme : Je me moe moi-même , je me sacrifie moi-même pour IX. Paroles , ajoute ce saint docteur , qui convelient aux victimes, et dont, pour la première fois , \ Sauveur des hommes se servit, lorsque actuelleent il instituait cette divine pâque, où il se consa- ■ait en effet lui-même pour les pécheurs ; mais paros qu'il répète encore tous les jours et qu'il répétera isques à la fin des siècles , autant de fois qu'on l'ofira sur nos autels : Egopro eis sanci{fico meipsum. ui , mon Père , c'est pour eux que je suis ici prélat ; c'est pour tous les hommes en général , et en irticulier pour mon Église; c'est spécialement pour sux que vous voyez dans votre maison et auprès STOtre sanctuaire, occupés maintenant, ou devant être, à ce mystère de salut. Recevez-les, mon Dieu, ans votre grâce ; ils sont criminels, mais me voici leur place pour vous satisfaire ; et que ne peuvent oint réparer les satisfactions infinies d'un Dieu 9mme vous? Ego pro eis sancHJico meipsum. Ah! mes frères, reprend saint Bernard en s'érîant , et réduisant à une figure sensible cette imortante vérité ; ma cause était désespérée, et j'étais crdu; le souverain juge allait prononcer contre .oi un arrêt de mort; mais le fils unique du prince ient h le savoir, et que fait-il? touché de compas^ ion , il se substitue pour moi , et il veut lui-même orter la peine de mon péché. Dans cette vue, il sort e son palais; il dépose toutes les marques de sndinîté, il gémit, il prie, il va s'offrir à la justice de on père. Belle image, chrétiens, de ce que fait Jéus-Christ dans le sacrifice de son corps et de son ang. Toutefois , poursuit saint Bernard , sans être nstruit du péril où je me trouvais exposé, bien loin Vy penser, je m'arrêtais à un vain divertissement, dais tout à coup j'aperçois mon roi , je le vois )énitent et humilié; je m'approche, j'en demande a raison ; enfin j'apprends que c'est de moi .qu'il l'agît, et que c'est pour moi qu'il s'est livré. C'est ;e que nous voyons si souvent nous-mêmes , me^ ;hers auditeurs , sur cet autel. Or, conclut le même ?ère, oserai-je encore retourner à mes premiers imusements ? que dis-je , oserai-je encore me faire lu sacrifice de mon Sauveur un amusement et un eu? et serai-je assez insensé pour mêler à ses gémis- >ements et à ses larmes des ris profanes et scan- \zleini?Àdhucneludamet deludam lacrymas ejusî Bebn.) Pensée touchante , que saint Jean de Jéru- »ilem exprimait en des termes moins figurés , mais ion moins énergiques ni moins pressants. Examinez disait-il , considérez ce qui se passe. C'est pour ous que l'autel est dressé : Pro te mensa mysteriis

exstructaest. (Joan. Jebosoi..) Cestpourvousque l'Agneau va être immolé : Proie Agnus immoUUur. C'est pour vous que le prêtre s'intéresse et qu'il sollicite: Pro (e angitwr sacerdos. Vous êtes le coupable dont on ménage la grâce, et ce sacrifice est le pacte même et le contrat en vertu duquel elle vous est accordée. De là jugez quels sentiments vous doivent donc occuper dans ce sacrifice d'expiation. Ne sont-ce pas ceux d'un pécheur contrit , et d'un pécheur reconnaissant? D'un pécheur contrit : car c'est par cette pénitence du cœur, par cette contrition du cœur, que doit être, pour ainsi dire, scellé et ratifié le traité de paix qui se négocie entre Dieu et vous ; et comme l'apôtre accomplissait dans son corps ce qui manquait à la passion de Jésus-Christ, c'est par là, selon le même langage, que nous devons accomplir ce qui manque au sacrifice de Jésus-Christ. D'un pécheur reconnaissant , au souvenir et à la vue des miséricordes infinies d'un Dieu qui, tout offensé qu'il est, tout juge qu'il est, se fait lui-même, pour vous racheter, votre rançon et le gage de votre salut. David disait : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné? Çuid reiribuam Domino f (Fsalm. 115.) Je prendrai le calice de mon Sauveur, ajoutait le même prophète , et j'invoquerai le nom de mon Dieu : Caticem salutaris accipiam, et nomen Domini invocabo. (Ibid.) Ce n'est pas assez,* poursuivait encore ce saint roi ; mais en invoquant le Seigneur, je le bénirai raille fois; et, sans oublier jamais les grâces dont i\ m'a comblé, je lui présenterai sans cesse le juste tribut de mon amour et le sacrifice de mes louanges, Laudans, invocabo Dominum. {Ps. 17.) Voilà ce qui doit faire chaque jour, devant l'autel, notre plus commun entretien.

Mais peut-être, mes chers auditeurs, n'êtes-vous pas bien persuadés de la vérité et de la grandeur du divin mystère dont je. vous parle; peut-être une infidélité secrète es^elle la source de tant de désordres qui s'y commettent : car il en faut venir au principe. Quand on vous dit que ce sacrifice est le renouvellement de la mort de votre Dieu, et comme la consommation du grand ouvrage de votre salut, peut-être avez-vous peine à le comprendre. Or, sur cela , sans entreprendre de vous convaincre, je n'ai qu'un simple raisonnement à vous opposer, et c'est par là que je finis. Ou vous croyez ce que la foi nous enseigne du sacrifice de notre religion, ou vous ne le croyez pas : quelque parti que vous preniez, vous êtes sans excuse; car si vous le croyez, si, dis-je, vous croyez que c'est un sacrifice offert au vrai Dieu, et où le vrai Dieu lui-même est offert, je conclus que vous êtes donc, en quelque sorte, plus criminels que les Juifs, plus criminels que tant d'hérétiques dont vous avez en horreur les sacrilèges profanations. Il est vrai les Juifs ont crucifié, comme

SUR LE SACMFICE DE LA MESSE

mes adorations, je ne relève pas, autant qu'il ni*est possible, les abaissements de ce Dieu sauveur; si j^syoute aux humiliations de sa croix , qui sont ici renouvelées, celles qui lui viennent de mes irrévérences et de mes scandales; si, le contemplant sur Tautel, mon cœur ne se brise pas, comme les pierres se fendirent au moment qu'il expira ; si cette hostie mourante ne fait pas naître dans mon âme une componction aussi vive et aussi religieuse que le fut la douleur du centenier et celle des Juifs qui se convertirent à sa mort; si, par de sensibles outrages, jinsulte encore à son agonie, comme les soldats et les bourreaux qui l'avaient crucifié : ah ! ne suis-je pas digne de ses plus rigoureuses vengeances, et ne faut-il pas me traiter d'anathème?

Seconde considération. Pourquoi ce Dieu de miséricorde s'immole-t-il dans le sacrifice de nos autels ? Pour nous apprendre , disent les Pères, ce que nous ne pouvons apprendre que de lui ; pour nous aider à faire ce que nous ne pouvons faire sans lui et que par lui, je veux dire, à honorer Dieu autant que Dieu le mérite et qu'il le demande. Car c'est pour cela, reprend saint Thomas, qu'il a fallu un sujet d'un prix infini, et offert d'une manière infinie. Or ce sujet d'un prii^ infini , c'est Jésus-Christ dans le sacré mystère : ce sujet offert d'une manière infinie, c'est Jésus-Christ en état de victime, en état d'anéantissement , et sacrifié , selon la prédiction de Malachie, dans tous les temps et dans tous les^Iieux du monde. Voila ce qui était dû à Dieu , et de quoi THomme-Dieu est venu nous instruire aux dépens de lui-même. Ce sacrifice de son corps et de son sang est la preuve authentique qu'il nous en donne, et la perpétuelle leçon qu'il nous en fait. Que nous dit-il donc cet excellent Mattre , autant de fois que nous nous présentons à son sacrifice? C'est là, mes frères, que son sang, ce sang adorable, plus éloquent que celui d'Abel, semble nous crier sans cesse, et nous faire entendre ce que le même Sauveur disait aux Juifs : Ego honorifico Patrem. (Joan., 8.) Vous voulez savoir ce que je fais ici : j'honore mon Père, je glorifie mon Père, je satisfais à la justice Je mon Père , je répare les injures qu'il a reçues , et je rétablis ses intérêts; je fais triompher sa miséricorde, éclater sa puissance, connaître sa sainteté; je lui rends, et à toutes ses perfections, des hommages proportionnés à sa grandeur. Tel est le dessein qui me fait descendre invisiblement sur cet autel, qui me fait prendre entre les mains des prêtres comme une seconde naissance, qui me fait subir dans le même sens comme une seconde mort : Ego honorifico Patreni. Oui , chrétiens , c'est ce qu'il nous dit; et si nous ne profitons pas de son exemple, écoutez ce qu'il ajoute : Et vos inhonorastis me. (Ibid.) Mais vous, ne semble-t-il pas que rous preniez à tâche de détruire, par le plus crimi-

nel attentat, tout ce que je rends d'honneur à mon Père par le sacrifice de mon humanité, et n'est-ce pas sur moi que retombent les outrages qu'il re^ît de vous? J'obscurcis toute ma gloire, et je m'ensevelis tout vivant en sa présence ; et vous vous élevez devant lui, et contre lui. Je lui offre d^ns ma personne un Dieu humilié, un Dieu soumis et obéissant ; et vous venez étaler avec ostentation devant ses yeux le faste du monde et le vain éclat d'une pompe humaine. Je lui présente dans mon corps une chair innocente et virginale; et tous cherchez jusques à son autel de quoi exciter et de quoi nourrir les brutales cupidités d'une chair crimînelle et impure. Je travaille à répandre le feu de son amour, d'un amour tout sacré, et exprimé de son sein même , et vous ne pensez, jusque dans son temple et à ses pieds, qu'à inspirer, par des nudités immodestes , par des postures indécentes, par des airs libres et sans pudeur un amour sensuel. J'emploie tousles attraits de ma grâce à sanctifier lésâmes étales M attacher; et vous employez tous les artifices et tous les enchantements de votre mondanité à les corrompre et à les lui dérober. Est-ce ainsi qu'on l'honore? ou n'est-ce pas ainsi qu'on lui marque le mépris le plus insultant, et que l'on renverse tous mes desseins? Et vos inhonorastis me. Mais voulez-vous en effet, chrétiens, l'honorer, et l'honorer autant par proportion qu'il le doit être, et qu'il Pattend de vous? Allez, comme Jésus-Christ obscur et caché, vous prosterner devant cette majesté suprême, et faire à la vue de ses grandeurs une humble confession de votre indignité. Allez, comme Jésus-Christ obéissant et soumis à la voix de ses ministres, relever son pouvoir par les sentiments d'une soumission parfaite , et par tous les témoignages d'une obéisance entière et sans réserve. Allez , dans un esprit de sacrifice, comme Jésus-Christ immolé, lui présenter les hommages de son Fils, les abaissements de son Fils, le sang de son Fils, ses souffrances, sa passion, sa mort, tousses mérites, et vous les appliquer, pour être plus en état de le glorifier. Allez vous dévouer vous-mêmes , yous immoler vous-mêmes, sinon par une véritable destruction de vous-mêmes , au moins par une mort spirituelle, et par une totale destruction des désfn déréglés de votre cœur. Ainsi vous l'enseigne ce Dies victime de la gloire d'un Dieu, et en cette qualité même de victime , votre modèle : Ego honor^ Patrem.

Troisième considération. Que fait encore Jésos- Christ dans ce sacrifice? Achevons , chrétiens, de nous confondre, et rougissons de notre insensibilité. Non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu, mais il y traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur , il plaide leur cause , et il offre le prix de leur rédemption. Il ne se contente pas de

SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE

e qii*il glorifie son Père, Ego honor{fico Patrem ; As 8*adressant à son Père même , et lui montrant iSdèles assemblés, il lui dit d*une voix secrète : }opro eis taneùjfico meipsum (Joan. 17) ; c*est- Sre, suivant Texplication de saint Jérôme : Je me nue moi-même , je me sacrifie moi-même pour K. Paroles , ajoute ce saint docteur , qui conveient aux Yictimes , et dont , pour la première fois , Sauveur des hommes se servit, lorsque actuelleut il instituait cette divine pâque , où il se consaiten ^et lui-même pour les pécheurs ; mais paroqnll répète encore tous les jours et qu'il répétera fues à la fin des siècles , autant de fois qu'on l'ofsnur nos autels : Egoproeissanci{ficomeip$îan, i, mon Père, c'est pour eux que je suis ici prét; e*e8t pour tous les hommes en général , et en tieulier pour mon Église; c'est spécialement pour a que vous voyez dans votre maison et auprès rotre sanctuaire, occupés maintenant, ou devant re, àce mystère de salut. Recevez-les, mon Dieu, it votre grâce; ils sont criminels, mais me voici enr place pour vous satisfaire; et que ne peuvent int réparer les satisfactions infinies d'un Dieu aune vous? Ego pro eis sanctifico meipsum. Ah! mes frères, reprend saint Bernard en s'éiant, et réduisant à une figure sensible cette im- Nrtante vérité ; ma cause était désespérée, et j'étais fdn; le souverain juge allait prononcer contre 9i un arrêt de mort; mais le fils unique du prince ent à le savoir, et que fait-il? touché de compas^ on, il se substitue pour moi , et il veut lui-même wler la peine de mon péché. Dans cette vue, il sort eson palais; il dépose toutes les marques de sa di- Dité, il gémit, il prie , il va s'offrir à la justice de m père. Belle image, chrétiens, de ce que fait Jé- Bi^lirist dans le sacrifice de son corps et de son mg. Toutefois, poursuit saint Bernard , sans être utmit du péril où je me trouvais exposé, bien loin If penser, je m'arrêtais à un vain divertissement, tais tout à coup j'aperçois mon roi , je le vois bftent et humilié; je m'approche, j'en demande raison; enfin j'apprends que c'est de moi .qu'il igit, et que c'est pour moi qu'il s'est livré. C'est que nous voyons si souvent nous-mêmes , mes ers auditeurs , sur cet autel. Or, conclut le même le, oserai-je encore retourner à mes premiers rasements ? que dis-je , oserai-je encore me faire saerifice de mon Sauveur un amusement et un I? et serai-je assez insensé pour mêler à sesgémisnents et à ses larmes des ris profanes et scanleox } Ââhncneludamet deludam lacrymas ejusî BBif .) Pensée touchante , que saint Jean de Jéniem exprimait en des termes moins figurés , mais n moins énergiques ni moins pressants. Exami- B disait-il , considérez ce qui se passe. C'est pour 18 que l'autel est dressé : Pro te mensa mysteriis

exstructa est (Joan. Jebosol.) C'est pour vousque l'Agneau va être immolé : Prote Agnus immolatur, Cest pour vous que le prêtre s'intéresse et qu'il sollicite: Pro te angitur sacerdos. Vous êtes le coupable dont on ménage la grâce, et ce sacrifice est le pacte même et le contrat en vertu duquel elle vous est accordée. De là jugez quels sentiments vous doivent donc occuper dans ce sacrifice d'expiation. Ne sont-ce pas ceux d'un pécheur contrit , et d'un pécheur reconnaissant? D'un pécheur contrit : car c'est par cette pénitence du cœur, par cette contrition du cœur , que doit être , pour ainsi dire , scellé et ratifié le traité de paix qui se négocie entre Dieu et vous ; et comme l'apôtre accomplissait dans son corps ce qui manquait à la passion de Jésus-Christ, c'est par là, selon le même langage, que nous devons accomplir ce qui manque au sacrifice de Jésus-Christ. D'un pécheur reconnaissant , au souvenir et à la vue des miséricordes infinies d'un Dieu qui, tout offensé qu'il est, tout juge qu'il est, se fait lui-même, pour vous racheter, votre rançon et le gage de votre salut. David disait : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné? Quid retribuam Domino f [Fsalm. 115.) Je prendrai le calice de mon Sauveur, ajoutait le même prophète , et j'invoquerai le nom de mon Dieu : CaÙcem salutaris accipiam, et nomen Domini invocabo. (Ibid.) Ce n'est pas assez,* poursuivait encore ce saint roi ; mais en invoquant le Seigneur, je le bénirai mille fois; et, sans oublier Jamais les grâces dont il m'a comblé, je lui présenterai sans cesse le juste tribut de mon amour et le sacrifice de mes louanges, Laudans, invocabo Dominum, {Ps, 17.) Voilà ce qui doit faire chaque jour, devant l'autel, notre plus commun entretien.

Mais peut-être, mes chers auditeurs, n'êtes-vous pas bien persuadés de la vérité et de la grandeur du divin mystère dont je. vous parle; peut-être une infidélité secrète es^elle la source de tant de désordres qui s'y commettent : car il en faut venir au principe. Quand on vous dit que ce sacrifice est le renouvellement de la mort de votre Dieu, et comme la consommation du grand ouvrage de votre salut, peut-être avez-vous peine à le comprendre. Or, sur cela , sans entreprendre de vous convaincre, je n'ai qu'un simple raisonnement à vous opposer, et c'est par là que je finis. Ou vous croyez ce que la foi nous enseigne du sacrifice de notre religion, ou vous ne le croyez pas : quelque parti que vous preniez, vous êtes sans excuse; car si vous le croyez, si, dis-je, vous croyez que c'est un sacrifice offert au vrai Dieu, et où le vrai Dieu lui-même est offert, je conclus que vous êtes donc , en quelque sorte , plus criminels que les Juifs, plus criminels quêtant d'hérétiques dont vous avez en horreur les sacrilèges profanations. Il est vrai les Juifs ont crucifié, comme

SUR L'AVEUGLEMENT SPIRITUEL

parle saint Paul, le Seigneur de la gloire : mais, en le crucifiant, ils ne le connaissaient pas; et s'ils reus-> sent connu, dit Tapôtre, ils n'auraient pas porté sur lui leurs mains parricides : Sienini cognovissent, nunquam Dominum glorix crucyixissent. (i . Cor., 3.) 11 est vrai, les hérétiques ont porté le feu et le fer dans ses temples, pour les détruire; ils ont souillé ses autels, ils ont brisé ses tabernacles, ils l'ont luimême foulé aux pieds : mais en cela même , après tout, ils agissaient conséquemment à leur erreur. Au lieu que, par une contradiction insoutenable, fidèles et infidèles tout ensemble, fidèles de créance et de spéculation , infidèles de mœurs et de pratique, vous profanez ce que vous adorez. Qjàe si d'ailleurs c'est absolument la foi qui vous manque, si vous ne croyez pas Jésus-Christ présent dans ce que nous appdons son sacrifice, pourquoi donc y assistez-vous? Que ne levez-vous le masque, et pourquoi vous faites-vous un devoir de célébrer avec nous nos fêtes, et d'obéir à une loi qui, selon vos fausses idées, n'est plus un commandement, ni une obligation pour vous? Ah! chrétiens, à quoi nous réduisez-vous? à douter de votre foi, à souhaiter que vous vous retranchiez de la communion des fidèles, que vous vous bannissiez vous-mêmes de nos assemblées , et que vous n'ayez plus de part à nos cérémonies. Que dis-je? non, mes frères, ce n'est point là le souhait que je forme; j'attends tout un autre fruit de ce discours. Nous irons toujours à la sainte montagne sacrifier au Seigneur 3 mais ce sera désormais le Seigneur lui-même qui nous y attirera. Nous irons nous prosterner devant lui, nous entretenir avec loi , nous unir à lui. Nous irons lui présenter nos hommages , et il les Sigréera; lui offrir nos vœux , et il les écoutera ; lui demander ses grâces, et il les versera sur nous avec abondance. Nous irons réparer nos scandales passés, édifier TÉglise , nous sanctifier nous-mêmes. Nous irons nous laver, nous purifier dans le sang de cette divine hostie, qui doit être pour nous le prix de l'éternité bienheureuse, où vous^îonduise, etc.

SERMON

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