‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 119 sur 256 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Soit que nous consultions la foi, soit que nous en jugions par les principes de la droite raison, il est certain qu'il y a un aveuglement qui de lui-même est criminel, parce qu'il est volontaire et même affecté. C'est-à-dire, qu'il y a un aveuglement que nous entretenons dans nous, d'où nous ne voulons pas sortir, et que nous préférons secrètement à tou? tes les lumières de la vérité. Un aveuglement qui fait que le pécheur craint de trop voir, et qu'il évite de connaître, ou le mal qu'il fait, ou le bien qu'il ne fait pas, et qu'il est intérieurement déterminé à ne pas faire. Comme s'il disait : Je ne veux pas être plus éclairé que je suis ; j'ignore mes obligations, mais je veux bien les ignorer, ou du moins ne les pas approfondir; mon aveuglement me plaît,, il m'est commode ; et bien loin d'en être en peine et de vouloir le corriger, je m'en fais un fonds de tranquillité et de paix, dont dépend toute la douceur et tout le bonheur de ma vie. Telle est la nature de ce péché. Mais se trou ve-t-il dans le monde des âmes assez insensées pour en veniv, jusque-là? Ouï, mes chers auditeurs, le mondcbcnest plein : et ce qui marque encore bien plus la .corruption du monde, c'est que l'on ea vient jusqMe4à sans passer pour insensé. Car si ce péché était, dans l'opinion des hommes, généralement décrié. et reconnu pour folie, il serait plus rare et moins contagieux, mais aujourd'hui c'est un désordre commun que l'esprit perverti du monde a su même^ eh quelque façon, autoriser parle aom? breet la qualité de ceux qui y sont engagés*.

En effet, chrétiens, prenez garde à^cette induottion qui va vous développer ma pensée , et qui me servira d'abord de preuve. Je dis.qiJie cet aveuglement volontaire et affecté est le péché des libertins, et des prétendus athées, qui,, dans eux-mêmes et par les seules vues naturelles , ont des lumières plus que suffisantes pour connaître Dieu , et qui par ooa^

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8équ€Qt ne peuvent Tef ûcer de leur esprit , ni cesser de croire en lui , que parce qu*ils ne veulent pas s*assujettir à lui , et qu'à force de Toffenser ils parviennent enfin à Toublier et ensuite à le méconnaître. Excellente idée que TertuUien donnait autrefois de Tathéisme, lorsque, après avoir démontré que Dieu en qualité de premier être est le plus connu de tous les êtres , il concluait que le désordre des impies était de ne vouloir pas reconnaître celui qulls ne pouvaient jamais absolument ignorer : Et hœc est summa delicU nolentium recognoscere quem ignorari non posstmt, CTbbtull.) Où vous remarquerez que ce grand homme, bien éloigné de donner dans les vaines subtilités de certains théologiens modernes, ni de raisonner comme eux, en faisant de dangereuses suppositions sur ce qui regarde Texistence et la foi d*un Dieu, n'admettait point d'ignorance de Dieu, qui selon lui, ne fût un crime monstrueux ; et cela fondé sur la parole expresse de saint Paul , lequel a toujours traité d'inexcusables ceux qu'une téméraire présomption aveugle jusqu'à douter de la Divinité : Invisibilia ejusper ea qux facta sunt, intellecta conspiciuntur, Ua ut sint irtexcusabiles. {Rom. , 1.) L'insensé, dit le Saint-Esprit, a balancé entre sa raison et son cœur : sa raison lui a dit qu'il y avait un Dieu, et son cœur rebelle lui a dît qu'il n'y en avait point ; et parce que son cœur a malheureusement prévalu sur sa raison , malgré les vues de sa raison il a suivi le mouvement de son cœur, jusqu'à conclure, conformément à ses désirs , qu'il n'y a point de Dieu dans l'univers : Dixit insipiens in corde suo, non est Deus. {Ps, 52.) Aveuglement volontaire et affecté , qui dans la société des hommes fait les libertins de créance et de religion.

Je dis que c'est le péché de certains hérétiques de mauvaise foi, qui ne sont tels que parce qu'ils sont déterminés à l'être. Car il y en a dont la prévention va jusqu'à ne vouloir pas même s'instruire, jusqu'à rejeter indifféremment et sans choix tout ce qui serait capable de les convaincre , jusqu'à concevoir une secrète aversion pour la vérité , jusqu'à se faire un point de conduite et un principe de ne revenir jamais de leurs erreurs. Prévention que saint Augustin condamnait dans les manichéens , quand il leur reprochait qu'ils avaient moins de docilité pour les sacrés oracles de l'Écriture et pour la parole de Dieu , que pour les traditions humaines et pour les livres des profanes. Aveuglement volontaire et affecté qui fait les schîsmatiques et les hérétiques.

Je dis que c'est le péché des sensuels et des voluptueux, qui, pour goûter avec moins de trouble leurs infâmes plaisirs , ne veulent pas même entendre parler des vérités éternelles , et ont l'audace de dire à Dieu ce que le saint homme Job leur mettait dans la bouche, pour exprimer le malheur ou plu-

tôt le dérèglement de leur conduite : Et dixenmt Deo : Recède a nobis , scientiam viarum tuarum nolumus. (Job, 21.) Ils ont dit à Dieu : Retirezvous de nous , Seigneur, et cessez de répandre dans nos esprits cette science , quoique divine , qui nous découvre malgré nous les voies de salut. C'est une science importune;* et dans la possession où nous sommes de vivre au gré de nos passions et de satisfaire nos sens , elle ne ferait que nous inquiéter et que nous alarmer. Réservez pour d'autres ces vives lumières qui sont les dons précieux de votre grâce : nous ne sommes pas encore disposés à les recevoir ; il en coûte trop pour les suivre , et même il en coûterait trop , si nous les avions , pour ne les pas suivre : il vaut mieux pour notre repos que nous &è soyons privés. Il est vrai que la science de vos commandements et de votre loi est la science des saints; mais elle engage à des choses trop pénibles et trop contraires à toutes nos inclinations , pour souhaiter même que vous nous l'accordiez. Ce renoncement à soi-même , ce crucifiement de la chair, cette nécessité indispensable de la pénitence , tout cela , si nous y pensions , nous désolerait ; et la vue que nous en aurions empoisonnerait ce qu'il y a pour nous dans le monde de plus agréable et de plus doux. Nous aimons mieux passer nos jours dans une ignorance profonde, et être moins instruits, Seigneur, de ce que vous nous commandez , afin de pouvoir jouir sans remords des plaisirs que vous nous défendez. Car c'est ainsi que ces partisans du monde, esclaves de la passion et dominés par la sensualité, s'en exphquent, ou du moins c'est ainsi qu'ils le pensent Aveuglement volontaire et affecté qui fait les charnels et les impudiques.

Je dis qu3 c'est le péché de certains esprits pleins d'eux-mêmes, qui , par un effet pitoyable de leur orgueil , ne peuvent supporter la vérité , du raomentque la vérité les humilie : qui dès là s'opiniâtrent à la fuir, au lieu qu'ils devraient pour cela même la chercher; qui, comme dit saint Augustin, aiment cette vérité quand elle leur est favorable , mais qui la haïssent, qui la rejettent quand ils en craignent la censure : Amant lucentem, oderuntredarguentem. ( AuG .) Le péché de ceux qui, possédés de leur anour* propre, ne veulent pas voir leurs défauts , quoique grossiers , et ne peuvent souffrir d'en être repris : qui prennent pour offenses les plus charitables avis qu'on leur donne, et les plus salutaires remontrances qu'on leur fait ; qui, bien loin de les recevoir comme de bons offices , s'en font des sujets de ressentiment et d'aigreur, et ne se tiennent obligés qu'à ceux qui i par une fausse amitié ou par une lâche complaisance i ont soin de leur cacher tout ce qui les blesse, de leur dissimuler tout ce qui les mortifie , quelque vrai qu'il puisse être d'ailleurs , et quoiqu'il fût si utile et si nécessaire pour eux de le connaître. Le

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péché de ceux qui veulent même qu'on leur applaudisse jusque dans leurs faiblesses , et qu'on les loue , eomme parle rËcriture , jusque dans les désirs de leurs âmes , c'est-à-dire , jusque dans leurs passions les plus violentes et dans leurs entreprises les plus injustes ; qui mettent tout leur bonheur à être flattés et trompés ; qui comptent le mensonge pour un bienCût , et l'adulation pour une marque de respect : m ninUrum (ce sont les termes de saint Jérôme dans h belle peinture qu'il nous en a tracée) gaudent ad drcumventionemsuam, etiUusionempro ben^cio pomaU, (HiBBON.) Aveuglement volontaire et affecté qui fiait les incorrigibles.

Enfin , je dis que c'est le péché d'une infinité de cfarétiens , qui , par une autre erreur encore plus damnable , ne veulent pas s'éclaircir sur certains ÊiitB , sur certains doutes, sur certains troubles de eoDsdence, parce qu'ils sentent bien, pour peu qu'ils se sondent eux-mêmes , qu'ils ne sont pas dans la disposition d'accomplir des devoirs à quoi cet éclaûrdssement leur ferait voir qu'ils sont obligés. Et ▼oilà ceux que le prophète avait en vue dans le psaume trente-cinquième, et dont il disait : NoluU intelHgere ut bene agent. (Ps. 35.) Le pécheur n'a pas voulu savoir le bien , parce qu'il ne l'a pas voulu (aire. Ainsi un homme, auparavant obscur et Inconnu , s'est poussé par ses intrigues daus ces emplois où , sans un miracle de la grâce, il est presque aussi impossible de se sauver qu'ii est facile de s'enrichir en très-peu d'années. On l'a vu s'élever de Fextréme indigence ou d'un état médiocre à une prospérité qui scandalise le public. Chargé de l'administration du bien d'autrui,'dans le maniement qu'il en a fait, il n'a eu ni l'exactitude, ni peut-être la bonne foi nécessaire pour ne pas confondre les intérêts du procham avec les siens propres. Celui-ci dans les fonctions de la magistrature a cent fois montré « aux dépens du faible et du pauvre , ce qu'il pouvaiten faveur de ses amis. Celui-là, pourvu dans rtglise de bénéfices, en a joui et en a dissipé les reveios>8ans avoir égard aux obligations onéreuses qui y étalent attachées. Si, dans chacun de ces états , l'on venait, après quelque temps, à entrer dans la discussion des choses , et à peser tout dans la balance du sanctuaûre,il est évident qu'on y trouverait bien des comptes à rendre , bien des injustices à réparer, bien des restitutions à faire. Or, tout cela embarrasserait, et réduirait à des extrémités fâcheuses. Que fait-on ? pour s'en ôter l'inquiétude et le scrupule, on s'en ôte la connaissance. On s'étourdit làdessus , on prend le parti de n'y point penser. Faut-il eependant s'acquitter d'un devoir de religion ; fautil, pour satisfaire au précepte de l'Église, approcher du tribunal de la pénitence ; on cherche un confesseur commode, c'est-à-dire , un confesseur peu habile ou peu zélé, qui, content de voir à ses pieds

l'iniquité couverte des apparences de l'humilité, délie sur la terre ce que Dieu dans le ciel ne déliera jamais; et, sans rien exiger davantage qu'une confession légère et superficielle , bénit encore Dieu d'une prétendue conversion, sur laquelle les anges de la paix et les vrais ministres du Seigneur ne peuvent assez amèrement pleurer. Aveuglement qui fait les insensibles et les endurcis.

Or, j'ai ajouté et je soutiens que, de tous les péchés dont l'homme est capable, il n'y en a point de plus contraire au salut. Pourquoi? En voici la raison , qui est sans réplique : parce que cet aveuglement volontaire exclut la première de toutes les grâces , qui est la lumière divine : et par l'exclusion de cette première grâce , nous met dans une espèce d'impossibilité de parvenir à aucune autre grâce. C'est la pensée de saint Augustin : d'où il s'ensuit que ce péché ferme, pour ainsi dire, à Dieu la porte de notre cœur, et réduit Dieu, tout Dieu qu'il est, à moins qu'il n'use de son souverain empire et qu'il ne fasse un dernier effort de sa miséricorde , comme dans l'impuissance de nous sauver. Écoutez-moi , et vous en allez convenir. Point de péché plus contraire au salut que celui-là. Car dans tous les principes de la théologie, la première grâce du salut, c'est la lumière qui nous découvre les voies de Dieu , et qui nous fait connaître nos devoirs : lumière absolument nécessaire , puisque dans l'ordre de la grâce aussi bien que dans l'ordre de la nature, pour agir librement il faut connaître, et pour eonnaltre il faut être éclairé de Dieu. Que faisons-nous donc quand nous rejetons cette lumière ? nous détruisons dans nous-mêmes le fondement du salut; et par l'obstacle que nous apportons à cette seule grâce, nous renonçons, autant qu'il est en nous , à toutes les autres grâces que Dieu tenait -en réserve dans les trésors de sa miséricorde , et par où il voulait nous convertir et nous attacher à lui.

Car négliger cette lumière, beaucoup plus la craindre et la fuir, c'est dire à Dieu que nous ne voulons pas qu'il nous prévienne de son amour,* que nous ne voulons pas qu'il nous imprime la crainte de ses jugements , que nous ne voulons pas même qu'il nous donne de la confiance en lut, que nous ne voulons pas qu'il touche notre cœur, et qu'il en fasse un cœur pénitent et contrit : comment cela.' parce que, dans la doctrine de saint Augustin , la crainte de Dieu, l'amour de Dieu, la confiance en Dieu , la haine du péché , sont autant de grâces d'inspiration et d'affection , qui supposent essentiellement les grâces de lumière et de connaissance. Du moment donc que nous renonçons par un aveuglement volontaire à cette grâce de connaissance , nous nous rendons incapables de tous les autres dons do Dieu, et de tous les sentiments qui pouvaient nous ramener à Dieu. Or je vous demande si l'on peuti

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concevoir rien de plus directement opposé au salut ? Prenez garde , 8*il vous plaît : tandis que nous avons ces connaissances qui nous règlent par rapport au salut, quelques pécheurs du reste que nous soyons , Dieu agit encore dans nous, et malgré la corruption de nos mœurs nous sommes toujours en quelque manière sous Tempire de sa grâce. D'où vient que le Sauveur disait : Marchez pendant que vous avez la lumière : AmbuUate dum lucem habeHs. (Joân. , 12.) Mais dès que cette lumière nous manqué, toutes les opérations de la grâce cessent, et nous pouvons dire que nous cessons d*étre nous-mêmes dans la voie du salut. Je dis plus : car non-seulement ce péché d*un aveuglement volontaire nous ôte la lumière, mais il nous ôte même le désir d*avoir la lumière ; non-seulement il nous fait sortir de la voie du salut, mais il nous fait perdre en quelque façon Tespérance d'y rentrer, puisqu*il est certain que le premier pas pour rentrer dans la voie du salut est de la chercher, de Tétudier, de vouloir rapprendre. Or c'est à quoi ce péché a une essentielle opposition. Saint Chrysostôme nous en donne la figure et la preuve dans l'exemple de Faveugle de Jéricho. Cet aveugle eût-il jamais été guéri par le Fils de Dieu, s'il ne l'avait ardemment désiré? non; mais il cria, mais il pressa, mais il importuna, mais il témoigna une envie extrême de voir : Domine, utvideam (Luc, 18) : et c'est pour cela que Jésus-Christ lui rendit la vue. Nous ne faisons rien de semblable; c'est-à-dire, nous n'avons pas même ce désir que Dieu nous éclaire, et nous ne pensons pas à l'exci-

* ter ni à le demander. Nous sommes donc dans le dernier éloignement où nous puissions être du royaume de Dieu. Je me trompe, il y a encore quelque chosede plus affreux dans ce péché : et quoi ? c'est que souvent, bien loin d'avoir cette volonté sincère d'être éclairés de Dieu, nous en avons une toute contraire; et qu'au lieu de dire à Dieu : Seigneur, que je voie, nous nous disons secrètement à nousmêmes , par un attachement opiniâtre à notre dé-

* sordre : Que je ne voie jamais ce qui me gêne, et ce qui ne servirait qu'à me troubler. Péché que je n'appelle plus simple péché, mais, si j'ose le dire, une fureur pareille à celle de l'aspic , qui , selon la comparaison du Saint-Esprit , se bouche les oreilles pour n'entendre pas la voix de l'enchanteur : Fwror iilis secundum similUudinem zerpentU : siciU aspidU surdx, etobturantis aures tuas, {Ps. 57.) Avec cette différence, dit saint Bernard , que quand l'aspic bouche ses oreilles, c'est pour conserver sa vie; au lieu que quand nous fermons les yeux à la vérité , c'est pour notre ruine et pour notre mort.

J'ai dit que «e péché seul mettait Dieu dans une espèce d'impuissance de nous sauver, et l'obligeait à nous dire , quoique dans un autre sens , ce que Jésus-Cbrisi dit à Vaveugle dont je viens de vous pro-

poser l'exemple : Qtdd tibi visfadatnf (Luc, 18). A quoi m'obliges-tu, pécheur? et dans l'état malheureux où je te vois, que veux-tu que je te fasse? que je te sauve sans grâce? cela n'est pas dans mon pouvoir. Que je te donne des ^âces sans lumière? il n'y en eut jamais de la sorte. Que par des lumières forcées je te sanctifie malgré toi ? ce n*est point Tordre de ma providence. Que par un miracle spécial je change pour toi les lois de cette providence? ma justice s'y oppose, et ma miséricorde même ne l'exige pas. Il faut donc, en m'accommodant à tes dispositions, que je te laisse périr ; et parce que ta veux t'aveugler, que j'arrête le cours de mes grâces, puisqu'il n'y en a aucune qui te puisse convertir, tandis que tu persisteras à ne vouloir pas oonnattie les vérités du salut.

Je sais, chrétiens, que Dieu peut, indépendamment de nous , pénétrer nos esprits de ses lumières. Je sais qu'il est de leur essence , en tant que ce sont des grâces , d'être produites dans nous sans nousmêmes, in nobis, sine nobiSy dit saint Augustin. Je sais qu'il ne nous est pas libre de les recevoir ou de ne les pas recevoir, quoiqu'il nous soit libre après les avdir reçues, d'en bien ou d*ea mal user. Mais il est toujours vrai que quand nous haïssons, quand nous fuyons ces lumières , nous formons tout Tobstacle à notre salut qu'une créature de sa part y peut former, et que , pour surmonter cet obstacle il faudrait que Dieu employât des grâces extraordinaires, et qu'il fit un miracle dé sa toute-puissance. Or cela me suffit pour avoir droit de dire que cette espèce d'aveuglement est donc de tous les péchés le plus oposé à le conversion et au salut de rhomme. Péché, mes cbers auditeurs, où nous devons tous craindre de tomber, mais encore plus ceux qui, dominés par leurs passions, se laissent emporter an torrent du monde. Et voilà pourquoi je voudrais que tous ceux qui m'écoutent se proposassent aujourd'hui de faire tous les jours à Dieu cette prière que faisait si souvent David , et qui marquait si bien la droiture de son cœur : Révéla ocuiot meos (Ps. 118) : Seigneur, éclairez-moi, et ouvrez-moi les yeux : JUunUna ienébrasmeas (Ibid., 17) : Seigneur, dissipez les ténèbres de mon esi^ttl. Illustra faciem tuam super servum iuum (Ibid., 80) : Faites rqaillir l'édat de votre visage sur votre serviteur. Détrompez-moi des erreurs et des fousses maximes du siècle. Je suis aveugle , il est vrai ; mais au moins par votre miséricorde , ô mon Diien , je ne me plais pas dans mon aveuglement, puisqu'au contraire je le déplore et que je l'ai en horreur. Je marche dans l'obscurité d'une foi languissante et imparfaite; mais au moins je désire vos saintes luoiières, je vous les demande, je suis dans l'impatience de les obtenir, je les préfère à toute la sagesse mondaine, je veux me disposera les recevoir. Et parce que je

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•lis que oe n'est point dans le brait et le tumulte dn inonde que tous les répandez , et qu'au contraire c'est là qu'elles s'évanouissent, je veux désormais me séparer du monde ; je veux régler mes occupations et mes conversations, et en retrancher le superflu; je veuxm'occuper de vous et de moi-même, «fin qœ dans le silence d'une vie tranquille et intérienre je puisse entendre votre voix et profiter de vos divines instructions. Ah ! mon Dieu, changes done et purifiez mon cœur : Cor mundum créa 1» me, Deui. {Ps. 50.) £t comme il ne peut être réglé que par les connaissances de l'esprit, renouvelés le mien : Et ipiritum rectum innova in vitceHbui meii, (Ibid.) Donnez-moi cette intelligence qirî fidt les prédestinés et les saints : Da miM inleUedwn, nttdamJtutificationestuai.ÇLhid.j 118.) Si je vous la demande. Seigneur, ce n'est point pour me rendre plus habile dans les afifiedres du monde , ce n'est point pour avoir l'estime et l'approbation da monde, ce n'est point pour me distinguer et pour m'élever dans le monde : je serai toujours asses distingué. Seigneur, quand je serai devant vous et aujNTès de vous; je serai toujours assez grand , quand je vous craindrai. Mais donnez-la-moi pour n'ignorer rien dans ma condition de tous mes devoirs , pour savoir toutes vos volontés et pour les accomplir. Je puis me passer de tout le reste, et je renonce même absolument à tout le reste s'il me conduit là : Ut sciam justi/UxUiones tuas. C'est ainsi , dirétiens, que vous vous préserverez de ce premier aveuglement, qui de lui-même est péché. Parlonsmaintenant du second, qui est la cause du péché.

C'est la seconde partie.

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