LE MERCREDI DE L\ QUATRIÈME SEHAINB
SUR L'AVEUGLEMENT SPIRITUEL
Pneterient Jesut vidit hominem cœcum a nativitate.
Lonqae Jésus passait, il vit ao homme qui était aveugle dès sa naissance. Sawt Ieàn , «hap. 9.
SiBE,
Ce fut un prodige bien surprenant que celui qui parut dans le inonde, et qui est rapporté daAs
l'Écriture an chapitre dixième de l'Exode , qadsaà Moïse, disposant à son gré, on plutôt selon Vi et le gré de Dieu , des ténèbres et de la luiniètt partagea tellement TÉgypte, que toot oe qui habité par les Égyptiens se trouva ooatert d*! obscure et profonde nuit, en sorte qu'ils ne distinguaient pas les uns les autres; au lien que Israélites, dans l'étendue du même pays, jouissaietf d'un air pur et serein : Etjact» sunt ten/ébrm kotà ribiles in unioersa terra ^gyptl... ubicumqmi autem habitabant filii Israël j lux erat. {Exùd.^, 10.) Mais j'ose dire, chrétiens, que voici eoeoii quelque chose de plus prodigieux dans notre ètu^ gile, où le Saint-Esprit nous fait paraître des hott« mes aveuglés par le même miracle qui sert à otmiè les yeux aux aveugles mêmes , et à leur rendre Pih sage de la vue. En effet le Sauveur du monde, untt de ce pouvoir absolu qu'il avait reçu de son Fàe, et qu'il exerçait comme Dieu, guârit un pauvre, aveugle depuis sa naissance ; et ce nurade prodol tout à la fois deux effets bien opposés. Il écUn l'aveugle-né, et il aveugle les pharisiens. Il éeUit l'aveugle-né, en lui faisant connaître, beaucoup pkii encore par les yeux de Tesprit que par les yeux di corps , l'auteur de son salut , et en l'engageant à Ffi» dorer et à lui rendre hommage comme à sonDiev: Et procidenSf adoravit eum. (Joan., 9.) Et | aveugle les pharisiens, en (leur servant d'oocami pour s'obstiner davantage dans leur incrédulité, d pour refuser plusopiniâtrément de se soumettreàb vérité connue. Deux efifetsen quoi consistait cejags» ment adorable, mais redoutable, dont parlait leFli de Dieu, et pour lequel il.avait été envoyé. Car je sdi Venu dans le monde, disait-il , et le jugement qoeff dois exercer e^t que ceux qui ne voient pas vernit;] et que ceux qui voient cesseront de voir : lujjwA^ dum ego inhunc mundumveni, tdquifumvkhté, videant, et qui vident exci fiant. (Ibid.) Cestrit^n^ je suis venu pour guérir l'aveuglement mtérieurds âmes humbles et dociles, qui cherchent DieudeUmm foi , et pour redoubler au contraûre, par la so»traction des dons de la grâce, l'aveuglement deeii âmes présomptueuses et superbes que leur orgwffl éloigne de Dieu«
Or voici, chrétiens , ce jugement accompli;» l'aveugle de notre évangile était un homme sinpl et ignorant, et les pharisiens étaient les sages etki spirituels du judaïsme. Cependant ces sages deot» rent dans une infidélité criminelle, et ce pauvre m rempli des plus pures lumières de la foi. Ces S|in> tuels et ces intelligents deviennent plus aveuglesp jamais , et cet aveugle est tout à coup instruit, d pénètre ce qu'il y a de plus saint et de plus Mé dans la religion : Utquinonvident videani, et qiifil^ dent cxd fiant. Jugement qui se renouvelle eneon tous les jours au nulieu de ûous. Mais sans m'anf
SUR L'AVEUGLEMENT SPIRITUEL
sr à ce qa*n a de favorable pour les uns sur qui Dieu Spànd.toutes les richesses de sa miséricorde, je veux ealement vous le représenter dans ce discours par e qu*il a de terrible et défrayant pour les autres, or qui Dieu déploie toute la sévérité de sa justice. Test donc, mes chers auditeurs , de Taveuglement pirituel que je prétends vous entretenir; de cet iveuglement intérieur qui va jusques à Tâme, et [ui la tient plongée dans les plus grossières et les >lus funestes erreurs ; de cet aveuglement , dont laiàt Augustin disait en s'adressant à Dieu : Mallear à ces aveugles qui ne vous voient point, à mon Dieu , et dont les yeux couverts d'un nuage épais le découvrent point vos divines vérités ! f^œ califinantibus ocuUs qui te non vident ! ( AuG . ) Je vais roosen faire connaître les différentes espèces, après |oe nous aurons invoqué le Saint-Esprit, par Tincrcession de Marie. j4ve, Maria,
Il n'y a point de matière sur laquelle l'Écriture ie soit expliquée dans des termes plus différents et néme en apparence plus contraires, que sur l'aveu- ^eroent spirituel ; car tantôt elle l'impute à la maiœ des hommes : Excxcavit illos maUtia eorum Sap.^ 2) ; tantôt à la vengeance de Dieu : Excxca torpopuU ^us ( Is. , 6) -, tantôt au démon, qu'elle aptelle le dieu du siècle : In qtdbus deus hufus seadi foecœcacU mentes infidelium. (2. Cor., 4.) Quelquebis elle déplore cet aveuglement intérieur comme nalheureux , et d'autres fois elle le déteste comme iriminel; quelquefois elle en fait ifn sujet d'excuse : ^gnasce HÛ$y nesciuntenimquid/aciunl{Luc.^ 23) ; !i d'autres fois, ua sujet de reproches : P^x vobis duxs câKiei duces cœcorum. (Màtth., 23.) Or c'est a diversité, ou si vous voulez , l'apparente contrariété de ces expressions , qui a fait naître sur cette natiëre tant d'embarras , et qui l'a rendue si diffinle à développer. Cependant, pour Téclaircir autant fii'il m'est possible, et pour accorder ensemble tous wt textes de l'Écriture , voici le dessein que je me [Nropose , et que je vous prie de bien comprendre, [e distingue, avecle docteur angélique saint Thonas, trois sortes d'aveuglements : un aveuglement |Qi de lui-même est péché, un aveuglement qui est ^ cause du péché, et un aveuglement qui est l'effet iu péché. Aveuglement, péché ; c'est celui qui nous 98t marqué dans oesparoles de la Sagesse : Leur propre malice les a aveuglés . ExcsecavU Ulos maUtia wrum.{Sap.y 2.) Aveuglement,cause du péché; ce fut celui de saint Paul, qui disait de lui-même : J'ai ité un blasphémateur, j'ai été un persécuteur de ^Église; mais, dut reste je l'ai' été par ignorance : fgnaransfeci. ( 1. Tim,, 1.) Aveuglement, effet du )éclié; c'est celui dont parle Isaîe, en demandant à Oieu qu'il aveuglât le cœur de son peuple : Excœca wr popuU htQus. (ISAi., 6.) Vous verrez le rapport |u'0Dt à ces trois points toutes les questions qui
regardent l'aveuglement de l'esprit. Mais auparavant je fonde sur ces principes de saint Thomas trois propositions qui me paraissent d^une- utilité infinie pour l'édification de vos âmes, et qui vont partager cediscours. Car je dis que l'aveuglement qui de luimême est péché, est, de tous les péchés, le plus pernicieux et le plus contraire au salut ; c'est 1& première partie. Jedis que l'aveuglement qui est cause du péché, est communément, pour servir de prétexte au péché, rexcuse la plus fri voleet la moins recevable; c'est la seconde partie. Je dis que l'aveuglement qui est l'effet du péché, est la peine la plus terrible dont Dieu, dans cette vie, puisse punir le pécheur; c» sera la conclusion. Aveuglement comble du péchés vaine excuse du péché; et dans cette vie, dernière vengeance du péché : donnez à ces trois points importants toute votre attention.