‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 134 sur 256 · SUR L'ÉTAT DU PÉCHÉ ET L'ÉTAT DK LA GRACE · texte numérisé non relu

SUR L'ÉTAT DU PÉCHÉ ET L'ÉTAT DK LA GRACE

Si mihinon vulliê credere, operibua crédite, ut «fi»êcati* et eredatit quia Pater in me cet et ego m Pâtre

Si vous ne voulez pas me croire, croyez à mesoeoTm, afin que vous connaissiez et que vous croyiez que tson Père ai eo moi , et que Je suis dans mon père. Saint Jeau « cbap. 10.

Madame',

Quelque idée que nous ayons de la sainteté de Jésus-Christ, il fallait, pour être saint, que Diea fût en lui et qu'il fût dans Dieu ; et il n*a même été le saint des saints que parce que Dieu était en loi, et qu'il était en Dieu d'une fiaçon plus particoiièn et par une union beaucoup plus intime. Si Dieo, par une supposition chimérique, eût cessé d'êue avec lui et dans lui , ou que lui-même il eût cessé d'être avec Dieu et dans Dieu, dès là il eût cessé d'être ce qu'il était; et ce que nous appelons Jésus-Christ, ou plutôt ce qui serait resté de Jésus-Christ, c'està-dire son humanité ainsi délaissée et abandonnée

« La reine.

SUR L'ÉTAT DU PÉCHÉ, etc.

eUe-méme, eût été dans une impuissance absolue ^agir pour Dieu et de rien faire d*agréable à Dieu. lais parée que ce Sauveur des hommes et ce fils mique de Dieu était dans son Père, et qu*il agissait oajours avec son Père et au nom de son Père, il NMirait bien dire, comme il le dit aux Juifis dans lotre évangile, que toutes ses œuvres rendaient Ànoignage en sa faveur, et qu'elles étaient devant Dieu d*un prix infini : Opéra qux egofacio in no- Mhœ Patris meiy hœc testimonium perhibent de Re.(Joi.N., 10. ) Appliquons-nous cette vérité, chrétiois; car ce qui était vrai de Jésus-Christ, notre sbef et notre modèle. Test autant par proportion le nous-mêmes; et si nous voulons bien connaître k valeur de nos actions et le fruit que nous en pouroos espérer, jugeons-en par le principe d*où elles )artent,et voyons si c*est dans Tétat du péché qu'eles sont faites, ou dans Tétat de la grâce. État du ^écfaé, état de la grâce, deux états Tun à Tautre ditetement opposés : deux états qui partagent le jirîstianisme et presque toutes les sociétés du moule, avec cette triste inégalité que le nombre des pétoiTS ennemis de Dieu par le péché est infiniment iu-dessus de celui des justes unis à Dieu par la grka : deux états dont j'entreprends de vous £aire foir aujourd'hui Tessentielle différence, non point BD général, mais par ra];>port à notre intérêt propre. Heureux si je puis aussi tous donner de l'un toute rborreur qu'il mérite, et de l'autre toute l'estime qui lui estdue ! Je vais mieux encore vous expliquer mon liessein après que nous aurons salué Marie , en lui lisant : jéve. Maria.

De tous les intérêts de Thomme, le plus imporant c'est le salut : par conséquent de tous les soins le rhomme dans la vie , celui qui le doit occuper »référablement à tout autre et même uniquement, 'est le soin du salut. C'est, dis-je, le soin de s'enribir pour cette demeure céleste où nous sommes )U8 appelés, et qui doit être le terme de notre Durse; de travailler pour cela, d'agir pour cela, de ipporter là toutes nos pensées, tous nos désirs, tous nos oeuvres; enfin de grossir chaque jour ce tré- )rde gloirequi nous est promis , en grossissant chaue jour le trésor de nos mérites. Voilà, mes chers uditeurs, le souverain point de la sagesse chréieane ; et si nous nous aimons solidement nous-mêles , Toilà le précieux avantage dont nous devons tre jaloux, et le bien durable et permanent que nous evons rechercher. Riches pour le ciel , il nous imlorte peu de Têtre pour la terre, puisque les richesses te la terre sont périssables; et riches pour la terre , i TOUS ne Têtes pas pour le ciel , au milieu de cette ipulence fastueuse que vous étalez avec tant de lompe aux yeux des hommes , vous êtes pauvres levant Dieu , et dans une misère d'autant plus déplorable que TOUS en devez ressentir éternellement

les effets. S'il y a donc un état où rien ne nous profite pour l'éternité bienheureuse, et un état au contraire où rien ne soit perdu de tout le bien que nous pratiquons^ c'est par là qu'il faut juger de l'un et de l'autre : et c'est aussi la grande règle que je prends pour vous faire connaître le malheur d'une âme dans l'état du péché, et l'inestimable prérogative du juste dans l'état delà grâce sanctifiante. En effet, dans l'état du péché, l'homme n'est plus en Dieu ni avec Dieu, parce que le péché Ten sépare ; et dans l'état de la grâce, le juste est avec Dieu et en Dieu, parce que le propre de la grâce sanctifiante est de l'y tenir étroitement uni. Or puisque le pécheur est se- ' paré de Dieu, il n'agit plus avec Dieu, et parla même rien de tout ce qu'il fait ne peut plaire à Dieu. Puisque le juste est uni à Dieu, c'est avec Dieu qu'il agit, et, par une suite infaillible, tout ce qu'il fait est agréé de Dieu. De là je forme deux propositions qui vont partager ce discours. État du péché, état souverainement malheureux ; pourquoi.' parce qu'alors, quoi que fasse le pécheur, son péché en détruit devant Dieu tout le mérite : c'est la première partie. État de la grâce, état souverainement heureux ; pourquoi ? parce qu'alors, pour peu que fasse le juste, la grâce qui le sanctifie en relève devant Dieu le mérite : c'est la seconde partie. Deux pensées que j'ai à développer, et théologie sublime que je tâcherai de rendre également sensible et] instructive.

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