PREMIÈRE PARTIE
Cest saint Paul qui l'a dit, et je n'ai rien moins prétendu dans la première proposition que j'ai avancée, que d*établir un principe de religion dont il ne nous est pas permis de douter : Jésus-Christ est vraiment ressuscité, et sur ce modèle Dieu veut que nous soyons vraiment convertis. Mais j'ajoute, comme la suite naturelle de ce principe , que Jésus- Christ après être sorti du tombeau n*a plus vécu en homme mortel, mais en homme céleste et ressuscité , et que c'est une loi pour nous, qu'après notre conversion nous ne vivions plus en hommes charnels et mondains, mais d'une vie toute spirituelle, et conforme au bienheureux état où se trouvent élevés par la grâce des hommes sincèrement et solidement convertis. Deux pensées auxquelles je réduis ces admirables paroles de l'épître aux Romains , dont je fais toute la preuve des vérités que je vous prêche : ConseptUti sumus cum Christo per baptismum in mortem ; ut quomodo surrexit a mortuis , ita et nos in novitafe vita ambulemus {Rom., 6) : Nous sommes, mes frères, ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême , pour mourir au péché , afin que ^ comme ce Dieu sauveur est ressuscité par sa vertu toute-puissante, noussoyonsanimésdu même esprit, et intérieurement ressuscites , pour mener cette vie
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nouvelle qui est Feffet d'une véritable conversion. Appliquez-vous , chrétiens , et ne perdez rien d'une instruction si nécessaire. SurrexU Dominus vere (Luc. , 24), le Seigneur est vraiment ressuscité, principe, encore une fois, auquel vous et moi nous devons nous attacher d'abord pour nous former une juste idée de la conversion du pécheur. Pïe vous étonnez pas, mes chers auditeurs, que Jésus-Christ, selon le rapport des évangélistes , s'intéressât tant à prouver et à prouver par lui-même sa résurrection. Les apôtres étaient saisis de frayeur en le voyant , parce qu'ils croyaient voir un esprit : ConturbcUi et cont^rriii existimahani se spiriùum videre (Id.); et il ne pouvait souffrir qu'ils demeurassent dans cette incertitude et dans ce trouble. Non, leur disaitil pour les rassurer, ce n'est point un esprit , c'est moi-même. Regardez mes pieds et mes mains, touchez mes plaies, et vous apprendrez que je ne suis point un fantôme , mais un corps solide et réel. Pourquoi , demande saint Chrysostôme , ce soin si exact de leur faire connaître la vérité de sa résurrection? Ah ! mes frères*, répond ce saint docteur, c'est qu'outre les autres raisons qu'il avait d*en user ainsi, Il savait bien la loi qui nous était dès lors imposée , et l'engagement où nous devions être, en qualité de pécheurs , de ressusciter à la vie de la grâce , comme il était lui-même ressuscité à la vie de la gloire : Ut quomodo surrexit, Ha et nos in novitate vUas ambulemus. Or il était à craindre que cette résurrection spirituelle de nos âmes , au lieu d'être une vérité, ne ftlt qu'une pure Ûction , et que, passant pour des hommes convertis , nous ne fussions rien moins au dedans que ce que nous paraissions au dehors. De là vient qu'il n'omettait rien pour convaincre ses disciples qu'il n'était pas seulement ressuscité en apparence , mais en effet ; voulant que cette résurrection véritable nous servit de modèle et d'exemple.
L'entendez-vous , chrétiens , et aviez-vous jamais pénétré la conséquence de cette parole , Surrexit vere? Voilà néanmoins à quoi elle se rapporte : à condamner tant de conversions imaginaires , qui n'ont d'une vraie conversion que l'extérieur et le masque , sans en avoir le fonds et le mérite. Car, permettez-moi de vous faire ici une réflexion toute semblable à celle que faisait saint Paul instruisant les Corinthiens sur la résurrection des corps : Ecce mysterium vobis dico ; omnes quidem resurgemus, sed non omnes immitiabimur (2. Cor., 13.) : Voici , mes frères, leur disait-il , un important secret que je vous déclare : Nous ressusciterons tous à la fin des siècles , mais nous ne serons pas tous changés. Il voulait par là leur faire entendre que, quoique les réprouvés dussent avoir part à la résurrection future aussi bien que les élus , leurs corps n'y seraient pas transformés comme les corps des élus , ni ren-
dus semblables au corps glorieux de Jésus-Christ, différence terrible sur laquelle insistait l'apôtre « pour donner aux fidèles une crainte salutaire du jugement de Dieu. Mais, quelque terrible que doive être cette différence des réprouvés et des élus dans le jugement de Dieu , en voici une autre qui , pour être plus inférieure, n'en est pas moins fotaKe au pécheur, et qui, sans attendre la fin des siècles, se trouve aujourd'hui dans le christianisme selon les différentes dispositions des chrétiens à cette Jéte. Nous avons tous célébré la résurrection de Jésus- Christ ; mais je ne sais si nous avons tous éprouvé ce bienheureux changement que cette sainte solennité, par une grâce qifS lui est propre , devait opérer dans nos âmes. En recevant l'adorable sacrement du Sauveur, nous avons tous paru spirituellement ressuscites; mais peut-être s'en faut-il bien que nous ayons tous été renouvelés , et que dans ce grand jour nous puissions tous également nous rendre ce témoignage devant Dieu, que nous ne sommes plus les mêmes hommes. Voilà le mystère , mais le redoutable mystère que je vous annonce, et sur lequel chacun de nous doit s'examiner : Omnes quidem resurgemus, sed non omnes immutabimur, (1. Cor. y 1&.)
Car, avouons-le de bonne foi , et puisqu'une expérience malheureuse nous force à le reconnaître, ne nous en épargnons pas la confusion. Le désordre capital qu'on ne peut assez déplorer ni trop vous reprocher, est que dans cette solennité de Pâques, abusant de la pénitence , qui , selon les Pères , est le sacrement de la résurrection des pécheurs, nous mentions souvent au Saint-Esprit, nous imposions au monde , et nous nous trompions nous-mêmes. Oui , mes frères , jusque dans le tribunal de la pénitence nous mentons au Saint-Esprit, en détestant de bouche ce que nous aimons de coeur; en disant que nous renonçons au monde, et ne renonçant jamais à ce qui entretient dans nous l'amour da monde; en donnant à Dieu des paroles que nous ne comptions pas de garder, et que nous ne sommes pas en effet bien déterminés à tenir, ayant avec Dieu moins de bonne foi que nous n'en avons avee un homme, et même avec le dernier des hoinroei. Nous imposons au monde par je ne sais quelle fidélité à nous acquitter dans ce saint temps du devoir public de la religion; par l'éclat de quelques bonoei œuvres passagères ; par une ostentation de zèle sur des points où , sans être meilleur, on en peut avoir; par quelques réformes dont nous nous parons et à quoi nous nous bornons, tandis que nous ne travaillons pas à vaincre nos habitudes criminelles et à mortifier les passions qui nous dominent. Nous nous trompons nous-mêmes , en confondant les inspirations et les grâces de conversion avec la conversion même; en nous figurant que nous sommes > changés , parce que nous sommes touchés du désir
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de r^tre; et, sans qu'il nous en ait coûté le moindre combat, en nous flattant d'avoir remporté de grandes victoires , et parce qu'en fait de pénitence tout cela n'est qu'illusion et que mensonge , à tout cela l'Evangile oppose aujourd'hui cette seule règle, SurrexU vere^ il est vraiment ressuscité; et, par cette règle , nous donne à juger combien nous sommes éloignés des voies de Dieu , puisque entre notre vie nouvelle et la vie glorieuse de Jésus-Christ, il y a une opposition aussi monstrueuse que celle qui se trouve entre l'apparent et le réel , entre le vide et le solide , entre le faux et le vrai. Ah ! mes chers auditeurs , combien de fantômes de conversion, ou , pour user du terme de saint Bernard , combien de chimères de conversion ne pourrais-je pas vous produire ici, s'il m'était permis d'entrer dans le secret des cceurs et de vous en découvrir le fond 1 Combien de conversions purement humaines, combien de politiques, combien d'intéressées, combien de forcées, combien d'inspirées par un autre esprit que celui qui nous doit conduire quand il s'agit de retourner à Dieu ! conversions , si vous voulez, fécondes en beaux sentiments , mais stériles en effets ; magniûques en paroles , mais pitoyables dans la pratique ; capables d'éblouir, mais incapables de sanctiûer. Combien de consciences se sont présentées devant les autels comme des sépulcres blanchis, et sous cette surface trompeuse cachant encore la pourriture et la corruption ! Sont-ce là les copies vivantes de cet Homme-Dieu , qui renaît du sein de la mort pour être, comme dit saint Paul , l'aîné d'entre plusieurs frères : Ut sU ipse primogenitus in multis JrcUribusf(Rom,, 8.) Non, non, chrétiens, ce n'est point par là qu'on a le bonheur et la gloire de lui ressembler; il faut quelque chose de plus , et sans une conversion véritable, on n'y peut prétendre. Or, qu*est-ce qu'une véritable conversion ? Comprenejs ced, s'il vous plaît; c'est-à-dire une conversion de cœur et sans déguisement, une conversion surnaturelle dont Dieu soit le principe, l'objet et la fin. Que ne m'est-il permis de développer ces deux articles importants dans toute leur étendue !
Conversion sincère et sans déguisement; car, dit saint Bernard, pourquoi nous contrefaire devant Dieu, qui, nous ayant faits ce que nous sommes, voit mieux que nous-mêmes ce qui est en nous et ce qui n'y est pas? et pourquoi feindre devant les hommes, dont l'estime ne nous justifiera jamais, et dont l'erreur sur ce point fera même un jour notre confusion? N'est-ce pas pour cela que saint Paul, représenunt aux chrétiens, comme autant d'obligations, les conséquences qu'ils devaient tirer de ce mystère, en revenait toujours à cette loi , que Jésus-Christ, notre agneau pascal, avait été immolé pour nous, et que nous devions célébrer cette figte , non avec le vieux levain , avec ce levain de
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dissimulation et de malice dont peut-être nos cœurs jusques à présent avaient été infectés, non in ferviento veteriy neque infermento malttiœ et nequitiXy mais dans un esprit de sincérité et de vérité, sedin azymis sinceritaiis et veritatis ( 1 . Cor., 5) : pourquoi? parce que le Seigneur même avait dit que cette sincérité de conversion était la condition essentielle qui devait nous donner avec Jésus-Christ ressuscité une sainte ressemblance.
En effet, ce qui nous perd devant Dieu, et ce qui nous empêche de ressusciter en esprit, comme Jésus-Christ ressuscita selon la chair, c'est communément un levain de péché que nous fomentons dans nous , et dont nous ne travaillons pas à nous défaire. Je m'explique. On se réconcilie avec son frère et l'on pardonne à son ennemi , mais il reste néanmoins toujours un levain d'aigreur et de chagrin qui diffère peu de l'animosité et de la haine; on rompt une attache criminelle, mais on ne la rompt pas tellement qu'on ne s'en réserve , pour aiisi dire , certains droits à quoi l'on prétend que ia loi de Dieu n'oblige pas en rigueur de renoncer, certains commerces que rhoiinéteté et la bienséance semblent autoriser, certaines libertés que l'on s'accorde en se flattant qu'on n'ira pas plus loin : voilà ce que saint Paul appelle le levain du péché, neqtte injermento malitix et neguitix. Or il faut, mes frères, ajoutait Tapôtre, vous purifler de ce levain si vous voulez célébrer la nouvelle pâque. Il faut vous souvenir que, comme un peu de levain, quand il est corrompu, suflit pour gâter toute la masse, aussi ce qui reste d'une passion mal éteinte, quoique amortie en apparence, peut détruire et anéantir tout le mérite de notre conversion : Expurgate vêtus fermentum y ut siiis nova conspersio. (1. Cor., S.)
Conversion surnaturelle et dans la vue de Dieu ; car que peuvent tous les respects humains et toutes les considérations du monde quand il s'agit de nous faire revivre à Dieu, et de reproduire en nous tout de nouveau l'esprit de la grâce après que nous l'avons perdu? On nous dit que le désordre où nous vivons peut être un obstacle à notre fortune, que cette attache nous rend méprisables, que ce scandale nous rend odieux, et sur cela précisément nous nous corrigeons; on nous fait entendre que la piété pourrait servir à notre établissement , et pour cela nous nous réformons : qu'est-ce qu'une telle conversion , eût-elle d'ailleurs tout l'éclat de la plus exacte et de la plus sincère régularité? On s'éloigne du monde par un dépit secret , par impuissance d'y réussir, par désespoir de parvenir à certains rangs que l'ambition y cherche; on se détache de ceUe personne, parce qu'on en est dégoûté, parce qu'on en a découvert la perfidie et l'infidélité; on cesse de pécher, parce que l'occasion du
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péché nous quitte, et non pas parce que nous quittons Toccasion du péché : tout cela , ombres de conversion. Il faut qu*un principe surnaturel nous anime, comme Jésus-Christ ressuscita par une vertu divine; il faut que sur le modèle de Jésus-Christ, qui , dans sa résurrection , selon le beau mot de saint Augustin, parut entièrement Dieu, in resurrectlone totus Deus (August.)» parce qu'en vertu de ce mystère l'humanité fut tout absorbée dans la divinité, aussi dans notre conversion il n'y ait rien qui ressente l'homme, rien qui tienne de l'imperfection de l'homme, rien qui participe à la corruption de l'homme; que l'intérêt n'y entre point, que la prudence de la chair ne s'en mêle point , et que si la créature en est l'occasion , le Créateur en soit le motif. Ainsi le pratiquait l'apôtre, quand il disait : Loin de moi cette fausse justice que je pourrais 'trouver dans moi, et qui serait de moi, parce que Dieu , dès lors, n'en serait pas l'objet ni le principe. Il ne me sufDt pus même d'avoir cette justice imparfaite qui vient de la loi ; mais il me faut celle qui vient de Dieu par la foi , celle qui me fait connaître Jésus-Christ et la vertu de sa résurrection, afin que je parvienne, s'il est possible, à cette résurrection bienheureuse qui distingue les vivants d'avec les morts, c'est-à-dire les pécheurs justifiés d'avec ceux qui ne le sont pas : Ut inveniar in iUo non habens meamjustitiam qtiœ ex lege est, sed iUam qux exfide est Christi Jesu : adcognoscendum iUum, et virtuiem reswrrectionis ejus : si quomodo occurram , ad resutreetionem quœ est ex mortuis. Ainsi, après l'apôtre, en ont usé tous les vrais pénitents en se convertissant à Dieu. Ils ont fermé les yeux à tout le reste, ils n'ont consulté ni la chair ni le sangl, ils ont foulé le monde aux pieds, ils se sont élevés au-dessus d'eux-mêmes; et pourquoi ? parce qu'ils cherchaient, dit saint Paul, une résurrection plus solide et plus avantageuse que celle qui nous est figurée dans la conversion prétendue des mondains : Ut metiorem invenirent resurrectionem. (Hebr., It.) Car encore une fois, il y a maintenant une diversité de conversions, comme à la fin des siècles il y aura une diversité de résurrections; et comme, selon l'Évangile, les uns sortiront de leurs tombeaux pour ressusciter à la vie, les autres pour ressusciter à leur condamnation et à la mort : Et procèdent qui bonafecerunt, in resurrectionem vitse; qui vero mala egervnt, in resurrectionem judicii (JoàN., 5*); de même voit-on des pécheurs sortir du tribunal de la pénitence, les uns vivifiés par la grâce et réconciliés avec Dieu ; les autres, par l'abus du sacrement , encore plus endurcis dans le péché et plus ennemis de Dieu. Heureux, conclut le Saint-Esprit dans l'Apocalypse, heureux et saint quiconque aura part à la première résurrection! Il parle de la résurrection
des justes : Beatus etsanctus qui habet partem in resurrectione prima, (Jpoc, 20.) Je dis, par la même règle : Heureux et saint quiconque a eu part à la première conversion! heureux et saint eelui qui , ressuscitant avec Jésus-Christ, selon la maxime de l'apôtre, n'envisage dans sa conversion que les choses du ciel , détourne sa vue de tous tea objets de la terre , ne cherche point les prospérités, s'élève au-dessus des adversités, est content de posséder Dieu, et s'attache à Dieu pour Dieu même! Or c'est cette conversion, chrétiens, que Dieu vous demande aujourd'hui, et dont il vous propose le mo* dèle danls la personne de son Fils.
Cependant n'en demeurons pas \h : j'ai dit que le Sauveur du monde, après être sorti du tombeau, n'avait plus vécu en homme mortel , mais en homme céleste et ressuscité, et que c'est une loi pour nous de mener après notre conversion une vie nouvelle et conforme à l'heureux état où sont élevés par la grâce des hommes vraiment convertis : Ui quomodo surrexit a mortuis , ita et nos in novitate vifx ontbulemus, (Rom. , 6. ) [Mais en quoi consiste cette nouvelle vie? Retournons à notre modèle. Le voici. Jésus-Christ, en qualité d*homme, était composé d'un corps et d'une âme; mais son corps, au moment qu'il ressuscita , par un merveilleux changement, de matériel et de terrestre qu'il était dans sa substance, devint un corps tout spirituel dans ses qualités; et son âme, en vertu de la même résurrection, se trouva, par un autre prodige, parfaitement séparée du monde, quoiqu'elle fût encore aa milieu du monde : deux traits de ressemblance que Jésus-Christ ressuscité doit nous imprimer pour faire en nous ce renouvellement qui est la preuve nécessaire mais infaillible de notre conversloo. Il avait un corps, et ce corps, revêtu de gloire, semblait être de la nature et de la condition des esprits; vérité si constante que saint Paul , envisageant le mystère que nous célébrons, ne craignait point de dire aux Corinthiens : Itaque, et si cognovimus secundum camem Christum, sed nunc jam non novimus, ( 2. Cor, , 5. ) C'est pourquoi, mes firères, quoique autrefois nous ayons connu Jésus-Christ selon la chair, maintenant qu'il est ressuscité d'entre les morts , nous ne le connaissons plus de la même sorte ni selon cette même chair. Que ditesvous, grand apôtre? reprend là-dessus saint Cbrysostôme : quoi , vous ne connaissez plus votre Diea selon cette chair adorable dans laquelle il a opéré votre salut? cette chair formée par le Saint-Esprit, conçue par une vierge, unie et associée au Verfoe divin ; cette chair qu'il a imniolée pour vous au Calvaire , qu'il vous a laissée pour nourriture dans» son sacrement, et qui doit être un des objets de votre béatitude dans le ciel , vous ne la connaissez plus? Non, répond l'apôtre sans hésiter, depuis que cet
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aomme-Diea, dégagé des liens de la mort, a pris possession de sa vie glorieuse , je ne le connais plus selon la cbaîr : Et sicognovimus secundum carnem CkrUtum, ted nuncjamnonnovimus. (2. Cor.^ S.) Ainsi le disait le mattre des gentils, et n'en faitesvous pas d*abord Tapplication? G*est-à-dire que si TOUS êtes Yraiment convertis , il faut que Ton ne vous connaisse plus, ou plutôt que vous ne vous connaissiez plus vous-mêmes selon la chair; que vous ne cherchiez plus à satisfaire les désirs déréglés de la chair; que vous ne soyez plus esclaves de cette chair qui vous a jusques à présent dominés; qne cette chair, purifiée par la pénitence, ne soit plus désormais sujette à la corruption du péché ; et que nous, les ministres du Seigneur, qui gémissions autrefois de ne pouvoir vous regarder que eomme des hommes sensuels et charnels, maintenant nous ayons la consolation non-seulement de ne vous plus connaître tels que vous étiez, mais de vous connaître là-dessus divinement changés et transformés; en sorte que nous puissions dire de vous par proportion : Et si cognovimus vos se- CËtndum carnem, sed nuncjam non novimus.
Car c'est par là, mes chers auditeurs, que nos corps, selon la doctrine de saint Paul, participent dès cette vie à la gloire de Jésus Christ ressuscité; c'est par là qu'ils deviennent spirituels , incorruptibles, pleins de vertu, de force, d'honneur : mais souvenons-nous qu'ils ne sont rien de tout cela qu'autant que nous y coopérons, et que, par une pleine correspondance, nous travaillons, selon la règle du Saint-Esprit, à en faire des hosties pures et agréables aux yeux de Dieu. Les corps glorieux possèdent toutes ces qualités par une espèce de nécessité; mais ces qualités ne conviennent aux nôtres que dépendamment de notre liberté : c'est ce qui fait sur la terre notre mérite; mais c'est aussi ce qui doit redoubler notre crainte, et ce qui deroamde toute notre vigilance. Car, quelque affermis que nous puissions être dans le bien , nous ne sommes pas inébranlables : les grâces qui nous ont fortifiés ((ans notre conversion ne sont point des grâces à fomenter notre paresse , beaucoup moins à autoriser notre présomption. Quelque confiance que nous devions avoir dans la miséricorde et dans le secours de Dieu, il est toujours vrai que nous pouvons nous démentir de nos plus fermes résolutions , et que nos infidélités peuvent nous faire déchoir de cet état de pureté où la pénitence nous a rétablis. Que font-il donc faire, et comment devons-nous vivre désormais dans le monde? comme Jésus- Christ après sa résurrection. Il était dans le monde mais sans y être, c'est-à-dire sans prendre part aux afliaiiresdu monde, aux intérêts du monde, aux assemblées et aux conversations du monde; ne s'eniivCenant qu'avec ses disciples, et ne leur parlant
que du royaume de Dieu. Vous donc, mes frères, concluait saint Paul, et je le conclus après lui, si vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, Si consuT" rexistis cum Christo, n'ayez plus désormais du goût que pour les choses du ciel , quss sursum sufU sapite; ne cherchez plus désormais que les choses du ciel, quœ sursum sunt qussrite. {Coloss., 3.) Séparez-vous du monde, vivez hors du monde, non pas toujours en sortant du monde, puisque votre condition vous y retient, mais n'y soyez ni d'esprit ni de cœur : surtout si vous vous montrez dans le monde, que ce soit pour l'édifier par votre changement. Être converti, c'est le premier devoir, et c'a été le sujet de la première partie. Paraître converti, c'est l'autre devoir, dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.