FOUB LA FÊTE DE PAQUES
SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST
Tradiiu» ett propUr delieta noêtra , et remrrexU propter Juit{ficatUmem notiram.
n a été livré pour nos péchés , et il est ressuscité pour notre JustificaUoD Aux Romains, <Auiif. A,
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C'est sur ce témoignage de saint Paul que s'est
fondé saint Remard quand il a dit que la résunec* tion du Fils de Dieu , qui est proprement le mystère de sa gloire , avait été au même temps la consomma» tion de sa charité envers les hommes. Il n'en util point d'autre preuve que les paroles démon texte, puisqu'elles nous font connaître que c'est pour no** tre intérêt , pour notre salut, pour notre justification, que ce Sauveur adorable est entré eo possession de sa vie glorieuse et qu'il est ressuscité : Eirtsm^ rexit propter jusUficationem nostram. A en juger selon nos vues, on croirait d'abord que les choses devaient être au moins partagées, et que Jésus-Chriit ayant achevé sur la croix l'ouvrage de notre rédemp^ tion, il ne devait plus penser qu'à sa proj^ grandeur, c'est-à-dire qu'étant mort pour nous, il devait ne ressusciter que potur lui-même. Mais non, chrétiens, son amour pour nous n'a pu consentir à ce partage. C'est un Dieu , dit saiot Bernard , mais un Dieu sauveur, qui veut nous appartenir entièrement, et dont la gloire et la béatitude ont dd par coosé» quent se rapporter à nous, aussi bien que ses homi - Hâtions et ses souffrances : Totu$ in Htuê noêtroi expensus. (Bbbn .) Tandis que ses humiliatioiis nous ont été utiles et nécessaires , il s'est bomiiié et anéanti ; tandis que pour nous racheter il a fallu qu'il souffrît, il s'est livré aux tourments et à la mort Du moment que l'ordre de Dieu exige que son humanité soit glorifiée, il veut que nous profitions de sa gloire même ; car s'il ressuscite, poursuit le même saint Bernard, c'est pour établir notre foi, pour affermir notre espérance, pour ranimer notre charité: c'est pour ressusciter lui-même en nous, et pour nous rendre capables de ressusciter spirituellement avec lui : en un mot , comme il est mort pour nos péchés, il ressuscite pour notre sanctification :Et remrrexiipropter justificationem nat^rani. Voilà le mystère que nous célébrons , et dont l'Église universelle fait aujourd'hui le sujet de sa joie : mystère auguste et vénérable, sur lequel roulenon-seulement toute la religion chrétienne , parce qu'il est le fcadement de notre foi , mais toute la piété chrétieniie, parce qu'il doit être la règle de nos mœurs. Cert ce que j'entreprends de vous montrer, après que nous aurons imploré le secours de la Mère de Dieu, et que nous l'aurons félicitée de la résurrection de no Fils. Regina cœli.
Pour entrer d'abord dans mon sujet, je présuppose ici, chrétiens, ce que la foi nous enseigne, et ee que nous devons regarder comme un point esseatiel de notre religion ; savoir, que Jésus-Christ en mourant nous a parfaitement justifiés, et que, pour nous remettre en grâce avec Dieu, rien n'a manqué au mérite de sa mort. Mais, outre ce mérite, il nous fallait, dit saint Chrysostôme, un exemplaire et un modèle sur qui nous pussions nous former, et que nous eussions sans cesse devant les yeux pour tra-
SUR LA BÉSUBECnON DE JËSTJS-GHRIST.
Tailto noas-mémes à Taoeomplissement de ce grand ourrage de notre justification , ou , si vous voulez , de notre eonversion, à laquelle, selon Tordre de Dieu, nous devons coopérer; et c'est à quoi le San* ▼enr du monde a divinement pourvu par sa résur* rection glorieuse.
Vous le savez, cbrétiens, et vous ne pouvez Ti» gnorer, puisque c'est un article de la foi même que TOUS professez : le péché du premier homme fut une présomption téméraire qui le porta jusqu'à s'élever au-dessus de lui-même, jusqu'à vouloir se mesurer avec Dieu , être éclairé comme Dieu , ressembler à Diea : Eriiis sicut dii. {Gènes., 3.) Mais vous savez aussi la sage conduite que Dieu a tenue à l'égard de l'homme , lorsque , par un secret bien surprenant de sa inrovidence , il lui a ordonné pour remède ce qui semblait avoir été la cause de son mal , et qu'il l'a obligé à se sanctifier par ce qui l'avait rendu criminel : je veux dire, lorsque ce Dieu de gloire, s'incamant et s'humanisant , s'est mis lui-même dans des états où non-seulement il est permis à l'homme de vouloir ressembler à son Dieu , mais où son plus grand désordre est de ne le vouloir pas, et en effet de ne lui ressembler pas. Or quel état surtout l'Écriture nous marque-t-elle où le Fils de Dieu ait prétendu que nous dussions lui être semblables, et où ce ne fÂt plus un crime , mais un mérite et un devoir de nous conformer à lui? l'état de sa résurrection.
Car c'est pour cela , dit expressément le grand apôtre, qu'il est ressuscité d'entre les morts , afin que, sanctifiés par son exemple, nous prenions une nouvelle vie : Ut quomodo Christus surrexU a mortuis, ita et nos in twvUate vitœ amlnUemus. ( Rom., 6.) Au reste, mes frères , ajoute saint Chrysostôme , ces paroles ne sont pas une simple instruction de l'apdtre, mais un oracle du Saint-Esprit, qui nous révèle et qui nous fait comprendre ledesseindeDieu : (Toù fl s'en suit que non-seulement la résurrection du Sauveur a eu d'elle-même toutes les qualités requises pour nous servir de modèle dans notre conversion , mais que Dieu a prétendu nous la proposer comme un modèle, et que c'est particulièrement dans eette vue qu'il a voulu que Jésus-Christ ressuscitât : Ut quomodo Christus surrexit, ita et nos fimbulemus. Ce qui faisait dire à Tertullien que les pécheurs convertis et réconciliés par la grâce sont des abrégés et comme des copies delà résurrection de Jésus-Christ : Appendices resurrectionis. (Ter- TULL.) Car c'est ainsi qu'il les appelait : pourquoi? parce que tout pécheur qui se convertit et qui change de vie doit exprimer en soi-même par une parfaire iflûtation les caractères et les traits qui conviennent à lliamilité de Jésus- Christ dans Féut de sa résurrection. Voici donc quels ont été ces caractères ; et, par la comparaison que nous en allons faire, reconnaissons aujourd'hui ce que nous devons être
devant Dieu : SurrexU Domhius vere , et apparuit Simoni (Luc, 24) : le Seigneur est vraiment ressuscité, disaient deux disciples du Sauveur parlant de leur mattre; et il s'est foit voir à Pierre. Voilà les deux règles que nous devons suivre, et en quoi consiste cette conformité qu'il doit y avoir entre Jésus-Christ et nous. Il est vraiment ressuscité, pour nous donner l'idée d'une conversion véritable; et il a paru ressuscité, pour nous donner l'idée d'une conversion exemplaire. Il est vraiment ressuscité, afin que nous nous convertissions véritablement et solidement ; c'est la première partie : et il a paru ressuscité, afin que, si nous sommes convertis, nous le paraissions, pour la gloire de notre Dieu, librement et généreusement; c'est la seconde partie. L'un sans l'autre, dit saint Augustin, est défectueux : car paraître converti et ne l'être pas , c'est imposture et hypocrisie ; et ne le paraître pas , ou plutôt craindre de le paraître, c'est faiblesse et respect humain. Il faut donc l'être et le paraître : Surrexit et appartdt. L'être en esprit et en vérité, par une conversion de mœurs qui se soutienne devant Dieu. Surrexit vere. Le paraître avec une sainte liberté , en sorte que cette conversion soit encore, selon l'Ëvan* gile, comme une lumière qui luise devant les hommes: Et apparuit Simoni. Serai-je assez heureux, chrétiens , pour vous bien persuader ces deux importantes obligations? elles feront tout le partage de ce discours : commençons.