SUR L'ÉTAT DU BIARIAGE
naîre, où Foo se donne Tun à Tautre, non par une inclination raisonnable , non par une estime honnête, ni selon le mérite de la personne, mais selon ses revenus et ses héritages, mais au prix de l'argent et de l'or. Car tel est le nœud de presque ton- 1 tes les alliances : c'est l'argent qui les forme : d'où vient ensuite ce dérèglement si commun, qu'après un mariage contracté sans attachement , on fait ailleurs de criminels attachements sans mariage. Quoi qu'il en soit, ce que nous ne pouvons assez déplorer, chrétiens , c'est que le mariage renfermant dans son essence deux qualités, celle de contrat et celle de sacrement, on n'a d'attention que sur la première , qui est d'un ordre inférieur, et qu'on néglige absolument l'autre, qui néanmoins est toute surnaturelle et toute divine. En qualité de contrat, en y observe toutes les règles de la prudence. Combien de traités, combien de conférences et d'assemblées, combien d'articles et de conditions, combien de précautions et de mesures! Mais pour la qualité de sacrement, ni réflexions ni préparatifs. On croit que tout se réduit à quelques cérémonies extérieures de l'Église dont on s'acquitte sans recueillement et sans esprit de religion. Or est-il possible qu'un sacrement ainsi profané vous attire de la part de Dieu les secours de grâce qu'il y a attachés? et si vous manquez de ces secours, comment accomplirez-vous les obligations de votre état?
Je dis les obligations que vous impose le mariage, non-seulement pris comme sacrement, mais de plus considéré comme lien d'une société mutuelle. Car voici où je prétends que sont nécessaires les grâces de Dieu les plus puissantes et les plus abondantes ; vous l'allez comprendre. Il ne s'agit point seulement ici d'une société apparente, mais d'une société de cœur; en sorte que vous pratiquiez à la lettre ce précepte de l'apâtre : f^irly dlllgUe uxores vestras, sicut et ChrUtus cUlexU Ecclesiam ( Ephes,^ S ) : Vous, maris, aimez celles que Dieu vous a données pour épouses; et vous, femmes, ceux que la Providence vous a destinés pour époux. La règle que vous devez en cela garder, est de vous aimer l'un l'autre, comme Jésus-Christ a aimé son Église : Sicut et Christus dilexit Ecclesiam, Voilà, dls-je, votre modèle. Aimez-vous d'un amour respectueux, d'un amour fidèle , d'un amour officieux et condescendant , d'un amour constant et durable, d'un amour chrétien. Tout cela, ce sont autant de devoirs renfermés dans cette foi conjugale que vous vous êtes promise de part et d'autre, et qui vous a unis. Prenez garde : je dis d'un amour respectueux, parce qu'une familiarité sans respect porte insensiblement et presque infailliblement au mépris. Je dis d'un amour fidèle, jusqu'à quitter, pour un époux ou pour une épouse, père et mère, puisque
c'est en termes formels la loi de Dieu ; mais à plus forte raison jusqu'à rompre tout autre nœud qui pourrait attacher le cœur, et à se dépreodre de tout autre objet qui le pourrait partager. Je dis d'un amour ofdcieux et condescendant, qui prévienne les besoins ou qui les soulage , qui compatisse aux infirmités , qui lie les esprits , et qui maintienne entre les volontés un parfaût accord. Je dis d'un amour constant et durable, pour résister aux fâcheuses humeurs qui le pourraient troubler, aux soupçons et aux jalousies, aux animosités et aux aigreurs. Enfin je dis d'un amour chrétien; car c'est ici que je puis appliquer, et que se doit vérifier la parole de saint Paul , que la femme chrétienne et vertueuse est la sanctification de son mari. C'est ce qu'ont été ces illustres princesses qui ont sanctifié les empires , en convertissant et en sanctifiant les princes dont elles étaient tout ensemble et les épouses et les apôtres. C'est ce que vous devez être, mesdames, faisant dans vos familles ce que celles-là ont fait si glorieusement et avec tant de mérite dans les royaumes ; estimant que le plus solide témoignage que vous puissiez donner à un époux, d'un véritable amour, est de le retirer du vice et de le porter à Dieu; employant à cela toute votre étude, y rapportant tous vos vœux , tous vos conseils , tous vos soins ; et vous animant à persévérer dans ce saint exerdce par le beau mot de saint Jérôme à Laeta. Elle était fille d'un père idolâtre , mais que son épouse avait enfin réduit par sa vigilance et par sa patience àembrasser la foi. Or il fallait bien, dit saint Jérôme, que cela fût ainsi : un aussi grand zèle que celui de votre mère pour le salut de son mari ne devait point avoir d'autre effet. Et pour moi , ajoute ce saint docteur, dans son style élevé et figuré, je pense que ce Jupiter même qu'adoraient les païens, eût cru en Jésus-Oirist, s'il eût vécu dans une si sainte alliance : Ego puto, eliam ipsuniJovem, $i habuisset tulem cogrùuionem y potuiste in Chrisium are* dere. ( Hyebon. )
Mais, par un renversement que nous ne déplorerons jamais assez, mes chers auditeurs, et dont peut-être vous éprouvez vous-mêmes les suites funestes , qu'arrive-t-il ? vous ne pouvez l'ignorer, puisque vous le voyez tous les jours. Cette société, qui devait faire l'union et le bonheur des familles, et en être le plus ferme appui ; cette société , que devaient conserver mutuellement entre eux le mari et la femme comme un des biens de leur état les plos estimables, à quoi se trouve-t-elle sans cesse exposée ? aux ruptures , aux aversions , aux divisimis , aux éclats quelquefois les plus scandaleux ; et cela pourquoi ? parce que ni l'un ni l'autre ne veut contribuer à l'entretenir. Une femme est entêtée, est capricieuse, est idolâtre de sa personne; aimel»
SUR L'ÉTAT DU AîAlUAGE*
jeu , la dépense, les vaîns ajustements, les compagnies et les divertissements du monde. Un mari est impérieux, est jaloux, est chagrin, est emporté et colère, aime son plaisir et la débauche. Et parce qu ils ne voudraient pas se faire la moindre violence. Tune pour revenir de ses entêtements, pour régler sescapriees, pour mettre des bornes à son jeu, à ses dissipations, à ses vanités, à son attachement au monde; l'autre pour abaisser ses hauteurs, pour adoucir ses chagrins , pour se défaire de ses soupçons injustes et de ses inquiétudes outrées et mal fondées, pour modérer ses emportements et pour se retirer de ses débauches; de là viennent les contrariétés, les plaintes réciproques et les murmures, les reproches aigres et amers ; on conçoit du dégoilt l'un pour l'autre, et souvent enGn, pour prévenir de plus grands désordres, on se trouve réduit à se séparer l'un de l'autre. Divorces et séparations que la loi des hommes autorise, mais qui ne sont pas pour cela toujours justifiés devant Dieu et selon In loi de Dieu. Divorces et séparations si ordinaires aujourd'hui dans le monde, et que nous pouvons regarder comme la honte de notre siècle, surtout parmi des chrétiens. Divorces et séparations d'où suit presque immanquablement la ruine des maisons les mieux établies , et où nous voyons s*accomplir à la lettre cette parole de Jésus-Christ, que tout royaume divisé sera désolé. Divorces et séparations, où vivent quelquefois sans scrupule les personnes d'ailleurs les plus adonnées aux exercices de la piété, ne se souvenant pas que le premier devoir d'une piété solide est à leur égard, et autant qu'il peut dépendre de leurs soins , de demeurer dans une société que Dieu lui-même a formée ou a dû former.
Et pourquoi l'a-t-il formée? je l'ai dit après saint Augustin : pour une propagation légitime , et pour l'éducation des enfants. Troisième et dernier fonds des plus importantes et des plus essentielles obligations du mariage. Car ce n'est point assez de leur avoir donné la naissance à ces enfants , et de les avoir mis au monde, il faut les nourrir. Ce n'est point assez de les nourrir, il faut les pourvoir. Ce n'est point encore assez de les pourvoir selon le monde, il faut les instruire et les élever selon le christianisme. De fournir à leur subsistance et à Ten- Iretien d'une viequ'ils ont reçue de vous, c'est ce que vous dicte la nature , et à quoi il est peu nécessaire de vous porter. De penser à leur établissement temporel, c'est, outre la nature, ce que vous inspire souvent votre ambition, et sur quoi vous n'êtes que trop ardents et que trop zélés. De travailler même à les perfectionner, à cultiver certains talents qui peuvent les distinguer et les avancer dans le ^londe, c'est un soin que vous ne négligez pas absolument, et de quoi plusieurs s'acquittent avec
toute la vigilance convenable. Non pas qu'il n'y ait de ces pères et de ces mères insensibles et durs, qui, tout occupes d'eux-mêmes , semblent méconnaître leurs enfants et les laissent manquer des secours les plus nécessaires, tandis qu'ils ne refusent rien à leurs propres personnes de tout ce qui ,peut contenter leur mondanité ou leur sensualité. Non pas qu'il n'y en ait à qui la vue de leurs enfants devient tellement insupportable, qu'ils les tiennent de longues années hors de la maison paternelle, les bannissant en quelque manière de leur présence, parce qu'ils leur blessent les yeux , et les abandonnent à des mains étrangères pour les conduire. Non pas qu'il n'y en ait, ainsi que je le disais dans le discours précédent, qui , ne voulant jamais se dessaisir de rien pour leurs enfants, et pour leur procurer des établissements sortables à leur condition , les voient tranquillement et impitoyablement languir auprès d'eux jusque dans un âge avancé , et les réduisent à la triste nécessité de passer leurs jours sans rang, sans nom , sans état. Non pas qu'il n'y en ait qui , dans un oubli entier de leurs enfants , ou par une molle et aveugle condescendance, ne leur donnent même nulle éducation pour le monde, leur permettant de vivre à leur gré, et les livrant, pour ainsi dire, à euxmêmes et à tous leurs défauts naturels. Quel champ, si je voulais m'étendre là-dessus et sur bien d'autres désordres que je passe, parce qu'après tout ils sont moins importants et moins fréquents! Mais le plus essentiel et le plus commun, c'est d'élever des enfants en mondains, sans les élever en chrétiens; c'est de veiller à tout ce qui regarde leur fortune, et de n'avoir nulle vigilance sur ce qui concerne leur salut ; c'est de leur inspirer des sentiments conformes aux maximes et aux principes du siècle, et d'être peu en peine qu'ils en aient de conformes aux principes et aux maximes de l'Évangile, c'est de ne leur pardonner rien dès qu'il s'agit du bon air du monde , des bonnes manières du monde, de la science du monde, et de leur pardonner tout dès qu'il ne s'agit que de l'innocence des mœurs et de la piété. De quoi néannàoins un père et une mère auront-ils plus particulièrement à répondre devant Dieu , si ce n'est de la sanctification de leurs enfants? Comme c'est là, sans contredit, ta première de toutes les affaires, ou plutôt comme c'est l'unique affaire, c'est à celle-là qu'ils doivent être spécialement attentifs dans l'instruction des enfants dont ils sont chargés, et par conséquent c'est à eux de porter leurs enfants à Dieu , et de les entretenir dans la crainte de Dieu; à eux de corriger les inclinations vicieuses de leurs enfants, et de les tourner de bonne heure à la vertu ; à eux d'éloigner leurs enfants et de les pré^ server de tout ce qui peut corrompre leurs cœurs,,