PREMIÈRE PARTIE
On n*en peat douter, chrétiens : h considérer le mariage dans toute son étendue, et surtout selon les trois qualités que j*ai marquées, comme sacrement, comme Ken d*une mutuelle société, et par rapport à l'éducation des enfants dont il est une propagation légitime; cet état porte avec soi des obligations qu'il vous estd'une importance extrême de bien connaître, et que je vais, pour satisfaire au deroîr de mon ministère, vous expliquer.
Cest, sans contredit, un bien pour le christianisme, et pour TOUS en particulier, qui êtes appelés par la Providence à vivre dans le monde, que le Fils de Dieu ait consacré le mariage par son institution; qne non-seulement le mariage ne soit point un état criminel, comme Tontvoulu faire passer quelques hérétiques; ni une société purement civile, comme il Test parmi les païens; ni une simple cérémonie de religion, comme il Tétait dans Tancienne loi; maïs on sacrement qui confère la grâce de Jésus-Christ, établi pour sanctifier les âmes , pour représenter un de nos plus grands mystères , qui est Tincamation du Verbe, et pour en appliquer les mérites à ceux qui le reçoivent dignement. Saeramenium hoc magnum. {Ephes,, S.) Oui, mes frères, disait saint Paul, ce sacrement est grand; et je vous le dis, afin que vous sachiez l'avantage que possède en oed notre religion par-dessus toutes les autres. Car Il n'est grand que par le rapport qu'il a avec Jésus- Christ, notre, divin Sauveur; il n'est grand que dans l'Église, qui est l'épouse de Jésus-Christ; il n'est grand que pour les fidèles, qui sont les membres du corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'il n'est grand que pour vous : Ego autem dico vobls in Christo et in Ecclesia, (Ibid. ) Tout cela est de la foi. Mais de là que s'ensuit-il? des obligations à quoi l'on fait bien peu de réflexion dans le monde, et que le mariage néanmoins vous impose. Car, puisque c'est un sacrement de la loi de grâce, il n'est donc permis de s'y engager qu'avec une intention pure et sainte; il n'est donc permis de le recevoir qu'avec une conscience nette et exempte de péché; il n'est donc permis d'en user que dans la vue de Dieu, et pour une fin digne de Dieu; et quiconque manque à ces devoirs commet une offense qui tient de la nature du sacrilège, parce qu'il profane un sacrement. Présupposé le principe de la foi , il n'y a rien en toutes ces conséquences qui ne soit évident et incontestable.
Mais encore une fois , on ne pense guère à ces conséquences dans le monde; et d'où vient qu'on n'y pense pas ; qu'on oublie dans ce sacrement les règles de piété, que l'on garde et que l'on croit devoir garder en recevaqt les autres? Vous êtes les premiers, et souvent même les plus zélés à condamaer un homme qui entrerait dons TÉglise et dans
les sacrés ordres par des vues ou d'intérêt ou d'ambition. Vous ne voudriez pas approcher du sacrement de nos autels sans vous être auparavant purifiés dans les eaux de la pénitence; et vous eroiries vous rendre coupables en vous présentant au tribunal de la pénitence pour une autre fin que d'honorer Dieu et de vous réconcilier avec Dieu. Quand on vous parle de ce Simon le magicien , qui demanda aux apdtres le sacrement de confirmation par un motif de vaine gloire; et quand on vous dit que Judas parut à la table de Jésus-Christ, et qu'il y communia dans une disposition criminelle, vous réprouvez l'attentat de l'un et de l'autre. Or, le mariage est-il moins respectable et moins vénérable en qualité de sacrement? Le Sauveur du monde l'a-t-il moins Institué que les autres sacrements? A-MI moins de vertu pour donner la grâce que les autres sacrements? Contient-il des mystères moins relevés qne les autres sacrements? Tout ce qui se dit des autres sacrements pour les exalter et nous les faire honorer ne convienMI passement à celui-ci? et par conséquent nedemande-t-il pas par proportion des dispositions aussi parfaites, un motif aussi chrétien, une pureté de coeur aussi entière, un usage aussi honnête et aussi saint ?
Nous savons tout cela dans la spéculation; mais, dans la pratique, voici la différence qu'on met entre ce sacrement et les autres. Pour ceux-là on s'y prépare, on y cherche Dieu, on y prend des sentiments de religion, et en cela l'on agit chrétiennement; mais est-il question du sacrement dont je parle, vous diriez que c'est dans la vie une chose indifférente et toute profane*, à laquelle ni Dieu ni la religion n'ont point de part. On fait un mariage par des considérations purement humaines, sans en avoir le moindre remords ; on le célèbre au pied de l'autel dans un état actuel de péché; et quoique ce soit incontestablement une profanation sacrilège, à peine en a-t-on quelque scrupule , parce que la plupart même ignorent ce point de conscience. Or, sur cela, mes chers auditeurs, comment peut-on se justifier devant Dieu? Car si vous voulez que je vous déclare ma pensée, voilà un des désordres les plus essentiels qui régnent aujourd'hui dans le christianisme. On n'y regarde plus, ce semble, le mariage comme une chose sacrée, mais comme une affaire temporelle, et comme une pure négociation. Qui es^ce qui consulte Dieu pour embrasser cet état ? Qui est-ce qui considère cet état comme un état de sainteté où Dieu l'appelle? Qui est-ce qui choisit cet état dans les vues de sa prédestination éternelle et de son salut? Le dirai-je? les païens mêmes étaient sur ce point plus religieux, du moins plus sages et plus sensés. Si le mariage parmi eux n'était pas un sacrement, ce n'était pas non plus, comme il l'est devenu parmi nous , un trafic merce^