‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 170 sur 256 · SUR L'ÉTAT DU MARIAGE · texte numérisé non relu

SUR L'ÉTAT DU MARIAGE

duit à de pareilles extrémités? Si cet état était pour | vous de l'ordre de Dieu , si vous ne Taviez pas choisi vous-même , ou que vous ne l'eussiez pris que par la vocation de Dieu, que dans les vues de Dieu , que sous la conduite de Dieu , sa grâce tous radoucirait , et sa providence ne vous manquerait pas au besoin. Il vous aurait adressée , comme Rébeoca, à Tépoux qui vous était deviné, et qui vous convenait; il donnerait à vos paroles une efflcace, et à vos soins une bénédiction toute particulière, pour rendre ce mari plus traitable, pour fixer ses légèretés, pour arrêter ses emportements, pour le retirer de ses débauches , pour calmer ses inquiétudes et dissiper ses jalousies ; du moins, dans les ennuis et les dégoûts , dans les rebuts et les mépris, dans les contradictions et les chagrins où vous vous trouvez exposée, il vous revêtirait d'une force divine pour les supporter; et, par son onction intérieure, il saurait bien , lors même que tout serait en trouble au dehors, vous faire goûter dans le fond de l'âme les douceurs d*une sainte paix. Mais parce que de vous-même, et en aveugle, vous vous êtes, pour ainsi parler, jetée dans les fers, il vous en laisse porter tout le poids; c'est-àdire, et vous ne le savez que trop, qu'il vous laisse porter tous les caprices d'un mari bizarre, toute les hauteurs d'un mari impérieux , toutes les brusqueries d'un mari violent, toutes les épargnes d'un mari avare, toutes les dissipations d'un mari prodigue , tous les dédains d'un mari peu affectionné et indifférent, toutes les folles et chimériques imaginations d'un mari jaloux. Il permet que vousmême, au lieu de chercher dans votre patience et en de sages ménagements le remède aux maux qui TOUS affligent, vous les augmentiez; que vousmême vous deveniez une femme vaine, une femme indiscrète, une femme mondaine et dissipée , une femme obstinée et opiniâtre; que vous-même vous ayez vos variations et vos inconstances , vos aigreurs et vos fiertés , vos vivadtés et vos colères : que l'un et l'autre vous ne serviez qu'à exciter le feu de la discorde, et qu'à rendre votre condition plus malheureuse.

Encore si l'on en était quitte à ce prix : mais une troisième source de peines dans le mariage , et j'ose dire une source presque inépuisable , c'est l'éducation des enfants. Un enfant sage , dit Salomon , fait la joie de son père; et celui au contraire qui a l'es*» prit mal tourné est un sujet de douleur et de tristesse pour sa mère : filius sapiens Mificat patrem ; fiUus vero stuUus mœstiUa est matrls suas, ( Prov., tO. ) Mais sans altérer en aucune sorte la parole du Saint-Esprit , je puis ajouter, dans un autre sens , que des enfonts à élever, soit qu'ils soient réglés, ou qu'ils ne le soient pas, sont communémeatpoar des pères et pour des mères un lourd

fardeau et une croix bien pesante, le ne parle point des soins que demande une première eiifance , su* jette à mille faiblesses auxquelles il faut condescendre, à mille besoins auxquels il faut fournir, à mille accidents sur lesquels il faut veiller. Supposons-les dans un âge plus avancé, et dans ce temps où ils commencent proprement à se faire connaître ou par leurs bonnes ou par leurs mauvaises qualités. Qoe ce soient , si vous le voulez , des enfants bien nés , et qui donnent pour l'avenir les plus heureuses espérances ; que ce soient de bons sujets , sur qui dans la suite on puisse compter, j'y consens : mais est-on pour cela en état de les pourvoir et de les avancer ? est-on pour cela certain de ne les pas pe^ dre, et de les conserver? Quel amer déboire, par exemple , et quelle désolation de se voir chargé d'une nombreuse famille, et de manquer des moyens nécessaires pour l'établir; d'avoir des enfants capables de tout, et de ne pouvoir les pousser à rien; d'être obligé de les laisser dans une oisiveté forcée, où ils passent tristement leurs jours, et dans une obscurité où leur naissance, leur nom , leur mérite personnel , demeurent ensevelis ! Quel regret, quel accablement, lorsqu'un accident imprévu, qu'une mort inopinée vient tout à coup à enlever des en* fants qu'on aimait et sur qui Ton disait fond ; à qui l'on avait d'amples héritages , de grands titres h transmettre , et qui devaient être le soutien d'nne maison , laquelle tombe avec eux , ou va bientôt après eux tomber! Or, vous le savez, si ce sont là dans le monde des événements rares , dont on ne puisse tirer nulle conséquence; et vous n'ignores pas ce qu'une expérience si commune vous a là* dessus appris et vous apprend tous les jours.

Mais ce que vous savez encore mieux parce qu'il est encore plus commun , c'est ce qu'il en coûte à des pères et à des mères, pour élever des enfants Indu* elles, pour redresser des enfants mal nés, pour soutenir des enfants sans génie et sans talent, pour gagner des enfants ingrats et sans naturel, pour ramener à leur devoir des enfants égarés et abandonnés à leurs passions, des enfants déréglés et débauchés ,prodigues et dissipateurs. N'est-ce pas là de quoi les familles sont remplies, et qu'y a-t-il de plus ordinaire ? Je dis des enfants indociles , des enfants toujours prêts à se révolter contre les sages remontrances qu'on leur fait et les salutaires enseignements qu'on leur donne; des enfants mal nés, que toutes leurs inclinations tournent au vice, et à qui l'on ne peut inspirer nul sentiment de christianisme , ni même d'honneur; des enfants sans gém'e, qu'on voudrait former, afin de les avancer, mais auprès de qui tous les soins qu'on prend deviennent inutiles, par le peu de disposition qu'on y trouve ; des enfants ingrats , qui ne sentent rien de ce <\u'oa fait cour eux ^ et dont on ne reçoit point

StR VÉTkt DU MARUGE.

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omiaissance que mille déplaisirs , d*aa- )iquants qu'on avait moins lieu de les ats enfants volages et inconsidérés , qu'une écipitation engage en de continuelles et affaires; déréglés et débauchés, que la rte à des désordres qui les décrient dans et dont rinfamie rejaillit sur ceux à qui ennent; prodigues et dissipateurs, qui, lir à des dépenses excessives , empruntent larts et à toutes conditions, sans être en Tavenir, et sans en prévoir les funestes 'est-il besoin que je m'étende sur cela da- ;t que vous dirai-je dont vous ne soyez truits que moi? N'est-ce pas là, pères et qui vous fait tant gémir? n'est-ce pas ce plonge en de si profondes mélancolies, vous jette en de si violents transports? as ce qui vous déchire le coeur, et ce qui dire en tant d'occasions, ce que disait B de Jacob et d'Ésaû : Si sic mihifutU' quidneces8€/uUconciperef[Genes.y 25.) i là les fruits du mariage, ne vaudraitlux pour moi de n'y avoir jamais pensé? l'état où , libre et dégagé de tout autre i n'est chargé que de soi-même! Vous le 1 cher auditeur, et ce n'est pas sans sujet ; i c^ qui est encore plus vrai, et ce qu'il encore plutôt vous dire et vous reprocher eu : que vous ne deviez donc pas vous dési vite à un chou , dont les conséquences mt à craindre ; que vous deviez prendre i de justes mesures, le consulter immédiali-méme par la prière, et consulter ses mi- {u'il a établis pour être les interprètes de ités; que vous deviez peser mûrement les ion selon les fausses maximes du monde, s la balance de l'Évangile et au poids du 'e ; que vous ne deviez rien omettre enfin , B d'embrasser l'état du mariage , pour bien e et ses obligations et ses peines , et en der> ses dangers, dont j'ai à vous entretenir roisième partie.

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