‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 172 sur 256 · SUE L'ÉTAT DU HARUGE · texte numérisé non relu

SUE L'ÉTAT DU HARUGE

quand il s'agit de suivre ses passions, de participer à ses désordres, de prêter l'oreille à ses discours médisants ou impies, d'entrer dans ses ressentiments, de seconder ses vengeances. Ainsi, que cet époux ait reçu une injure, qu'il ait été offensé et outragé, il vous est permis d'en être touchée, de partager avec lui sa peine, de lui procurer toute la satisfaction convenable : vous le pouvez et même vous le devez. Mais d'aller au delà, de prendre ses animosités et ses haines, de l'autoriser dans ses emportements et ses violences , de condesGeodrB à tout ce qui lui inspire un cœur aigri et animé, ce n'est point agir en femme chrétienne , ce n'est point là une vraie fidélité; et Jésus-Christ, en instituant le mariage dans son Église, n'a point prétendu qu'il servît à se faire un crime propre du crime d'autrui. De même que ce mari, ou ambitieux ou intéressé, forme d'injustes desseins, et qu'il veuille, contre le droit et la bonne foi , vous engager dans ses entreprises, c'est làqu'avec une sainte assurance, il faut tenir ferme et s'opposer à l'iniquité. Mais je lui dois obéir : point d'obéissance qui lui soit due au préjudice de la loi de Dieu. Mais il s'éloignera de moi : sa disgrâce alors vaudra mieux pour vous que son estime. Mais la paix en sera troublée : vous aurez la paix de la conscience, et elle vous sufiBra. Mais il cherchera toutes les occasions de me chagriner : vous profiterez de vos diagrins pour pratiquer la patience , et Dieu du reste vous consolera. Mais le moyen enfin de se soutenir toujours dans cette fermeté inébranlable, et de ne se démentir jamais? cela n'est pas aisé, j'en conviens; mais c'est pour celamême que jevous l'a! proposécomme un des plus grands dangers de votre état»

Et voilà ce que voulait dire saint Paul , écrivant aux Corinthiens, lorsqu'il faisait consister le bonheur des vierges à n'être point partagées entre Dieu et le monde; à n'être point chargées de l'obligation et du soin de plaire aux hommes , mais seulement à Jésus-Christ, l'époux de leurs- âmes : EtniMUerk^ wqda et virgo cogitai qum Domini stmi.(t. Cor., 7.) Au lieu, ajoutait-il , qu'une femme est toujours en peine comme elle se maintiendra tout à la fois et danâ la grâce de son mari et dans cellede son Dieu; se trouvant obligée, autant qu'il lui est possible, à contenter l'un et l'autre, et ne sachant néanmoins en mille rencontres comment y réusshr, ni par où les accorder. Tellement qu'il fout, par une triste nécessité, qu'elle renonce l'un pour l'autre, qu*elle abandonne l'un pour s'attacher inviolablement à l'autre; et c'est ce qui la trouble , ce qui divise son cœur, œ qui lui remplit l'esprit de pensées, de vues, d'affe^ tiens toutes contraires, ce qui la tient en de continuelles perplexités et quelquefois dans les plus cruelles incertitudes. Quœ autem tuq)ta est, cogitai qw swU mundi, quomodo placeat vira. (IbidO D'au-

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