‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 182 sur 256 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Oui , chrétiens, c'est une loi sainte que la loi de Jésus-Christ, et pour en être persuadés, considérez-la dans toutes ses parties : examinez-la dans son auteur, dans ses maximes, dans ses conseils, dans ses sectateurs , dans ses mystères, et en tout cela ne la tenez pour véritable, qu'autant qu'elle vous paraîtra sainte. Car la sainteté ne peut avoir pour fondement que la vérité, et la vérité est toujours le principe de la sainteté. L'illustre témoignage, chrétiens , en faveur de notre religion! Cum ad oGgtdd pervenitur quod est contra bonos mores (c'est saint Augustin qui parle ), non est magnum veram seciam afalsa discernere. ( Auo. ) Lorsque dans une secte on découvre des desordres en matière de mœurs , il n'est pas difficile de montrer qu'elle part d'un faux principe ; mais la présomption est toot entière qu'elle vient de Dieu , quand on n'y voit qu'innocence et que pureté de vie. Prenons donc cette règle pour reconnaître aujourd'hui la vérité de la loi chrétienne, et jugeons-en d'abord par la sainteté de son auteur.

C'est Jésus- Christ, ce Messie envoyé de Diea, qui , sans parler de Fonction de sa divinité, a passé pour le plus juste et le plus saint des honmies, dont la vie a été si pure , qu'il voulait bien la soumettre à la critique de ses plus cruels ennemis : Qtds ex vobis arguet me depeccatof (Joa.n«, 8.) Contre qui toute la synagogue conjurée ne put jamais produire deux témoignages conformes : Et non erani convenientia testimonia. (Mabc, 14.) Qui reçut . une déclaration authentique de son innocence, de

de la bouche même da juge, lequel porta Farrêt de sa coodamoation : NuUaM inivenio in eo cousam. (JoAN., 18.) Enfin, dont les vertus plus quliumalnes ont été publiées par ceux qui étaient les plus intéressés à en ternir la gloire : Fere Fi- Uus Dei erat isie, ( Mâtth., 26. ) Voilà celui qui Ù0U8 a donné la loi que nous professons. Les autres lois qui partagent aujourd'hui le monde ont eu pour auteurs des impies transfigurés en prophètes; des dieux, comme le paganisme , plus corrompus que les honunes mêmes qui les adoraient; un Mahomet souillé de toutes sortes d'impuretés, comme la secte qui porte son nom ; et pour ne pas oublier les hérétiques, qui par leurs hérésies ont altéré la purieté de la loi, des apostats de profession , un Luther, inf^epar ses incestes, qui même en faisait trophée, et qui s*est ?ai|té de ce que ses plus zélés partisans avaient honte de ne pouvoir désavouer pour lui. Toilà celui que Calvin appelait Tapôtre de PAllemagne, et que ne pourrais -je point dire de Càlvio lui-même?

A Dieu ne plaise, chrétiens, que j'en veuille à leur personne ni à leur mémoire! Si c'étaient des particuliers qui eussent été emportés par le torrent de rbérésie , je sais les règles de discrétion et de bienséance que j'aurais à garder. Mais puisqu'on a prétendu que c'étaient des hommes que Dieu avait remplis de son esprit pour les employer à la réformation de l'Église , encore est-il juste que nous les connaissions : les Pères en ayant toujours ainsi usé, quand il a été question des hérésiarques. Or est-il croyable que Dieu , pour réformer son Église, ait choisi des honunes de ce caractère !

Mais passons outre , et pour tirer d*un si grand sujet toute l'édification et tout le fruit que Dieu prétend que nous en tirions , voyons quelles sont les maximes de la loi que nous avons re^^ue de Jésus- Christ. Il est vrai que les ennemis de ce divin Sauveur firent tous leurs efforts pour le décrier comme un homme qui pervertissait le peuple , et dont la doctrine allait corrompre les mœurs ; mais il est vrai aussi que ce fut la plus grossière et la plus vaine de toutes les calomnies. J'ai prêché publiquement, diUl àCûphe, qui l'interrogeait sur ce point, et je n'ai janoais dogmatisé en secret : adressez-vous à ceux qui m'ont entendu; ils savent ce que j'ai dit. Nous le savons, chrétiens, puisqu'il nous a faits les dépositaires de ses sacrés oracles, et que nous avons encore entre les mains le précieux monument de sa loi. Trois chapitres de saint Matthieu en font le précis et l'abrégé : il n'y a qu'à les comparer avec tout ce que la morale paîemie a jamais produit, pour voir la différence sensible de l'esprit de Dieu et de celui de l'homme. Que la loi chrétienne est admirable! disait autrefois Lactanoe; c'est elle qui a éclairci toutes les lois de la nature, qui a mis la dernière perfection à toutes les

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lolsdtrines,qtti aautorisétoutesles loi8humaittes,el qui a détruit sans exception toutes les lois du vice et du péché : quatre chefs qui sont pour elle autant d'éloges, et qui mériteraient autant de discours. C'est elle qui a éclairci les lois de la nature, les interprétant selon toute leur pureté, et renversant toutes les erreurs dont Tignorance ou le libertinage des hommes les avaient obscurcies. On a dit à vos pères (c'est ainsi que Jésus-Christ instruisait les Juifs ), on a dit à vos pères : Vous ne serez point homicides; et moi je vous annonce, que quiconque dira à son frère une parole ou de colère , ou de mépris, sera condamné au jugement de Dieu. Vos pères ont cru que la haine d'un ennemi et la vengeance étaient permises , et moi je vous les défends. On leur a fait entendre que le parjure était un crime, et moi je veux que toutes sortes de jurements tous soient interdits. Était-ce de nouveaux préceptes qu'établissait le Fils de Dieu? non, dit saint Augustin : car de tout temps, jurer sans nécessité avait blessé . le respect qui est dû à Dieu; se faire raison de ses propres injures avait toujours été contre la raison , et jamais il n'avait été permis de désirer un plaisir qu'il n'est pas permis de se procurer. Mais ces lois que Dieu avait gravées dans le cœur de l'homme avec des caractères de lumière, comme parle le prophète royal, s'y étaient insensiblement effacées, et la loi chrétienne est venue les renouveler. C'est elle qui a mis la dernière perfection à toutes \ei lois divines , changeant la circoncision de la chair en celle de l'esprit; faisant succéder les effets de la pénitence aux cérémonies de la pénitence; sanctifiant le sacerdoce par la continence , pour le rendre plus digne des autels ; érigeant le mariage en sacrement , afin qu'il ne pût être violé que par une espèce de sacrilège ; le réduisant à cette sévérité de discipline, c'est-àdire, à cette unité et à cette indissolubilité à laquelle il était réduit dans sa première institution , et en retranchant tout ce que Dieu dans la loi ancienne avait accordé à la dureté du cœur des Juifs. C'est cette même loi de Jésus-Christ qui a autorisé toutes les lois humaines, puisque outre l'obligation civile et politique de les garder, elle y en ajoute une de conscience qui est inviolable , et qui subsiste toujours; puisqu'elle fait respecter les supérieurs légitimes, non pas en qualité d'hommes , mais comme les lieutenants et les ministres de Dieu ; puisqu'elle maintient leur autorité, non-seulement quand ils sont chrétiens et fidèles, mais quand ils seraient païens et idolâtres, non-seulement, dit saint Pierre, quand ils sont vertueux et parfaits , mais quand ils seraient remplis même de vices; non-seulement quand ils sont doux et favorables, mais quand Ils seraient emportés et fâcheux ; puisque hors ce qui est positivement et évidemment eontre Dieu, elte veut qu'ils soient obéis cocnxfiA i:^>s».\fifeQûfe^\i^^l^

parant point ces deux préceptes, Regem honorificote, Deum timete. (Pbtb. , 2. ) Craignez Dieu, et honorez les puissances ; et nous avertissant sans cesse , que Tun est essentiellement fondé sur l'autre. EuGn c'est elle qui a détruit généralement toutes les lois du péché, dont le nombre étant infini, sa gloire particulière est qu'il n'y en a pas une qu'elle ne réprouve et qu'elle ne condamne; frappant d'anathème l'injustice , en quelque sujet qu'elle paraisse ; ne respectant en cela ni rang, ni qualité ; n'ayant égard ni à coutume, ni à possession; ne s'accommodant ni à faiblesse, ni à intérêt; ne cédant pas même à la plus pressante de toutes les nécessités, qui serait celle de mourir : Ne moriendi quidem necessitati disciplina nostra conrUvet. (Tebtull.)

Les religions païennes ont-elles pu se glorifier du même avantage? Vous le savez , chrétiens , et vous ne pouvez ignorer que le caractère par où elles se sont distinguées a été de tolérer et de permettre tous les crimes : non-seulement de les permettre et de les tolérer, mais de les approuver, mais de les canoniser, mais, si j'ose me servir de ce terme, de les diviniser; n'ayant reconnu, dit excellemment saint Augustin, des dieux vicieux et lascifs, que dans cette vue , afin que quand leurs adorateurs se trouveraient excités au mal , ils considérassent plutôt ce que leur Jupiter aurait fait, que ce que Caton leur avait enseigné : Ut magis inluerentur quidfecisset Jupiter, quamquid censuisset CcUo, ( Aug.) Chose dont les païens eux-mêmes avaient horreur : ne pouvant souffrir ( c'est la remarque d'Arnobe), quelque déterminés qu'ils fussent à être méchants , qu'on le fût par profession de religion; et la plupart au moins de ceux qui passaient pour sages ayant mieux aimé vivre sans religion , que d'en reconnaître une pour bonne, qui ne les obligeât pas à être meilleurs.

Il en est de même des hérésies : car Dieu , dit saint Épiphane , a toujours permis que les erreurs dans la foi aient été suivies de la corruption et de la dépravation des maximes qui regardaient la conduite des mœurs , afin que cela même servît à les distinguer. L'hérésie du siècle passé semble avoir été en cela plus circonspecte et plus prudente, puisqu'elle affecta d'abord le nom de réforme : mais si elle en affecta le nom, peut-être ne lui faisons-nous point de tort, en disant que c'est une de celles qui en négligèrent plus la vérité ; et peut-être pourrionsnous, sans lui faire insulte et sans lui rien imputer que ses propres maximes , la détromper par ellemême et la convaincre. Car nous n'aurions qu'à lui opposer le langage de ses premiers pasteurs, pour lui montrer l'illusion de la vaine réforme qu'elle s'est attribuée ; et elle ne désavouerait pas que ces fmjt ministres préchant aux peuples , ne leur fissent Êouvent ces leçons. Prenez garde «mes frères > Veut

SUR LA SAINTETÉ, btc.

disaient-ils : on vous a fait entendre que c'était par les bonnes œuvres qu'il se fallait sauver ; on vous a trompés, elles sont inutiles pour le salut. On vous a dit que le juste devait veiller continuellement sur soi-même , pour ne pas déchoir de la grâce : abus, quand on a une fois la grâce , quelque crime que l'on commette , on ne la perd jamais. On voiis a fait accroire que vous aviez une liberté pour résister aux tentations : erreur; il n'y a plus de liberté dans nous, et c'est un terme qui ne signifie rien. On vous a nourris dans la crainte des jugements de Dieu ; cette crainte est criminelle et réprouvée. On vous a prêché la pénitence comme nécessaire, et moi je vous déclare , disait Calvin , que par la grâce du baptême tous vos péchés commis et à commettre sont déjà remis. On vous a persuadé qu' il y avait beaucoup à faire pour gagner le ciel : rien du tout : croyez , et vous voilà justifiés , cela suffit. Au reste, défaites-vous de mille superstitions importunes qui vous gênent. Êtes-vous prêtres ? renoncez au célibat, nous vous en donnons le pouvoir. Êtes-vous religieux? abandonnez votre profession, et nous vous recevons parmi nous. Mais j'ai promis à Dieu la continence : cette promesse est folle et impie , répondait Luther. Le joug de la confession vous pèse-t-il? secouez-le hardiment, et sortez de cet esclavage. Êtes-vous assujettis au jeûne du carême? c'est une invention des hommes. Maïs l'ÉgKse le commande : laissez parler l'Église , elle n'a nulle autorité pour lier vos consciences. Mais il lui faut obéir comme à notre mère : oui , par cérémonie et par police , mais non pas sur peine de péché. Car, encore une fois , ce sont là des dogmes de créance et de pratique qu'ils débitaient , et je me croirais coupable d'y rien ajouter. Or, dites- moi , mes cbers auditeurs , si la vérité et la pureté de la loi chrétienne pouvaient s^accommoder de tout cela ?

Non sans doute ; et si nous voulons encore mieux connaître cette loi sainte , voyons jusqu'où elle a porté la perfection de ses conseils. Qu'est-ce qae cette pauvreté évangélique qu'elle nous propose, et qui , non-seulement nous dégage de toute affection aux biens de la terre, mais nous dépouille de toute possession? Si vous voulez être parfait, dit le Fils de Dieu à ce jeune homme de TÉvangile , allez, vendez tout ce que vous avez ; donnez-en le prix aux pauvres , et vous serez en état de me suivre , et de'parvenir à la plus haute sainteté de ma loi. Qu'estce que ce renoncement volontaire à tous les plaîsîn des sens; que cette mortification et cet amour de la ' croix qui nous rend en quelque façon ennemis de nous-mêmes , jusqu'à nous refuser à nous-Tnêmes toutes les douceurs et tous les soulagements de la vie , jusqu'à nous persécuter nous-mêmes sans relâche, jusqu'à nous faire mourir nous-mêmes, non

^\tiX À^^X\.<^mQYt naturelle que Dieu n'a pas fait

SUR LA SAINTETÉ, etc.

Ire de nous, mais d*une mort intérieure et lelle? Qu*est-ce que cette humilité héroïque, us lEait fuir Téclat , et les honneurs du siècle , jtant de soin et autant d'ardeur que le monde » fait rechercher ; qui nous fajt aimer Fabjec- ^obscurité, les mépris, les outrages, qui remt de joie les apôtres , lorsque dans les prisons, ns les places publiques, qu'en présence des rats on les couvrait d'ignominies et d'oppro- 2u'est-ce que cette abnégation entière de ce lUs avons de plus cher, qui est notre volonté et notre liberté ; tellement que nous ne somus maîtres de nos désirs , plus maîtres de nos tions, mais dans une dépendance totale, et joug de l'obéissance la plus universelle et la roite? Quels miracles de vertus? et une vie ainctifîée, n'est-ce pas, selon la belle parole de Lmbroise , un évident témoignage de la divi- Testimonium divinitatis vitu christiani.

à, mes chers auditeurs, ce qu'on appelle la i chrétienne, où les infidèles, suivant le rapi saint Augustin , n'avaient rien davantage à dre , sinon qu'elle était trop sainte et trop paryidemur Us christiani res htanaruis paulo tam oportet deserere. (Aug.) Reproche mille lis avantageux et plus glorieux pour elle , que s éloges qu'ils lui eussent pu donner; mais 9i, si droite dans ses maximes et ses préceppure et si relevée dans ses conseils, si sainte )n auteur l'est-elle autant à proportion dans ;tateurs? Ah! chrétiens, instruisez-vous ici que vous devez être, ou plutôt confondezle ce que vous n'êtes pas. Être chrétien, c'est lint. Il n'y a qu'à lire dans saint Luc quelle vie des premiers fidèles, lorsqu'ils ne faisaient qu'une espèce de communauté à Jérusalem, a qu'à voir chez Tertullien quelles étaient ssemblées, quand ils commencèrent à se muldans le monde. Il n'y a qu'à considérer leurs et leurs pratiques dans l'excellent ouvrage nt Augustin en a composé. Diriez-vous que ent des hommes mortels, et non pas de purs et des anges dont il trace le caractère? Il n'y entendre ce qu'Eusèbe témoigne , que les ido- »ix-mémesse trouvaient obligés de reconnaî- 11 n'y avait de véritable sainteté que parmi étiens. Témoignage, ajoute-t-il, qu'ils leur int, surtout après avoir éprouvé leur charité ne peste qui ravagea toute l'armée romaine empereur Valérien, et où ils virent les fidèles )yer au soulagement de leurs propres ennemis itant de zèle que s'ils eussent été leurs frères m la chair, ou selon la foi. Quel esprit les t alors? était-ce un esprit particulier à quelos d'entre eux ? non ; mais c'était Tesprit uni-

versel de la loi chrétienne; ils étaient tels par engagement de religion ; et c'est ce qui convertit ce brave et généreux soldat qui fut ensuite l'ornement du désert, l'illustre Pacôme, et ce qui attirait tous les jours un nombre presque infini de dignes sujets à l'Évangile, lorsqu'ils faisaient attention aux fruiu merveilleux de sainteté que produisait le christianisme. Tant il est vrai , comme Tertullien le disait en traitant la même matière que moi , qu'on peut juger d'une créance par la conduite de ceux qui la professent, De génère conversationU quaUUufidei œstimari potest (TEBruLh.); et qu'un des grands motifs en faveur d'une doctrine est la vie irréprochable de ceux qui la suivent : Doctrinœ judex discipUna, (Ibid.) C'est-à-dire , quand la vie et la créance sont conformes , et que l'une est la règle de l'autre. Car c'eût été mal raisonner, remarque saint Augustin , que de conclure à l'avantage du paganisme, par la raison que quelques sages païens vivaient dans l'exercice et l'habitude des vertus morales, puisqu'on les pratiquant ils ne se conformaient en aucune sorte à leur religion; et ce ne serait pas une moindre injustice de se prévenir contre la religion de Jésus- Christ, sous prétexte qu'il y a des chrétiens dont la vie est dér^lée, puisqu'on cela ce n'est point selon les principes de leur foi , ni comme chrétiens qu'ils agissent. Nous nedésavouons pas, dit Salvien, qu'il n'y en ait parmi nous de très-libertins et trèscorrompus; mais nous .prétendons que la loi chrétienne n'est point responsable de leur libertinage et de leur corruption; car elle est la première à les accuser comme des prévaricateurs , la première et la plus zélée à les condamner et à les rejeter.

Mais, au contraire , quand je vois dans le corps de l'Ëglise tant de vertus et tant de sainteté ; quand je remonte à ces heureux temps où la loi évangélique était encore dans toute sa vigueur, et que je vois quelles âmes alors elle a formées , quels sentiments elle leur inspirait, de quelle ferveur elle les animait, à quelle perfection elle les élevait; quand, de siècle en siècle depuis Jésus-Christ je descends jusqu'à nous , etque je vois cette multitude innombrable dt parfaits chrétiens, c'est-à-dire d'honmies irrépréhensibles, qui ont sanctifié les déserts, sanetifié le» cloîtres, sanctifié les cours des princes, sanctifié le monde et tous les états du monde; quand , tout perverti qu'est le siècle où nous vivons , je vois les mêmes exemples en tous ceux qui veulent se rendre fidèles à la même loi (car il y en a ; et pour peu qu'il y en ait , c'est asssez pour nous faire eonnattre l'esprit de la loi qui les gouverne); quand je vois dans les prélatures de l'Ëglise des pasteurs vraiment apostoliques; dans le sacerdoce, de dignes ministres du Dieu vivant; dans le célibat, des vierges consacrées à la pureté ; dans le mariage, des pères et des mères pieux , et qui inspirent la piété à leurs fiimilles ; dans

SUR LA SAINTETE, etc.

mon repos, ma perfection, ma félicité. Hors de là mon esprit serait toujours flottant, ma vie toujours déréglée ; je n'aurais point de fin qiii terminât mes espérances, ni rien de solide pour arrêter mes désirs. C'est donc à la sainte loi de Jésus-Christ que je dois et que je veux inviolablement m'attacher; j*y reconnais Tœuvre de Dieu , non-seulement par sa sainteté, lex Domini immaculata; mais par la force surnaturelle et toute divine qu'elle a fait voir dans son établissement et dans la conversion du monde, converfens animas, Nouvelle attention , s'il vous plaît , à cette seconde partie.

DEUXIÈ51E PARTIE.

Le plus sage des hommes, Salomon, estima autrefois que trois choses dans le monde étaient d'une recherche très-difQcile , mais qu'il y en avait une quatrième absolument impénétrable à l'esprit humain, savoir, la route d'un vaisseau voguant sur la mer : Tria sunt difjicHia mihi, et quartum penitus ignoro, viam navls in mari. {Prov.y 30.) Vous serez étonnés, chrétiens, de l'interprétation que donne saint Ambroise à ce passage, mais autant qu'elle Tui est particulière, autant est-elle ingénieuse et solide. Ce vaisseau, dit-il, c'est l'Église, dont la barque de saint Pierre a été la Ggure ; et la route de ce vaisseau voguant sur la mer, c'est le chemin qu'a tenu l'Église pour s'établir au milieu des orages et des persécutions. En effet, ajoute ce saint docteur, je ne vois rien qui me surprenne davantage : et quand je considère toutes les circonstances, tous les principes, tous les moyens, tous les obstacles, tous les succès de cet établissement, je découvre d'une manière si sensible la force et la vertu de Dieu que je ne puis m'empécher de la publier, et de m'écrier : Et quartum penitus ignora, viam navis in mari.

Tous les Pères ont été éloquents sur ce point, et ils ont employé leurs plus belles lumières pour nous en donner quelques idées; mais du reste ils ont reconnu que cette matière était au-dessus d'eux. Ne laissons pas néanmoins de recueillir quelques-uns de leurs raisonnements : et pour entrer d'abord dans un si grand sujet, de quoi s'agissait-il, mes chers auditeurs , quand Jésus-Christ à l'âge de trente ans , après une vie obscure et cachée, voulut enfin se manifester au monde , et y vint prêcher une loi toute nouvelle? Que prétendait-il? la chose étonnante! Il ne s'agissait pas moins que de faire un monde tout nouveau, que d'abolir des superstitions plus anciennes que la mémoire des hommes, à qui les peuples tenaient tout leur bonheur attaché; qu'ils conservaient comme l'héritage de leurs pères, pour lesquelles ils combattaient avec plus d'ardeur que pour leur propre vie ; dont ils faisaient les fondements de kuTs ré])iib!i(]uos et de leurs États. Il fallait les faire

renoncer à des erreurs que Tasage presque de tous les siècles avait autorisées, qui se trouvaient appuyées de l'exemple de toutes les nations, qui favorisaient tous les intérêts de la nature, et dont la possession ne pouvait être troublée sans troubler presque Tum* vers. Voilà ce qu'il fallait ruiner : mais qu'était-il question d'établir? une loi austère et incommode, une foi aveugle, une religion contraire à toutes les inclinations de la chair. Quelle entreprise! et que fallait-il pour en venir à bout? il fallait s'exposera avoir toutes les puissances de la terre pour ennemies, la sagesse des politiques, l'autorité des souverains, la cruauté des tyrans, le zèle des idolâtres, l'impiété des athées.

*Si donc, demande là-dessus saint Augustin, Jésus-Christ, avant que de faire la première démarche, et d'en venir à l'exécution de cette grande afËiire, en eât communiqué avec un des philosophes de ce temps-là , homme de sens et de conseil , et qu'il se fût ouvert à lui de celte sorte : Je veux , malgré toutes ces contradictions, introduire ma doctrine dans le monde; je veux qu'elle y soit reçue, qu'elle y fleurisse, qu'elle y règne, qu'elle se répande partout. Et parce que Rome est la' maîtresse de l'univers, c'est là particulièrement que je me suis proposé de l'établir. Cest cette fameuse et superbe ville que je choisis dès à présent pour en faire le centre de ma religion , et du siège qu'elle est de Tempire, le siège principal de mon Église. Toutes sortes de divinités y habitent comme dans leur domicile et dans leur temple; je prétends les en chasser et y dominer seul. Qu'eût répondu à ce langage, et qu'eût pensé de ce projet un sage du siècle? Mais si le même Jésus- Christ lui eût ajouté, que pour accomplir tout cela, il ne voulait user d'aucun des moyens que la prudence humaine a coutume de fournir pour ces grands et importants desseins; qu'il ne faisait aucun fond, ni sur le crédit, ni sur les richesses , ni sur la doctrine, ni sur Téloquence, et que pour tout secours il destinait à la publication de sa loi douze pauvres pêcheurs, sans lettres, sans science, sans appui : encore une fois, dit saint Augustin, ce philosophe n'eût-il pas traité cette entreprise de chimère et de folie? Voilà cependant ce qui s'est fait, chrétiens, et c'est la merveille que nous voyons. Cest ce qu'ont admiré tous les grands hommes du monde, lorsqu'ils se sont appliqués à le considérer bien attentivenient et sans préoccupation. C'est ce qui faisait dire à Pic de la Mirandc que c'était une insigne folie de ne pas croire à l'Évangile : Magna insania est EvangeUo non credere (Pic Miban.) : et c'est encore par la même raison que saint Augustin, avec une subtilité admirable, réfutait certains hérétiques qui doutaient de la résurrection des morts. Le Fils de Dieu, leur disait-il , a prédit que les corps devaient ressusdter; cela vous parait incroyable : mais en même temps

SUR LA SAINTETE, btc.

il a prédit aoe autre chose qui semble encore être f digieux événement? tout se déq^iatne oontre les pré-

moins croyable, qui est, que ce mystère incroyable de la résurrection serait cru par tout le monde. De ces deux choses incroyables , selon les apparences celle qui devait être la moins crue est déjà arrivée, car on croit par toute la terre que les hommes ressusciteront un jour : pourquoi donc, concluait-il, ne croiriez-vous pas Tautre que vous jugez être moins incroyable que celle-là, savoir, la résurrection même ?

Il n*y a que la loi de Jésus-Christ qui se soit établie par des principes où toute la raison de Tbomme se perd , et où il faut nécessairement avoir recours à une vertu supérieure. C'est elle seule , dit saint Jérôme , qui s*est maintenue dans les persécutions : Sola in persecutionibus sUiit Ecclesia. ( Uiebon. ) Elle seule, pour qUi le sang de ses sectateurs ait été, selon le mot de Tertulien , comme une semence féconde, Sanguis martyr um senien christianorum. (Tebtul. ) Dieu nous avait lui-même représenté ce miracle de la propagation du christianisme, dans les Hébreux esclaves, dont TÉcriture a marqué, que plus les Égyptiens s'efforçaient de les opprimer a6n d'éteindre leur race, et plus ils croissaient en forces et en nombre , sans faire autre chose que de soupir : Quanta opprimehant eos, tanto magis /nuUiplicabantur et crescebant. {Exod,, 1.) Quel souvenir , chrétiens , je me rappelle , et quelle scène pour ainsi parler, s'ouvre devant mes yeux ! Je vois tout l'univers conjuré contre Jésus-Christ et contre sa loi ; l'enfer lui suscite de toutes parts des ennemis pour la détruire , les empereurs donnent des édits , les magistrats prononcent des arrêts, les bourreaux dressent des échafauds et des bâchers ; et que fera pour résister à de si violents efforts , et pour soutenir de si affreuses tempêtes , une petite troupe de gens livrés comme des victimes au pouvoir de leurs persécuteurs? Ah! Seigneur, s'ils ne peuvent rien faire par eux-mêmes , vous ferez tout pour eux; et c'est là que vous emploierez cette force divine , qui lie parait jamais avec plus d'éclat que dans notre infirmité. Si votre loi était moins violemment attaquée , ou si elle avait de plus puissants défenseurs , il y aurait moins lieu de croire qu^ vous en avez été le soutien, et de conclure que vous en êtes l'auteur. Il faut que tous les grands de la terre conspirent contre elle ; il faut que ceux qui la défendent, bien loin de prendre le glaive pour frapper , n'aient pas même selon l'ordre que vous avez porté , un bâton à la main ; il faut enGn que destituée de toute assistance de la part des hommes , abandonnée en quelque sorte à elle-même et à toute sa faiblesse , elle triomphe néanmoins , et qu'elle fasse tout plier sous son obéissance. 11 le faut, afln que tous les peuples connaissent que c'est votre loi , et qu'ils l'embrassent.

dicateurs de la foi , et contre leurs disciples : on les lie , on les charge de chaînes , on les enferme dans des cachots , on les attache à des croix , on les étend sur des roues , on les fait périr par la faim et par la soif, par le fer et par le feu , par tous les tourments; et toutefois la loi qu'ils professent subsiste, se répand , fait tous les jours de nouvelles conquêtes, passe jusqu'aux extrémités du monde , entraîne tout, soumet tout, se fait recevoir et respecter partout : Quanio opprimebant eos y tanto magis muUiplicabantur et crescebant. Que dis-je? de ses ennemis mêmes , elle fait ses propres sujets. Ceux qui la poursuivaient avec plus d'ardeur , pour l'anéantir, deviennent les plus zélés à maintenir ses intérêts, à se déclarer pour elle, et à lui obéir. Elle gagne jusqu'aux bourreaux , jusqu'aux tyrans, jusqu'aux têtes couronnées : Tanto magis multiplia cabantur et crescebant,

Dequoi parlons-nous, meschers auditeurs? Est-ce des succès de l'Église naissante , lorsqu'elle était encore dans sa force et dans toute la vigueur de son premier esprit? Faut-il remonter si haut, et ne sommes-nous pas encore aujourd'hui témoins de ce miracle ? Tous les autres oui cessé , parce que la foi , dit saint Grégoire, a pris d'assez fortes racines, pour n'avoir plus besoin de ces secours extraordinaires ; mais la Providence a voulu conserver le miracle de la propagation de l'Évangile , parce qu'il devait être le caractère de la vraie religion. Nous le voyons ; et comme saint Jérôme se conjouissait autrefois avec une dame romaine de ce que leSérapis d'Egypte était devenu chrétien , de ce que les froids de la Scythie brûlaient des ardeurs de la foi , de ce que les Huns avaient appris à chanter les louanges de Dieu. Hunni psalterium canere norunt (Hieron ); ainsi , pour peu que l'esprit de notre religion nous anime , et que nous y prenions autant d'intérêt que le devoir et le zèle nous y engagent, nous pouvons bénir le ciel de ce que dans ces derniers temps l'Église a fait peut-être de plus grands progrès qu'elle n'en fit jamais depuis sa fondation ; de ce qu'elle s'est rendue maîtresse de tout un nouveau monde; de ce que les barbares du Septentrion , quittant leurs superstitions brutales, ont reçu sa sainte police; de ce que les peuples les mieux civilisés de TOrient et les plus attachés à leurs lois s'offrent tous les jours en foule pour se soumettre aux siennes ; de ce que les idolâtres sont venus des régions les plus éloignées reconnaître jusque dans Rome sa monarchie universelle; de ce que le plus grand empire de l'univers, contre ses maximes fondamentales, lui a enfin ouvert ses portes; de ce que sans cesse on y voit naître des églises florissantes en vertus et en mérites. Et comment tout ce/a se fait-il ? c'est le prodige ,

Or, qui peut en effet ne le pas reconnaître à ce pro- dirétiens , que l'on vous a cent fois représenté , que

554 SUR LA SÂUNTËTÉ, etc.

vous avez ceni fois ^dmiré, et dont la sagesse hu- [ pas comment se sont établies les religions paîen-

maine doit nécessairement convenir : par des moyens en i^parence les plus faibles ; par des moyens qui non^seuîement semblent n'avoir nulle proportion avec les succès que nous admirons , mais qui y paraissent tout opposés; par les mêmes moyens que Jésus-Christ a employés, et qu'il nous a laissés en héritage. Je veux dire par les croix , les souffrances, les affronts, les emprisonnements, la mort, par tout ce qu'ont enduré et tout ce qu'endurent actuellement tant d'hommes apostoliques. Avec de telles armes ils ont surmonté toute la résistance de l'enfer, ils ont triomphé de l'idolâtrie , détruit les temples des faux dieux, dompté l'orgueil des nations , converti des millions d'infidèles; ou plutôt, est-ce à eux qu'on doit attribuer de pareils changements? n'est-ce pas à la loi même qu'ils annoncent , et d'où lui peut venir cette force, que de Dieu?

C'est sur cela que le prophète, éclairé d'en haut et inspiré de Dieu , s'adressait à l'Église sous le nom de Jérusalem, et qu'il la félicitait en des termes si magnifiques : Surge, illuminarey Jérusalem, qtda gloria Domini super te orta est ( Isai. , 60) : Levezvous, et montrez-vous à toute la terre, lieureuse Jérusalem , car le Seigneur vous a couronnée de sa gloire , et revêtue de sa force toute-puissante. Leva in clrcuUu oculos tuos, et vide ( Ibid.) : Jetez les yeux autour de vous , et voyez tous les peuples assemblés auprès de vous et humiliés devant vous. Us sont venus de toutes les parties du monde , pour se soumettre à votre empire. En voilà de fOrient , et en voilà de l'Occident; en voilà du Septentrion, et en voilà du Midi. Il n'y a point de région si éloignée, point de contrée qui ne reconnaisse votre suprême domination. Omnes isti congregati sunt, venerunt tibi. (Ibid.) Ah! glorieuse mère; ce ne sont point seulement des sujets qui viennent vous rendre hommage ; ce sont vos enfants , ce sont les fruits de votre fécondité miraculeuse f ouvrez votre sein pour les recevoir : Filii lui de longe venient, etfilix tux de latere surgent. { Ibid.) Quelle multitude , quelle affluence ! que de triomphes et que de conquêtes! que de consolations pour votre cœur! Jouissez de vos succès, et gloriflez le souverain Maître , dont la grâce victorieuse s'est fait sentir au delà des mers, et a opéré en votre faveur toutes ces merveilles : Tune videbis et afflues , et mirabitur et dilatabitur cor tuum, quando conversa fuerit ad te multitudo maris, fortitudo gentiwni venerlt tibi. ( Ibid. )

Je le répète , mes chers auditeu rs , il n'y a que la religion de Jésus-Christ qui porte avec soi ce caractère de vérité. Car qui ne sait pas comment les hérésies se sont répandues dans le monde ; que c'a presque toqjours été par la violence, par le fer et parle ibo, aemwit Itjom d'âne ohéifltaiioe légitime, et pMiyM ne sait

nés; que c'a été parla licence des mœurs qu'elles fomentaient, accordant tout à la nature corrompue, et consacrant jusques aux plus honteux désordres? En voulez-vous la preuve? observez ceci : c'est que les sectes de philosophes qui s'élevèrent contre les vices , et qui se proposèrent de les corriger , échouèrent toutes dans un semblable dessein. Elles ont tait un peu de bruit, et rien de plus; pourquoi? parce que d'un coté ces sages du siècle ne s'accommodaient pas aux inclinations vicieuses et naturelles des hommes, et que de l'autre ils n'avaient rien au-dessus de l'homme : c'est pour cela, dit le cardinal Pierre Damien, que toute leur suffisance s'est évanouie en présence de Jésus-Christ, dont la sagesse a été comme la verge d'Aaron, qui a dévoré toutes celles des magiciens d'Egypte. Ces grands génies , ajoute saint Augustin , qui furent les maîtres de la philosophie sitôtqu'ils se sont approchés de Jésus-Cluristontdisparu. Aristote a dit ceci , Pythagore a dit cela, Zenon a été de ce sentiment : mais mettons-les en parallèle avecl'Homme-Dieu; comparez leur autorité avec celle de l'Évangile, et cette comparaison les effacera tous. Tandis que vous les considérez seuls, ce qu'ils disent vous paraît quelque chose ; mais lorsque vous leur opposerez la doctrine évangélique, vous ne trouverez plus que vanité dans leur morale. Aussi, disait saint Jérôme, qui est-ce qui lit aujourd'hui les livres de ces philosophes? A peine voyons-nous les plus oisifs s'y arrêter ; au lieu que la doctrine de Jésus-Christ est préchée par tout le monde, et que tout le monde parle de la foi que de pauvres pêcheurs ont publiée : Rusticanos veropiscatores miseros , totus orbis loguitur , universus mundus sonat. ( Hiebon. )

Quelle conclusion, chrétiens ! car il est temps de finir; et mon sujet me conduirait trop loin si j'entreprenais de le développer dans toute son étendue. Mais en finissant, je ne dois pas omettre quelques conséquences , que je vous prie de ne pas perdre , et qui seront autant d'instructions pour vous et pour moi.. Je les réduis à quatre , et je les comprends en quatre mots : reconnaissance, étonnement, réflexion, résolution. Appliquez-vous. Reconnaissance, et envers

qui ? pouvons-nous l'ignorer , Seigneur , et ne seraitce pas la plus monstrueuse ingratitude, si jamais nous venions à méconnaître le plus grand de vos bienfaits ? Soyez-en donc éternellement béni , ô mon Dieu : c'est vous et vous seul qui avez formé cette Église, où nous devions trouver le salut; vous qui l'avez enrichie de vos dons, vous qui l'avez animée de votre esprit , vous qui lui avez révélé vos vérités, vous qui lui avez confié votre loi : tout cela pour nous retirer des ombres de la mort , où le monde était enseveli , et pour nous conduire à la vie bienheureuse où il vous a plu , par une bonté inestimable, de nous

SUR LA SÀmiETÉ, etc.

appeler. Gr✠générale : mais ce que nous regardons encore comme une grâce beaucoup plus particulière et plus précieuse , c*est vous-même , mon Dieu qui dans ce christianisme où nous avons eu le bonheur de naître ; nous avez choisis , nous avez spécialement éclairés, nous avez enseigné vos voies nous avez pourvus des secours les plus abondants pour y marcher; sans ce choix de votre part et sans cette prédilection toute gratuite , que serions-nous devenus , et en quelles ténèbres serions-nous plongés? Nul autre que vous, Seigneur, n'a pu faire de nous ce discernement favorable, qui nous distingue de tant de nations infidèles; et, prévenus du sentiment de notre indignité, nous ne nous tenons redevables d'un tel avantage qu'à votre infinie miséricorde.

Étonnement : de quoi? ne le voyez-vous pas, mes diers auditeurs, et n*est-il pas en effet bien étonnant que la foi, dès la naissance du christianisme, ait converti le monde entier, et que maintenant avec la même vertu , elle ne nous convertisse pas ? C'està-dire , qu'elle ait fait passer le monde entier de l'idolâtrie au culte du vrai Dieu , et que jusque dans le sein de FÉglise elle ne ramène pas tant de pécheurs à Dieu, elle ne les fasse pas revenir de l'état du pédié au service de Dieu , elle ne les rende pas pénitents devant Dieu, et plus fidèles, plus zélés dans Fobservation de la loi de Dieu. Voilà sur quoi Dieu Teut que nous soyons nous-mêmes nos prédicateurs, et que nous nous parlions à nous-mêmes. N'estait pas étonnant qu'une loi si efficace pour tant d'autres le soit si peu pour moi? car quel changement, quel retour, quelle réformation de vie a-t-elle opérée dans toute ma conduite? et quand j'aurais le malheur d'être né dans les ténèbres du paganisme, serais-je plus mondain, plus voluptueux que je ne le suis? me porterais-je à de plus honteux excès, et vivrais-je dans un plus grand dérèglement de moeurs ? ^'es^il pas étonnant qu'une loi qui a humilié les monarques et les potentats du siècle, qui leur a inspiré le mépris de toutes les pompes humaines, n'ait pas encore modéré cette ambition démesurée qui me consume, ni effacé de mon cœur ces vaines idées de gloire , de fortune , d'agrandissement , qui m'occupent sans relâche, et à quoi je sacrifie si souvent ma conscience et mon salut? N'est-il pas étonnant qu'une loi qui a fait embrasser la pauvreté évangélique à tant de riches, et qui, par un renoncement parfait aux biens temporels , les a dépouillés de tout ce qu'ils possédaient, n'ait pas encore éteint jusqu'à présent cette ardente cupidité qui me brûle , et ce d^ir ihsatiable d'amasser, d'accumuler, d'a- Toir? Que dirai-je de plus , et cesserais-je de trouver des reproches à me faire, si j'en voulais parcourir tous les sujets? N'est-il pas étonnant qu'une loi qui a donné h tant de généreux chrétiens assez d*assu-

rance et de fermeté pour se déclarer en présence des magistrats, et pour paraître devant leurs tribunaux, ne m'ait point encore affranchi de l'esclavage où me tient une honte lâche et criminelle , lorsqu'il faut faire une profession ouverte d'être à Dieu , et m'élever au-dessus des discours du monde? Il s'agissait pour ceux-là, en se feisant connaître, de perdre la vie, et ce danger ne les arrêtait pas : il n'est question pour moi que de quelques paroles que j'aurai à essuyer, et je demeure. N'est-il pas étonnant qu'une loi qui a soutenu tant de martyrs dans les ennuis de l'exil , dans les rigueurs de la captivité, dans l'horreur des plus cruels supplices, ne m'ait pas encore formé à supporter quelques adversités avec patience, ne m'ait pas encore appris à pratiquer quelques exerdces de la pénitence, ne m'ait pas encore fait observer les devoirs de ma religion avec plus de fidélité et plus de constance? Voilà, dis-je, ce qui nous doit jeter dans l'étonnement, et n'est-il pas bien fondé? Ah! chrétiens, que pouvons-nous là-dessus nous dire à nous-même pour notre justification, et que dirons-nous à Dieu? Mais ce n'est pas tout.

Réflexion. Que nous sert-il de professer une loi dont la vertu est toute-puissante, lorsqu'à notre égard elle se trouve inutile et sans effet? De quel avantage est-il pour nous que cette loi ait triomphé de toutes les puissances du siècle et de l'enfer, si elle ne triomphe pas de nos faiblesses? Ces miracles , ces prodiges, ces conversions, qu'est-ce que tout cela, que notre confusion, que notre conviction, que notre condamnation ? Eh! mes chers auditeurs, ne comprendrons-nous jamais de si importantes vérités? La loi chrétienne a le pouvoir de nous convertir et de nous sanctifier, c'est un point de foi; si donc elle ne le fait pas , ce n'est point à elle que nous pouvons l'imputer, puisqu'elle a fait quelque chose de plus grand. Non-seulement la loi chrétienne peut nous convertir et nous sanctifier, mais il est nécessaire qu'elle nous convertisse en effet et nous sanctifié. Je dis doublement nécessaire : en premier lieu, parce que nous ne pouvons être vraiment convertis et sanctifiés que par elle ; en second lieu , parce que sans la conversion et sans la sanctiGcation de notre vie , nous ne pouvons être sauvés. Enfin la loi chrétienne ne nous convertira et ne nous sanctifiera jamais, tandis qu'une autre loi nous gouvernera, parce qu'étant une loi divine, elle veut être seule et absolue dans les sujets qui la reconnaissent et qu'elle conduit. Par conséquent , nous aurons beau prétendre accorder cette loi de Dieu avec les lois du monde, son esprit avec l'esprit du monde, ses maximes avec les maximes du monde, c'est un mystère que les saints n'ont jamais compris, c'est un secret que rËYangUe ne nous enseigne points c'est une illusion qui perd une infinité de demi-chr6«

sua L'OISIVETR

tiens , et qui nous perdra. Non, nous nVons qu'un maître à écouter, qui est Jésus-Christ. Si nous en écoutons d'autres avec lui, si nous voulons, après avoir senti les mouvements de sa grâce dans le fond du cœur, après avoir entendu sa doctrine par la bouche des prédicateurs , après avoir reçu ses conseils par la voix des directeurs, prêter encore Toreille au monde qui veut avoir part à toutes nos actions, et qui voudrait même régler jusqu'à nos plus saintes pratiques, et à nos dévotions, dès là nous détruisons d'une main ce que nous bâtissons de l'autre, et nous faisons un partage que Dieu réprouve.

Résolution. Puisque la loi chrétienne a tant d'efficace et tant de force , laissons-la désormais agir, et n'arrêtons plus sa vertu; secondons-la par une pleine correspondance , et déterminons-nous à vivre comme elle nous le prescrit. Bientôt nous éprouverons ce qu'elle peut, et nous verrons où elle nous conduira. Quel progrès n'aurions-nous point fait jusqu'à présent si nous l'avions suivie , et où ne nous aurait-elle pas élevés? Ce qui nous parait impossible, parce que nous le mesurons par nos propres forces, nous l'aurions généreusement entrepris et heureusement exécuté, parce qu'elle nous aurait soutenus. Cest, mon Dieu, ce que vous me faites aujourd'hui connaître, et ce qui m'inspire la résolution que je forme de m'abandonner sans retour à votre loi. Qu'elle ordonne, j'obéirai ; qu'elle m'intime vos volontés, je les accomplirai; qu'elle me trace la voie, j'y marcherai. Elle est étroite, il est vrai, cette voie, elle est semée d'épines; mais, par la force de la loi que j'aurai pour guide et pour soutien , je surmonterai toutes les difficultés. Les épines, dès cette vie, se changeront en fleurs, ou du moins, après les travaux de cette vie, j'arriverai au bienheureux terme du repos éternel.

Mnsi soit'iL

SERMON

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