SUR LA SAINTETÉ ET LA FORCE DE LA LOI CHRÉTIENNE
SimUe est regnum cœlanm grano iinapû , quod aeetptenê homo seminavit in agro $uo : quod nUnimum qnidem mi omnibus teminibus , cum auiem creverit , nuiJuseMiomniktiê oUrihut, et fit afhor.
Le royaume des cieax est semblable à un grain de sénevé qu*UD homme prend et sème dans son champ. Cest le plus peut grain de toutes les semences; mais lorsque ce grain a poussé, il s'élève au-dessus de toutes les autres plantes, et il devient arbre. Mathi. , chap. is.
Ce royaume des cieux , dans le langage de l'Écriture, et selon la pensée des Pères et des interprètes , qu'est-ce autre chose , chrétiens , que l'Évangile? Et en effet, c'est par cette divine loi que Dieu règne en nous, et c'est encore cette loi qui nous dispose à régner un jour nous-mêmes avec Dieu dans le ciel. Doublement donc royaume des cieux, soit parce qu'elle établit dans nos cœurs un empire tout céleste, qui est l'empire de Dieu; soit parce qu'elle nous donne droit à un royaume tout céleste, qui est l'héritage des enfants de Dieu. Or, ceroyaume des cieux , cette loi évangélique, dit le Sauveur du monde , est semblable à un grain de sénevé , et cela comment? en deux manières, que le même Fils de Dieu nous a expressément marquées dans les paro* les de mon texte : savoir, par sa petitesse et par son étendue; par sa petitesse dans son origine, quod minimum quidem est omnibus seminibus; et par son étendue dans ses accroissements et ses progrès, cum autem creverit, majus est omnibus oleribus. C'est-à-dire, suivant l'application que fait saint Jérôme de cette parabole à la loi chrétienne, que comme entre toutes les graines , une des plus petites avant qu'on l'ait semée est le sénevé ; ainsi de toutes les religions du monde , il n'y en a point eu , à la considérer dans sa naissance , de plus obe« cure que la loi de Jésus-Christ , ni en apparence de plus faible; mais, ajoute aussi ce saint doctemr, pour achever la comparaison , de même que le grain
de sénevé, dès qu'on l'a jeté dans la terre, y prend racine , croît ensuite , se fortifie, pousse des branches, produit des feuilles, porte des fruits, monte enfin jusqu'à la hauteur d'un arbre, et sert de retraite aux oiseaux du ciel , et fit arbory ifa ut votucres cœli habitent in ea; de même a-t-on vu l'Évangile prêché par Jésus -Christ dans la Judée, passer de là , par le ministère des apôtres , aux nations, ranger tous les peuples sous sa domination spirituelle, abolir le culte des faux dieux , et devenir de l'un à l'autre pôle la loi dominante. Loi perpétuelle, qu'une heureuse succession de siècles, malgré toutes les révolutions humaines, a conservée jusqu'à nous, et que la même tradition doit maintenir jusqu'à la fin des temps. Loi que nous avons reçue, mes chers auditeurs, que nous professons, où sont renfermées nos plus grandes espérances, et qui seule est la règle que nous devons nous proposer dans tout le plan de notre vie. Il est donc important, afin de nous attacher toujours davantage à cette loi, que nous en connaissions les glorieuses prérogatives, et c'est de quoi j'entreprends aujourd'hui de vous entretenir. De les vouloir parcourir toutes , ce serait une matière infinie , et bien au delà des bornes qui me sont prescrites. Arrêtons-nous à notre parabole , nous y trouverons également de quoi relever l'honneur de l'Évangile, et de quoi servir à notre instruction; après que nous nous serons adressés à la Vierge qui nous a donné le divin législatear dont nous suivons la doctrine, et à qui la foi nous tient soumis. Ave,
Il n'y a que Dieu qui puisse par lui-même sanctifier les âmes et les convertir, parce qu'il n'y a que Dieu qui soit saint par lui-même , et le principe de toute sainteté , comme il n'y a que lui qui tienne en ses mains les cœurs des hommes , ni qui leur donne telle impression, qu'il lui plaît, par les secrètes opérations de sa grâce. Deux caractères qu'il a communiqués à la loi évangélique , et qui , sans autre preuve, nous font suffisamment entendre que c'est une loi divine. Deux avantages qu'exprime parfaitement la parabole de ce petit grain qu'un homme a semé dans son champ , et où nous remarquons tout à la fois une double qualité , je veux dire une qualité saine et une qualité forte tout ensemble. L'une qui nous figure la sainteté incorruptible de la loi chrétienne dans les règles de conduite qu'elle nous trace et dans la perfection où elle nous appelle; Fautre, qui nous représente la force victorieuse et toute-puissante de cette même loi dans la conversion du monde entier, et dans les progrès inconcevables qu'elle y a faits, malgré tous les obstacles qui en devaient arrêter le cours. Enfin deux prérogatives toutes singulières de l'Évangile de Jésus-Christ, comprises en deux paroles du prophète royal ^ lorsqu'il nous dit que la loi du Sei*
SUR LA SAINTETÉ, btc.
gneur est pure et sans tache , kx DonUni imma» adata ( Ps. 18 ) ; et que par une vertu qui lui est particulière et qu'elle exerce sur les âmes, elle les attire à Dieu et les convertit : convertens animas. Sainteté de la loi chrétienne, force de la loi chrétienne : voilà tout le fond et tout le partage de ce discours. Sainteté , qui fait de la loi chrétienne une loi parfaite et irréprochable; c'est ce que je vous montrerai dans la première partie. Force qui 8U^ passe toute nature, et qui a fait faire à la loi chrétienne, dès son premier établissement, les plai merveilleuses conquêtes; ce sera le sujet de la seconde partie. Dans l'une nous jugerons de cette loi évangélique par ce qu'elle est en elle-même; et dans l'autre , par ce qu'elle peut et ce qu'elle a fiadt. De l'une et de l'autre je conclurai que c'est donc une loi toute céleste; et qu'elle vient de Dieu, et que Dieu seul en est l'auteur. Lex DonUni immaculata , convertens animas. Vous le conclurez vousmêmes avec moi , mes chers auditeurs , si vous m'écoutez avec un esprit droit et désintéressé, et si vous me donnez toute l'attention que je vous demande.