‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 19 sur 256 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

La paix avec le prochain est le fruit de la charité, et la charité , selon saint Paul , est l'abrégé de la loi chrétienne. Il ne faut donc pas s'étonner si le même apêtre nous a marqué, comme un des caractères les plus essentiels de l'esprit chrétien, le soin de conserver ta paix avec tous les hommes, puisqu'il est évident que tous les hommes sont compris sous le nom de prochain. SiJIeri poiest, quod ex vobis utj cum onmituâ» kaminibut pacem habentes (Rom. 13) : si cela se peut , disait-ii aux Romains en les instruisant et en les formant au christianisme, si cela se peut, et autant qu'il est en vous, vivez en paix avec tout le monde : voilà l'esprit de votre religion, et par où l'on reconnaîtra que vous êtes les disciples de cehii qui, dès son berceau, a été le prince et le Dieu de la paix.

Pesons bien ces paroles, qui sont substantielles : Sijkfi potest; si cela se peut : l'impossibilité, dit saint Chrysostême, est la seule excuse légitime qui puisse devant Dieu nous disculper, quand nous ne vivons pas avec nos frères dans une paix et une union parfeite; et, hors l'impuissance absolue, toute autre raison n'est qu'un vain prétexte dont nous nous flattons, mais qui ne servira qu'à nous confondre au jugement de Dieu. Çuod ex vobis e$i : autant qu'il est en vous; en sorte que nous puissions sincèrement protester à Dieu, que nous puissions nous rendre à nous-mêmes témoignage qu'il n'a jamais tenu à nous, jamais dépendu de nous que nous n'eussions avec nos frères cette paix solide fondée sur la charité, l'ayant ardemment désirée, l'ayant de bonne foi recherchée, ayant toujours été préparés et d'esprit et de cœur à ne rieu épargner pour y parvenir : Cum omnibus; la paix avec tous, saAs en excepter un seul, ^exclusion d'un seul suffit pour nous rendre prévaricateurs et sujets à toutes les peines dont Dieu menace ceux qui troublent ou qui rompent la paix. Rompre la paix avec un seul, c'est, selon Dieu , quelque chose d'aussi mortel que

l»im Lk NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST.

de violer un seul conmiandement. La paix avec tous, un seul excepté, nous devient donc inutile pour le salut; et ce seul que nous exceptons doit s'âever pour demander vengeance contre nous au dernier jour : Cum omnibus hominibus : la paix avec tous les hommes, même avec ceux qui y sont plus opposés et qui ne la veulent pas, les forçant par notre conduite à la vouloir, et, à l'exemple de David, gardant un esprit de paix avec les ennemis de la paix : Cum his qui odenmt pacem, erampac{ficus, (Psaim. 119.) Car, comme ajoute saint Chrys<^ tome, vivre en paix avec des Ames pacifiques, avec des esprits modérés, avec des humeurs sociables, à peine serait-ce une vertu de philosophe et de païen, beaucoup moins doit-elle passer pour une vertu surnaturelle et dirétienne. Le mérite de la charité , disons mieux, le devoir de la charité est de conserver h paix avec des hommes difficiles , ffidieux, emportés : pourquoi? parce qu*îl peut arriver, et parce qu'en effet il arrive tous îes jours que les plus emportés et les plus fâcheux, les plus difficiles et les plus diagrins, sont justement ceux avec qui nous devons vivre dans une plus étroite société, ceux dont il nous est moins possible de nous séparer, ceux à qui, dans l'ordre de Dieu, nous nous trouvons attadiés par des liens plus indissolubles, n fout donc, dit ce saint docteur, que, par rapport même à ces sortes d'esprits, nous ayons un prindpe de paix sur quoi puisse être solidement établie la tranquillité du commerce, que la charité chrétienne doit maintenir entre eux et nous.

Or, quel es^il ce principe? le voici : une sainte conformité avec Jésus-Christ naissant. Entrons dans son cœur, prenons-en les sentiments, tâchons à nous mettre dans les mêmes dispositions que lm\ contemplons son étable et approdions de sa crèche. Remplissons-nous des vives lumières qu'il répand dans les âmes, et comprenons bien surtout deux choses : premièrement, c^est un Dieu qui, pour témoigner aux hommes sa charité^ commence par se dépouiller pour eux de tous ses intérêts ; secondement, c'est un Dieu qui , pour gagner nos cœurs, nous prérient, suivant le langage du prophète, de toutes les bénédictions de sa douceur, et qui s'attendrit pour nous jusqu'à se revêtir, tout Dieu ciu'il est, de notre humanité : disons mieux, et dans un sens plus propreà mon sujet, jusqu'à devenir personnellement pour nous, comme parle Tapêtre, ta bénignité et l'humanité même : ApparuU benignUas et humanitas. {Tit. 8.) Deux moyens qu'il nous présente pour entretenir une paix éternelle avec nos frères : désintéressement et douceur. Dépouilionsnous en faveur de nos frères de certains intérêts qui nous dominent; soyons, à regard de nos frères, doux et humains : plus d'inimitié alors, plus de divisions, paix inviolable, paix inaltérable. Quel bon-

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el qiMl avantage pour vous, si je t, TOUS persuader cet deux defoiia n indispensables dans la religion que nous professons, et si nécessaires dans tous les états de k vie! Ceci demande nne réfleiion toute nouvelle.

Cest, dis-je, un Dieu qui , par amour pour nous, et pour témoigner aux hommes son immense charité, se dépouille de tous ses intérêts; qui, de mattre qufn était, se fait obéissant; de grand qu'il était, se feil petit; de riefae qu'il était, se £Eiit pauvre : Qmomkat profiter vategauu foetus est, oimessei dbes. {iCor. 8.) Et je prétends que ee désintéresse- ■eol est le phis prompt et le plus infiiillible moyen pour eoneilier les cœurs, et pour nous unir tous dsBS une paix solide et durable.

Gv, comme raisonne saint Bernard, prétendre vivre en paix avec nos frères, sans qu'il nous en codte rien, sans vouloir leur sacrifier rien, sans jsmaia leur céder en rien, sans nous incommoder pour eux, ni nous relâcher sur rien; nous flatter d'avoir cette charité chrétienne qui est le lien de la paix , et cependant être toujours aussi entiers dans DOS prétentions, aussi jaloux de nos droits, aussi déterminés à n'en rien rabattre, aussi vifs sur le point d'honneur, aussi attachés à nous-mêmes, abus, nés diers auditeurs; ce n'est pas ainsi que le Dieu de la paix nous Ta enseigné, fl ne £aillait point pour cela qu'il vtnt au monde, ni qu'il nous servit de modèle : nous n'avions sans lui que trop d'exemples de cette diarité intéressée. Il était inutile que ce ' Dieu ùAt homme nous apportât un commandement nouveau : de tous temps les hommes s'étaient aimés de la sorte les uns les autres, et cette prétendue charité était aussi ancienne que le monde; mais aussi le monde, avec cette charité prétendue, n'avait jamais été ni ne pouvait jamais être en paix.

Cest rintér^, chrétiens, qui nous divise. Otez la propre volonté, disait saint Bernard, il n'y aura plus d'enfer; et moi je dis : Otez Pintérêt propre, ou plutôt la passion de l'intérêt propre, et il n'y aura plus parmi les hommes de dissensions, plus de querelles, plus de procès, plus de discordes dans les familles, plus de troubles dans les communautés, plus de^ factions dans les États : la paix avec la charité régnera partout. Elle régnera entre vous et ce parent, entre vous et ce frère, cette sœur; entre vous et cet ami , ce voisin , ce concurrent. Dès que vous voudrez pour lui vous déporter de tel et tel intérêt, qui fait contre vous son chagrin, dès là vous aurez avec lui la paix ; et souvent même, selon le monde, la paix que vous aurez avec lui vaudra mieux pour vous que l'intérêt qu'on vous disputait et à quoi vous renoncez. Détachés de nos intérêts, nous ne contesterons avec personne, nous ne nous brouillerons avec personne , nous ne romprons avec personne; et, par une infaillible consé-

quenoe, nous goûterons les douceurs de la société, nous jouirons des avantages de la pure et sincère charité : semblables aux premiers chrétiens, n'ayant tous qu'un cceur et qu'une âme, nous trouverons dans cette union mutuelle une béatitude anticipée, et comme un avant-godt de l'étemell^^cîté.

Or, à la vue de Jésus-Christ, pouvons-nous avoir d'autres sentiments que ceux-là? Si nous sommes chrétiens, je dis de vrais chrétiens, nous faut-il un autre juge que ce Dieu-Sauveur, et un autre tribunal que la crèche où il est né, pour vider tous les différends qui naissent entre nous et nos frères? Un chrétien, rempli des idées que lui inspire un mystère si toudiant, voudrait-il appeler de ce tribunal, et aurait-il pdne à remettre aujourd'hui tous ses intérêts entre les mains d'un Dieu qui ne vient au monde que pour y apporter la paix? Voilà, mon cher auditeur, ce que je vous demande en son nom. Si votre frère n'a pas mérité ce sacrifice, souvent très-léger, que vous lui ferez de votre intérêt , Jésus-Christ le mérite pour lui. Si votre firèrdest mal fondé dans ses prétentions, et s'il n'est pas juste que vous lui cédiez, au moins est-il juste que vous cédiez à Jésus-Chnst. Ce que vous refusez à l'un , donnez-le à l'autre; ce que vous ne vouleaE pas accorder à votre frère, donnez-le à la charité et à Jésus-Christ : par là vous achèterez la paix, vous l'achèterez à peu de frais, et par là même vous la conserverez.

Mais peut-être s'agit-il de tout autre chose entre vous et le prochain, peut-être, indépendamment de tout intérêt, ce qui vous divise n'est-ce de votre part qu'une fierté qui Fa choqué, qu'un emportement qui l'a irrité, qu'une parole aigre dont il s'est senti piqué, que des manières dures dont il s'est tenu offensé, qu'un air de hauteur avec lequel vous l'avez traité : si cela est, il ne dépend, pour le satisfaire, que de vous adoucir à son égard , que de lui donner certaines marques de votre estime, que de lui rendre certains devoirs, que de le prévenir par quelques démarches qui le ramèneront infidlliblement et l'attacheront à vous.

Je ne le puis , dites-vous ; j'y sens une opposition invincible, et je n'en viendrai jamais là. Rentrez, encore une fois , rentrez , mon cher auditeur, dans retable de Bethléem , vous y verrez le Dieu de la paix incamé et humanisé , ou , plutêt , vous y verrez dans sa personne la bénignité même incamée , la grandeur même de Dieu humanisée. Je le répète , vous y verrez un Dieu qui , pour vous attirer à lui , n'a point dédaigné de vous rechercher ; qui , par une condescendance toute divine de son amour, s'est fait même comme une gloire de vous prévenir. S'il eût attendu que vous , pécheur, vous son ennemi , et son ennemi décJaré, vous eussiez fait les premiers pas pour retourner à lui , où en étiez-vous , et queUe

ressource tous restait pour le salut? Cependant, malgré Fexemple de votre I>ien , vous vous faites, et vous osez vous faire je ne sais quel point d*bon* ncur de n'aller Jamais au-devant de votre frère pour le rapprocher de vous, et pour rengager lui-même h revenir. Malgré la loi de la charité, et d'ailleurs même après avoir été Tagresseur, vous conservez contre lui de scandaleux et d'étemels ressentiments : n'est-ce pas renverser tous les principes du christianisme, et vous exposer à de terribles malédictions du ciel ?

Vous y verrez un Dieu qui , pour vous gagner, vous comble des bénédictions de sa douceur; un Dieu qui , pour se rendre plus aimable , quitte tout l'appareil de la majesté, et qui s'humanise, nooseulement jusqu'à paraître, mais jusqu'à devenir en effet homme comme vous; un Dieu qui, sous la forme d'un enfant , vient s'attendrir sur vous de compassion, et pleurer, non pas ses misères , mais les vêtres. Car c'est ainsi , dit saint Pierre Chrysologue , qu'il a voulu naître , parce qu'il a voulu être aimé : Sic muei voUdt, qvA voluU amarU ( Pktb. Chbysol. ) Parole touchante et digne de toutes nos réflexions ! c'est ainsi qu'il a voulu naître , parce qu'il a voulu être aimé. Il aurait pu naître «t il ne tenait qu'à lui de naître dans la pompe et dans Tédatde la magnifiœDoe royale; mais, en naissant de la sorte, il n'aurait été que respecté, que révéré, que redouté , et il voulait être aimé. Or, pour être aimé, il devait s'abaisser jusqu'à nous; pour être aimé, il devait être semblable à nous; pour être aimé, il devait souffrir comme nous, et c'est pourquoi il a voulu naître dans l'état de faiblesse et d'abaissement où ce mystère nous le représente : Sic fuuci vohtU, qui voMt amari. Après cela, chrétiens, affectez des airs dédaigneux et hautains envers les autres ; traitez-les en esclaves, avec empire, avec dureté, et non pas en frères, avec patience, avec bonté; rendez-vous inflexibles à leurs prières et insensibles à leurs besoins. I9*est-ce pas démentir votre religion? n'est-ce pas même violer les droits de rhumanité? Je serais infini si j'entreprenais de développer ce point de morale dans toute son étendue.

Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs , voilà la sainte et divine paix que nous devons capitalement désirer, et qui ne vous coûtera jamais trop, à quelque prix qu'elle vous puisse être vendue : la paix avec nos frères, et, sans exception, la paix avec tous les hommes : Cum omnibus homitUbus pacem habcntes. Mais quel est notre aveuglement et le sujet de notre confusion ? le voici : dans les temps où Dieu nous afQige par le fléau de la guerre , nous lui demandons la paix ; et , dans le cours de la vie , nous ne travaillons à rien moins qu'à nous procurer la véritable paix. C'est-à-dire, nous demandons à Dieu

SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST

une paix qui ne dépend pas de nous, une paix qui n'est pas de notre ressort, une paix pour la conclusion de laqudle nous ne pouvons rien ; et nous ne pensons pas à nous procurer celle qui est entre not mains , celle dont nous sommes nous-mêmes les arbitres, celle dont Dieu nous a chargés , et dont il veut que nous lui soyons responsables. Nous faisons des vceux afin que les puissances de la terre s'accordent entre elles pour donner au monde une paix que mille difficultés presque insurmontables semblent quelquefois rendre comme impossible; et nous ne voulons pas finir de pitoyables différends dont nous sommes les maîtres , qu'il nous serait aisé de terminer, que notre seule obstination fomente; et ces puissances de la terre, si difficiles à réunir, sont souvent plutêt d'accord que nous ne le sommes les uns avec les autres. Cette paix entre les couronnes, malgré tous les obstacles qui s'y opposent , est plutôt conclue qu'un procès qui fait la ruine et la désolation de toute une famille n'est accommodé. Ah! Seigneur, je ne serais pas un fidèle ministre de votre parole si , dans un jour aussi solennel que celui-ci , où les anges , vos ambassadeurs , nous ont annoncé et promis la paix , je ne vous demandais , au nom de tous mes auditeurs , cette paix si désirée , qui doit pacifier tout le monde chrétien, cette paix dont dépond le bonheur de tant de nations , cette paix pour laquelle votre Église s'intéresse tant et avec tant de raison, cette paix que vous seul pouvez donner, et qui désormais ne peut-être que l'ouvrage de votre providence miraculeuse et de votre absolue puissance. Je n'aurais pas, comme ministre de votre parole , le zèle que je dois avoir, si, à l'exemple de vos prophètes , je ne vous disais aujourd'hui : Da pacem. Domine, susHnentibus te, utpropheUe M fidèles inveniantur : donnez la paix , Seigneur, à votre peuple , afin que ce ne soit pas en vain que nous l'ayons engagé à apaiser votre colère pour l'obtenir. Donnez-lui la paix, puisqu'entre les prospérités, quoique humaines et temporelles, qu'il lui est permis d'espérer, la paix est celle qui vient plus immédiatement de vous et qui peut le plus contribuer à votre gloire. Mais je serais , d mon Dieu ! encore plus prévaricateur de mon ministère, si, préfé» rablement à cette paix , toute nécessaire et toute importante qu'elle est, je ne vous demandais, pour moi et pour ceux qui m'écoutent, celle qui doit nous réconcilier avec vous, celle qui doit nous réconcilier avec nous-mêmes, celle qui doit nous réconcilier avec nos frères : celle qui doit nous réconcilier avec vous, par une généreuse et sainte pénitence; celle qui doit nbus réconcilier avec nous-mêmes , par uu vrai détachement et une sincère humilité; celle qui doit nous réconcilier avec nos frères , par une tendre et cordiale charité.

Ramassons en deux mots tout ce mystère, et

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. Le Seigaeiir et le Diea dee arméesy qui fieal an monde pour y £nre régner la paix^^et qui veut être aafoafd'hoi glorifié pw toute la terre eo qwlitéde roi pacifique : maçtUficatus est rexpor enflai» mperfadem unioersm terrm ( Eccles. Offk. ), voilà V Sire, ee que chante TËgiise dans cette aaguale aoleiunté; Toilà ce que nous célébrons : ■odèle admlndile pour Votre Mqeité, et que je lui propose id arec d'autant plus d'assurance, que je sais qie c'est le modèle qu'elle se propose elIeHsiéme eisar lequel elle se forme. Car, sans oublier la sainleié de flsoo ministère, et sans craindre que Ton m*aeciise de donner à Votre Majesté une fausse louange , je dois , comme prédicateur de FÉvangile, bénir le del, quand je vois. Sire, dans votre personae , un roi conquérant , et le plus conquérant des rois, qui met néanmoins toute sa gloire à être aujourd'hui reconnu le roi pacifique, et distingué comme tel entre tous les rois do monde. Je dois , en présence de cet auditoire chrétien , rendre à Dieu de solennelles actions de grâces, quand je vois dans Votre Majesté un monarque victorieux et invincible , dont tout le xèie est de pacifier TEurope , dont toute l'application est d'y travailler et d'y contribuer par ses soins, dont toute l'ambition est d'y féttsair, et qui par là est sur la terre l'image visible dtedui dont le caractère est d'être tout ensemble, lelon l'Écrîtore, le Dieu des armées et le Dieu de la paix.

Cette paix est l'ouvrage de Dieu , et nous recon* naissons plus que jamais que le monde ne la peut donner : mais notre confiance , Sire , est que , malgré le monde même , Dieu se servira de Votre Majesté , de sa sagesse , de ses lumières , de la droiture do son coeur, de la grandeur de son âme , de son désintéressement, pour donner cette paix au monde. Ce qui nous console, c'est que Votre Majesté, suivant les règles de sa religion , ne fait la guerre aux ennemis de son État que pour procurer plus utilement et plus avantageusement cette paix à ses sujets. Ce qui nous rassure, c'est que , dans les vues qui la font agir, toutes ses conquêtes aboutissent Û, et qu'elle ne gagne des batailles, qu'elle ne force des villes, qu'elle ne triomphe partout que pour parvenir plus sûrement et plus promptemeot à cette poix. Ce qui soutient nos espérances, et au même temps ce qui augmente notre vénération et notre lèle pour Votre Majesté, c^est que son amour pour son peuple l'emportera toujours en ceci pardessus u» intérêts propres , et que, touchée de ce Biotif « il n'y aura rien qu'elle ne sacrifie au bien de cette paix : qu'ainsi , en véritable imitateur du Dieu des armées et du Dieu de la paix, vous aurez. Sire, l'avantage, après avoir été le héros du monde chrétien , d'en être encore le pacificateur. Car voilà ce qui mettra le comble à vos travaux héroïques,

voilà ce qui couronnera votre règne, voilà ce qui achèvera votre glorieuse destinée.

Accomplissez mes vœux. Seigneur, ou plutôt bénissez les intentions de ce roi pacifique et conquérant, qui sait si bien se conformer aux vôtres. Donnez-nous par lui cette paix que vous nous promettez aujourd'hui par le ministère de vos anges; et s'il était vrai que vous fussiez encore irrité contre les hommes , si les péchés des hommes méritaient encore les fléaux de votre justice , permettez-moi , Seigneur, de vous faire ici la prière que vous fit autrefois David , et de vous dire comme lui dans le même esprit : Dissipa gerUes qua belia volunt ( Fsabn. 67 ) : dissipez ces nations opiniâtres qui veulent la guerre, renversez leurs desseins, rompez leurs alliances, rendez vaines leurs entreprises , troublez leurs conseils. Souffrez que j'ajoute avec le même prophète : Effunde iram tuam in gentes qum tenonnùveruntetinregnaqutBnomenimtm non hvDoeavenaU ( Fsabn. 78 ) : s'il faut, ô mon Dien ! que votre colère éclate , répandez-la svr ces nations qui ne vous connaissent point, et sur ces royaumes qui n'invoquent point votre nom , c'està-dire , sur ces nations où la vérité de votre religion n'est pas connue, et sur ces royaumes où l'hérésie a aboli la pureté de votre culte. Mais , par un effet tout contraire, répandez votre miséricorde sur ce royaume chrétien, oà vous êtes invoqué, servi, adoré en esprit et en vérité ; répandez-la sur ce monarque qui m'écoute, et qui , plus zélé pour votre gloire que pour la sienne , met aujourd'hui à vos pieds, non-seulement son sceptre et sa couronne, mais toute la gloire de ses conquêtes, pour vous en faire un hommage comme au Dieu de la paix; qui , pour le bien de votre Église , préfère cette paix à l'accroissement de son empire , et qui , au milieu de ses prospérités et du succès de ses armes , ne refuse pas pour elle de se relâcher de ses droits. Dans des dispositions si saintes, que ne doit-il pas attendre de vous, quels effets, ou plutôt quels miracles de protection n'avons-nous pas droit de nous pro« mettre pour lui? Cest l'homme de votre droite. Seigneur : étendez sur lui votre main , animez-le de votre esprit, remplissez-le de vos lumières, fortifiez-le de votre grâce ». Tandis que vous le soutiendrez, toutes les puissances du monde , quoique liguées et conjurées , ne prévaudront pas contre lui , et, avec votre divin secours, nous ne doutons point, ô mon Dieu! que nous n*obtenions enfin cette paix salutaire , que nous vous demandons comme un des fruits de la naissance de notre adorable Sauveur, et comme un moyen qui nous aidera à mériter la bienheureuse et l'éternelle paix dont vos élus jouissent dans le ciel. Je vous le souhaite, mes chers audi« tours, au nom, etc.

■ Fiat mantu tua super virum dixtcra tua. Psolm. TL

SUB LA SAINTETÉ

AUTRE AVENT

SERMON

UL FETE DE TOUS LES SWfTS.

SUR LA SAINTETÉ

MkraHUt Dtuê m mneUi «vit.

Diea est admirable dans Ms tainlt. ( PMimie 67.)

SiBE,

A considérer Dieu dans lui-même, nous ne pouvons dans lui-même l*admirer, parce qu'il est trop élevé au-dessus de nous et trop grand. Gomme nous ne le connaissons sur la terre que dans ses ouvrages, ce n*e8t aussi sur la terre , à proprement par^ 1er que dans ses ouvrages qu*il est admirable pour nous. Or Touvrage de Dieu par excellence , ce sont les saints; et par conséquent, disait le prophète royal , c*est surtout dans ses saints qu'il nous paraît digne de nos admirations : MirabUis Deus in son* etU suis.

En effet , de quelque manière que nous envisagions les saints , Dieu est admirable en eux : et quand je m'en tiendrais au seul évangile de ce jour, qu'y a-t-il de plus admirable que d'avoir conduit des hommes à la possession d'un royaume par la pauvreté ? que de leur avoir fait trouver la consolation et la joie par les pleurs et l'adversité? que de les avoir élevés par les humiliations au comble de la gloire, et , pour me servir de l'expression de saint Ambroise , de les avoir béatifiés par les misères mêmes? Car voilà, si je puis user de ce terme, les divins paradoxes dont le Saint-Esprit nous donne l'intelligence dans cette solennité , et que nous n'aurions jamais pu comprendre si les saints que nous honorons n'en étaient une preuve sensible : voilà les miracles que Dieu a opérés dans ses élus : Mirabais Deus in sancUs suis.

J'ajoute néanmoins , mes chers auditeurs , après saint Léon , pape , une chose qui me semble encore plus propre à nous toucher, par l'intérêt que nous y devons prendre comme chrétiens. Car Dieu , dit ce père , est particulièrement admirable dans ses saints , parce qu'en les glorifiant il nous a pourvus d'un puissant secours , c'est celui de leur protection ; et qu'en même temps il nous a mis devant les yeux un grand modèle, c'est l'exemple de leur vie : Mirabilis Deus in sanctis suis, in qtUbus et prœsidium nobis constUuU, et exemplum. (Lso.) Je m'attache à cet exemple des saints pour établir solidement les importantes vérités que j*ai à vous an-

noncer, et , sans rien dire du secours que nous pouvons attendre d'eux , et que nous en recevons, je veux vous foire admirer Dieu dans la conduite qu'ilr a tenue en nous proposant ces illustres prédestinés, dont la sainteté doit produire en nous de  merveilleux effets pour notre sanctification. Vierge sainte , reine de tous les saints , puisque vous êtes la mère du Saint des saints; vous en qui Dieu s'est montré souverainement admirable ; puisque c'est en vous et par vous qu*il s'est fait homme et qu'il s'est rendu semblable à nous, &ites descendre sur moi ses grâces* U s'agit d'inspirer à mes auditeurs un zèle sincère, un zèle efficace d'acquérir cette sainteté si peu goûtée, si peu connue, si peu pratiquée dans le monde, et toutefois si nécessaire pour le salut du monde. Je ne puis mieux réussir dans cette entreprise que par votre intercession , et c'est ce que je vous demande , en vous adressant la prière ordinaire. Âve^ Maria,

En trois mots j'ai compris, ce me semble, trois sujets de la plus juste douleur, soit que nous soyons sensibles aux intérêts de Dieu» soit que nous ayons égard aux nôtres, quand j'ai dit que la sainteté, si nécessaire pour notre salut , était peu goûtée , peu connue et peu pratiquée dans le monde. Mais je prétends aussi vous consoler, chrétiens, quand j'ajoute que Dieu, par son adorable sagesse, a su remédier efficacement à ces trois grands maux, en nous mettant devant les yeux la sainteté de ses élus , et en les prédestinant pour nous servir d'exemples. Je m'explique.

Cette sainteté que Dieu nous commande, et sans laquelle il n'y a point de salut pour nous, par une déplorable fatalité , trouve dans les esprits des hommes trois grands obstacles à vaincre, et qu'elle a peine souvent à surmonter, savoir, le libertinage, l'ignorance et la lâcheté. Parlons plus clairement et plus simplement. Trois sortes de chrétiens dans le monde , par l'aveuglement où nous jette le pédié et par la corruption du monde même, sont mal disposés à l'égard de la sainteté : caries libertins la censurent et tâchent à la décrier, les ignorants la prennent mal, et, dans l'usage qu'ils en font, ou, pour mieux dire , qu'ils en croient faire , ils n'en ont que de fausses idées; enfin, les lâches la regardent comme impossible, et désespèrent d'y parvenir. Les premiers, malins et critiques, la rendent odieuse, et de là rient qu'elle est peu goûtée: les seconds, grossiers et charnels , s'en forment des idées , non selon la vérité, mais selon leur goût et selon leurs sens , et de là rient qu'elle est peu connue ; les derniers, foibles et pusillanimes, s'en rebutent et y renoncent, dans la vue des difficultés qu'ils y ren^ contrent, et de là vient qu'elle est rare et peu pratiquée : trois dangereux écueils à ériter dans la voie du salut, mais écueils dont nous nouspréser-

SUR LA SAINTETÉ

ferons aMoMnl» ri aoos votdoni profiter de Texe^ pie fies saints.

Car Je soutiens , et foiei le partage de ee discours, fe soutiens qœ Texemple des saints est la plus invincible de toutes les preuves pour confondre la mal^mté du libertin et pour justifier contre lui la ▼raie sainteté; je soutiens que Pexemple des saints est la plus claire de toutes les démonstrations pour confondre les erreurs du chrétien séduit et trompé , et pour lut fiiire voir en quoi consiste la vraie sainteté ; Je soutiens que Texemple des saints est le ph» efficace de tous les motifs pour confondre la tiédeur, beaucoup plus le découragement du chrétien lAche, et pour le porter à la pratique de la vraie sainteté. De là n'aurai-Je pas droit de conclure qoe Dieu est admirable dans ses saints, lorsqu^il nous les donne pour modèles? MirabiiU Deus in mmeiU stdi. Je parie, encore une fois , à trois sortis de personnes dont il est aujourd'hui question de rectifier les sentiments sur le sujet de la sainteté cbrétienne : aux libortins qui la combattent , aux ignorants qui ne la connaissent pas, aux lâches qui n*ont pas le courage de la pratiquer, et, sans autre raisonnement, je montre aux premiers que, supposé rexemple des saints, leur libertinage est insoutenable; aux seconds, que leur ignorance est sans excuse; aux derniers, que leur lâcheté n*a plus de prétexte : trois vérités que je vais développer : appUqoez-vous.

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