PREMIÈRE PARTIE
TartuUien fait une réflexion bien vraie dans le traité qu'il a composé des spectacles. Il dit que Tignonnce de Tesprit de Thomme n'est jamais plus présomptueuse, ni ne prétend jamais mieux philosopher et raisonner, que quand on lui veut interdire Fosage de quelque divertissement et de quelque plaisir dont elle est en possession, et qu'elle se croit légitimement permis. Car c'est alors qu'elle ae met en défense, qu'elle devient subtile et ingé- Bîense, qu'elle imagine mille prétextes pour appuyer son droite et que dans la crainte d'être privée de ee qui la flatte, elle vient enfin à bout de se persuader que ce qu'elle désire est honnête et innocent, qnoiqu'au fond il soit criminel et contre la loi de Dieu. Mirwn quippe gudm sapiens argumenta^ Mx sibi videtur ignorantia humana, cum aiiquid de hi^iusmùdi gaudUs acfructibus veretur amU" tere. (Tbrtull.) Et en effet, c'est de ce principe que naissent tous les jours les relâchements dans la morale chrétienne. Une chose est agréable , ou le parait; et parce qu'elle est agréable, on l'aime; et parce qu'on l'aime, on se figure qu'elle est bonne; et à force de se le figurer, on s'en fait une espèce de conviction, en vertu de laquelle on agit au préjudice de la conscience, et malgré les plus pures lumières de la grâce. Or, appliquons cette maxime générale aux points particuliers, surtout à celui que je traite. Je prétends qu'il y a des divertissements dans le monde qui passent pour légitimes , et que l'opinion commune des gens du siècle autorise, mais que le christianisme condamne, et qui ne peuvent s'accorder avec l'intégrité et la pureté des mœurs. Expliquons-nous encore plus en détail; car sans cela, chrétiens , peut-être auriez-vous de la peine à bien concevoir ma proposition , et peut-être , dans la pratique 9 tout ce que je dirais ne produirait-il aucun fruit. Raisonnons donc sur certains sujets plus ordinaires, plus connus, et qui sont à peu près les mêmes que ceux dont a parlé TertuUien. Écoutezmoi.
Ainsi , par exemple, ces représentations profanes, ces spectacles où assistent tant de mondains oisifs el voluptueux, ces assemblées publiques et de pur plaisir, où sont reçus tous ceux qu'y amène, soit renvie de paraître, soit l'envie de voir; en deux mots, pour me faire toujours mieux entendre, comédies et bals, sont-ce des divertissements permis ou défendus? liCS uns, éclairés de la véritable sagesse, qui est la sagesse de rÉvangile, les réprouvent ; les autres, trompés par les fausses lumières d'une prudence charnelle, lesjustifîent, ou s'efforcent de les justifier. Qiacun prononce selon ses vues, et donne ses décisions. Pour moi , mes chers auditeurs , si je n*éuU.âéjà d'une profession qui par elle-même
m'interdit de pareils amusements, et que j'eusse comme vous à prendre parti là-dessus, et à merésoudre, il me semble d'abord que pour m'y fiire renoncer, il ne faudrait. rien davantage que cettediversité de sentiments. Car pourquoi, dirais-je, mettre ma conscience au hasard dans une chose aussi vaine que celle-là , et dont je puis si aisément me passer? D'une part on m'assure que ces sortes de divertissements sont criminels; d'autre part on« soutient qu'ils sont exempts de péché. Ce qui doit résulter de là, c'est qu'ils sont au moins suspects; et puisque ceux qui soutiennent que l'innocence y est blessée sont du reste les plus réglés dans leur conduite, les plus attachés à leurs devoirs, les plus versés dans la science des voies de Dieu , n'esMl pas plus s(lr et plus sage que je m'en rapporte à eux, et que je ne risque pas si légèrement mon salut? Voilà comment je conclurais, et ce serait sans doute la conclusion la plus raisonnable et la plus sensée.
Mais ce n'est pas là que je me voudrais arrêter» et il y a encore de plus fortes considérations qui me détermineraient. Que ferais-je? suivant le conseil du Saint-Esprit, j'interrogerais ceux que Dieu m'a donnés pour maîtres , ce sont les Pères de l'Église : Interroga peUrem tuwuy et ann untiabU ilbi tnqiores tuos, et décent Ubi {Canlic. Moys ) ; et après les avoir consultés, il serait difficile, s1i me restait quelque délicatesse de conscience, que je ne fusse pas absolument convaincu sur cette matière. Car ils m'apprendraient des vérités capables nonseulement de me déterminer, mais de m'inspirer pour ces sortes de divertissements une espèce d'hor> reur. Suivez-moi, je vous prie.
Ils m'apprendraient que les païens mêmes les ont proscrits, comme préjudiciables et contagieux. Il n'y a qu'à lire ce que saint Augustin en a remarqué dans les livres de la Cité de Dieu, et les belles ordonnances qu'il rapporte à la confusion de ceux qui prétendraient maintenir dans le cliristianisme ce que le paganisme a rejeté. Ils m'apprendraient que d'abandonner ce spectacle et ces assemblées , dans les premiers siècles de l'Église, c'était une marque de religion, mais une marque authentique: etqu'ea . particulier ils ne blâmaient pas seulement le théâr tre, parce que de leur temps ii servait à l'idolâtrie et à la superstition, mais parce que c'était unç école d'impureté. Or, vous savez s'il ne l'est pa^. encore plus aujourd'hui , et si la contagion.de l'im,pureté n'y est pas d'autant plus à craindre, qu'elle y est plus déguisée et plus rafQnée. Il est vrai, le langage en est plus pur, plus étudié, plus châtié; mais vous savez si ce langage en ternit moins l'esprit, s'il en corrompt moins le cœur, et si peutêtre il ne vaudrait pa& mieux entendre les adultères d'un Jupiter et des autres divinités, dont les. excès exprimés ouvertement et sans réserve, bleA^.
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sont les oreilles , feraient moins d'impression sur rUme. Ils m'apprendraient que dans l'estime commune des fidèles, on ne croyait pas pouvoir garder le serment et la promesse de son baptême; tandis qu'on demeurait attaché à ces frivoles passe-temps du siècle. Car c'est vous jouer do.Dieu même, mon frère, écrivait saint Cyprien, d'avoir dit anathème au démon , comme vous l'avez fait en recevant sur les sacrés fonts la grâce de Jésus-Christ « et de rechercher maintenant les fausses joies qu'il vous présente dans une assemblée ou dans un spectacle de vanité. Ils m'apprendraient que sur cela l'Église usait d'une sévérité extrême dans sa discipline, et que cette sévérité alla même à un tel point, que ce fut quelquefois un obstacle à la conversion des infidèles. Jusque-là, dit Tertullien, que l'on en voyait presque plus s'éloigner de notre sainte foi par la crainte d'être privés de ces divertissements qu'elle condamnait, que par la crainte du martyre et de la mort , dont les tyrans les menaçaient.
Voilà , dis-je , ce que m'apprendraient ces saints docteurs , et ce qu'ils vous apprennent. Voilà leur tradition, voilà leurs pensées, voilà leur morale. Prenez garde, je ne dis pas que c'a été la morale d'un de ces grands hommes, mais de tous : tellement que tous, d'un consentement unanime, sont convenus de ce point; qu'ils n'ont eu tous là-dessus qu'une même voix et souvent que les mêmes expressions. Je ne dis pas que c'a été leur morale dans un temps, et qu'elle a changé dans un autre : de siècle en siècle ils se sont succédé, et dans tous les siècles ils ont renouvelé les mêmes défenses, débité les mêmes maximes , prononcé les mêmes arrêts. Je ne dis pas que c'a été la morale de gens faibles et peu instruits , bornés dans leurs vues et timides ou précipités dans leurs décisions : outre leur [sainteté qui nous les rend vénérables , nous savons que c'étaient les premiers génies du monde; nous avons en main leurs écrits , et nous y voyons la sublimité de leur sagesse, la pénétration de leur esprit, la profondeur et l'étendue de leur érudition. Je ne dis pas que c'a été une morale de perfection seulement et de pur conseil : il n'y a qu'à peser leurs termes et qu'à les prendre dans le sens le plus naturel et le plus commun : sur quel autre sujet se sont-ils expliqués avec plus de rigueur? de quoi nous ont-ils plus fait craindre les funestes conséquences, et à quoi ont-ils plus attribué les suites fatales , et plus donné la force du précepte? Je ne dis pas que c'a été une morale fondée sur des raisons propres et particulières ; je vous l'ai déjà fait remarquer, et je le répète , ils n'employaient point d'autres raisons que nous, ils n'en avaient point d'autres : ce qu'ils disaient contre le théâtre et contre ces assemblées mondaines dont nous tâchons à vous retirer^ c'est ee que nous vous disons ; et tout ce qu'Ws d\M\eia,
c'est ce que nous avons le même droit qu'eux de vous dire. Enfin je ne dis pas que c'a été une morale qu'ils n'aient adressée qu'à certains états, qu'à ce^ tain s caractères et à certains esprits. Ils n'ont distingué ni qualités ni conditions, ni tempéraments, ni dispositions du cœur. Ils parlaient à des chrétiens comme vous, et ils leur parlaient à tous. En vain tel ou tel leur répondait ce qu'on nous répond eneore tous les jours, et ce qu'a si bien remarqué saint Chrysostôme : tout ce que je vois et tout ce que j'entends me divertit, et rien de phis; du reste, je n'en ressens aucune impression, et je n'en suis nullement touché. Vaine excuse qu'ils traitaient on de déguisement et de mauvaise foi, ou d*erreor au moins et d'illusion : de déguisement et de mauvaise foi , parce qu'ils n'ignoraient pas que c'est un prétexte dont veulent quelquefois se prévaloir les plus corrompus , cachant les désordres secrets de leur cœur, afin de justifier en apparence leur conduite; d'erreur au moins et d'illusion , parce qu'ils savaient combien on aime à s'aveugler soi-même , et combien la passion fait de progrès , qu'on n'aperçoit pas d'abord et qu'on ne veut pas apercevoir, mais qui ne deviennent ensuite que trop sensibles.
Or, je m'en tiens là , mes chers auditeurs ; et que peuvent opposer à des témoignages si exprès, si avérés , si respectables , les partisans du monde ? Qui en croironMls, s'ils ne se rendent pas à de semblabler autorités? et ne serait-ce pas une témérité insoutenable, et où nul chrétien de bon sens ne tombera jamais, de prétendre que ces hommes de Dieu se soient tous égarés , qu'ils aient tous porté trop loio les choses, et que dans le siècle où nous vivons, nous soyons plus éclairés qu'ils ne l'étaient? Cependant vous en verrez qui, sans hésiter, appellent de tout cela à leur propre jugement, et qui ne se feront pas le moindre scrupule de ce que tous les Pères de l'Église ont cru devoir hautement qualifier de péché. Car voilà jusqu'où est allée la pr^mption de notre siècle. Comprenez-la, s'il vous platt, tout entière. Il s'agit de la conscience et du salut; et tout ee qu'il y a eu jusqu'à présent, sur ces sortes de matières, de juges compétents, de juges reconnus et autorisés, oqt décidé ; mais ce n'est point ainsi qu*en jugent quelques mondains, et ce n'est qu'à eux-méniesqu*îls veulent s'en rapporter. Observez bien ce que je dis, quelques mondains. Car du nooins si c'étaient les pasteurs des âmes, si c'étaient les maîtres de la morale, si c'étaient les ministres des autels, lesdire^ teurs, les prédicateurs de la parole de Dieu, qui maintenant et parmi nous eussent sur la question que je traite des principes moins sévères que ceux de toute l'antiquité*; et si ces principes étaient généralement et constamment suivis par la plus saine partie des chrétiens , peut-être serait-il plus suppor*
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Maif TOUS le savez : prédicateurs dans la chaire , dineteurs dans le tribunal de la pénitence, docteurs dans les écoles, pasteurs des ânaes , ministres des autels, tiennent tous encore le même langage, et se trouTent appuyés de tout ce que l'Église a de vrais enfants et de vrais fidèles. Que reste-t-il donc? je l'ai diV, quelques mondains , c*est4-dire , un certain nombre de gens libertins, amateurs d'eux-mêmes, el idolâtres de leurs plaisirs; de gens sans étude, sans connaissances, sans attention à leur salut; de fommes vaines, dont toute la science se réduit à une panire\ dout tout le désir est de paraître et de se faire remarquer, dont tout le soin est de char- Bier le temps et de se tenir en garde contre l'ennui qui les surprend, dès que Tamusement leur manque, et qu'elles sont hors de la bagatelle; mais, ce qu*il y a souvent de plus déplorable , dont la passion dierehe à se nourrir et à s'allumer, lorsqu'il faudrait tout mettre en œuvre pour l'amortir et pour l'éteindre. Voilà les oracles qui veulent se faire écouter, et que l'on n'écoute en effet que trop ; voilà les docteurs et les maîtres dont les lumières effacent toutes les autres , et dont les résolutions sont absolues et sans réplique ; voilà les guides dont les voies sont les plus droites , et les garants sur qui Ton peut se reposer de sa conscience, de son âme , de son éternité. Ah! chrétiens, soyez-en juges vous-mêmes, et concluez , tandis que je passe à un nouvel article , non moins important, ni moins commun.
Car ce que je puis encore compter parmi les divertissements criminels , et ce que je mets dans le même rang, ce sont ces histoires fabuleuses et romanesques dont la lecture fait une autre occupation de Poisiveté du siècle , et y cause les mêmes désordres. Entretien ordinaire des esprits frivoles et des jeunes personnes. On emploie les heures entières à se repaître d'idées chimériques, on se remplit la mémoire de fictions et d'intrigues tout imaginaires ; on s'applique à en retenir les traits les plus brillants ; on les sait tous « et les sachant tous , on ne sait rien. Ce serait peu néanmoins de n'apprendre rien et de ne rien savoir, si c'était là le seul mal qu'il y eût à craindre. Mais Toici l'essentiel , et le point capital à quoi je m'attache : c'est que rien n'est plus capable de corrompre la pureté d'un cœur que ces livres empestés ; c'est que rien ne répand dans l'âme un poison plus subtil, plus présent, plus prompt; que rien donc n'est plus mortel , et ne doit être, par une conséquence bien juste, plus étroitement défendu. Expérience, confession même de ceux qui en ont fait les tristesépreuves,raison,toutconcourt a établir cette vérité. Et je vous demande en effet , mon cher auditeur, vous à qui je parle , etqui avez dans vous-même votre conscience pour témoin dece quejedis, n'est-il pas vrai qu'autant que vous vous êtes adonné à ces lectures, et qu'elles vous ont plu , vous avez insen-
siblement perdu le goût de la piété; que votre cœur s'est refroidi pour Dieu, et que toute l'ardeur de votre dévotion s'est ralentie.' Je dis plus : u'est-il pas vrai que par l'usage et l'habitude que vous vous êtes fait de ces lectures , l'esprit du monde s'est peu à peu emparé de vous, que vous avez senti celui du christianisme diminuer à proportion et s'affaiblir, quelesbeureuxprincipesdevotre première éducation se sont altérés, que vous n'avez plus eu dans la tête que de folles imaginations , que la galanterie , que la vanité; et que tout le reste, beaucoup plus solide et plus sérieux, vous est devenu insipide, ensuite fatigant, enfin odieux et insupportable? Ce n'est point encore assez; mais ne vous déguisez rien à vous-même, et reconnaissez-le de bonne foi : N'esMl pas vrai qu'à force de lire ces sortes d'ouvrages et d'avoir sans cesse dans les mains ces livres corrupteurs, vous avez donné imperceptiblement entrée dans votre âme au démon de l'incontinence , et que les pensées sensuelles ont commencé à naître, les sentiments tendres â s'exciter, les paroles libres à vous échapper; que la chair s'est fortifiée, et que vous vous êtes trouvé tout autre que vous n'aviez été jusque-là ou que vous ne vous étiez connu? Peutêtreenêtes-voussurpris ; mais moi je ne m'en étonne pas, et sans une espèce de miracle il fallait que cela fût ainsi. Ayant tous les jours de tels livres sous les yeux , et ces livres étant aussi infectés qu'ils le sont, il n'était pas naturellement possible que vous n'en prissiez le venin, et qu'ils ne vous communiquassent leur contagion. Car, pour parler le langage du monde , et pour user du terme propre , qu'est-ce , à le bien définir, que le roman ? une histoire, disons mieux, une fable proposée sous la forme d'histoire, où l'amour est traité par art et par règles ; où la passion dominante et le ressort de toutes les autres passions c'est l'amour; où l'on affecte d'exprimer toutes les faiblesses, tous les transports, toutes les extravagances de l'amour ; où l'on ne voit que maximes d'amour, que protestations d'amour,qu'artifices et ruses d'amour; où il n'y a point d'intérêt qui ne soit im« mole à l'amour, fût-ce l'intérêt le plus cher selon les vues humaines , qui est celui de la gloire ; où la gloire même, la belle gloire, est de sacrifier tout à l'amour , où un homme infatué ne se gouverne plus que par l'amour, tellement que l'amour est toute son occupation, toute sa vie, tout son objet, sa fin, sa béatitude, son Dieu. Dites-moi si j'ajoute rien; mais en même temps faites-moi comprendre comment, aussi fragiles que nous le sommes et aussi enclins au mal , on peut se retracer incessamment à soi-même de semblables images et n'en pas ressentir les atteintes ? Les plus grands saints y résisteraient-ils ? un ange n'y serait-il pas surpris? et l'innocence même n'y ferait-elle pas naufrage? Ou bien, apprenez-moi r commcnt,dausuutTeVv^\ovv^>i%'&\v^\^^^Vv\w^\\v«
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îf peut être permis à un chrétien d*exposer la pureté de son cœur à une ruine si évidente et si prochaine?
Mais, dit-on, en tout ce que je lis, il ne s'agit que d*un amour honnête. Abus, mes frères : ap* pelez-vous amour honnête celui qui possède un homme et qui Tenchante jusques à lui ravir le sens et la raison ; qui absorbe toutes ses pensées, qui épuise tous ses soins , et qui aux dépens du Créateur le rend idolâtre de la créature? Appelez-vous amour honnête celui qui fait oublier à un homme les plus saints devoirs de la nature , de la patrie , de la justice, de rhonneur, de la charité? Or, n'est-ce pas là souvent que se termine la prétendue honnête du ro^^ man ? Mais ces lectures servent à former une jeune personne, et lui apprennent le monde. Ah! chrétiens, vous est-il donc si nécessaire de savoir le monde, que vous deviez pour cela renoncer à votre salut? et fallût-il éternellement ignorer les manières du monde, ne vaut-il pas mieux à ce prix garder votre âme et la sauver ? Oui, certes, ces livres vous formeront selon le monde, mais selon quel monde? selon un monde païen, selon un monde impie et perverti, selon un monde condamné par Jésus-Christ et le plus dangereux ennemi dont vous ayez à vous préserver. Or, voyez si ce sont là les enseignements que vous voulez suivre ; s'il n'y a pas un autre monde où vous pouvez vous borner ; s'il n'y a point d'autre politesse dans le christianisme que celle qui va à vous damner; s'il n'y a point d'autres maîtres pour vous instruire et pour vous élever.
Belle leçon pour vous , pères et mères : c'est par là que je conclus cette première partie, et plaise au ciel que vous en compreniez toute la conséquence! Vous avez des enfants : et après avoir mis votre première étude à leur inspirer les sentiments de la piété chrétienne, la religion, j'en conviens, ne vous défend pas de leur faire prendre certains airs du monde. Mais de leur fournir vous-mêmes, sous ce damnable prétexte, des livres qui leur tournent Fesprit à tout ce que le monde a de plus vicieux; mais d'en remplir votre maison , et de ne vouloir pas que rien là-dessus de nouveau leur échappe et leur soit inconnu ; mais de leur en demander compte et d'entendre avec une secrète complaisance les récits qu'ils en font; mais de les croire bien habiles et bien avancés, quand ils savent répondre aux mots couverts par d'autres bons mots, qu'ils conservent dans leur mémoire des poésies libres, et qu'ils les savent rapporter ûdèlement sans se méprendre ; mais de les conduire vous-mêmes (car ceci regarde tous les points de morale que je viens de toucher), de les conduire vous-mêmes à des spectacles, d'autant plus capables de les amollir, que ce sont de jeunes cœurs beaucoup plus flexibles et plus sensibles; mais de leur faire observer les endroits fins et délicats y surtout les endroits vifs et leivdtes^
mais de les engager vou8-mé.nes dans des assemblées , où ils ne voient du monde que ce qu*il a de riant, que ce qu'U a d'éclatant, c'est-à-dire, que ce qu'il a d*attrayant et de séduisant : voilà de quoi vous aurez bien lieu de vous repentir dès cette vie, et de quoi vous serez bien sévèrement punis en l'autre. Ce ne sont encore pour eux que des divertisse^ ments; mais attendez que le feu se soit allumé, et bientôt ces divertissements ne deviendront, et pour eux et pour vous , que trop sérieux. S«ra-t-U temps alors d'arrêter l'embrasement? sera-t-îl en Totre pouvoir de oouper court à des maux dont tous aurez été les auteurs? vous en gémirez , et tous les déplorerez ; mais en serez^vous quittes devant Dieu pour les déplorer et pour en gémir ? Qu'alléguerezvous à son tribunal pour votre excuse, et sufiOnKîl de lui dire que vous vouliez dresser vos enfants et leur donner la science du monde? N'était-ce pas vouloir les perdre, et vous perdre vous-mêmes avec le monde? Il faut donc en revenir à ma proposition, que la plupart des divertissements ordinaires du monde sont condamnables, ou parce que dans leur nature ils sont impurs et criminels, comme vous l'avez vu , ou parce que dans leur étendue et leur mesure, ils sont excessifs, comme je vais vous le montrer. C'est le sujet de la seconde partie,